Mali : L’« apocalypse » qui n’a pas eu lieu et le récit de la défaite dont l’Occident a besoin

Beto Cremonte
L'offensive coordonnée entre le JNIM et les factions touaregs, qui visait à créer l'image d'un État malien effondré, a été rapidement démantelée malgré les Cassandres et les analystes du discours « officiel » de la machine occidentale.
Ce qui s'est réellement passé, et que de nombreux analystes ont choisi d'ignorer (ou de dissimuler), c'est une riposte rapide et coordonnée des forces maliennes, qui continuent de démontrer la volonté du Mali, ainsi que des autres pays de l'AES, de rompre avec l'ancien système de tutelle française, au-delà des attaques comme celles du 25 avril, révélant ainsi quelque chose de plus profond : ce n'est pas seulement le contrôle du territoire qui est en jeu, mais le sens même de ce qui se passe au Sahel. La vérité est que, dans les dernières heures du 25 avril, des groupes djihadistes et séparatistes touaregs ont lancé une offensive coordonnée contre Bamako, Kati, Gao et Kidal avec un objectif qui dépassait le simple cadre militaire : il ne s’agissait pas seulement de frapper des positions étatiques, mais d’établir, en temps réel, l’idée que le gouvernement d’Assimi Goïta avait perdu le contrôle du pays, comme cela se produit de manière quasi systématique dans cette région. On ne (…)Lire la suite »

Dans la tempête, le Venezuela plie, mais ne rompt pas

Maurice LEMOINE
A Jo Morlighem, militant antifasciste et anti-impérialiste, bien trop tôt disparu. Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que les victimes se retrouvent transformées en coupables. « Séquestré » le 3 janvier 2026 par une opération militaire étatsunienne violant toutes les normes du droit international, Nicolás Maduro devient, pour l’appareil médiatique global, un président « déchu ». Sous la menace brutale de la Troïka de la tyrannie – Donald Trump (président), Marco Rubio (secrétaire d’Etat), Pete Hegseth (secrétaire à la Guerre) –, la vice-présidente Delcy Rodríguez assume l’intérim et évite un vide de pouvoir à Caracas. Depuis Madrid ou Miami, les exilés dorés de la droite putschiste vénézuélienne vitupèrent : comment et pourquoi l’avoir laissée à la tête du pays ? Chaviste convaincue, Rodríguez n’a-t-elle pas collaboré avec le « dictateur » Maduro pour expédier adversaires politiques et rivaux en prison ? Les poulets sans tête auxquels a été confié le site Web de Radio (…)Lire la suite »
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La Gauche occidentale est-elle devenue pro guerre ?

Mathias Detekt
La gauche occidentale est-elle devenue pro-guerre ? L’attaque militaire massive et coordonnée des États-Unis d’Amérique (EUA) et d’Israël contre l’Iran, déclenchée le 28 février 2026, a eu le mérite de faire apparaître au grand jour la défaillance totale de la gauche occidentale, son abandon de toute perspective anti-impérialiste concrète et son incapacité à être à la hauteur du moment historique. En effet, cette attaque non provoquée, qui relève du « crime d’agression » considéré comme le « crime suprême » par le Tribunal de Nuremberg et ultérieurement par le Statut de Rome et le droit international, n’a suscité quasiment aucune manifestation ou protestation de masse en France ou dans les pays occidentaux. Cette absence de mobilisation antimilitariste de la gauche occidentale et le rôle que celle-ci joue en temps de guerre seront analysés dans les paragraphes qui suivent. Le terme de « gauche occidentale » fait référence à la nouvelle gauche née en Occident d’après-guerre et qui (…)Lire la suite »

L’industrie du mensonge : l’IA au service de la propagande anti-Chine

Xu Li, CGTN Français
Une enquête récente de l’Asahi Shimbun, l’un des principaux quotidiens japonais, a révélé l’existence d’un marché noir florissant : la production massive de fausses vidéos au contenu anti-chinois, générées par intelligence artificielle. Des séquences intitulées « Des Chinois détruisant des cerisiers » ou « Un étudiant chinois volant la canne d’une personne âgée », qui ont suscité l’indignation des internautes japonais et cumulé des centaines de milliers de vues, se sont avérées être des produits monétisés. Il suffit d’une poignée d’instructions pour que l’IA génère en quelques minutes des rumeurs incendiaires. Il ne s’agit pas seulement d’un détournement technologique, mais d’une guerre cognitive méthodiquement organisée. Il s’agit clairement d’une tentative de manipulation de l’opinion publique déguisée en « business du trafic web ». En apparence, seule la quête du profit compte : là où une vidéo classique ne rapporte que 300 yens pour mille vues, un contenu anti-chinois en (…)Lire la suite »

