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Comment des crétins incultes ont-ils réussi à s’imposer à Washington ?

Le déclin de l’intelligence et de l’érudition dans la politique américaine résulte d’une série de calamités imbriquées les unes dans les autres.

Comment a-t’on pu laisser faire ? Comment la politique aux États-unis en est-elle venue à être aux mains de gens qui font de l’ignorance une vertu ?

Est-ce la compassion qui a permis au plus proche parent de l’espèce humaine sur terre d’effectuer deux mandats à la Maison Blanche ? Comment Palin, Dan Quayle et d’autres embrumés du cerveau ont-ils pu arriver là où ils sont ? Comment les meetings de la campagne présidentielle de 2008 des Républicains ont-ils pu être couverts par les vociférations des grandes gueules incultes qui soutenaient que Barack Obama était musulman et terroriste ?

Comme la plupart des gens de ce côté-ci de l’Atlantique, la politique américaine me sidère depuis de nombreuses années. Les États-unis ont les meilleures universités du monde et attirent chez eux les plus grands savants. Ils sont à la pointe des découvertes en science et en médecine. Leur richesse et leur puissance s’appuient sur des savoirs. Et malgré cela, cas unique au monde (excepté peut-être l’Australie), l’érudition est un handicap politique rédhibitoire.

Il y a eu des exceptions au cours de ces cent dernières années - Franklin Roosevelt, JF Kennedy et Bill Clinton ont dissimulé leur intellectualisme sous un vernis de populisme qui leur a permis de s’en sortir, mais Adlai Stevenson, Al Gore et John Kerry ont été traînés dans la boue par leurs adversaires qui les accusaient de faire partie de l’élite intellectuelle (comme si cela n’était pas un critère pour postuler à la présidence). Peut-être que le moment décisif où la politique intelligente a été battue en brèche a été la réplique de Ronald Reagan à Jimmy Carter en 1980 lors du débat présidentiel.
Carter, un peu hésitant, utilisant des mots de plus d’une syllabe, développait en plusieurs points les avantages d’une couverture maladie universelle. C’est alors que Reagan, souriant, lui a répondu : " Ca y est, voilà que vous remettez ça".

Son propre programme sur la couverture maladie aurait effaré la plupart des Américains s’il l’avait soigneusement expliqué comme l’avait fait Carter pour le sien, mais il avait trouvé la formule pour éviter les questions politiques épineuses en faisant passer ses adversaires pour des intellos.

Cela n’a pas toujours été le cas. Les pères fondateurs de la république (Benjamin Franklin, Thomas Jefferson, James Madison, John Adams, Alexander Hamilton et les autres) faisaient partie des plus grands penseurs de leur époque. Et ils ne ressentaient nul besoin de s’en cacher.

Comment le projet qu’ils avaient lancé a-t-il dégénéré au point de tomber entre les mains d’un GW Bush ou d’une Sarah Palin ?

Au premier abord, la réponse est facile. Les élus ignares sont élus par des électeurs ignares. Le système éducatif en Amérique, comme le système de santé, sont des fiascos notoires. Dans le pays le plus puissant au monde, un adulte sur 5 croit que le soleil tourne autour de la terre ; seuls 26% des Américains conviennent que l’évolution des espèces est guidée par la sélection naturelle ; 2/3 des jeunes adultes sont incapables de repérer l’Irak sur une carte ; 2/3 des électeurs ne savent pas quelles sont les trois branches du gouvernement ; Les performances en maths des adolescents de 15 ans se classent au 24° rang des 29 pays de l’OCDE.

Mais tout cela ne fait qu’étendre le mystère : comment tant de citoyens américains sont-ils devenus si crétins et si méfiants vis-à -vis de l’intelligence ? Le livre de Susan Jacoby, "l’àˆre de la déraison en Amérique" apporte l’explication la plus complète qu’il m’ait été donné de lire jusqu’à présent. Elle montre que la dégradation de la politique américaine découle d’une cascade de catastrophes imbriquées les unes dans les autres.

Un des thèmes est à la fois banal et clair : la religion (en particulier le fondamentalisme religieux) vous rend idiot. Les États-unis sont le seul pays où le fondamentalisme chrétien soit répandu et en expansion.

