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Journal de bord de Gaza 26

« C’est la première fois qu’on voit des universités manifester pour la Palestine ! »

Ce samedi matin, pour la petite conférence de presse improvisée devant chez moi, il y avait beaucoup plus de monde que d’habitude. Ils ne voulaient savoir qu’une chose : les négociations en cours vont-elles enfin aboutir à une trêve ? Est-ce que vraiment on va retourner chez nous ?

L’ambiance en général est à l‘inquiétude. On attend, on attend... On espère une bonne nouvelle. J’ai déjà dit dans ce journal que je me sens souvent obligé de mentir pour remonter le moral des gens, mais je tiens parfois compte du climat général. Et là j’ai pensé qu’il fallait montrer un peu d’optimisme, parce que les gens attendent avec impatience la bonne nouvelle d’un cessez-le-feu, même si ce sera juste une trêve de 40 jours, avec la possibilité d’un renouvellement. Les gens ont envie d’entendre ça, ils n’ont pas entendu de bonne nouvelle depuis sept mois. Ma réponse fut donc : oui, il y a quelque chose de positif cette fois-ci, les Etasuniens mettent beaucoup de pression, ils ont intérêt à ce que tout ça finisse. J’ai ajouté : « Regardez ce qui se passe aux États-Unis, ces manifestations que j’appelle l’Intifada des étudiants ! » Et devinez quoi : tout le monde était au courant ! Tout le monde disait : « C’est la première fois qu’on voit des universités manifester pour la Palestine ! »

On a chaud au cœur ici de savoir qu’il y a des gens - surtout des étudiants, des jeunes - qui sont en train de manifester pour la Palestine et pour Gaza. On note bien toutefois l’ironie de la situation : on n’a pas vu ça dans les universités des pays arabes ou musulmans. On voit ça en Occident, et surtout aux États-Unis, qui sont les alliés des Israéliens.

On écoute Guillaume Meurice quand on est francophone à Gaza

C’est vrai que l’intifada des étudiants qui est en train de se produire aux États-Unis dans des universités de prestige comme celle de Columbia met beaucoup de pression sur le gouvernement des EU. Ces jeunes sont les futurs politiciens et diplomates. Le mouvement se propage partout, même en France. Sciences Po est considérée comme une école d’élite et surtout de préparation à la vie politique, sans oublier la Sorbonne. Ce mouvement de révolte me fait vraiment plaisir. C’est grâce à ce genre de manifestations qu’on peut arriver à un changement, comme avec la guerre du Vietnam dans les années 1960, les manifestations pour le mouvement des droits civils à Columbia aussi ou contre l’apartheid en Afrique du Sud.

En même temps, je suis triste quand je vois qu’en France, on réprime ce genre de manifestations, et interpelle des gens pour « apologie du terrorisme » ou on les accuse d’antisémitisme. Beaucoup de gens ont été convoqués et même licenciés, des personnalités très connues comme Guillaume Meurice, qu’on écoute quand on est francophone à Gaza. Mais je suis sûr qu’on va les défendre et qu’on va voir par exemple avec des affiches qui disent « je suis Meurice ».

On accuse ces étudiants de blocage ou ces personnalités de ne pas accepter le débat ! Malgré cette répression, les Français continuent à s’exprimer et à défendre les causes justes parce que la devise de la France c’est Liberté, Égalité, Fraternité. Et la grève pour protester, l’arrêt des moyens de transports, ça fait partie de la culture française.
Israël ne représente pas tous les juifs.

Une chose très importante : la présence dans ces manifestations de personnes juives. Ainsi, des gens et surtout des jeunes commencent à dénoncer le mensonge des Israéliens et de Nétanyahou quand il dit qu’Israël et les Juifs, c’est la même chose, et qu’être contre la politique d’Israël c’est de l’antisémitisme. J’ai toujours dit qu’en France, on peut défendre les droits des homosexuels, le droit à l’avortement, toutes les libertés qu’on veut... mais quand il s’agit de la question palestinienne, tout de suite malheureusement, c’est la répression, et la crainte d’être accusé d’antisémitisme. Mais maintenant, avec la présence de Juifs dans les manifestations ça change.

Les Occidentaux commencent à comprendre que ça n’a rien à voir. Israël ne représente pas tous les juifs et les anti-israéliens ne sont pas des anti-juifs. J’ai vu des images de musulmans qui priaient et de juifs qui fêtaient la Pâque juive dans les universités des EU, des concerts où tout le monde se mélangeait. Car tout ça n’a rien à voir avec la religion. Grâce à ces manifestations, les jeunes commencent à comprendre qu’à Gaza, ce sont juste des gens qui sont en train de tuer d’autres gens, que c’est un occupant qui est en train de tuer un occupé et que c’est une question politique, pas religieuse.