Entre menaces et mauvais signes, la Révolution cubaine poursuit sa route

Jacques-François BONALDI
ENTRE MENACES ET MAUVAIS SIGNES, CUBA POURSUIT SA ROUTE La quinzaine dernière a été marquée à Cuba par une série de faits et d’évènements, tous plus symboliques et emblématiques les uns que les autres. Et tous centrés, ou presque, autour du soixante-cinquième anniversaire de l’invasion de la baie des Cochons (comme on dit à l’étranger) et de la victoire-éclair de Playa Girón (comme on dit ici, ou encore plus simplement : Girón). À savoir 15-19 avril 1961. L’ « encerclement énergétique » Tout d’abord, depuis le dimanche 19, le début de la distribution dans tout le pays des différents produits raffinés à Cienfuegos à partir des cent mille tonnes de pétrole que le pétrolier russe Anatoly Kolodkin a apportées à Cuba, la première livraison depuis décembre 2025, sous forme de donation à titre humanitaire, ce qui a permis aux deux semi-alliés et adversaires, la Russie et les Etats-Unis, de tirer honorablement leur épingle du jeu, chacun pouvant revendiquer une sorte de victoire : la (…)Lire la suite »

Le front malien de la Troisième Guerre mondiale

Artyom Kouréev
Éditorial du rédacteur en chef de l’African Initiative (agence de presse russe sur l'Afrique).
« Le scénario syrien ne s’est pas répété », « première épreuve sérieuse pour l’Africa Corps », « les Russes se sont retirés de Kidal », « le gouvernement malien a perdu le contrôle du nord du pays » : tels sont les titres contradictoires qui ont fait la une des médias internationaux tout au long du week-end. Entouré de smartphones et d’ordinateurs portables, l’auteur de ces lignes, en tant que rédacteur en chef du seul média russe consacré à l’Afrique, a passé deux jours à analyser la situation. Une situation, pour le moins complexe, mais très révélatrice de la nature des guerres de l’information contemporaines. Du côté des djihadistes du JNIM*, des communiqués triomphants ont presque immédiatement annoncé la défaite de l’Africa Corps du ministère russe de la Défense et des forces gouvernementales maliennes. Les médias occidentaux ont publié, de manière coordonnée et à l’identique, des images du retrait (d’ailleurs organisé et serein) du contingent russe de Kidal. Pourtant, ces (…)Lire la suite »
La CGT, c’était mieux avant ?

Venezuela : qui sont nos amis, qui sont nos ennemis

Jean-Pierre PAGE
“Options”, la revue officielle de l’Union Générale des Ingénieurs, cadres et techniciens de la CGT (UGICT-CGT) est à l’origine d’une interview de Thomas Posado qui se livre à un réquisitoire en règle contre le Venezuela et la révolution bolivarienne initiée par Hugo Chavez, puis Nicolas Maduro et aujourd’hui par Delcy Rordriguez.
Cette interview est en fait une falsification grossière de la situation réelle du Venezuela. Thomas Posado ment délibérément ! Dans quels buts le fait-il et pourquoi l’UGICT-CGT s’en fait-elle le porte voix ? On pourrait considérer que la CGT se fait manipuler par un de ces “experts” de plateau dont la collusion avec les émules de la forcenée Maria Machado est évidente. En fait non, soyons lucide, dorénavant la CGT participe directement à la campagne internationale orchestrée par Washington contre la poursuite de la révolution bolivarienne pour en dénaturer la perception que des militants sincères peuvent en avoir quant ils ne disposent pas de tous les éléments. Il n'est pas sans intérêt de noter que cela se fait dans "Options", le journal de l'UGICT-CGT dont la secrétaire générale était il y a trois ans Sophie Binet. Comme je l'ai expliqué dans un article, (2) S. Binet a fait passer internationalement la CGT avec armes et bagages dans le camp d'en face. C'est à dire celui de (…)Lire la suite »
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NON, LA CHINE N’EST PAS UN “CAPITALISME D’ETAT”