Jacoby montre qu’il y avait autrefois une certaine logique à son anti-rationalisme.
Au cours des toutes premières décennies qui ont suivi la parution de "L’Origine des Espèces", par exemple, les Américains avaient de bonnes raisons de rejeter la théorie de la sélection naturelle et de se méfier des intellectuels en vue. Depuis le début, la théorie de Darwin a été assimilée à la philosophie brutale (connue aujourd’hui sous le nom de Darwinisme social) de l’écrivain britannique Herbert Spencer. La doctrine de Spencer, qui a fait les choux gras de la presse populaire grâce au soutien financier d’Andrew Carnegie, John D Rockefeller et Thomas Edison, laissaient entendre que les milliardaires étaient tout en haut d"une "scala natura" (échelle de la nature) créée par l’évolution. En empêchant l’éradication des personnes les moins adaptées à la survie, l’État interventionniste affaiblissait le pays. Les énormes inégalités économiques étaient à la fois justifiables et nécessaires.

En d’autres termes, on avait fini par confondre le darwinisme et le système barbare de la politique économique du laisser-faire. De nombreux chrétiens ont réagi par le rejet. Il est particulièrement ironique que cette doctrine, rejetée il y a un siècle par des fondamentalistes aussi réputés que William Jennings Bryan, soit aujourd’hui à la base de la conception économique de la droite chrétienne. Les fondamentalistes actuels réfutent la théorie de l’évolution de Darwin et adhèrent à la théorie pseudo-scientifique du darwinisme social.

Mais il y avait d’autres raisons, plus profondes, à l’isolement intellectuel des fondamentalistes. L’enseignement dans les états du sud des États-unis s’appuyait sur le dogme d’une aristocratie de planteurs ignares, ce qui a donné naissance à un gouffre éducatif béant. "Dans le sud", écrit Jacoby, "ce qu’on ne peut qu’appeler un "blocus intellectuel" a été imposé de façon à faire barrage à toute philosophie susceptible de menacer l’ordre social."

La "Southern Baptist Convention" (Convention baptiste du sud), actuellement le culte le plus répandu aux États-unis, a été à l’esclavage et à la ségrégation ce que l’Église Réformée Hollandaise a été à l’apartheid. Elle a fait plus que tout autre organisme pour maintenir le sud dans l’abêtissement. Dans les années soixante, elle a tenté d’empêcher la déségrégation en créant un réseau d’écoles et d’universités chrétiennes. Un élève peut donc actuellement effectuer toute sa scolarité depuis la maternelle jusqu’à l’université sans jamais passer par l’enseignement laïque. Le dogme des baptistes du sud se transmet également tel quel par le biais du système scolaire.

D’après les conclusions d’une enquête réalisée par des professeurs de l’Université du Texas en 1998, un professeur de biologie sur quatre qui enseigne dans les écoles publiques au Texas croit que les êtres humains et les dinosaures ont vécu sur terre à la même époque.

Cette catastrophe est le résultat de la fétichisation de l’autodidacte en Amérique. Même si lui-même regrettait profondément de ne pas avoir reçu un enseignement traditionnel, l’ascension d’Abraham Lincoln est constamment citée en exemple pour conforter l’idée qu’une bonne instruction payée par l’état est inutile : tout ce dont on a besoin pour réussir, c’est de la détermination et un individualisme à toute épreuve. Cela aurait pu être profitable quand les authentiques mouvements pour l’apprentissage autodidacte comme celui qui s’est créé autour des "Little Blue Books" dans la première moitié du XX°s, étaient en vogue. Mais à l’époque de l’infotainment , c’est le meilleur moyen de créer la confusion.

Parallèlement à l’influence des fondamentalistes religieux, les raisons pour lesquelles les intellectuels ont peut-être des problèmes lors des élections, c’est que l’intellectualisme a été assimilé à de la subversion.

La relation éphémère de certains penseurs avec le communisme, il y a longtemps de cela, a été instrumentalisée pour créer l’impression dans l’esprit de la population que tous les intellectuels sont des communistes.

Pratiquement tous les jours, des gens comme Rush Limbaugh et Bill O’Reilly (animateurs radio et télé célèbres aux US, NDT) vilipendent les "élites libérales" qui mènent les États-unis à la ruine.

Agiter le spectre d’intellos subversifs a joué un rôle essentiel lors des élections de Reagan et de Bush. Une authentique classe d’intellectuels (comme les néocons - dont certains sont d’anciens communistes - qui entourent Bush) a réussi à présenter le conflit politique comme une bataille entre l’Américain lambda et une élite politique composée de socialos surdiplômés. Toute tentative de contrer les thèses de la droite est, ainsi, désormais taxée d’élitisme.

Obama a beaucoup à offrir aux États-unis, mais rien de tout cela ne prendra fin s’il accède à la Maison Blanche. S’il n’y a pas un virage à 180% pour résoudre la crise du système scolaire public ou si le fondamentalisme religieux ne périclite pas, il y aura encore des débouchés dans la politique pour des gens, comme Palin et Bush, qui font étalage de leur ignorance crasse.

