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Écriture inclusive : une dérive irrationnelle du néoféminisme

Nous allons illustrer, pour ne pas dire démontrer, une dérive irrationnelle qui amène des adeptes d’une idéologie à vouloir conceptualiser et repenser l’écriture, en ignorant ce qu’elle est au demeurant.

L’écriture inclusive, largement dénoncée et critiquée, n’est-elle pas la symptomatique d’une instrumentalisation ? Mais au fait, qu’est-ce que l’écriture ? C’est en revenant aux principes de la linguistique que l’on comprend et répond à cette question rationnellement, que l’on prouve que certaines et certains « néo-féministes » d’aujourd’hui se tirent une balle dans le pied en se trompant de combat.

Qu’est-ce qu’une langue ? Qu’est-ce qu’un système d’écriture ?

Voici deux définitions qui devraient être claires pour tout le monde … mais une piqûre de rappel en guise d’introduction semble une bonne chose.

Une langue est tout simplement une méthode de communication orale propre à une collectivité et est donc l’expression de cette dernière dans tous ses aspects. Elle est ainsi le reflet de toutes les pensées de ce groupe d’individus – y compris les comportements sociétaux, dont le sexisme pourvu que ce groupe soit effectivement dans cette doctrine. Par définition, une langue est aussi immatérielle puisqu’elle est composée de sons.

Certaines de ces sociétés humaines, depuis 3500 ans avant l’ère vulgaire, ont cependant inventé un moyen de matérialiser leurs idées, puis ces sons sur des supports : l’écriture. Plusieurs formes existent et toutes ne sont d’ailleurs pas phonétiques comme le système chinois utilisant des idéogrammes : nous n’évoquerons dans le présent article que celles de nature phonétique.

Dans cette restriction, cette invention suppose alors la mise en œuvre de deux mécanismes réciproques de transformation : écrire, pour transformer le langue en signes phonétiques, et lire, pour restituer oralement ce qui avait été écrit auparavant.

Enfonçons alors une porte ouverte en rappelant que le sens, la sémantique, est situé dans la langue, et non pas dans l’écriture – invention certes révolutionnaire, mais dont tous les peuples n’ont pas eu nécessairement besoin même encore de nos jours à l’ère du numérique et sur la plupart des continents. Toutes les langues n’ont pas nécessairement un dictionnaire d’ailleurs ni même un livre de grammaire pour la codifier, la normaliser.

Il est aussi bon de rappeler qu’un système d’écriture n’est pas parfait, car il occasionne des pertes d’informations amenant à des interprétations. Ainsi, un texte ancien même s’il peut être compris par un philologue, verra sa traduction être sujette à des hypothèses du fait de la perte du contexte : le mécanisme de lecture d’un écrit n’est en rien absolu. Au point même que certains systèmes d’écriture anciens ne restituent pas la prononciation. Car les voyelles ne sont pas nécessairement écrites, comme, par exemple, les systèmes sémitiques dont sont issus l’arabe, l’hébreu, l’égyptien ancien …

Notion élémentaire de linguistique : le neutre

Le cadre linguistique étant maintenant rappelé, venons à une définition importante : le genre. Dès les débuts de notre scolarité en école primaire de la République française, nous apprenons l’écriture du français, dont l’apprentissage des premières règles de construction des mots – les noms communs et leurs terminaisons.

Et nous découvrons ainsi tout jeune une notion universelle à toutes langues et systèmes d’écriture : le genre. Il existe donc des mots masculins, des mots féminins et des mots neutres – donc non genrés. En français, cette propriété se note par le suffixe des mots : les lettres terminales. Pour certains mots, la structure change complètement, seul le radical subsistant, par exemple les adjectifs belle et beau.

Toujours dans notre langue, le neutre existe et prend la terminaison masculine, justifiant la construction de la phrase suivante « une voiture, c’est quelque chose de cher » et non pas « une voiture, c’est quelque chose de chère ». Certes voiture est un nom commun féminin, pourtant, l’accord ne s’effectue qu’au neutre entre quelque chose et cher, bien que l’objet auquel se rapporte la description soit féminin.

Pour retenir cette règle, un raccourci (sexiste) nous a fait retenir dès l’école primaire que le masculin l’emporte sur le féminin. Alors qu’en réalité, c’est tout simplement le neutre qui se manifeste ici.

Un système d’écriture est-il sexiste ?

La question sous-jacente que nous devons nous poser est de savoir si au cours de sa construction, un système d’écriture serait idéologiquement porteur d’une marque patriarcale, matriarcale ou pas.

Notons déjà qu’en première analyse, une société peut changer et passer du patriarcat au matriarcat – ou inversement – sans changer de langue. Cette même société pouvant éventuellement codifier son système d’écriture et sa grammaire au travers d’ouvrages de référence (grammaires, dictionnaires, etc.), elle aurait a priori un levier institutionnel pour changer les règles si elles exprimaient effectivement un tel travers. Sauf qu’il est impossible de reconstruire un système d’écriture sans changer la langue orale qui est derrière …

En seconde analyse, examinons d’autres systèmes contemporains ou passés. L’hébreu par exemple, ne connaît pas de neutre(1). A l’opposé, le russe(2) possède trois terminaisons distinctes pour les trois genres. Si nous raisonnons par l’absurde, nous devrions alors avoir d’un côté une liste des pays dans lesquels la grammaire de la langue officielle n’est pas sexiste, distinguant les 3 genres, et de l’autre, celles des pays sexistes, car sans neutre formel, prenant ainsi la forme masculine pour les patriarcats et féminine pour les matriarcats.

