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Le Monde Diplomatique (septembre 2012)

Serge Halimi, dans le Monde Diplomatique de septembre 2012, craint une véritable extrême droitisation des États-Unis : « La gangrène de la finance américaine a provoqué une crise économique mondiale dont on connaît les résultats : hémorragie d’emplois, faillite de millions de propriétaires immobiliers, recul de la protection sociale. Pourtant, cinq ans plus tard, par l’effet d’un singulier paradoxe, nul ne peut tout à fait exclure l’arrivée à la Maison Blanche d’un homme, M. Willard Mitt Romney, qui doit son immense fortune à la finance spéculative, à la délocalisation d’emplois et aux charmes (fiscaux) des îles Caïmans.

Son choix du parlementaire Paul Ryan comme candidat républicain à la vice-présidence donne un aperçu de ce à quoi pourraient ressembler les États-Unis si, le 6 novembre prochain, les électeurs cédaient à la tentation du pire. Alors que M. Barack Obama a déjà accepté un plan de réduction du déficit budgétaire qui ampute les dépenses sociales sans relever le niveau " anormalement bas " de la fiscalité sur les plus hauts revenus, M. Ryan juge tout à fait insuffisante cette capitulation démocrate. Son programme, auquel M. Romney s’est rallié et que la Chambre des représentants (majoritairement républicaine) a déjà entériné, réduirait encore les impôts de 20 %, ramenant leur taux maximal à 25 %, un plancher jamais atteint depuis 1931 ; il accroîtrait simultanément les dépenses militaires ; et il accomplirait le tout en divisant par dix la part du déficit budgétaire dans le produit intérieur brut américain. Comment M. Ryan espère-t-il réaliser une telle performance ? En abandonnant à terme au privé " ou à la charité " l’essentiel des missions civiles de l’Etat. Ainsi, le budget consacré à la couverture médicale des indigents serait réduit de… 78 % »

Des États-Unis à l’Inde, il y a aujourd’hui dans le monde plus d’obèses que de gens en sous nutrition. L’industrie agroalimentaire a gagné, comme l’explique Benoît Bréville : « Selon un préjugé répandu, et entretenu par l’industrie agroalimentaire, les personnes obèses, incapables de contrôler leurs désirs, seraient responsables de leur condition. Ce discours occulte les causes d’un phénomène en voie de mondialisation. Tirer le fil de l’obésité, c’est débobiner toute la pelote du mode de vie des sociétés dites avancées. Quand il a quitté son emploi de soudeur pour fonder, en 1985, la société Goliath Casket (« le cercueil de Goliath »), Forrest Davis n’imaginait sans doute pas connaître un tel succès. Dans une Amérique qui comptait moins de 15 % d’obèses, le marché du cercueil géant balbutiait. Depuis, le tour de taille du pays s’est considérablement accru. Alors que la petite entreprise familiale de l’est de l’Indiana vendait un seul de son modèle « triple largeur » par an à la fin des années 1980, elle en écoule aujourd’hui cinq... par mois, en différents coloris, ou dans une version de luxe avec poignées dorées et coussins rembourrés. Avec plus d’un tiers d’adultes en surpoids et un autre tiers d’obèses. les États-Unis figurent aujourd’hui parmi les pays les plus gros de la planète. »

Le style paranoïaque en politique, ou quand le complotisme ne date pas d’hier : « En 1964, aux Etats-Unis, le Parti républicain choisit pour porte-drapeau Barry Goldwater, un ultraconservateur qui juge son pays menacé par les complots de la gauche. L’historien Richard Hofstadter publie alors un livre sur la paranoïa en politique. Traduit pour la première fois en français, ce classique permet de resituer le Tea Party et son imaginaire conspirationniste dans une certaine tradition américaine. »

Pourquoi les droits d’inscription universitaires s’envolent partout, demande Isabelle Bruno : « En France, selon une enquête de la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE), le coût de la rentrée universitaire a bondi de 50 % en dix ans. Parmi les causes de ce renchérissement, l’augmentation des frais d’inscription, que promeuvent think tanks et organisations internationales. Aux États-Unis, de nombreux étudiants ne pourront jamais rembourser les prêts contractés pour payer leur formation. A peine arrivée au ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, en 2007, Mme Valérie Pécresse se lançait un défi : parachever la réforme néolibérale de l’université. « D’ici à 2012, j’aurai réparé les dégâts de Mai 68 »,proclamait-elle dans Les Echos, le 27 septembre 2010. A l’heure des bilans, elle peut se targuer d’une belle réussite. La loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU), votée à l’été 2007, serait d’ailleurs celle dont le président sortant Nicolas Sarkozy est « le plus fier », d’après M. Claude Guéant. » [On sait qu’Hollande a choisi de conserver cette loi inique].