George Monbiot

The Guardian,
Tuesday October 28 2008
http://www.guardian.co.uk/commentis...

Traduction et notes annexes :
Des bassines et du zèle
pour le Grand Soir http://ww.legrandsoir.info


Notes annexes :

Pour se rendre compte de l’étendue du désastre culturel, quelques "bushismes" :

"Vous voyez, les nations libres sont des nations pacifiques. Les nations libres ne s’attaquent pas entre elles. Les nations libres ne fabriquent pas d’armes de destruction massive.""Milwaukee, Wis., Oct. 3, 2003.

Je n’ai pas grandi dans l’océan, euh … je veux dire : près de l’océan, j’ai grandi dans le désert. Et donc, c’était un agréable contraste de voir l’océan. Et j’aime ça surtout quand je vais à la pêche" Washington, D.C., Sept. 26, 2008

Les gens en Louisiane doivent se rendre compte que dans tout le pays beaucoup de gens prient - ils prient pour ceux dont les vies ont été complètement bouleversées. Et j’en fais partie."" Baton Rouge, Sept. 3, 2008

"Mais bien souvent, on me demande : Pourquoi ? Pourquoi vous vous souciez-vous de ce qui se passe en dehors de l’Amérique ?""Washington, D.C., June 26, 2008

Et ils n’ont aucun irrespect pour les vies humaines" (parlant de la "barbarie" des combattants afghans) - Washington, D.C., July 15, 2008

Tout au long de notre histoire, la Déclaration a poussé les immigrés venus du monde entierà venir s’installer en Amérique. Ces immigrés ont contribué à transformer les 13 petites colonies en un grand pays de plus de 300 personnes" "Charlottesville, Va., July 4, 2008

Bien souvent, on me demande : "mais comment ça se fait que vous pensiez tant à aider les affamés et les malades dans des coins obscurs de la planète ?" ""Washington, D.C., April 18, 2008 …

Et en cherchant bien, il y a probablement des citations de l’actuel président de la France (et de l’Europe) qui dénotent de cette tendance …

COMMENTAIRES  

30/10/2008 09:04 par Bastet

Je me suis souvent posée les mêmes questions citées dans l’article. La grande majorité des américains sont incultes et sont prêts à croire n’importe quoi et surtout n’importe qui.Le nationalisme exacerbé, leur psyché collective (les plus beaux, les plus forts,...)démontre le peu d’éducation à la critique...positive. Hollywood, Wall Disney et autre Coca Cola ont eu raison de la raison. Une propagande (tant républicaine que démocrate)bien ficellée à réduit le peuple en troupeau asservi à la pensée unique.Les différents acteurs au pouvoir ne sont pas dupes et tirent un profit maximum de cet état de fait.Les USA ne sont pas dirigés par la politique mais par les industriels qui tirent les ficelles des marionnettes consentantes ou autres ; les sommes mises sur le tapis pour les campagnes électorales en témoignent. Les bavures sémantiques le résultat.
Pour terminer, il n’y a pas de vrais crétins à Washington, seulement des acteurs qui connaissent bien leurs rôles.Le pire dans tout cela : les dirigeants européens restent invariablement les vassaux du système US...pour leur plus grand profit !!!

30/10/2008 15:07 par Fred

Pèle-mêle :

« Le déclin de l’intelligence »
« aux mains de gens qui font de l’ignorance une vertu ? »
« embrumés du cerveau »
« plus proche parent de l’espèce humaine sur terre »
« les vociférations des grandes gueules incultes »
« Les élus ignares sont élus par des électeurs ignares. »
« 2/3 des jeunes adultes sont incapables de repérer l’Irak sur une carte
 »

« si crétins »

Donc, pour George MONBIOT, l’insulte et le mépris seraient les attributs d’une intelligence supérieure... ce texte a l’avantage de nous montrer de quoi les étasuniens se méfient.

30/10/2008 16:00 par VDJ

@ FRED : Un peu marre de ces donneurs de savoir-vivre qui se choquent qu’on "traite" mal des gens qui eux ont plus que "mal" traité une bonne partie de la planète. Monbiot ne fait que constater une réalité.

Ce texte nous montrerait de quoi les états-uniens se méfient ? Ca fait longtemps qu’ils se méfient... mais du mauvais côté, à l’évidence.

(Cependant, sur un point, Monbiot a tort et les yankees ont raison : aux US, les hommes ont bien foulé la terre en même temps que des dinausaures. Il leur arrive même d’en élire.)

