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Discours irrationnels, violences, guerres illégales...

Au cours de son exposé parrainé par la New American Foundation en mars 2008, l’auteur Parag Khanna traita des défis auxquels font face les États-Unis pour leur hégémonie mondiale. Selon Khanna, la Chine et l’Union européenne sont les nouveaux prétendants, le champ de bataille mondial étant un « marché géopolitique ».

Sans traiter de la perspicacité de Khanna, une déclaration m’a particulièrement intrigué. « Pourquoi je vous parle de l’Europe, la Chine et les États-Unis ? Qu’en est-il de la Russie, de l’Inde, de l’Islam .. que dire de tous ces autres pouvoirs ? » Au départ, je pensais que ça devait être une erreur. L’orateur devait sûrement se rendre compte que l’islam est une religion, pas une entité politique avec un « marché géopolitique » défini. Mais ce n’était pas une erreur, ou plus exactement, c’était une erreur délibérée. Khanna poursuivit en expliquant que l’islam n’a pas « le genre de cohérence » qui lui permet d’étendre son pouvoir et son influence, contrairement aux autres puissances dominantes. Selon cette logique étrange, l’islam et le Brésil ont été discutés dans un contexte similaire.

Ce genre de raisonnement tordu a prospéré en tant que discipline devenue industrie dans le monde universitaire, depuis les attaques terroristes du 11 septembre 2001. Bien sûr, ce type de discours existait avant cette date, mais ses « experts » et les quelques groupes de réflexion associés avaient en grande partie une approche résolument pro-Israël, sioniste et suivaient une orthodoxie politique de droite. Dans la dernière décennie, l’entreprise s’est relativement spécialisée, s’est multipliée et est devenue un courant dominant. Ses nombreux « experts » - qui ressemblent plus à des vendeurs de foire - sont maintenant des visages connus dans les réseaux d’information américains. Leur représentation autrefois considérée « politiquement incorrecte » des Arabes, des musulmans et du monde non-occidental en général, s’est transformée en vue acceptable ensuite traduite en politiques réelles par les pays envahisseurs, torturant les prisonniers et mettant le Coran en pièces dans les toilettes.

Il est impossible de discuter rationnellement avec ceux qui sont totalement irrationnels. Beaucoup d’entre nous ont inlassablement tenté d’argumenter avec ceux qui veulent « tuer tous les musulmans » chaque fois que quelqu’un qui prétend être un musulman est accusé d’avoir mis en œuvre ou planifié une attaque quelque part dans le monde. Le « débat » fait rage, non pas à cause de la puissance de sa logique, mais à cause du lourd tribut de sang et de meurtres qui continue à être payé en raison de la désinformation délibérée, du mensonge absolu et du subtil (et parfois pas si subtile) racisme intellectuel qui caractérise une grande partie des médias américains et des discours universitaires.

Les chiffres n’ont aucune pertinence dans ces discussions parce que les prétendus experts des médias ne sont pas influencés par les faits. Aux États-Unis, il y a eu près de 900 000 décès par arme à feu au cours des 30 dernières années (de 1980 à aujourd’hui) contre environ 3400 décès liés au terrorisme au cours des 40 dernières années (de 1970 à aujourd’hui). Ces chiffres incluent les victimes des attentats terroristes du 11 septembre 2001. Ce fait surprenant a récemment été relevé par Chris Hayes dans l’émission MSNBC’s All In With et soulève certains points critiques.

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Un salon des armes aux États-Unis. Il y a eu près de 900 000 décès par armes à feu en l’espace de 30 ans.

Si les guerres américaines en Afghanistan, en Irak et au Yémen (plus de nombreux autres actes de violence commis au nom de la « lutte contre la terreur ») dépendaient du coût jugé inestimable de la vie américaine, alors le Congrès américain devrait pour le moins resserrer les lois sur le contrôle des armes dans son propre pays. Mais des membres respectés du Congrès mènent le bon combat pour garder les choses comme elles sont, au nom de la protection du Deuxième amendement à la Constitution des États-Unis - .. « le droit des personnes de garder et de porter des armes ne sera pas transgressé. »

Mais les droits sont violés à volonté quand ça arrange les décideurs américains en politique étrangère et leurs propagandistes. Malgré le fait que la guerre en Irak était illégale et que la torture des prisonniers est une violation de sa propre Constitution et du Bill of Rights, les guerres de l’Amérique font rage et le goulag de Guantanamo prospère. On ne peut pas s’empêcher de penser que les guerres américaines doivent en quelque sorte toujours aveuglément impliquer les musulmans.

Mais bien sûr, c’est plus compliqué que cela. Les musulmans ne sont pas ciblés parce qu’ils sont musulmans. Oui, bien sûr, la religion et la couleur de la peau sont des aspects importants dans la « croisade » globale - un terme W. George Bush, pas le mien - dans la dite guerre américaine contre le terrorisme. Mais « haïr l’Islam » est aussi un prétexte commode pour atteindre les objectifs de politique étrangère qui sont centrés autour de la domination impériale, comme il en va pour les ressources naturelles.