Bruno GUIGUE
Il y a des expressions qui connaissent une histoire singulière, et le signifiant “capitalisme d’État” est sans doute l’un des plus élastiques de la science politique de notre temps. Lorsqu’il s’agit en Occident de nommer la Chine contemporaine, d’en donner une représentation savante, ou, pour employer un langage marxiste, de désigner la formation sociale qui la caractérise, voilà que le “capitalisme d’État” fait immédiatement irruption dans le discours : de la droite à la gauche, des marxistes aux libéraux en passant par les conservateurs, tout le monde semble tomber d’accord. Comme s’il était frappé au coin du bon sens que la Chine relève d’une telle catégorie, une belle unanimité, de Steve Bannon à Frédéric Lordon, efface les inimitiés idéologiques habituelles. (1) Chez les critiques de droite, désigner la Chine comme un “capitalisme d’État” a une fonction particulière dans un discours en forme de réquisitoire judiciaire : il s’agit d’accuser le gouvernement chinois de ne pas (…)Lire la suite »

Le jeu impérial

Andrés Piqueras
Une analyse matérialiste dialectique des possibilités stratégiques des États-Unis après la poursuite de leur défaite dans la bataille d’Iran
Nombreuses sont les spéculations qui circulent sur les possibles stratégies, ou l’absence de stratégies, de la part de l’hégémon impérial, les États-Unis, pour tenter de préserver leur domination mondiale. Depuis ceux qui affirment allègrement que dans son affrontement avec l’Iran – qui date de longtemps mais s’accentue maintenant – les États-Unis « ont déjà perdu la guerre », jusqu’à ceux qui nous parlent de l’hécatombe nucléaire qui planerait sur la formation perse et sur une bonne partie de l’Asie en général. Pour faire une bonne analyse matérialiste dialectique, nous devons toujours aller au-delà du concret et du partiel, vers la conception ou le regard holistique, d’ensemble, de totalité. C’est la première chose. En outre, il est indispensable de laisser de côté toute personnification des relations sociales qui centre les analyses sur des individus ou des singularités politiques comme responsables des processus historiques. Il est encore plus nécessaire d’écarter les (…)Lire la suite »

Les manipulateurs comprennent que le contrôle du récit est primordial

Caitlin JOHNSTONE
Ils comprennent que les humains sont des animaux narratifs dont la vie intérieure est généralement dominée par des récits mentaux sur ce qui se passe, donc si vous pouvez contrôler ces récits, vous pouvez contrôler les humains.
L'ancienne officieuse du renseignement israélien Ella Kenan a été vue lors d'une récente conférence pro-israélienne déclarant qu'elle dirigeait une opération d'influence en ligne qui travaille avec des « communautés de plus de soixante mille personnes à travers le monde qui rendent notre contenu viral » pour manipuler le discours public et « servir le récit » d'Israël. On m'a assuré que cela n'arrive jamais et qu'il est antisémite de dire que cela arrive, mais bon, d'accord. Passons. « Nous créons également du contenu pour des influenceurs non juifs qui collaborent avec nous », dit Kenan dans une vidéo que j'ai vue pour la première fois diffusée par Chris Menahan d'Information Liberation. Elle s'est ensuite vantée d'avoir inventé le slogan « Le Hamas, c'est Daech » et de l'avoir diffusé avec un tel succès que Joe Biden a fini par le répéter dans un discours. « J'ai proposé "Le Hamas, c'est Daech", j'ai proposé pourquoi, et j'ai donné un petit topo sur la façon dont nous (…)Lire la suite »

Comment la guerre contre l’Iran et le Hezbollah a brisé le bouclier protecteur américain d’Israël

Sharhabil Al Gharib
Les indicateurs qui émanent de Washington ne sont plus de simples chiffres ou des divergences passagères dans les positions ; ils reflètent plutôt une profonde transformation structurelle de la relation entre les États-Unis et Israël. Le récent vote au Sénat américain, où une nette majorité de démocrates a voté contre la fourniture à Israël d’équipements militaires sensibles, a révélé un déclin sans précédent de la position d’Israël au sein des États-Unis, en raison de son implication dans des guerres et des répercussions négatives que celles-ci ont engendrées sur la scène intérieure américaine. Que 40 des 47 sénateurs démocrates aient voté contre la fourniture d’engins de chantier à « l’armée » israélienne, que 36 des 47 aient voté contre la fourniture de bombes, et qu’aucun membre démocrate ayant des ambitions présidentielles n’ait voté pour armer Israël, voilà des données qui ne peuvent être traitées comme un événement isolé ou une circonstance politique temporaire. Elles (…)Lire la suite »

« Comment exterminer une civilisation ? »

