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Réajustements et façon dont a été traitée cet été l’inauguration du chantier visant à décontaminer une ancienne aire de stockage d’Agent Orange sur l’aéroport de Danang au Viêt Nam.

A l’été 2011, se déroula une cérémonie dédiée aux accords vietnamo-étasuniens visant à engager un chantier de décontamination de la dioxine recelée dans et par l’Agent Orange sur une partie de l’ancienne base américaine de Danang. Un lieu faisant partie des trois principaux sites les plus contaminés par cette molécule 2,3,7,8-TCDD parmi les 28 «  points chauds » identifiés, ceux-ci ne tenant pas compte des millions d’hectares qui ont reçu de un à dix épandages, parfois davantage.

Un an plus tard, le 9 juillet 2012, se déroula l’inauguration du début des travaux estimés à 43 millions de dollars (financé à hauteur de 20 millions par les États-Unis, soit moins de la moitié) en présence de hauts responsables vietnamiens et de l’Ambassadeur des USA au Viêt Nam. Ce dernier, David Shear, déclara que les USA avaient déjà aidé les Vietnamiens handicapés «  quelle que soit la cause » à hauteur de 54 millions de dollars. Il convient de préciser ici qu’il s’agit d’aide d’ONG et de Fondations, comme par exemple la Fondation du constructeur automobile Ford (visant le marché automobile vietnamien ?). Et quand David Shear dit que le lien entre l’exposition à l’Agent Orange et les maladies qui en découlent est «  incertain », phrase reprise à l’unisson par les médias, l’ambassadeur applique à la lettre la conduite dictée par Washington qui consiste à ne pas reconnaître sa responsabilité dans cet effroyable crime, tandis que son Académie nationale des Sciences a établi les liens de cause à effet entre l’Agent Orange et des dizaines de pathologies (très graves et/ou mortelles) et de malformations congénitales, parfois monstrueuses. Cette liste est remise à jour tous les 2 ans, et s’allonge au fil du temps. Causalités qui ne valent visiblement que pour les vétérans étasuniens, mais pas pour les victimes vietnamiennes, laotiennes, et cambodgiennes qui n’en sont pourtant pas moins humaines. Quant à la corrélation, les anciens combattants de pays alliés de l’armée US qui furent en contact avec l’Agent Orange, (ceux de Corée du Sud, de Nouvelle-Zélande, d’Australie), sont atteints, eux et leurs enfants, des mêmes pathologies, alors qu’ils ne résident pas dans les mêmes régions géographiques et connaissent des conditions et des modes de vie fort différents. D’ailleurs, la Corée du Sud a intenté un procès aux compagnies chimiques étasuniennes et la Haute Cour de Séoul a condamné Dow Chemical et Monsanto. Qui ne serait pas surpris que ces grands groupes industriels à but lucratif aient accepté de payer, en 1984, 180 millions de dollars à un fond destiné à dédommager les vétérans US victimes de l’Agent Orange afin d’éviter un procès qui aurait crée un précédent, tout en clamant dans le même temps leur non-responsabilité ?

Le budget du Departement of Veterans Affairs (ministère des Anciens combattants US) de 2010 pour les seuls vétérans victimes de l’Agent Orange dépassait les 13 milliards de dollars (soins, pensions, y compris la compensation pour la reconnaissance de 2 nouvelles maladies), et ils ne sont «  que » 200 000. Immédiatement, notre esprit tourne comme un moteur cherchant à définir la somme annuelle qui serait proportionnelle aux millions de victimes vietnamiennes… sans même oser y ajouter le coût de la décontamination à l’échelle du pays.

Lors de cette inauguration, les responsables du chantier ont proclamé que 73 000 m ³ de terre seraient chauffés (la dioxine apparaît en présence de chlore aux environs de 400°C et se dénature entre 800 et 1000°C), ceci en 4 années, donc jusqu’en 2016. Cependant, à seule fin de rétablir les choses à leurs justes proportions, il suffit de prendre une calculette pour constater que ce chiffre ronflant, repris lui aussi à l’unisson par les médias, représente seulement 3 hectares sur 2,5 mètres de profondeur (alors qu’il conviendrait de parler des fonds des rivières et des lacs, des nappes phréatiques et aquifères bien plus profondes où l’on retrouve effectivement la dioxine). Autrement dit, la petite partie de l’aéroport de Danang qui a fait la Une de l’actualité internationale est un «  confetti » au regard des millions d’hectares ayant subi les épandages d’Agent Orange. De plus, la dépollution de ce «  confetti » ciblé (qui est une forme de reconnaissance implicite de responsabilité, tout comme la vague de publicité qui lui est faite) n’est-elle pas motivée par les intérêts géostratégiques de la région ? Oui, la Chine.

Cela posé, mieux vaut un peu de décontamination que pas du tout.

Le traitement de cette information par une très large majorité des médias (pas par tous) est révélateur de l’inclination de l’Europe occidentale à faire allégeance yeux fermés aux États-Unis d’Amérique. S’agissant d’une action qui colporte une image positive des USA, journaux, télévisions, et radios de tout poil reprirent comme un seul homme le «  confetti » à la Une, avec parfois des titres laissant entendre que les États-Unis avaient entrepris la décontamination du Viêt Nam dans son entièreté : information insidieuse invitant l’opinion publique à penser que la confuse et lointaine question de l’Agent Orange était désormais réglée. Or, la plupart de ces médias ont une méconnaissance totale de cette plus grande guerre chimique de l’Histoire de l’humanité qui tue encore aujourd’hui, et cela pour avoir parfaitement ignoré jusqu’ici les millions de victimes de ce crime abject (puisque fabricants et chercheurs des laboratoires militaires connaissaient les effets et conséquences sanitaires de la dioxine TCDD contenu dans l’Agent Orange au moment de son utilisation) : jusqu’à 4,8 millions de personnes ont été directement exposées aux épandages de l’Agent Orange (rapport Stellman, 2003, USA) ; en 2010, la Vice-présidente de l’Assemblée nationale du Viêt Nam déclara que 4 millions de Vietnamiens étaient contaminés à des degrés divers. Des chiffres qui ne tiennent pas compte des innombrables victimes ayant développé des pathologies incurables ni des effets tératogènes sur les nouveau-nés depuis trois générations, tandis que la quatrième arrive. Une récente étude vietnamienne estime que 16 millions de personnes ont été au contact de l’Agent Orange depuis le début des épandages. Des millions de victimes passées, présentes, et à venir par le biais de la chaîne alimentaire sans que l’on sache quand ni si cela s’arrêtera un jour.

Je ne jette pas la pierre aux journalistes aspirés par la vitesse du temps médiatique. Et mieux vaut tard que jamais. Les journalistes sont les alliés naturels des victimes (de toutes) pour porter à la connaissance de l’opinion publique l’abomination d’un des plus grands crimes de l’Histoire des hommes, jusque-là tenu sous silence.

André Bouny

André Bouny, pt du Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange, auteur de «  Agent Orange, Apocalypse Viêt Nam », Éditions Demi-Lune, 2010, Paris : http://www.editionsdemilune.com/agent-orange-apocalypse-viet-nam-p-33.html

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