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Derrière la démographie, le désespoir social.

Avertissement au lecteur : Cela faisait longtemps que je n’avais pas écrit de papier visant à démontrer une idée, tellement je considère que les éléments du quotidien sont suffisamment présents sur les « trottoirs du business ».

Mais la démographie, dans une société est un élément essentiel, qui conditionne le devenir des sociétés. Alors j’ai repris ma plume « d’économiste marxiste » revendiqué, au sens où au-delà du concept de « lutte de classes », dont je ne parle pas, j’essaie, en ce bi-centenaire de la naissance de K.Marx, de démonter les données démographiques pour leur donner un sens historique, en m’appuyant sur les observations scientifiques et des journaux qui ne sont pas marxistes, car tel est pour moi la grande force d’une « approche marxiste ». Utiliser des éléments ou des journaux de la « presse bourgeoise » (Le Figaro, Atlantico) pour arriver à la démonstration de mon titre. Rappelons ici que le sous-titre du Capital, s’intitule simplement « critique de l’économie politique » et qu’il a construit cette critique en s’appuyant sur la lecture et l’analyse des économistes libéraux de son temps. En d’autres termes, il s’agit d’utiliser les analyses du système lui-même, pour démontrer la thèse avancée. J’espère que le lecteur appréciera cette approche et qu’il sera de fait incité à découvrir les ouvrages de K.MARX, tels qu’ils sont et non via B.F.M. 

Introduction : Tout économiste un peu censé, connait l’articulation qui existe entre démographie et développement d’une société. Pourtant la démographie n’est pas considérée et traitée comme un « input » économique des entreprises, qui sous pression du « capitalisme financier » ne regarde que le bas de son bilan (Résultat d’exploitation) conditionnant la distribution des dividendes et leurs évaporations dans les iles lointaines, pour éviter leurs contributions à « l’intérêt général humain » (impôts). Avec un Président qui rêve de pouvoir gérer la France comme une « start-up », les résultats démographiques de notre Pays, déjà déclinants depuis quelques années, qui de plus se sont confirmées, risquent de s’accélérer encore plus. La lecture attentive des statistiques et des graphiques révèle en fait le « désespoir social » qui sous tends ces évolutions et révèle en fait une situation profonde « d’inquiétude en l’avenir », là où les politiques dite de marché, sont fondées sur la « confiance » clef de voute de l’équilibre pur et parfait du « marché libre et non faussé ». Ce n’est pas le moindre des paradoxes, que de voir que le « capitalisme de marché », qui se prétends fonder sur la confiance, construit un système qui détruit la confiance, en structurant des relations sociales de défiances permanentes en l’humain…C’est tout l’objet de ce texte que d’en démontrer la philosophie.

DEMOGRAPHIE ET DEVELOPPEMENT : Dans les siècles passés, l’humanité pour se reproduire était conduite à « produire » beaucoup d’humains dont beaucoup mourraient vite, du fait de la mortalité infantile élevée (hygiène, maladies, travail usant etc.). Les parents, sans retraites prévues, faisaient aussi beaucoup d’enfants, pour que ceux-ci puissent les remplacer, notamment dans les travaux des champs, lors de leur vieillesse. En ces temps-là, la natalité élevée répondait en fait à ces besoins du quotidien très matériels. Les enfants étaient produits pour reproduire la famille, mais surtout la force de travail nécessaire, pour accomplir le travail des champs.

LES PROGRES : Avec le développement de la médecine, de l’Hygiène et de l’amélioration progressive des conditions de travail [1], les « Pays développés » ont connu une baisse du taux de fécondité, qui accompagnait de fait la baisse du taux de mortalité infantile. La croissance démographique existait mais elle se ralentissait. Seuls les Pays dit « sous-développés » connurent le maintien d’un taux de natalité élevé avec une baisse de la mortalité infantile expliquant la montée démographique importante des populations du sud (Inde, Asie, Afrique).