Ni les responsables américains de politique étrangère, ni leurs apologistes dans les médias qui n’ont de cesse de salir tout musulman, ne s’intéressent à la théologie islamique, à son histoire, sa spiritualité ou ses valeurs destinées à favoriser la droiture dans l’individu et la justice dans le collectif. Mais il y a une armée de gens malhonnêtes qui préfèrent passer au peigne fin chaque lambeau de texte islamique pour mettre en évidence des passages hors contexte, juste pour prouver que l’Islam est fondamentalement méchant, qu’il enseigne la haine ou « l’antisémitisme » et qu’il célèbre une supposée « culture de mort ». Ces hommes et femmes auraient fait la même chose, comme leurs prédécesseurs l’ont fait, pour diaboliser toute autre culture, religion ou communauté, installée sur d’importants gisements de pétrole ou osant vivre dans une région d’importance stratégique pour les États-Unis ou dans une proximité inquiétante pour Israël.

Les tirades anti-islam ont reçu un nouveau coup de pouce après l’attentat lors du marathon de Boston le 15 avril 2013, qui a été attribué à deux frères américano-tchétchènes, Dzhokhar et Tamerlan Tsarnaev. Le cirque anti-musulman était de retour en ville, car les jongleurs politiques et les acrobates des médias semblaient arriver à la conclusion toujours prévisible : haïr tous les musulmans et faire tout son possible pour exploiter une tragédie avec pour but de favoriser davantage d’hégémonie américaine au Moyen-Orient. Eric Rush, un escroc de Fox News, résumait bien ce sentiment quand il a appelé à la mise à mort de tous les musulmans à la suite des attentats à la bombe, et a plus tard prétendu que ses tweets étaient censés être sarcastiques. Ann Coulter, d’autre part, a appelé à ce qu’on mette en prison les femmes qui « portent un hijab. »

Ce type d’incitation à la haine n’est évidemment pas du au hasard, peu importe à quel point sont manifestement « fous » les gens qui en sont à l’origine. C’est un élément essentiel pour s’assurer qu’un public mal informé réponde toujours présent lorsque les États-Unis sont prêts pour une autre aventure militaire impliquant les pays musulmans.

Tout cette rhétorique doit également être mise en relation avec ce qui se passe au Moyen-Orient. Là, encore une nouvelle guerre se prépare, celle qui est en grande partie vise à assurer que le chaos actuel dans les pays du soit-disant « printemps arabe », donnera des résultats favorables du point de vue d’Israël, de l’Amérique et de l’Occident. Le nouvel élan pour une intervention militaire a commencé avec des allégations israéliennes sur l’utilisation d’armes chimiques par le pouvoir syrien contre les forces d’opposition, suivies par des allégations franco-britanniques, et finalement, malgré une brève hésitation, reprises par le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel.

Plus de 70 000 personnes ont été tuées dans la guerre civile syrienne. Au cours des deux dernières années, ce pays est devenu une plaque tournante sans précédent pour les rivalités régionales et internationales, un grand jeu de toutes les sortes. Les États-Unis, Israël et leurs alliés ont regardé comment la Syrie, autrefois considérée comme une « menace » pour la sécurité d’Israël, a sombré dans une inconcevable brutalité impliquant de près ou de loin l’armée syrienne, les différentes factions et les groupes de combattants . Ce n’est qu’une question de temps avant que les États-Unis et leurs alliés ne scellent le sort de la Syrie et veillent au calme à la frontière nord d’Israël.

Pour que cela se produise, les musulmans doivent être haïs et déshumanisés de façon à faire de la guerre une violence un peu moins laide et bizarrement, « justifiable ».

Le but officiel de la récente visite de Hagel en Israël était de finaliser des ventes d’armes américaines à Israël et à d’autres pays, pour un total d’environ 10 milliards de dollars. Sachant comment ce genre d’armes ont été utilisées dans le passé, on n’a guère envie de rire du « sarcasme » dans le tweet d’Eric Rush, parlant de « tous les tuer ». A travers l’histoire de la politique étrangère américaine, on sait que les paroles violentes se traduisent souvent par des actions violentes et c’est là le vrai danger de la clique soi-disant folle qui assimile l’islam au Brésil et souhaite incarcérer des femmes qui portent des foulards.

Ramzy Baroud

http://palestinechronicle.com/boston-brazil-and-islam-irrational-rheto...

Ramzy Baroud est un journaliste international et le directeur du site PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine - Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Fnac.com

Traduction : Info-Palestine.eu - Claude Zurbach http://www.info-palestine.net/spip.php?article13505

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