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Doux Graincourt ne doit pas mourir

Billet du 1er septembre 2012, Front de Lutte des Syndicalistes.

Graincourt ne doit pas mourir, tué par le « Doux Ravaillac » d’Henri IV (la poule au pot)

On a beau réfléchir et se tordre les méninges, aujourd’hui on a peine à comprendre pourquoi le site de Graincourt dans le Pas de calais, du Groupe volailler Doux, est à ce point sacrifié ?

250 travailleurs-es irréprochables et remplis de courage, une production locale des poulets et de leur alimentation avec une traçabilité, une proximité des moyens de communications… sont les atouts de cette usine qui abat et découpe pour livrer du frais destiné à la grande distribution et aux usines de production de plats préparés…

Une entreprise iranienne, intéressée par la reprise de cette usine vient selon les média, de jeter l’éponge. Produire des poulets à grande échelle dans des pays chaux tel que l’Iran est compliqué à cause des conditions climatiques défavorables, c’est avec cet argument que l’Iran s’était penchée sur cette éventuelle reprise.

On nous dit désormais que les iraniens en sont restés là en argumentant la situation des comptes de l’entreprise, mais si cette situation des comptes était favorable selon les critères imposés par les actionnaires et les banques, l’usine ne fermerait pas. Il faut donc zapper ce faux argument et chercher ailleurs, du côté politique, du côté de Matignon, du Quai d’Orsay, de Bercy et de la rue de Grenelle.

Aussi, on peut spéculer que les iraniens n’ont pas reçu l’aval de l’Etat puisque l’Iran a été mis sous embargo depuis 20 ans sur la demande expresse des USA et d’Israël, et qu’aujourd’hui, l’affaire des centrales nucléaires iraniennes fait l’actualité.L’Etat hébreu entendant sans se cacher, déclencher des bombardements contre ces installations au nom de sa sécurité nationale, les pays occidentaux soutiennent implicitement ces opérations militaires puisque l’Iran a menacé de couper le détroit d’Ormuz par lequel transitent les trois-quarts du pétrole brut et du gaz mondial.

Rendez-vous compte que 250 familles d’un petit coin de la campagne française sont peut-être aujourd’hui les victimes de la géopolitique imposée par quelques puissances mondiales alliées pour faire la guerre à un pays souverain qui refuse depuis 30 ans les diktats financiers imposés par le FMI, et qui est vilipendé par l’ONU au nom des droits de l’homme.

Mais si Doux Graincourt avait été une équipe de football de renom, un grand couturier, un chai reconnu… c’est un investisseur venu du Qatar ou des Emirats Unis qui aurait investi sans problème de conscience pour nos gouvernants, soit-il de gauche. Pourtant dans ces deux pays, les droits de l’homme et du travail sont absents puisqu’ils emploient des travailleurs immigrés, dans des conditions de travail et de vie détestables et inhumaines, venus construire leurs rêves égocentriques, pour 200 dollars par mois.

On ferme des usines de production de produits volaillers frais comme si le consommateur en France n’achetait plus de poulets ou de dindes, ce qui est complétement faux puisque ce sont des produits abordables.

Le ministère de l’écologie nous parle de réchauffement climatique, le ministère du budget s’inquiète du déficit du commerce extérieur, le ministère de la santé veut imposer une traçabilité, le ministère du travail s’affole avec la montée du chômage, et on nous a même inventé un ministère du redressement productif…

Pourtant, au nom de l’union sacrée avec d’autres pays, plutôt que d’activer le redressement productif produits frais volaillers en France avec un investisseur iranien, le maintien des emplois directs et des productions locales assurées par des éleveurs et des agriculteurs, le gouvernement PS-EELV a choisi la voie de l’importation venue du Brésil qui est le 2ème producteur et exportateur mondial de poulets.

Aussi pourquoi le Brésil qui se trouve à 10 000 kms, là où il n’y a aucune traçabilité sur l’alimentation des volailles, même si on sait déjà qu’elles sont nourries d’éviscères, de plumes broyées et de céréales transgéniques, là où les travailleurs sont exploités sans code du travail par des multinationales sans scrupule dont les sièges sociaux se trouvent aux USA, au Canada ou en Allemagne… ? Il y a-t-il cause à effet avec les négociations en cours entre la France et le Brésil, sur la vente d’avions et de bateaux de guerre ? Espérons que ceci n’est que spéculation et imagination !