LA SITUATION DE LA France : Si l’on prend les chiffres bruts la France, c’est :

  • 67,2 millions de personnes, ce qui en fait la deuxième population Européenne,
  • En 2017, la France a gagné 233.000 habitants (+0.3%)
  • En 2017, l’espérance de vie à soixante ans a augmenté pour les hommes (+ 0,1 an)

On peut se dire qu’en apparence tout va donc bien, sauf que l’approfondissement des statistiques révèle une situation réelle infiniment plus problématique.

  • 767.000 bébés sont nés en France l’année passée, mais c’est 17.000 de moins qu’en 2016.
  • 603.000 personnes sont décédées dans la même période, soit 9.000 de plus qu’en 2016 (+1,5%).
  • Le nombre d’enfants par femme est de 1.88 en 2017. C’est moins qu’en 2016 (1.92).
  • Le taux de mortalité des nourrissons est passé de 3,7 sur 1000 en 2016 à 3,9 en 2017.
  • En 2017, l’espérance de vie à soixante ans a augmenté pour les hommes (+ 0,1 an) mais a stagné pour les femmes.

Ces multiples données sont inquiétantes à plusieurs titres, car se combinant entre elles, elles donnent plutôt l’idée d’une régression de la société. La question est d’en comprendre la raison, et il faut pour cela, se sortir des statistiques de l’instant pour observer l’évolution, en vue d’en dégager une analyse potentielle, ce que nous verrons plus loin. Mais qu’en est-il en Europe ???

LA SITUATION EUROPEENNE : En Europe, le Pays le plus peuplé est l’Allemagne avec 82 millions d’habitants, mais sa démographie réelle est, là aussi, inquiétante, du fait de la montée des classes âgées et surtout le manque de naissance (1,3 de taux de fécondité), expliquant en retour le positionnement politique de Merkel sur l’immigration, venue au secours d’une Allemagne en déclin démographique. On peut être la première puissance économique du continent, être championne mondiale des exportations et cependant se trouver dans une situation réelle (population-démographie) très négative pour envisager l’avenir.

LE DECLIN DEMOGRAPHIQUE DE L’EUROPE : Au-delà de l’Allemagne, comme le montre ce graphique, la situation démographique de l’Europe est difficile, puisque 26 Pays sur 27 sont en dessous du seuil de renouvellement. Cette situation démographique de déclin, ne peut qu’avoir des conséquences négatives sur l’activité économique du continent. Comment peut-on prétendre à être la première puissance mondiale en termes de croissance et de développement en ayant une démographie aussi précaire ?

Après le constat des données, il s’agit désormais de passer à une analyse qualitative qui permette d’amener des débuts d’explication.

LA QUESTION SOCIALE : La situation de crise structurelle qui dure, et ses conséquences sociales (emploi-chômage-précarités) pèsent sur les perspectives des ménages Européens. Certains diront que cette explication de type sociologique est facile, qu’elle ressort d’un « parti pris » idéologique et non d’une analyse exhaustive susceptible de justifier le propos… C’est pourquoi il faut donner la parole aux scientifiques de la démographie européenne : « Il y a un contraste très net entre la période de boom économique, entre 2005 et 2008 et l’après-crise financière », relève Tomas Sobotka, chercheur de l’institut autrichien [2]. Et ce chercheur poursuit : « Les données européennes montrent une corrélation très nette entre la hausse du chômage et le recul des naissances avec un décalage d’environ un an » [3]. Et il termine par : « Les périodes de récession ou de stagnation sont généralement suivies par un à deux ans de réduction des taux de fécondité ». [4]

LIRE LE FIGARO : La Cerise sur le gâteau de l’explication socio-économique, nous vient du Figaro, journal peu connu pour ses sympathies sociologiques : « Les jeunes femmes, surtout les plus éduquées, décident de retarder l’arrivée du premier enfant. Au-delà de la conjoncture - incertitude professionnelle, baisse des revenus… les freins viennent aussi des politiques d’austérité, des coupes budgétaires qui réduisent les aides destinées aux familles. » [5]

