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Été 2023 - Quelques moments du conflit en Ukraine.

Dans le conflit en Ukraine, les évènements en tout genre, militaires, politiques, diplomatiques, se succèdent rapidement sans arrêt. J'ai choisi de parler ici de certains d'entre eux dont la signification ou la portée me semblent durables.

24 juin 2023, Prigogine marche sur Moscou. Poutine prend la parole pour un discours à la nation. Il est visiblement affecté et tendu. Il accuse Protogine de trahison et lui promet un "châtiment inévitable" devant la loi et devant le peuple.

Mais on n’est trahi que par les siens. Poutine a été trahi dans sa confiance envers Prigogine. Comment un homme comme Poutine a-t-il pu se laisser tromper ainsi par un homme tel que Prigogine ? Lui, Poutine, qui a redressé la Russie après la catastrophe sismique de l’effondrement de l’URSS. Lui qui a pu faire émerger de nouveau son pays, et redonner sa fierté à un peuple qui était démoralisé, sidéré. Lui qui a pu reconstruire l’armée russe après son délabrement, faire de la Russie la première puissance nucléaire et même reprendre un avantage technologique en matière de missiles stratégiques, de sous-marins et de certains armements conventionnels. Lui qui a eu l’intelligence de préserver et de développer une puissante industrie de guerre qui manque tant aujourd’hui à ses adversaires occidentaux. Lui qui a lancé au monde, côte à côte avec la Chine, la vision d’un monde multipolaire, soulevant ainsi partout sympathie et enthousiasme. Lui qui est entré en guerre contre l’hégémonie américaine et occidentale, et qui a préparé son pays à ce terrible bras de force qu’il vit actuellement. Comment un tel homme a-t-il pu s’appuyer ainsi sur une armée privée, placer sa confiance en elle jusqu’à la mettre en compétition avec l’armée de l’État russe. Toutes ces questions restent ouvertes et de leurs réponses dépendra, en grande partie, le sort de la Russie et du monde.

Le soir du 24 juin Prigogine avait rebroussé chemin. Tout est rentré dans l’ordre. Enfin apparemment. Malgré la surprise de la trahison, le Président Poutine est arrivé à surmonter la crise et surtout à la gérer pacifiquement.

Jeudi 6 juillet. Tous ces jours ci, avant le sommet de l’OTAN de Vilnius, Zelensky culpabilise l’OTAN de ne pas lui avoir donné assez d’armes et pas à temps. Il la rend responsable de ses échecs militaires dans la contre-offensive actuelle. Pourrait-on imaginer le Vietnam, l’Algérie ou l’Afghanistan rendre un quelconque pays responsable de la lutte qu’il menait et de son issue, et pleurer de ne pas avoir assez de moyens militaires. L’Algérie n’avait même pas dix millions d’habitants, il y a près de 70 ans, et elle a dû faire face, pendant 7 ans à une armée coloniale qui a atteint un million d’hommes entièrement équipés par l’OTAN. L’Afghanistan a affronté seul, pendant 20 ans une coalition militaire de l’OTAN.

L’État ukrainien, lui, est porté à bout de bras par les États Unis et l’Europe, militairement économiquement, financièrement. Jusqu’aux salaires des fonctionnaires qui sont payés par les États-Unis et l’Union européenne. Quelle contradiction d’entendre parler de défense de l’indépendance de l’Ukraine alors que l’Ukraine a perdu de fait toute indépendance. L’Ukraine, dans sa partie Ouest vit de la guerre. Elle a été piégée. C’est une population entière qu’on veut transformer en mercenaires. Biden ne l’avait-il pas annoncé ? Il n’y aura pas un soldat étasunien en Ukraine. Les européens aussi ont suivi. Comme d’habitude. Les Étasuniens, les Éuropéens ne veulent pas mourir pour les valeurs occidentales. C’est donc aux ukrainiens de le faire.

Les mercenaires

Au fond, le gouvernement ukrainien se conduit bien en mercenaire. Il gère la guerre financée par les États-Unis et la coalition occidentale. Et effectivement, il veut leur faire payer le prix du sang, en bons dollars et en bons euros. La planche à billets fonctionne au détriment du monde entier.