D’habitude, la question palestinienne est posée par des intellectuels, des personnes informées sur le Proche-Orient. Maintenant, on voit que beaucoup plus de gens - surtout des jeunes - qui comprennent ce que c’est que la question palestinienne, qu’il y a un génocide en cours, qu’une machine de guerre est en train de nettoyer toute une population.

J’insiste sur les jeunes d’aujourd’hui parce que je me souviens de mes études à Aix-en-Provence à la fin des années 1990. La plupart des jeunes à l’époque savaient peu de choses sur la Palestine. Beaucoup connaissaient Yasser Arafat, mais pas les Palestiniens. Quand je disais que j’étais palestinien, au début, ils croyaient souvent que je voulais dire pakistanais. Comme je peux passer physiquement pour un Pakistanais ou un Indien, ça entretenait la confusion. Mais aujourd’hui, beaucoup de Français comprennent qu’il y a une occupation en Palestine.

Le Hamas fait partie de la population, on ne peut pas l’éradiquer

Maintenant, pour revenir aux pourparlers : c’est vrai que le Hamas se considère à présent en position de force à cause des pressions étasuniennes et internationales contre Israël et Netanyahou. Mais j’ai peur que ses négociateurs manquent un peu de sagesse et qu’ils ne fassent pas les concessions nécessaires pour arrêter tout ça. Or le problème, c’est qu’il faut parfois être très sage, même si cette sagesse peut passer pour un manque de courage.

J’espère que cette fois le Hamas ne va pas laisser à Netanyahou la possibilité de les accuser de refuser la paix ou un cessez-le-feu, parce que ce dernier n’attend que ça. Il veut aller jusqu’au bout, il veut en finir avec Rafah. Il a déjà tenté cela au nord et au centre de la bande de Gaza. Malgré tout cela, les combattants du Hamas sont toujours là. Peut-être qu’ils n’ont plus le même arsenal, mais ils sont toujours là. Et ils détiennent toujours 130 prisonniers israéliens, donc ils sont toujours forts.

Je le dis depuis le premier jour de la guerre : la solution n’est pas militaire, comme en Afghanistan, et comme en Irak. À la fin, il faudra s’asseoir à la même table et négocier, parce que le Hamas fait partie de la population, et qu’on ne peut pas éradiquer la population. Mais même si on tue 2,3 millions de personnes, le Hamas restera toujours là.

Le Hamas, c’est une idée, c’est une idéologie, et elle restera. Je ne peux pas faire de comparaison avec d’autres partis parce que le Hamas est un mouvement où la religion a toujours sa place. Ils sont là dans la société palestinienne, ils sont là à Gaza, ils sont en Cisjordanie, ils sont dans les camps de réfugiés à l’étranger, ils sont même présents dans les pays européens. Il y a un blocus à Gaza, mais il n’y a pas de blocus pour les idées. Le meilleur exemple est celui des Frères musulmans en Égypte. Malgré la chute du gouvernement de Mohamed Morsi , ils sont toujours là, même s’ils sont affaiblis et qu’ils ne sont plus au pouvoir.
La population a besoin de ce répit

J’ai peur que Nétanyahou se dise : je suis perdant quoi qu’il arrive, je vais donc continuer jusqu’au bout, et qu’il refuse la trêve, en trouvant des prétextes pour continuer la guerre.

Même s’il entre à Rafah, le véritable but de Netanyahou n’est pas d’achever les « quatre brigades du Hamas » qui s’y trouveraient selon lui, mais de détruire la ville de Rafah, son infrastructure, ses hôpitaux, et de créer une nouvelle zone tampon autour de la Route de Philadelphie comme il l’a fait à l’est de l’enclave. L’autre zone fait 14 kilomètres de long sur 100 mètres de large, mais bientôt elle fera un kilomètre et demi de large. Ça veut dire que quartiers entiers vont être rasés, effacés, comme le quartier de Yebna qui est collé à la frontière.

J’ai peur que Netanyahou fasse ça et que le Hamas de son côté n’accepte pas le cessez-le-feu sans un retrait total de l’armée de toute la bande de Gaza, ainsi que l’annonce par Israël de l’arrêt total de de la guerre. La population a besoin de ce répit.

En même temps, on parle toujours du « jour d’après », du lendemain de la guerre. Tant qu’il y a la guerre, le Hamas sera là. Après la guerre, ce ne sera pas aux Israéliens de décider à la place des Palestiniens. Mais à la fin de la guerre, Netanyahou partira, et le Hamas, lui, restera. Il aura même peut-être le pouvoir. Mais je crois que la population palestinienne, cette fois, aura son mot à dire.

Samedi 5 mai 2024

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