QUEL AVENIR : Au-delà de chiffres bruts et de leur analyse, l’une des questions posées est celle de l’avenir et là encore le Figaro est aussi très clair : « Si l’on ajoute à cela les soldes migratoires négatifs, autre conséquence de la crise très nette en Europe du Sud (Portugal, Grèce, Espagne), il y a un risque pour le renouvellement des générations. Ces trois pays affichent un taux de fécondité très inférieur au seuil minimum requis de 2,1 enfants par femme. Phénomène inquiétant en Grèce, le nombre d’avortements a augmenté de 50 % en 2011 pour atteindre 300.000. Au Portugal, le nombre de naissances est tombé en 2012 à 90.000, son point le plus bas depuis 60 ans. Résultat, l’institut viennois estime que d’ici à 2050, les plus de 65 ans représenteront un tiers de la population, contre 18 % actuellement. [6]

Au-delà des données qui montrent un lien entre Démographie et situation économique, on observe en Europe, une évolution préoccupante de la démographie, dont les causes, selon l’expert cité par Le Figaro, sont à rechercher dans une analyse de type « socio-économique ».

Question, qu’en est-il en France ???

UNE ANALYSE ECONOMIQUE ET POLITIQUE DE LA SITUATION FRANCAISE : Un graphique en soi ne dit rien. Son évolution ne peut pas non plus s’expliquer par la « main invisible du marché » censée en « économie de marché », tout équilibrer. Il faut donc ajouter au graphique des informations de nature politique, permettant de commencer à formuler une explication.

La rupture réelle se fait en 2010, en plein récession économique, suite au Krach de 2008. La hausse du chômage de masse notamment pour les jeunes, leur précarisation massive, à l’image de l’Allemagne, la difficulté pour les femmes de trouver un emploi stable (les plus précarisées) et les violences du monde (Terrorisme-guerres) n’incitent pas à avoir confiance et de fait à vouloir « faire des enfants ».

Se rajoute à cet aspect structurel le fait que les ordonnances Macron fragilisent les sécurités du code du travail, ce qui ne peut que nuire à l’envie de procréer. Au contraire, dans toute société développée toute précarité et risque de précarité augmenté incitent à réduire « l’envie de faire des enfants », car au-delà de l’envie, il y a la responsabilité de les élever. Or plus le monde est incertain, voir violent, plus la responsabilité augmente et des parents responsables n’ont pas envie de faire comme en 1900 de la ’chair à canon’...

EVOLUTION DU SOLDE NATUREL : Le solde naturel est résultat comptable de la différence entre les naissances et les décès. Après la période du Baby-boom après la seconde guerre mondiale, on observe une première chute en 1973, puis une stabilisation des naissances. La crise de 2008 et ses conséquences sociales, engendre une nouvelle tendance à la baisse des naissances, qui de plus s’accompagne d’une remontée des décès…

UN RECUL DE L’AGE DE NATALITE : Se rajoute à ces aspects, le fait que l’âge de procréer ne cesse de reculer : « Pour la première fois, l’âge des femmes à la maternité a passé le seuil des 30 ans. C’est ce que révèle une étude de l’Ined qui observe que sur le total des femmes accouchées en 2009, la moyenne atteignait cet âge. Si ce dépassement est un cap historique, hormis la parenthèse de la Première Guerre mondiale qui avait vu augmenter l’âge des mères jusqu’à dépasser 30 ans entre 1916 et 1919, il est pourtant symbolique d’une tendance qui se poursuit en France depuis un siècle. Sur la période récente, alors que les femmes avaient accouché en moyenne à l’âge de 26,5 ans en 1977, elles passaient à 29,9 ans en 2008. » [7]

UNE EVOLUTION DE LONG TERME QUI TEND A … : Comme le montre ce graphique ci-dessous, à partir de 1974, le recul de l’âge de natalité se fait depuis désormais depuis une quarantaine d’années. Les raisons en sont multiples et se combinent entre elles.

  • Autorisation d’utilisation des moyens contraceptifs et leur publicité (1967)
  • Loi sur l’I.V.G (1975)
  • Hausse de la population active féminine. Ce facteur est en un déterminant essentiel : « Au cours des 50 dernières années, la proportion de femmes participant au marché du travail a fortement progressé. En 1962, à une époque où les femmes devaient demander l’autorisation de leur mari pour travailler, seulement 40 à 45 % des femmes ayant entre 30 et 50 ans étaient déclarées actives. Désormais, la proportion de femmes actives à ces âges est supérieure à 80 %. » [8]. C’est dans cette articulation, que l’on mesure à quel point démographie et développement sont intiment liés. Et dans le cadre de la féminisation du travail, le statut des femmes ne devrait-il pas être une priorité, pour toute politique démographique de progrès, notamment en termes de droits nouveaux, visant la sécurisation professionnelle ???