Le chantage actuel de Zelensky sur l’OTAN dénote cet état d’esprit de mercenaire. Le régime ukrainien menace même de quitter le champ de bataille, comme l’a fait, à un moment, (raccourci discutable mais intéressant), Wagner devant Bakhmut. Zelensky rappelle chaque fois que "ce sont les ukrainiens qui se battent pour les valeurs occidentales. "Donnez-nous encore plus d’argent et d’armes ou nous arrêtons" laisse-t-il entendre. Tout cela explique l’arrogance étonnante dont fait preuve Zelensky envers les États européens et même parfois à l’égard des États-Unis. Il a senti, avec son intelligence perçante de comédien, ce rapport de forces qui a toujours existé dans l’histoire entre les empires, les rois et leurs mercenaires:de l’Empire turc avec ses janissaires, du roi d’Égypte avec ses mameluks, des empereurs romains avec leurs centurions, et de Poutine récemment avec les Wagner. Aux dernières nouvelles, les Étasuniens et les Britanniques ont montré un certain agacement devant l’arrogance de Zelensky. "Dites au moins merci" lui a dit le ministre britannique de la défense Ben Wallace. Zelensky s’est brusquement radouci.

Les bombes à sous munitions

7 juillet, le président Biden annonce qu’il va livrer à l’Ukraine des bombes à sous-munitions. Il dit que la décision a été "difficile à prendre" et qu’elle a été prise parce que" les ukrainiens ’n’ont plus de munitions".

Il y a là un double aveu. Le premier est que cette décision lui aurait posé un problème moral, ces armes ayant été bannies par 123 pays dans le monde. Mais allons donc ! Il n’ avait pas tant de scrupules lorsque ces armes ont été utilisées "généreusement", en Irak, en Afghanistan et avant au Vietnam, au Cambodge etc.. Il est vrai qu’il ne s’agissait pas du "monde libre civilisé", mais de "barbares". On ne peut être plus clair.

On croyait que Biden se battait pour les valeurs occidentales. Mais en autorisant ces armes, il nous dit lui-même ce qu’il "en fait" de ces valeurs occidentales. Rien de nouveau au registre d’une hypocrisie séculaire. L’hypocrisie est d’ailleurs générale chez "les alliés" : des pays occidentaux, France, Italie, Allemagne font savoir à la ronde qu’ils sont moralement contre l’usage de ces armes...en Ukraine. Mais le conseiller à la sécurité de la Maison Blanche, Jake Sullivan, dans une conférence de presse du 7 juillet 2023, les "balance" en révélant que dans ses consultations avec eux, en" off" ils ont approuvé la décision des EU.

Cet aveu du président Biden sur la véritable raison, pour laquelle ces bombes à sous-munitions sont donnés à l’Ukraine, à savoir "elle n’avait plus de munitions" est en soi monstrueux. "L’armée ukrainienne n’a plus de munitions ?! Eh bien qu’à cela ne tienne, on les remplace par des sous-munitions", meurtrières pour les civils pendant des décennies. Cela s’appelle aimer, défendre les ukrainiens.

Le deuxième aveu que nous fait involontairement Biden est que l’Occident, les EU en tête, n’ont pas actuellement une industrie de guerre capable de fournir des munitions en quantité suffisante à l’armée ukrainienne. C’est un aveu de faiblesse. Quelle révélation faite au grand jour ! Le roi est nu. Ils ont donc menti, aux ukrainiens qui se sont crus invincibles du soutien des États Unis et de l’Occident tout entier, et qui sont allés, ainsi, à la boucherie la fleur au fusil.
Un général, le Général Richoux, le 16 juillet va jusqu’à dire sur un plateau de LCI, que "ces bombes à sous-munitions permettraient de gagner la guerre et donc d’éviter des milliers de morts ukrainiens". Cynisme absolu, celui que la fin justifie les moyens. C’est en direct et sans le fard du discours sur les valeurs occidentales. Pourquoi ne pas utiliser alors des armes chimiques et pourquoi en avoir fait, en son temps, le reproche à la Syrie car, si elle l’avait fait, elle aurait pu se justifier par le même argument occidental. Pourquoi avoir déclenché la guerre contre l’Irak sur la base du mensonge de la possession d’armes de destruction massive ? Que de mensonges !