30/10/2008 17:41 par Fred

@VDJ, je constate avec plaisir que nos avis divergent.
« Monbiot ne fait que constater une réalité. », dites-vous, et je ne fais que constater ce que dit Monbiot.

Si vous partager la constatation de Monbiot, que le président élu par les étasuniens est le « plus proche parent de l’espèce humaine sur terre », vous n’aurez pas de mal à admettre que le monde a été créé en 6 jours.

Ce qui me choque le plus chez Monbiot, c’est que malgré le verni intellectuel humaniste qu’il se donne, c’est bien un étasunien qui parle, avec ce gout prononcé pour le communautarisme, le mise en valeur du "nous" et le dénigrement du "eux". Ca a quand même un petit côté "barbares moyenâgeux", de Sarko l’américain, ou "pourquoi ne nous aiment-ils pas" de Bush, et pour tout dire axe du Bien et axe du Mal.

En regrettant que les États-Unis, ne soient pas une "Platon way of republic", il accrédite le fait que les USA, puissent être une démocratie, ce que ne confirme pas le montant des budgets des campagnes des candidats.

Quand on lance un président comme un paquet de nouilles, on a une nouille à la tête du pays.

S’il doit y avoir débat, ce n’est pas pour savoir si les américains sont congénitalement cons, mais la véritable nature du gouvernement des USA.

31/10/2008 13:17 par à -nos-amis

1)Hélas oui ! pour ce que Monbiot constate...

2)Heureusement oui ! pour ce que vous constatez être les attributs de l’intelligence telle que Monbiot en use, car devrait-il y avoir un possible qu’elle ne puisse concevoir ou un domaine de la représentation qui lui soit étranger ?

En tous cas, dans cet article, le poids du Grand Medium Sorcier de l’Image, producteur d’une réalité alternative à l’intérieur de laquelle sont phagocytés l’humanité et le principe de réalité de l’individu, ne me semble pas avoir été suffisamant pris en compte.

03/11/2008 15:26 par Akhen

Quitte à te décevoir, tout ce qu’il dit est vrai. Sinon il n’y aurait pas ce qu’il y a au pouvoir. La France aurait d’ailleurs tendance à suivre le même chemin. A suivre le chemin des ânes.

30/10/2008 15:23 par sam

Bonjour,

je lis dans les commentaires : « Pour terminer, il n’y a pas de vrais crétins à Washington, seulement... ».

Je ne serai pas si affirmatif : s’il paraît certain que Dick Cheney ou même Paul Wolfowitz, en dépit de menu défauts, ne sont pas des mongoliens, il me semble que pour leur patron le doute subsiste.

Quant à Sarah Palin, elle n’est pas de Washington.

30/10/2008 22:40 par sam

Élargissant le propos, je serais plutôt tenté de dire : "Il n’y a pas de vrais crétins à Washington seulement"...

30/10/2008 12:26 par Dan

Questions naïves : vous évoquez les pères fondateurs, c’est le manque d’intelligence qui est à l’origine du génocide des indiens ? Trop de religion peut-être ? Et pour l’esclavage, la segrégation ? Je pose ces questions parce que vous semblez opposer un avant et un après. Le lien avec la politique impérialiste européenne n’est pas développé...
Quant à Kennedy : la guerre du Vietnam...et puis la politique en Amérique Latine de Carter, ne parlons pas même de celle de Clinton ailleurs. Ce qui est dommage, c’est que votre article reste étasunianocentré, qu’en est-il du reste de la planète qui subit la politique impérialiste américaine, peu importe que le président soit intelligent, religieux ou pas (à quelques nuances prés, je vous l’accorde) ? Merci.

31/10/2008 03:07 par emcee

Bonsoir,
Je ne suis que la traductrice et je ne peux pas répondre à la place de Monbiot (pour des critiques directes, se rendre sur le site donné en lien). Mais je vais tenter de répondre quand même sur certains points.

D’accord avec VDJ : les dirigeants ricains sont indéfendables, ainsi que tout le système de "démocratie" qu’ils ont mis en place. Et s’ils se "méfient", c’est bien qu’ils n’ont pas la conscience bien tranquille. Avec raison.

Ce n’est pas le citoyen lambda qui est mis en cause (quoique, tout être humain étant doté d’un cerveau peut peut-être s’en servir pour éviter de se laisser rouler dans la farine, mais, dans ce cas, ce n’est pas réservé aux Américains) mais ces dirigeants incultes et cupides qui ne pensent qu’à aller éliminer d’autres êtres humains à l’étranger et piller leur propre peuple.