Ce graphique permet de visualiser aussi que cette situation s’est auparavant retrouvée dans l’Histoire au moment de la première et de la seconde guerre mondiale, période qui n’étaient pas propices à la natalité. On peut donc considérer que les périodes de danger et d’incertitudes ne sont pas propices au « désir d’enfants »…

…SE PROLONGER : Si l’on observe l’évolution récente on constate une augmentation de l’âge moyen de procréation qu’il faut mettre en relation avec la situation d’incertitude économique et social de la période. Pour ne dire qu’un chiffre, en 2011, pour un taux de chômage moyen de 9, 2 %, les femmes de moins de 25 ans subissaient un taux de chômage de 24, 3 %. Si l’on considère qu’avec le développement de l’éducation et de la responsabilisation, les femmes ne font plus des enfants par accident, on peut alors considérer qu’une partie de ce recul de l’âge de la maternité, s’explique donc, notamment dans la dernière période, par l’incertitude sociale et économique de la situation actuelle.

LA PRECARISATION DE L’EMPLOI DES FEMMES : le graphique ci-dessous à gauche dévoile le nombre d’emplois créés selon le statut. On observe de fait une « précarisation globale de l’emploi créé », qui concerne notamment les jeunes, puisqu’on parle de « création d’emplois ». S’y rajoute le graphique de gauche qui montre comment cette précarité touche davantage les femmes par le travail partiel subi. Nous sommes donc en tant que société confronté à un système de « précarisation massif de l’emploi féminin ». [9] En d’autres termes le contraire de ce qu’il faudrait pour une politique démographique progressiste, permettant de reconstruire de la … « confiance ».

Ces graphiques esquissent un début d’analyse qui semble lier étroitement « comportement familial » et « situation économique »…S’agit-il d’une réalité ou d’un présupposé idéologique ???

LE SUBSTRAT ECONOMIQUE DE LA DEMOGRAPHIE : En matière démographique comme on a pu le mesurer dans certains graphiques plus haut certains comportements et modifications de comportements ne sont pas de fondements économique mais de nature sociétale. La possibilité et la liberté d’utiliser des moyens contraceptifs, l’éducation à la sexualité, le droit à l’I.V.G ont produit des effets comportementaux qui modifient l’évolution de la natalité (baisse de la fécondité, recul de l’âge de la natalité). Cependant, une fois cette chose dite, il reste que les évolutions démographiques, y compris dans le comportement des familles dépend du « substrat économique » perçu et ressenti. Les familles des Pays développées ont tendance à calquer leur comportement sur l’appréciation de la situation économique et de son devenir potentiel. C’est si vrai qu’un journal comme Atlantico, peu connu pour ses sympathies marxistes ou gauchisantes, constatant le recul de l’âge de natalité des femmes explique : « Et cette situation n’est pas simplement le reflet d’un ’changement de société’ où les femmes, par simple choix de vie, retarderaient le moment d’une naissance. Un facteur économique semble bien agir sur cette situation. En effet, la corrélation entre le niveau d’activité des 15-24 ans et le niveau de fécondité de la même classe d’âge est très forte » [10].

Et il poursuit : « Le résultat est une tautologie : pour avoir un enfant, il vaut mieux avoir un emploi. Le plus souvent, la justification apportée est que les femmes en question feront des enfants plus tard [11].

UNE ETUDE AMERICAINE : Une étude américaine contrastée dévoile cependant une modification du comportement dont les impacts se font sur le long terme. La famille, qui rappelons-le, dans la théorie libérale, est traité comme un « agent économique », semble intégrer la situation économique, comme un « input » qui modifie son comportement :

« ’Une hausse de 1 point du taux de chômage réduit la fécondité à court terme de 6 naissances pour 1000..(..) Lorsque nous suivons ces femmes jusqu’à 40 ans, nous trouvons qu’une hausse d’un point de chômage expérimenté entre l’âge de 20 à 24 ans conduit à une perte totale de 14.2 naissances pour 1000 femmes. Cet effet à long terme est dû en grande partie aux femmes qui restent sans enfant.’