Apparemment les EU, car il s’agit surtout d’eux, n’ont pas les moyens de gagner cette guerre contre la Russie, mais juste de l’entretenir. C’est d’ailleurs ce qu’ils avaient annoncé au début par la voix de Lloyd Austin, le Secrétaire à la Défense. Il avait parlé d’"une longue guerre capable "d’affaiblir durablement" la Russie (22 avril 2022, réunion des pays de l’OTAN, base militaire de Ramstein ).

Mais c’est paradoxalement, pour nous tous, pour le monde entier, un plus grand grand motif d’inquiétude encore, celui de cet engrenage fatal dont on a parlé souvent ici, vers une troisième, et inévitablement dernière, guerre mondiale, le danger d’une fuite en avant permanente. Quelle sera l’escalade après l’épisode des bombes à sous munitions ? Est-ce que ce sera le stationnement d’ogives nucléaires en Pologne, l’entrée en guerre de la Pologne, puis celle de l’OTAN, et puis la guerre nucléaire lorsqu’il n’y aura plus de ligne rouge à franchir ? Allez savoir... Dans ces cas-là le danger peut venir de partout, et de là où on l’attend le moins. Le baril de poudre est là. Il suffit d’une étincelle.

Le terrorisme individuel

16 juillet. Le Service fédéral de sécurité russe (FSB) annonce qu’il a déjoué une tentative d’assassinat orchestrée par les services ukrainiens et visant deux grandes figures médiatiques du paysage audiovisuel russe : Margarita Simonien, rédactrice en chef du réseau de télévision Russia Today (RT), suivie dans le monde entier, et la célèbre influenceuse et journaliste, Ksenia Sobtchak. Sur le plateau de LCI, le jour même, le General Richoux, toujours égal à lui-même, dit : "C’est une cible légitime, les deux pays sont en guerre". Les autres personnes sur le plateau vont dans le même sens. Ils expliquent que par leur propagande ces vedettes médiatiques russes "sont responsables de milliers de morts ukrainiens, plus que ne l’auraient fait des armes". Mais en disant cela, songent-ils tous que tout cela pourrait s’appliquer à eux, puisqu’ils sont eux-mêmes des propagandistes.

Avec ces deux tentatives d’assassinat, les services ukrainiens semblent développer une nouvelle forme de guerre : le terrorisme individuel.

L’Europe réarme

17 juillet. Les russes sont désarçonnants. Autant les ukrainiens font beaucoup de bruit autour de leur action militaire, comme cette fameuse contre-offensive maintes fois claironné, autant les russes ont préparé pendant des mois en silence d’efficaces lignes de fortification. Ils ont rappelé ce qu’était l’armée d’un grand État, avec de solides traditions de guerre et une riche histoire militaire.

Mais c’est aussi la deuxième fois qu’un pont comme celui de la Crimée, d’’une importance stratégique, économique, militaire et aussi symbolique considérable , est attaqué sans coup férir par les Ukrainiens, les Russes laissant l’impression de ne pas avoir pris des mesures de protection à la mesure de l’importance de ce pont. Cette guerre est surprenante.

Un peu partout en Europe, on se réarme. Sur les medias, on se félicite du réarmement de l’Allemagne qui va porter son budget militaire à 100 milliards d’euros. Il y a comme un parfum des années précédant la deuxième guerre mondiale. La France parle d’un effort militaire de 400 milliards d’euros sur 10 ans. C’est un peu partout une gabegie de dépenses militaires prévues pour la plupart sur le marché étasunien. La Pologne est prise d’une frénésie d’achats militaires aux États Unis, la Finlande, la Suède, les pays Baltes aussi. Lorsque le président Biden les visite, on a l’impression qu’il fait la tournée des clients. Et pourtant il aurait suffi de très peu : la non appartenance de l’Ukraine à l’OTAN, le respect des accords de Minsk et l’autonomie des régions russo-ukrainiennes, l’organisation de rapports de bon voisinage entre les deux pays. Ce n’est pas encore trop tard.

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