Alors, oui, les mots de Monbiot sont durs, mais pas encore assez durs pour les décisions qui se prennent à Washington et qui se répercutent à l’échelle mondiale.

Il n’en est pour preuve que le budget faramineux de l’armée voté récemment en plein marasme, qui va leur permettre d’essayer encore des joujoux achetés à prix d’or aux entreprises privées qu’ils sous-traitent.

@ Dan, loin d’être "naïves", les questions sont de très bon aloi, au contraire : en effet, intelligence ou pas, les dirigeants US ont toujours commis des exactions, au nom de Dieu, de la Liberté, que sais-je encore, et si on a soigneusement comptabilisé les victimes du communisme, personne n’a encore réussi à compter avec précision les morts et toutes les victimes quotidiennes qu’a générée la politique impérialiste des US depuis leur création.

Et il est vrai aussi que Démocrates ou Républicains n’ont jamais failli à la tradition. Les Démocrates avec la vaseline et un vernis de bonnes manières en plus. Mais jamais le système n’a été remis en cause par aucun d’eux - même par Carter qui se refait actuellement une virginité dans l’opposition (et qui ne s’en sort pas trop mal, d’ailleurs).

Le système (qu’ils appellent "démocratie") a été inspiré par les grosses fortunes du pays (marchands et banquiers en tête du cortège), et les dirigeants politiques servent à les faire prospérer depuis des lustres (d’ailleurs, toutes les guerres perdues sur le papier n’ont jamais été perdues par les groupes privés US qui en redemandent encore et encore, tellement c’est bon pour eux).

Dire que JFK et d’autres étaient des "intellectuels", c’est, certes, aller vite en besogne : ils ont eux aussi été formatés dans les cercles prestigieux - dont les universités de la côte est - que fréquente l’élite politique (et les nantis par là même), pas beaucoup plus, d’ailleurs, que les énarques en France ou les "Oxbridgiens" en GB, et leur réflexion n’a pas été au-delà de ce qui était bon pour perpétuer la race des seigneurs.

En revanche, des grands esprits, il y en a eu de tous temps, mais ils étaient rarement proches des pouvoirs, même si certains privilégiaient un peu plus les Démocrates - dans l’espoir (vain) d’un sursaut, sans doute.

Et c’est vrai que Monbiot est un peu léger parfois dans son appréciation globale de la situation.
Par exemple, quand il parle d’Obama, qui a été lui-même configuré pour être propulsé sur les plus hautes marches. Ce n’est pas qu’il ne pourra rien faire. C’est qu’il ne fera rien parce que c’est le retour à l’envoyeur aux multinationales obligatoire qui ont misé sur lui en lui donnant les milliards dont il avait besoin pour sa campagne.

Monbiot, ici, dénonce la politique de cow-boys incultes que subissent de surcroît les États-unis avec une campagne abjecte menée par deux pitres assoiffés de sang qui prétendent représenter la nation la plus "puissante au monde". Affligeant tout de même.

Et la vulgarité est bien moins du côté de Monbiot que de ces béotiens qui ne songent qu’à perpétuer les massacres de populations entières, la destruction de leur pays et le pillage de leurs ressources.

"Quand on met au pouvoir des Sarkozy, Laporte, Barnier, Lagarde et autres Dati, on doit avoir la décence de se taire devant les bévues des autres".
(Des "bévues" ? De petites bévues, alors …).

Il semblerait tout de même que le phénomène soit plus récent en France, non ? …

Mais sans doute que, comme aux US, la banalisation de ces cas de figure, la mainmise des grands groupes privés sur l’information, l’omniprésence de pseudo philosophes (ou autres faux penseurs) propagandistes et le saccage de l’école publique au rouleau compresseur tel que nous le constatons ici actuellement nous conduira rapidement au même néant culturel.

D’ailleurs, avant ce dernier président, aucun autre n’avait parlé avec un style aussi relâché et familier, voire vulgaire. C’est un signe alarmant.

Alors, au lieu de défendre l’indéfendable, on devrait s’inquiéter de ce qui se passe ici (grâce, justement, aux exemples venus d’ailleurs) et défendre ce qui peut être sauvé. Voire plus.

C’est le but de cet article : dénoncer l’abêtissement voulu de la population aux États-unis et l’anéantissement de tout esprit critique en choisissant des dirigeants à l’image du citoyen inculte qu’ils ont façonné. Sauf qu’eux sont milliardaires et qu’ils ont des visées bien précises.