’Ces femmes ne font pas que renoncer aux premières naissances, elles renoncent également aux naissances ultérieures’. (…) ’Nous trouvons remarquable que l’évolution des conditions macroéconomiques au moment du jeune âge adulte ait un effet profond sur la vie future de chaque femme’ [12].

LA CONCLUSION DU JOURNAL ATLANTICO : Le journal conclue ainsi : « Ainsi, concernant le cas français actuel, et bien que la forte tendance à la baisse de la natalité des moins de 30 ans soit compensée par la hausse de la fécondité des femmes de plus de 30 ans, la bonne tenue de la démographie pourrait ne pas être durable. La génération actuelle, arrivant sur un marché de l’emploi en crise depuis 2008, pourrait durablement faire moins d’enfants que la génération précédente. Si la natalité française apparaît encore bien vigoureuse, il est probable que la crise économique ne délivrera ses effets que sur le long terme » [13].

Rappelons ici que cette analyse succincte date de 2015 et que les résultats de 2017 aggravent cette analyse.

LES TRANSMUTATIONS ECONOMIQUES : On peut ainsi mieux comprendre, pourquoi dans notre pays, l’âge moyen de natalité recule. Plus la situation d’incertitude économique augmente, moins l’envie de natalité active peut se développer. On ne peut faire des enfants que dans le cadre d’une « société de confiance », ce qui avec les réformes sur le marché de l’emploi, qui insécurise encore plus (« Ordonnances Macron »), ne peut que porter atteinte au sentiment de confiance dans l’avenir. Il nous faut donc aborder sommairement les transmutations du système économique et notamment son mécanisme actuel de « financiarisation » en articulation avec la « mondialisation ».

LA FINANCIARISATION UNE DEFINITION : La financiarisation de l’économie, n’est pas une invention des « méchants marxistes », du fait que l’on trouve sa définition dans de nombreuses études : « La financiarisation est le concept fréquemment utilisé pour caractériser les changements majeurs intervenus dans le fonctionnement macroéconomique des pays avancés (et, peut-être dans une moindre mesure, des pays en développement) depuis le début des années 1980. Pour résumer, ce concept fait référence au rôle croissant de la finance dans la transformation des institutions, des comportements et des objectifs des acteurs économiques (ménages, sociétés non financières, sociétés financières, État). Dans cet article, nous montrons que la financiarisation, en promouvant une nouvelle norme financière de rentabilité accrue, a élevé le coût du capital pour les sociétés non financières en France. Après avoir revisité la notion de coût du capital et proposé une mesure de ce qu’on pourra appeler le « surcoût » du capital, nous exposons les raisons qui permettent de comprendre pourquoi l’évolution de ce surcoût peut expliquer la diminution du rythme de l’accumulation du capital, et in fine, pourquoi cette élévation du coût du capital permet de mieux appréhender le ralentissement des performances macroéconomiques françaises depuis les trente dernières années. » [14]

LA FINANCIARISATION DE LA SOCIETE OU LE CAPITALISME PREDATEUR : On peut dans ce cadre parler de « Capitalisme prédateur » : « La financiarisation de l’économie est l’importance grandissante du recours au financement par endettement des agents économiques [15]. Cette financiarisation se traduit par une augmentation notable de la part des activités financières dans le PIB des pays développés. La valorisation des actifs se fait en fonction des valorisations par les marchés financiers. Les revenus des activités des activités de services dans la banque, l’assurance et les placements sont d’importance croissante, et les seuls primes des banquiers se chiffrent en milliards de dollars. L’ingénierie financière multiplie les types d’actifs financiers, les sommes en cause deviennent colossales, et si les profits sont énormes, il en est de même des pertes, les risques paraissant devenir hors de contrôle dans le cadre des dérapages et dérives financières. [16]

