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Et si c’était l’aube de la justice !

Mais quelle heureuse coïncidence que cette douce rumeur qui s’est répandue dans Port au prince en la journée internationale des droits des femmes ! Un juge haïtien courageux vient de faire un clin d’œil aux femmes d’Haïti en faisant tomber, par le couperet de la justice, la tête d’un puissant homme d’affaires. Une façon symbolique de relier dans une mystique de la célébration des droits des femmes la dignité et la justice. Comme pour dire que c’est au fil de la lame scintillante du couperet de la justice que se trouve la dignité dont Haïti a besoin pour s’éclairer et naviguer au-delà des eaux indigentes.

Une lueur dans la nuit indigente

La nouvelle m’est parvenue comme une douce rumeur et n’est pas encore confirmée officiellement. « Après 22 ans de procès, le Tribunal de première instance de Port-au-Prince, jugeant en ses attributions correctionnelles, présidé par le juge Jean Wilner Morin, vient de rendre une décision historique dans le cadre de l’affaire du Sirop Afébril Contaminé et Valodon. Le sieur Rudolph Boulos, PDG des laboratoires PHARVAL, est condamné à six mois d’emprisonnement et à 3 Millions de gourdes en faveur de chaque victime portée dans l’acte d’assignation. »

Je précise qu’à l’heure où je rédige ce texte, aucune agence de presse n’a encore publié la nouvelle, laissant planer une incertitude qui semble confirmer l’incapacité de dissidence de quelques juges à agir dignement pour provoquer la rupture d’avec le modèle de l’indigence. Ainsi, sachant combien il y va souvent loin des rumeurs à la vérité quand il s’agit de justice et de messages colportés par les réseaux sociaux, j’ai cherché à confirmer auprès d’une source proche du secteur international des droits humains. Mais entre temps, pris d’enthousiasme et emporté par une irrésistible frénésie, je n’ai pas manqué de partager la nouvelle dans mon propre réseau en la mettant toutefois au conditionnel. Enfin, ma source réagit. Mais, elle ne confirme rien. Au contraire, elle avoue que c’est improbable qu’un juge haïtien puisse condamner, dans le contexte actuel, quelqu’un qui soit dans le premier cercle de ceux qui font et défont les présidents et les premiers ministres au gré de leurs intérêts.

Mon impatience est mise à mal, mais je ne désespère pas. Toutefois, entre les lignes, je relève l’insulte pour la dignité haïtienne. Improbable que la justice soit rendue à ceux à qui elle est due ! Improbable de condamner un puissant homme d’affaires, même quand les faits d’irresponsabilité, sinon de cupidité, sont avérés ! Improbable que le droit, la loi et la justice triomphent contre ceux qui se sont transformés en intouchables et qui, forts de leur impunité sociale et/ou politique, ravivent le fumier qui obscurcit et pollue Haïti.

Mais n’est-ce pas le bon moment pour que la lumière jaillisse dans cette indigente obscurité. Et comme jadis, quand mon arrière grand-mère me réveillait avant le lever du jour pour dire l’angélus et qu’effrayé par l’obscurité encore présente, je rêvais de voir briller le soleil, là dans cette indigence extrême soutenue par les forces de l’argent, je me mis à espérer de l’aube de la justice. Et dans l’attente, je prends le risque de publier ce texte pour célébrer le courage du juge. Au vrai, engagé éthiquement et professionnellement dans un pari pour outiller technologiquement et méthodologiquement le système judiciaire haïtien, je me suis senti rempli d’une ivresse jouissive, presqu’indescriptible, en imaginant un indigent pompeux pris dans le couperet de la justice.

L’idée contient en puissance tout un symbole. C’est comme si le système judiciaire haïtien se serait réhabilité dans sa dignité. C’est comme si l’ignominie et l’indigence des juges paresseux, lâches, véreux et corrompus auraient été lavées par le mâle courage et l’intelligence éthique de ce juge qui, vraisemblablement, n’est pas motivé par le succès personnel et le gain financier. Car décider justement et contre un puissant n’est pas à la portée de tous. Encore plus dans cette Haïti précaire et indigente où, pour une subvention, une promesse de visa, quelques avantages platement matériels, presque tous sont prêts à se taire, à se soumettre, à se renier, ou à s’humilier.

Et si la nouvelle devait se confirmer, ce serait historique. D’aucuns cherchent déjà à minimiser la portée de la décision du juge en rappelant que des années avant, dans cette saga judiciaire vieille de plus de vingt ans, des décisions avaient été prises et que la malignité des uns et la corruption des autres avaient toujours empêché leur exécution

De toute certitude que ce soit les décisions d’hier ou celle d’aujourd’hui à confirmer, il faut célébrer le courage de ces juges. Surtout dans le contexte actuel où tout est devenu plus indigent. En effet, quel courage ! Et surtout, quelle dignité ! Quelle intelligence éthique de rappeler, dans ce contexte PetroCaribevore, aux puissants d’Haïti que leur richesse et leurs accointances diplomatiques et politiques ne les mettent pas à l’abri des condamnations judiciaires ! Pour un juge, dans le contexte haïtien actuel, c’est une bien grande noblesse que de ne pas faillir à sa responsabilité de protéger la société en prononçant réparation pour les victimes et condamnation pour les délinquants ! Il y a là de quoi se sentir fier d’être Haïtien.