"Quant à Sarah Palin, elle n’est pas de Washington" : les autres non plus, à ma connaissance.
Il ne s’agit pas de la ville elle-même mais du gouvernement, évidemment. Une figure de style qu’on appelle une "synecdoque".

Pour ce qui est des "menus défauts" de Cheney, j’espère que c’est une plaisanterie.

Dernière précision : Monbiot est britannique et écrit dans le Guardian.

01/11/2008 02:49 par Vania

Excellente synthèse.Bravo Emcee !!
Vania

30/10/2008 16:29 par williamoff

Croyez vous qu’il faille aller aux Etats-Unis pour faire ce constat ?
Il n’y a pas de pire imbécile que celui qui se croit supérieurement intelligent.
Allumez votre télévision, ouvrez un journal, écoutez les gamins dans la cour d’un collège, lisez les nouveaux philosophes, les écrits d’économistes comme ceux de Cohen ou de Baverez, entendez le discours d’un Peillon, d’une Royal ou d’un Valls, et vous comprendrez que la connerie est sinon universelle, au moins bien partagée entre les deux côtés de l’Atlantique. Mais tous, du collégien jusqu’aux ministres, se pense supérieurement intelligent.

30/10/2008 18:09 par pierrot

Il faut aussi faire attention aux idées intellectuelles trop ancrées.
Par exemple je ne crois pas à la théorie de Darwin mais à celle de Lamarck. C’est comme l’histoire, cette dernière est toujours écrite par le vainqueur. On a fait des vérités scientifiques qui ne sont vérité que par l’influence des scientifiques qui y adhèrent et non par la véracité des ces vérités. Ceci est d’autant plus vrai aujourd’hui où on a un dogme scientifique. Pour gouverner ce n’est pas d’ intellect qu’on a besoin, c’est avant tout de sagesse et Gandhi en était un trés bon exemple.

31/10/2008 04:02 par Orwelle

Pensez-vous qu’on puisse être sage en ne s’instruisant pas ?

30/10/2008 19:34 par Anonyme

Les religieux rejetaient le darwinisme non pas pour de fausses raisons (politiques), mais parce que les découvertes de l’auteur de "L’origine des espèces" remettaient en cause le récit de la Genèse (ainsi que quelques autres récits annexes de la Bible) — et aussi, plus fondamentalement, parce que le matérialisme qui sous-tend la démarche scientifique est incompatible avec la religion. Les prédicateurs de l’époque étaient, dans leur majeure partie, autant réactionnaires (voire plus) que les télévangélistes d’aujourd’hui.

31/10/2008 02:25 par pierrot

Sauf que le matérialisme scientifique vient du rejet de la religion sur notamment l’étude scientifique de l’âme. Ce qui veut dire qu’à l’origine la science n’était pas matérialiste mais qu’elle l’est devenu pour pouvoir se développer dans un environnement religieux. Etudiez le corps si vous voulez mais pour ce qui est de l’âme c’est notre domaine. C’est pour cela que je parle de dogme scientifique.

30/10/2008 19:38 par arthur

Je ne suis pas vraiment sûr que les français puissent reprocher quoi que ce soit aux étatsuniens sur le plan de la culture des dirigeants politiques.

Quant on met au pouvoir des Sarkozy, Laporte, Barnier, Lagarde et autres Dati, on doit avoir la décence de se taire devant les bévues des autres,

30/10/2008 20:13 par paul

Bonsoir
Cette évolution vers une stygmatisation de l’intellectualisme est observable en france.
L’ignorance est aussi à l’oeuvre en la personne du président des français...
la confusion entre darwinisme initial scientifique et darwinisme social peudo scientifique est aussi très en vogue chez beaucoup de gens majoritaire.
Car avant de permettre la légitimation d’un ordre sociale de richesse, le darwinisme sociale permet de valoriser l’ultra individualisme égoïste, le libre arbitre, la liberté dominatrice, tous concepts faisant rêver le français individualiste, n’aimant pas l’école car il lui a fallu se soumettre à l’autorité du maître et s’humilier en passant les même examens que les autres.
Je pense que si aux états unis le fondamentalisme chrétien est pour beaucoup dans l’échec de l’école laïque et publique, en france cet échec est du à l’orgueil individualiste : on n’aime pas les profs, on n’aime pas les instituteurs, on n’aime pas les intellectuels, car leurs discours demandent de faire des efforts de conceptualisation, d’analyse, d’observation, de réflexion, de remise en cause de l’expérience égocentrique et surtout remettent en cause l’individualisme en conduisant à une prise de conscience de l’interdépendance sociale et économique.
Le modèle de l’autodidacte est très prisé dans le monde de l’entreprise autant que dans le peuple : il permet à chacun de se fabriquer aux yeux de son entourage une valeur indépendante de toute interdépendance au social, de se proclamer libre de toute attache : la légitimation de l’égoïsme et de l’orgueil.