Précisons qu’à ce moment-là, ce sont les Etats, qui pour sauver le malade, récupère les dettes privées, via les « banques centrales » et que pour ré oxygéner le malade, les Etats commandent des « grands travaux » financées par de l’emprunt, obtenus auprès de ces mêmes malades, à des taux prohibitifs. Ce sont ces mêmes emprunts faits pour que le secteur privé se sauve de sa propre crise, qui accumulé au cours du temps devient, par simple jeu d’écriture, « dette publique », propagande indispensable pour justifier la baisse des dépenses publiques, et de fait la « privatisation » des activités publiques (Poste, Télècoms, Autoroutes, et bientôt éducation, santé, culture etc…). La financiarisation de la société construit de fait un « capitalisme prédateur », puisque se nourrissant de l’activité publique abandonnée et transférée au secteur privé comme moyen de régler une dette dite publique générée par les marchés (graphique).

L’ACCELERATION DE LA FINANCIARISATION : Le document poursuit son approche expliquant l’origine du mécanisme de financiarisation : « La financiarisation de l’économie a été fortement accélérée par deux facteurs : l’un est le développement des financements internationaux et l’autre est la politique fiscale des Etats pour attirer les liquidités internationales. » [17] Observons que la « politique de Versailles » (réception par Macron des investisseurs Internationaux va amplifier ce mécanisme.

La réalisation du système appelé « Mondialisation » en est à l’origine : « Le développement des financements internationaux s’est fait dans le cadre de la mondialisation de l’économie mais en raison en particulier du développement des pétrodollars à la suite de l’augmentation des recettes pétrolières des pays exportateurs de pétrole. Cette abondance de liquidités qui a marqué la deuxième moitié des années 1970 s’est en particulier renouvelé dans les années 2000 » [18].

L’attractivité des capitaux devient dès lors la seule politique appliquée : « La libre circulation des capitaux devient la règle, mais au-delà de cette libéralisation, les états cherchent à attirer les flux de capitaux internationaux. Pour attirer ces liquidités les états ont mis en place une défiscalisation partielle ou totale des versements d’intérêts à des prêteurs étrangers. Il suffit alors que localiser le titulaire de la dette en zone défiscalisée ou à faible fiscalité pour mettre en place un financement dont le coût est déductible par l’emprunteur, à la différence de la rémunération des fonds propres, et qui n’est pas fiscalisé ou l’est faiblement. Le traitement fiscal de la dette a conduit au développement des opérations dites à effet de levier. »

Le résultat final étant qu’il y a plus d’argent à faire dans la « financiarisation » que dans l’activité réelle : « La financiarisation de l’économie a permis un développement considérable de l’activité financière. En 2007 40% des profits du secteur privé aux Etats Unis a été fait par les banques, qui n’emploient que 5% des salariés. ». Dans la financiarisation, l’argent et son accumulation, passent avant, l’humain après.

LES CHIFFRES DE LA FINANCIARISATION : Au-delà de la définition il y a la matérialité des chiffres que visualisent ces graphiques. Dans les années 80, était débité à longueur de temps, le théorème Schmidt qui proclamait : « Les investissements d’aujourd’hui font les investissements de demain, qui feront les emplois d’après-demain ». La vérification empirique du théorème montre l’inverse. Plus les profits se sont envolés et moins l’investissement productif s’est développée (graphique de gauche), la valeur ajoutée créée fut spolié du travail pour être donné au capital via les dividendes (graphique de droite), au point que l’ouverture du sommet de Davos cette annonce stupéfiante : « 82 % des richesses crées en 2017 ont été accaparés par 1 % de la population ».


Observons donc, qu’une fois de plus c’est notre système économique ’le capitalisme mondialisé’, qui est cause de cet affaiblissement de long terme, car c’est cette financiarisation de l’économie qui amène des éléments d’incertitude qui pèsent tant sur les familles, car la « financiarisation » c’est « l’argent du Capital d’abord et l’humain après » qui joue ainsi le rôle de « variable d’ajustement ».