Gageons que nous n’avons pas besoin d’aller interroger Benyamin Netanyahou ou Vladimir Poutine pour nous assurer de l’excellente place de la Femme et de ses droits dans ces deux sociétés respectivement. Ces contre-exemples attestent que notre démonstration tient la route.

Le système d’écriture en lui-même n’est en effet porteur d’aucun sens sémantique : ce n’est qu’après lecture, donc reconstruction dans la langue orale, que les idées se manifestent. Et avec elles les idéologies de la société dont est issu ledit texte.

Par extension, un pays raciste aurait donc aussi une grammaire raciste distinguant les phrases relatives à la race dominante ? A la race dominée ? Est-ce que le français a changé entre le pétainisme de l’Occupation et la Libération ou après Mai 68 ? Question purement rhétorique …

La Rationalité est une fois de plus venue à notre secours : un système d’écriture phonétique n’est donc jamais sexiste en tant que tel, puisqu’il n’est qu’une construction mécanique d’une langue orale, seule porteuse des idées.

Le sexisme dans les dictionnaires

Dit autrement, si sexisme il y a dans une société, celui-ci s’exprime par les idées – donc le fond – et non pas par l’écriture en tant que technique – donc la forme. Mais l’on est tout de même en droit de se poser des questions sur la manière dont sont codifiés une langue et son ou ses systèmes d’écriture.

Dans son introduction, Claude Duneton indique dans La Puce à l’Oreille(3) que le dictionnaire de Littré, le premier de notre langue, a été censuré, car ce noble était puritain. Il s’agit bien là d’un biais de classe sociale et moralisateur qui en dit long sur la manière dont les ouvrages de référence peuvent être conduits.

Outre le fonds de moralité officielle et hypocrite du Second Empire qu’il faut prendre en compte, la cause de cette sous-information réside dans la personnalité même des deux grands lexicographes du siècle dernier : Pierre Larousse et Emile Littré. […] Il n’est qu’à lire dans le Littré l’article cul en entier par exemple, pour imaginer la torture que ça dû être de le rédiger dignement.

Aussi, il est remarquable qu’aujourd’hui dans un dictionnaire de référence, un mot comme auteur soit désigné comme masculin alors qu’il peut aussi bien désigner un homme qu’une femme créateur d’une œuvre littéraire. Certes les dictionnaires évoluent …

Et l’on voit ainsi disparaître le genre des définitions en agrégeant plusieurs formes, au lieu d’indiquer la neutralité initiale. Ainsi, de nouveaux mots ont même été créés comme auteure ou autrice(4). Mais ne peut-on pas considérer que ces constructions sont artificielles ? D’autant qu’auteure est même désigné comme irrégulier(5) dans certaines sources …

Ne fallait-il pas plutôt faire ce constat que les dictionnaires étaient sexistes, car rédigés pour l’essentiel par des hommes ? Ainsi, un auteur aurait été désigné comme « nom commun de genre neutre » et non pas masculin. Dès lors, amenant l’inutilité de créer des formes prétendument féminines en opposition à des mots qui ne furent jamais masculins.

L’écriture inclusive est donc irrationnelle

Le corollaire à notre démonstration est que l’écriture inclusive est irrationnelle puisqu’elle veut faire porter par une forme d’écriture un sens que la langue orale aurait oublié : l’égalité des sexes. Sauf que l’écriture n’est pas porteuse de sens sémantique … si combat à mener il y avait, ce n’était donc pas sur ce sujet-là.

Aussi, écrire « auteur.e.s » pour désigner un collectif des deux genres, revient à lui substituer « auteurs » au neutre pluriel. Et notons d’ailleurs que l’écriture inclusive amène des lettres muettes : elle ne se prononce pas, ainsi qu’un point dit médian, qui n’existe pas dans l’alphabet latin : il est un détournement d’un signe de ponctuation.

Il aurait mieux valu s’attacher à la réforme de l’orthographe, à imposer aux dictionnaires, aux grammaires et aux enseignants de cesser de véhiculer l’idéologie patriarcale et faire la promotion de l’égalité des sexes dans la langue.

Mais il faut croire que cette société et ses politiques préfèrent inventer des étiquettes comme le mot féminicide, ou bien faire la promotion de l’écriture inclusive pour montrer qu’ils sont communicants au lieu d’être agissants.

Comme le disait Pierre Desproges, « Françaises, Français, réjouissons-nous, nous vivons dans un siècle qui a résolu tous les vrais problèmes humains en appelant un chat un chien(6). »

Notes de bas de page

↑1 Cf. https://www.unige.ch/theologie/hebreu/1/2/l2/genre-et-le-nombre consulté le 11/04/2024.
↑2 Cf. https://russie.fr/wp-content/uploads/2012/06/Russie.fr-Le-genre-des-noms.pdf consulté le 11/04/2024.
↑3 DUNETON, Claude, La Puce à l’Oreille, Paris : Livre de Poche, page 25.
↑4 Référence de l’occurrence autrice ou auteur comme entrée de dictionnaire.
↑5 Cf. https://www.letudiant.fr/lycee/doit-on-dire-une-auteur-une-auteure-ou-... consulté le 11/04/2024.
↑6 DESPROGES, Pierre, Paroles de la chanson réquisitoire contre Renée de Saint-Cyr.

Source ResPublica

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