Malgré l’errance de ceux qui devaient être les guides. Malgré la désespérance qui ombrage la vie par la faute de tant d’hommes et de femmes, Malgré l’indigence de ceux qui prétendent avoir réussi, mais qui sont incapables de transformer leur improbable succès en un flambeau allumé à transmettre aux générations futures pour éclairer leur route. Preuve s’il en fallait que l’action d’un seul homme digne, en situation de responsabilité, guidé par son éthique et un certain idéal de justice, peut contribuer à irradier l’espérance, à promouvoir l’intelligence.

A travers cette décision, si elle devait se confirmer, le juge Jean Wilner Morin prouve que ceux qui ont été ou qui sont dans des situations de responsabilité et qui ont toujours trouvé un prétexte pour ne pas agir sont humainement médiocres. Car, si comme le dit Hannah Arendt, « c’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal », on peut donc inverser le cycle en chassant le vide pour que, dans l’intelligence et l’action éthiques des hommes et des femmes d’honneur, fécondent les ferments qui nourrissent la mémoire et la dignité des peuples.

Comme un clin d’œil de la justice aux droits des femmes

Comment ne pas relever la coïncidence avec la journée internationale de la femme ? Ce sont des mères qui avaient souffert en perdant leurs enfants dans le dossier Valodon/Afébril par l’irresponsabilité et/ou la cupidité des hommes. Ce sont des femmes qui se mettent à espérer dans la victoire de la justice. Ainsi, On eut dit que le juge, dans sa clairvoyance éthique, a voulu faire un clin d’œil aux femmes d’Haïti pour leur dire que c’est l’action de la justice qui nous aidera à sortir du vide qui module nos vies devenues indigentes. Oui, en ce 8 mars consacrée comme la journée internationale des droits des femmes, dame justice semble s’être parée de sa robe de dignité pour flamber de gloire.

Évidemment, malgré notre emballement, nous restons prudents par rapport à la capacité de nuisance et de dévoiement du réseau d’accointances de ceux qui seraient condamnés dans ce dossier. D’ailleurs le silence des médias en dit long, très long. On eut dit qu’ils craignent qu’en ébruitant la nouvelle ils se voient supprimer les publicités qu’ils reçoivent des intérêts liés aux personnes concernées. En outre, on ne peut oublier le contexte politique : l’actuel président la république avait déclaré avant son investiture que son mandat allait être placé sous le signe de la redevabilité envers le secteur privé qui avait financé sa campagne, pour ainsi dire, imposé son élection. Et quand on sait que celui qui est condamné dans ce dossier appartient au premier cercle du réseau des hommes d’affaires qui se ont identifiés comme étant les stratèges du triomphe électoral de l’homme banane, on a tout à craindre. Et même que l’exemple du juge Jean Serge Joseph glace encore les ardeurs de beaucoup. On se rappelle qu’il s’est retrouvé mort étrangement, en pleine instruction d’une affaire de corruption concernant la famille présidentielle d’alors.

Et c’est cela même qui rend encore plus courageuse et plus noble la décision du juge Jean Wilner Morin. Aussi, tout prudent, on ne peut s’empêcher un instant de laisser éclater sa joie devant le triomphe même improbable de la justice. Et même sans avoir le souffle poétique, on peut tenter une parade : Flambe, flambe, dans ta robe de gloire, dame justice ! Puisse la finesse tranchante de la lame de ton couperet fasse rendre gorge aux voleurs et aux délinquants pour faire baisser les flots et nous conduire hors des eaux de l’indigence. Oui, même dans la nuit la plus indigente, une certaine espérance peut nous aider à rester debout pour prendre de vitesse la nuit et hâter la venue d’une aube nouvelle : l’aube de la justice !

Tel est le message que dans mon enthousiasme et mon anticipation je veux faire passer : Haïti a un immense besoin de justice et d’éthique… tout le reste est secondaire.

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GoodYear, Continental, Whirlpool, Parisot-Sièges... Depuis dix ans, à travers la Picardie d’abord, la France ensuite, j’ai visité des usines de robinets, de pistons, de cacao, de lave-linge, de canapés, de chips ; de yaourts, avec toujours, au bout, la défaite. Ca m’a lassé de pleurnicher. Mieux valait préparer la contre-offensive. C’est quoi, leur grande trouille, en face ? Leur peur bleue ? Il suffit de parcourir le site du MEDEF. Ou de lire leurs journaux, Le Monde, La Tibune, Les Echos : (...)
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