30/10/2008 20:28 par VDJ

Monbiot (qui est anglais) fait un constat : en POLITIQUE aux US, le "savoir" et la "culture" sont mal vus. Ca c’est le constat d’un phénomène. Il s’en étonne même si on peut dire en précisant : "Les États-unis ont les meilleures universités du monde (...) Ils sont à la pointe des découvertes en science et en médecine. (Mais) cas unique au monde, l’érudition est un handicap politique rédhibitoire."

Plus loin, et pire encore si je puis dire, "Une authentique classe d’intellectuels (...) a réussi à présenter le conflit politique (...)".

Ou encore : "Benjamin Franklin, Thomas Jefferson, (...) faisaient partie des plus grands penseurs de leur époque. Et ils ne ressentaient nul besoin de s’en cacher."

L’idée clé n’est pas de savoir s’ils étaient ou non de grands penseurs, mais qu’ils ne "ressentaient pas le besoin de s’en cacher". La nuance est de taille.

Nous n’en sommes pas (encore) en France à donner une prime à l’inculture. Ce qui ne veut pas dire qu’untel ou untel est cultivé ou pas, mais qu’il aurait plutot tendance à essayer de la paraitre ou à esquiver la question.

"D’après les conclusions d’une enquête réalisée par des professeurs de l’Université du Texas en 1998, un professeur de biologie sur quatre (...) croit que les êtres humains et les dinosaures ont vécu sur terre à la même époque."

On peut reprocher des tas de choses à l’éducation nationale française, mais quand même...

Cela dit, la France semble se diriger dans la même direction. RDV dans 10 ans, avec le même article, cette fois-ci sur la France ?

31/10/2008 05:35 par Orwelle

La perception que nous avons de l’intelligence des Américains est biaisée par plusieurs éléments. Deux me viennent à l’esprit. D’abord, on ne voit que d’infimes parts de la réalité us, et généralement à travers la télévision. Ensuite, s’il est vrai que les Américains fonctionnent sur le mode hystérique, cela leur donne une apparence qui insupporte les obsessionnels (comme les Européens le sont plutôt, paraît-il) et une apparence peut-être trompeuse.

Par ailleurs, leur histoire les a malmenés. Les Européens ne sont pas descendants de gens déracinés qui ont dû se débrouiller seuls sans Nation véritable et capable de les protéger. Leur Nation est relativement récente, donc récemment encore c’était le plus fort qui s’en sortait. Je ne suis pas sûre que la lutte physique soit compatible avec l’érudition. Apprendre est un luxe qui demande d’être sorti de certaines contingences matérielles. C’est une explication possible à leur attachement à l’individualisme et au combat (question).

Pour en arriver au présent, l’état d’inculture des élèves est le résultat d’une politique que la France est en train d’appliquer actuellement : saccage du service public, mise en concurrence des établissements d’enseignement, afin que l’instruction publique devienne un marché comme un autre, capable de générer des profits pour le privé.
Les effets négatifs sont multipliés par d’autres facteurs comme l’éclatement de la famille, l’image du père qui disparaît, l’absence de perspectives et de repères chez les parents. La misère qui s’annonce va probablement encore aggraver la situation.
Comme un lecteur l’a écrit, la France sera bientôt au même niveau d’inculture. Il suffit de regarder les programmes télévisés ou de surfer sur le net pour en voir les signes.

Dans le domaine de l’enseignement, l’inconséquence des gouvernants est peut-être due à leur manque de culture et à la fascination pour les apparences, les biens matériels venant combler un grand vide intérieur (cf Sarkozy). Elle est sans doute aussi grandement délibérée : un peuple ignorant est plus facilement manipulable. Comme les travailleurs par temps de chômage ou de précarisation. Alors, au lieu de chercher à réparer, Darcos appauvrit les programmes scolaires, simplifie les épreuves des concours. Mais un peuple ou un enfant dont on n’attend rien ne peut pas s’élever.

Cela dit, Bush profère des bêtises, soit. Mais ses allures simples sont calculées. Il cherche à plaire au peuple pour être élu, et les gens de sa caste l’y poussent pour que leurs intérêts soient défendus au sommet de l’Etat et pour ne pas avoir investi à perte dans une campagne électorale. Les nantis ont tout intérêt à ce que ces campagnes soient toujours aussi dispendieuses, à ce que les règles électorales soient compliquées et à ce que les machines à voter soient utilisées. Tout ce qui abêtit la population et l’éloigne des urnes ne peut qu’être profitable aux grandes fortunes, américaines ou pas.