ON NE FAIT PAS DE BEBES SANS CONFIANCE EN L’AVENIR : Dans les pays développés, et au vu des éléments d’analyse démographiques amenés ici, on ne fait pas de bébés sans une certaine confiance au lendemain. Avec la Crise de 2008, et sa profonde dépression, les familles, on le voit, ont peur de l’avenir et ne veulent pas prendre la responsabilité de mettre au monde des enfants, dont l’avenir social devient de plus en plus incertain, à la fois du fait de la situation économique, mais aussi des décisions politiques prises contre la sécurisation de leur insertion dans la société (Quelle école ? Quelles formations ?, pour quels diplômes ? Pour quels emplois ? Pour quels salaires ? Pour quelles conditions de travail ? Et pour quelle durée effective (Droit à la retraite). Les décisions politiques prises à l’encontre du « droit du travail » en France (ordonnances Macron) vont produire des effets sur la démographie de notre Pays, portant atteinte à son développement réel de long terme.

DE LA SOCIETE DE CONFIANCE A LA SOCIETE DE DEFIANCE : Une fois posée les problématiques économiques et sociales que révèlent les données démographiques, il nous faut alors prendre de la hauteur, c’est-à-dire faire de la philosophie.

  • La politique de confiance : Il est remarquable d’observer que tous les gouvernements successifs n’ont eu de cesse que de déclamer leur volonté de « redonner confiance ». En utilisant ces termes, ils parlaient non aux ménages, mais aux seules entreprises, dont le comportement « d’investissement » dépends de ce seul critère. Pour donner confiance à ces entreprises, les seuls politiques développées depuis plus de 30 ans ont été la baisse de la fiscalité, en vue de rendre l’investissement rentable. D’où toutes les décisions politiques successives de « baisse des charges », de « baisse des impôts » et de « réduction des contraintes » (Droit du travail), en vue « d’attirer les capitaux », pour qu’ils s’investissent, sans que, notons-le, le moindre mouvement effectif d’investissement réel ait lieu de manière intense et durable.

  • - *La politique de défiance : Pour les ménages cette « politique de confiance » s’est de fait traduite par une politique de « défiance permanente ». Le C.D.I, « base du contrat de confiance » est devenu le contrat de travail le moins utilisé par les entreprises qui lui préfèrent le C.D.D, et l’intérim, contrats précaires, exprimant un « rapport de défiance ». Les chômeurs qui sont avant tout des victimes d’une situation économique mal gérée par les gouvernements, sont plus contrôlés que les mouvements de capitaux qui eux déstabilisent l’ensemble de la planète (Krachs boursiers). Les jeunes de plus en plus précaires, sont, dès le premier jour, mis au défi de montrer leur compétitivité immédiate. Les couples censées représentées l’équilibre divorcent de plus en plus, sous les coups de la flexibilisation des horaires et de la mobilité géographique exigée. Comment dans ces conditions le ménage peut-il trouver une stabilité, générant confiance dans l’avenir. Suite à la lecture d’un article sur la démographie, j’ai lu ce commentaire d’une lectrice que je livre dans son entier : « Bonjour vous parlez de la baisse de la natalité, vous ne parlez pas de la prime de naissance supprimée par notre gouvernement actuel et qui est versée deux mois après la naissance !! Le gouvernement a tué les commerçants indépendants de puériculture, j’en fais partie à Montauban je vais devoir fermer mon commerce !!! ». Dans ce témoignage, nous voyons la matérialisation immédiate de cette « politique de gribouille ».

Pour qui travaille les concepts, derrière les mots utilisés se trouvent aussi les maux d’un système. A force de ne voir que la « confiance dans l’entreprise », nos politiques tuent la « confiance des ménages » et de fait mettent en cause le développement de la société, sa reproduction réelle, et c’est ce que visualisent les évolutions démographiques analysées. Par ailleurs, le mot « entreprise » cache en fait le seul rapport de possession monétaire appelé « Capital », là où il faudrait sans doute définir l’entreprise comme « un espace humain créateur de richesses », mettant de ce fait en valeur, non le rapport juridique de propriété, mais la contribution effective à la création de richesses.

C’est pourquoi derrière la propagande utilisée de « politique de confiance », se cache en définitive « une politique de défiance », sacrée contradiction pour un système qui se prétends porteur de la liberté individuelle fondée sur la responsabilité.