Tout ceci n’étant que le résultat d’une simple réflexion et de calculs à creuser, alors revenons-en aux travailleurs-ses de Doux Graincourt qui se sentent abandonnés et floués, ballotés entre espoir et illusion, pillés de leurs années de travail dans cette usine sacrifiée au nom de la rentabilité à deux chiffres… donc de travailleurs tombés dans le sentiment d’impuissance et le fatalisme.

Début juillet, nous avions émis l’idée que Doux Graincourt devait être le pendant au Nord de la lutte des Fralib au Sud… mais cette idée a fait comme on dit maintenant : pschitt !

Le syndicat CGT (minoritaire dans l’usine), le syndicat FO, les structures syndicales locale, départementale, régionale et fédérale… n’ont pas pris réellement la mesure d’un enjeu de classe et d’une lutte à mener sur un territoire où le blanc domine largement le rouge, là où on tend la joue droite après la gifle à gauche, et où on se fie encore à Dieu pour trouver une solution.

Des élus politiques et des représentants du PCF et du Front de Gauche, ont bien tenté de créer une dynamique pour trouver des solutions, soutenir d’éventuels repreneurs fiables ou peut-être rassembler les forces vives pour créer une société coopérative ouvrière, mais les rencontres se sont soldées par des non-dits et le manque de confiance liée à la couleur qui marque les bulletins de votes…

Aussi, même si nous pouvons garder encore l’espoir si les salariés-es entendent encore lutter pour conserver leurs emplois, le temps passe et les solutions s’amenuisent de jour en jour et d’heure en heure, alors que depuis deux mois, nous aurions pu envisager des solutions en mettant en contradiction le patronat, les politiciens et le gouvernement fraichement mis en place.

Dans un pays en crise où chaque jour sont annoncés des plans massifs de licenciements, dans une région, un département et un territoire ravagés par le chômage, que vont devenir ces 250 salariés-es, ces 250 familles sacrifiées sur l’autel du profit, mais aussi tout le tissu social autour de cette usine située dans la campagne ?

Parce que c’est une vraie question qu’il faut se poser, les quelques milliers d’euro de prime de licenciement ne feront pas le bonheur durable des salariés licenciés qui vont rapidement se retrouver dans la précarité.

A moins qu’un miracle dû aux prières, arrive : on peut imaginer un reclassement aidé par l’Etat : dans une usine agro-alimentaire de la région, ou enfin un ultime repreneur de dernière minute compatible avec la diplomatie de la France : on parle aujourd’hui d’un ukrainien, même si nous pensons que la solution iranienne était sans doute plus fiable car moins inféodée à l’ultralibéralisme influencé par les Etats-Unis… mais ce n’est pas le moment de briser l’espoir et de faire la fine bouche quand la vie de 250 familles est sur la sellette.

Nous sommes des syndicalistes de base, réunis dans un Front de Lutte qui combat le réformisme tout en refusant le sectarisme qui conduit à l’échec de l’unité nécessaire face à de telles situations.

Nous sommes des ouvriers et des employés, formés en avant-garde, et nous avons proposé une rencontre aux syndicalistes de Doux Graincourt afin de débattre et de s’adresser aux salariés d’égal à égal, car nous connaissons ces situations, nous les vivons ou les avons vécu objectivement.

Nous pensons que rien n’est perdu si les salariés, les syndicats, les élus du personnel osent la résistance pour se séparer du sentiment d’impuissance, que nous comprenons, qui les traverse dans cette période de doute et de désespoir, et faire face à une situation d’abandon. La solution passe par la résistance dans l’unité, mais aussi par le maintien de l’outil de production, qu’est l’usine et ses machines, aux mains des travailleurs pour le faire redémarrer à n’importe quel moment.

L’exemple de Fralib est concret, ils ont su faire face dans l’unité, à une puissante multinationale qui comme Doux, n’a fait aucun effort pour ses salariés-es, au contraire, et cet exemple est à suivre pour faire plier le patronat qui a créée de toute pièce cette situation au nom de l’argent-roi !

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