Pas de culture sans démocratie, ou l’inverse ?
Un texte m’a beaucoup éclairée sur le sujet. Il s’agit d’"Identité nationale ou imitation américaine ?" par Serge Halimi : www.monde-diplomatique.fr/carnet/2007-04-18-Identite-nationale

31/10/2008 07:41 par xéno

De de Gaulle et son oeuvre littéraire, en passant par Pompidou et son anthologie de la poésie française, sans oublier l’académicien d’Estaing et le lettré Mitterand, jusqu’aux Coronas "sans me faire bouger l’autre" de Chirac, et le "casse toi pauv’con" de notre spécialiste de la drague à Euro Disneyland, on peut se demander si nous ne suivons pas la même pente.

Le titre de l’article étant sous forme de question, on peut essayer d’y répondre en invocant la convergence du développement de la rhétorique argumentative étasunienne, et l’enseignement de Leo Strauss, diffusées notamment à travers des films et des séries TV.

Heureusement Napoléon III, le Général Boulanger, Poujade, Coluche, Le Pen et beaucoup d’autres, nous rappellent qu’il s’agit d’une constante de la politique.

Il faut bien admettre que la bétise et la politique ne sont pas incompatibles.

31/10/2008 07:49 par vulcano

Euh... areuh ?.... En matière de déclin de l’intelligence, on peut aisément évoquer nos sinistres gouvernants de gauche comme de droite qui naviguent à vue, ne sont animés d’aucun projet sociétal ou bien, pour ce qui concerne la droite, la dictature du fric, le contrôle permanent du citoyen oups "consommateurs" ; sans qu’ils puissent imaginer que cela puisse leur péter un jour au l’autre en pleine tête... Pourront pas dire qu’ils étaient pas prévenus. Dans les mois et les années à venir, va y avoir du sang...

31/10/2008 08:43 par Anonyme

C’est vrai que pour l’ignorance crasse, en Europe nous avons un champion du monde ; Sarkozy !

31/10/2008 18:31 par Madiran

N’oublions pas que l’intelligence des dirigeants de nos contrées ne va pas en diminuant, mais hélas pas non plus en augmentant !!
Souvenez de Jean monnet, un des constructeurs de l’Europe, héritier et representant en cognacs, qui fut l’un des premeirs, et non le seul, à organiser la contrebande l’alcool depuis Saint pierre et Miquelon lors de la période de prohibition aux états unis. Ce, avant de pmettre en place une banque en Californie qui ne résista pas bien longtemps aux vicissitudes de la crise....
Il a su, plus tard, mettre en place, dans l’Europe naissance les moyens de developper, non pas notre pays, mais surtout les affaires.
Avant de mettre en place cette Europe qu’il voulait au moins Anglaise, ou pour le moins orientée vers l’économie saxonne il excersa auprès de la société des nations ! A pied d’oeuvre !!
Lui doit on la culture ?

Coté culture ? Demande t-on aux dirigeants d’être cultivés ?
Non pas, on leur demande de "pévoir"...
Quand au manque d’intelligence dans les gouvernances, la choses, hélas, n’est pas nouvelle.

02/11/2008 14:12 par Hilaire Denan

Ce qu’il parait raisonnable de constater, c’est que ce sont les "grands" financiers qui dirigent les états et donc, les politiques.
Pourquoi mettre des pions aussi ridicules à la tête des gouvernements ? la réponse nous l’avons tous les jours dans l’actualité, la guerre est la meilleur industrie du monde.
Elle permet, en éliminant le trop plein de population de s’enrichir grassement.
Mettre un QI à la présidence reviendrait à se voir refuser cet inadmissible mission : faire de la masse une idiocratie compétente et asservie au seul objectif de la rentabilité en repoussant les limites de l’inacceptable.

27/10/2009 23:01 par artiste

Ce que Hitler n’as pas compris ,qu’il faut pas tuer les gens pour piquer leurs argens , on peut tirer plusieurs
peaux d’un être humain pendant son long existance .
Il faut garder la paix chez nous , et mener des guerres ailleurs .
L’autre nouveau élément c’est la télévision qui simplifie les esprit . Il faut pas oublier le politique de l’expansion , le manque de compassion , et l’impact de l’argent sur les esprits .
Tous ses faux enthousiasmes , quand les égoistes se croisent .
Peut être le prochain président Français vas être un sorte
de "Sà rkozy" soft pour rester dans la lignée .

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