Alvaro Garcia Linera
Il existe une prédisposition sociale à l'impensable et à l'abomination, propre à ces temps d'effondrement du système de croyances dominant et à l'absence, temporaire, d'un nouveau.
Comment exterminer une civilisation ? Il existe une prédisposition sociale à l'impensable et à l'abomination, propre à ces temps d'effondrement du système de croyances dominant et à l'absence, temporaire, d'un nouveau. Le 7 avril, sur son réseau social Truth, Trump a proféré sa sentence contre l'Iran : « Cette nuit, toute une civilisation disparaîtra. » Ce qui est terrifiant, ce n'est pas seulement l'intention d'un président d'une puissance nucléaire de se préparer à exterminer toute « une civilisation », mais aussi le silence et le morbide avec lesquels cette déclaration monstrueuse a été reçue par « l'opinion publique » dominante dans le monde entier. Peu de gens ont été horrifiés par la menace publique et officielle d'assassiner des millions de personnes – enfants, adultes, personnes âgées – et de dévaster leur culture, leur histoire, leur religion, leur économie, leur géographie, leurs institutions et leur descendance, car tout cela constitue une « civilisation ». (…)Lire la suite »

Pérou : un ultraconservateur et un candidat de gauche se disputent voix par voix la place au second tour

Lucas Pordeus León
L'élection présidentielle du Pérou reste indéfinie cinq jours après le dépouillement des votes. Le scrutin de dimanche dernier (17) a réuni 35 candidats présidentiels tentant de devenir le 9e président péruvien en seulement dix ans, dans une période de grande turbulences politiques dans le pays voisin. La candidate de droite Keiko Fujimori, avec 17 % des voix, a mathématiquement assuré sa place au second tour, prévu le 7 juin. Cependant, l'adversaire de Keiko reste totalement indéterminé, les deuxième et troisième étant séparés par moins de 3 000 voix. Le candidat de gauche Roberto Sánchez Palomino, allié de l'ancien président destitué Pedro Castillo, est à 12 % des voix, tandis que l'ultraconservateur Rafael Aliaga, présenté comme un admirateur du président des États-Unis, Donald Trump, suit avec 11,9 % des suffrages valables. Jusqu'en début d'après-midi ce vendredi, le Pérou avait dépouillé 93,3 % des urnes. Les mises à jour peuvent être suivies sur Internet. Quatrième (…)Lire la suite »
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« La Russie et la Chine sont soutenues par un immense groupe de pays que nous appelons la majorité mondiale »

Sergueï Lavrov
Allocution et réponses aux questions des médias de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, à l'issue de sa visite en République populaire de Chine, Pékin, 15 avril 2026.
Mesdames et Messieurs, Hier et aujourd'hui s'est déroulée une visite en République populaire de Chine. Hier, nous avons mené plus de quatre heures de négociations avec le Ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, qui ont couvert l'éventail le plus large de questions. Pour une part importante, nos relations bilatérales et, pour des raisons compréhensibles, la problématique internationale. D'autant plus que la situation internationale, qui se dégrade actuellement sous l'effet des actions de nos collègues occidentaux, en Ukraine, en Amérique latine, dans le détroit d'Ormuz et dans d'autres parties du continent eurasien que nous partageons avec la Chine, exerce une influence directe sur la manière dont se développent les relations bilatérales entre tous les États. Y compris entre la Russie et la Chine, ainsi qu'entre la Russie, la Chine et nos autres partenaires au sein de l'OCS, des Brics et d'autres associations multilatérales. Nous avons examiné la mise en œuvre des (…)Lire la suite »

Le monde peut avoir la paix ou Israël, mais pas les deux

Caitlin JOHNSTONE
Israël est un État d'apartheid génocidaire dont l'existence même repose sur une stratégie de violence et d'abus incessants au Moyen-Orient. Tant que cet État continuera d'exister dans sa forme actuelle, la paix ne sera jamais atteignable.
Israël est déjà en train de saboter agressivement le cessez-le-feu de deux semaines entre l'administration Trump et l'Iran en massacrant d'énormes nombres de civils au Liban, une nation qui est explicitement exclue de toute attaque selon les conditions du cessez-le-feu acceptées par Téhéran. Les États-Unis et Israël tentent d'affirmer que le Liban ne fait pas partie de l'accord de cessez-le-feu, mais le Pakistan – que les États-Unis ont désigné pour médier l'accord – déclare que c'est faux. Le New York Times rapporte que la Maison-Blanche a participé à la communication publique du Pakistan, qui incluait explicitement le Liban dans les conditions du cessez-le-feu, avant de changer de discours après l'attaque israélienne. L'Iran aurait répondu à ces violations en interrompant à nouveau le trafic par le détroit d'Ormuz. Cela rappelle une fois de plus que le monde peut avoir la paix ou il peut avoir Israël – mais il ne peut pas avoir les deux. Israël est un État d'apartheid (…)Lire la suite »