DERRIERE LA DEMOGRAPHIE… LE DESESPOIR SOCIAL : ouverture

Arrivé aux termes de ce papier qui traitait à son introduction de problèmes démographiques, on observe, qu’y compris sur cette question, se niche la politique. En fonction des politiques sociales développées se construisent des comportements sociaux qui ont un impact sur toute la société.

Là où on pouvait croire au fait que faire un enfant était une liberté individuelle, indépendante du contexte, on observe dans les faits que l’enfant est aussi, le produit d’un rapport social donné.

L’on observe une articulation étroite entre des situations économique de crise, renforcées par des décisions politiques négatives (fiscalité, politique salariale, contrats de travail, chômage et précarités entretenues, retraites etc.) et la baisse de la fécondité. Nous sommes bien dans une situation « d’inquiétude sociale » qui rejaillit sur l’ensemble de la société, via le taux de natalité, qui devient l’expression de « l’inquiétude sociale ».

Cette « inquiétude sociale » pèse d’autant plus qu’il se combine à l’accélération de l’individualisation des rapports sociaux, qui débouche sur le déclin apparent des luttes collectives et leur remplacement par la judiciarisation des procédures, alors que dans le même temps les droits sociaux collectifs, donc individuels, sont de plus en plus, mis en cause (droit du travail).

Comment peut-on être en « confiance individuellement », quand l’environnement du quotidien et ses perspectives se dégrade ???

La baisse de la natalité en France, le recul de l’âge de natalité en France et en Europe ont directement à voir avec les politiques économiques et sociales développées dites de « rigueur » mais qui ne sont fondées sur aucune approche rigoureuse des réalités, juste l’application d’une théorie de « tubes à essais ». Nous sommes donc ici dans l’application d’une idéologie, sans aucun retour critique effectif.

Pour moi enfin, derrière ces évolutions démographiques négatives, se cache le « désespoir social ». Enfin, derrière la « politique de confiance » affichée se cache en définitive la « destruction de la confiance » en l’humain. A chacun de réfléchir, fondement de la politique, avant qu’il ne soit trop tard…

Fabrice
Le 30 Janvier 2018

P.S / je conseille la lecture du très bon article d’Atlantico sur la question traitée en rappelant qu’il date de 2015 et que depuis, les choses se sont encore aggravées. http://www.atlantico.fr/decryptage/derriere-apparente-bonne-sante-demographie-francaise-tres-inquietante-baisse-fecondite-femmes-moins-30-ans-nicolas-goetzmann-1953466.html

P.S 2 / En lisant l’humanité de ce jour, j’apprends que les personnels des EHPAD sont pour certains en grève depuis 117 jours le sous-titre s’intitule : « c’est l’austérité qui produit la maltraitance ». Il faudrait étudier plus profondément, mais je ne peux m’empêcher de faire la relation entre la situation des naissances en France, qui se dégrade, y compris pour ce qui concerne la mortalité infantile, et la hausse de la mortalité en fin de vie. Du début de la vie à sa fin, il y a quelque part « maltraitance humaine » et le politique est, du fait des politiques économiques et sociales appliquées, directement responsable.

[1Résultant des luttes sociales et politiques (1830, 1848, 1906, 1936, 1945, 1968 etc…

[2Zone euro : la crise porte un coup à la natalité / le Figaro du 14 Janvier 2014

[3Idem

[4Idem

[5Idem

[6Idem

[7« L’âge de la maternité ne cesse de reculer en France » / Le Figaro 2010

[8INSEE

[9A quoi il faudrait aussi rajouter les inégalités salariales subies par les femmes à responsabilité égale.

[10« Derrière l’apparente bonne santé de la démographie française, la très inquiétante baisse de la fécondité des femmes de moins de 30 ans » / Atlantico Janvier 2015

[11Idem

[12Idem

[13Idem

[14« A la recherche du cout du Capital » / Revue de l’IRES / 2013

[15Précisons que les agents économiques s’endettent non par plaisir, mais par absence de revenus, permettant le maintien du pouvoir d’achat salarial.

[17Idem

[18Idem


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