En conséquence, selon Christopher Newfield, la dette étudiante est une bombe à retardement : « Dans l’interminable feuilleton de la crise du capitalisme américain, la dette étudiante succédera-t-elle aux subprimes ? Estimée à plus de 1 000 milliards de dollars, elle a doublé au cours des douze dernières années, au point de dépasser désormais le volume des achats par carte de crédit. En 2008, les créances moyennes des nouveaux diplômés s’élevaient à 23 200 dollars " à peine moins s’il sortait d’une université publique (20 200 dollars). Dans un contexte économique difficile, marqué par un taux de chômage élevé, un nombre croissant d’entre eux se trouvent dans l’incapacité de rembourser leurs prêts. Le taux de défaut de paiement des étudiants " qui ne peuvent pas recourir à une procédure de faillite individuelle " est passé de 5 à 10 % entre 2008 et 2011. »

Pendant ce temps-là , les dirigeants européens gouvernent toujours dans la plus parfaite opacité (Christophe Deloire et Christophe Dubois) : « D’un sommet de crise sur l’euro à l’autre, le Conseil européen s’invite à la « une » des médias. Cependant, hormis le ballet des voitures officielles et le ronron des conférences de presse, on ignore presque tout des débats qui agitent les salles feutrées où se réunissent les vingt-sept chefs d’État et de gouvernement. Seuls quelques initiés y ont accès. »

Si bien que l’Italie se fend à nouveau d’un homme providentiel (Rafaele Laudani) : « Dans un accès de franchise, le président du conseil italien Mario Monti a regretté que « les gouvernements se laissent complètement brider par les décisions de leurs Parlements » (Der Spiegel), 5 août 2012). Ce genre de désinvolture démocratique installe un climat favorable aux mouvements parapolitiques, tel celui du comique Giuseppe (« Beppe ») Grillo. »

En Côte d’Ivoire, on se fait toujours la guerre, cette fois-ci pour le cacao (Fanny Pigeaud) : « A Abidjan, les exactions contre les partisans de l’ancien président Laurent Gbagbo se sont multipliées cet été. Si M. Alassane Ouattara a finalement pris le pouvoir, en mars 2011, après une crise postélectorale meurtrière, la réconciliation est encore loin. Dans l’ouest du pays, l’Etat ne contrôle plus rien ; des mafias ont mis la main sur l’économie du cacao. »

Tandis qu’au Mali, le rêve démocratique s’effondre (Jacques Delcroze) : « Naguère modèle de démocratie africaine, le Mali s’enfonce dans l’instabilité politique tandis que la rébellion au Nord, dominée par des groupes islamistes radicaux, coupe le pays en deux. Depuis le coup d’État du 22 mars dernier, le président de transition, M. Dioncounda Traoré, tente de concilier partisans et opposants du putsch. Cette crise révèle d’anciennes fractures. »

La Syrie est aussi un champ de bataille médiatique (Antonin Amado et Marc de Miramon) : « Comment rendre compte d’un soulèvement qui dure depuis dix-huit mois, alors que l’accès au terrain est périlleux ? Si la férocité du régime ne fait aucun doute, la manière dont certains médias relaient, sans les vérifier, les communiqués de tel ou tel groupe d’opposition et occultent le jeu de puissances comme l’Arabie saoudite, les États-Unis ou la Turquie relève plus de la propagande que de l’information. »

La Chine va-t-elle devenir la première puissance néocolonialiste au monde, c’est une des questions que pose le mensuel dans un fort dossier : « Pour devenir la deuxième force économique mondiale, Pékin a développé un système productif fort gourmand en ressources énergétiques et s’est lancé dans une course effrénée aux matières premières. Bien qu’elle s’en défende, la Chine risque ainsi de basculer dans la trappe du néocolonialisme. Consciente de sa place au coeur de la mondialisation, elle tente d’élargir son influence idéologique en revalorisant la figure de Confucius. Le retour du vieux maître revisité par le pouvoir concerne aussi la société chinoise. A la veille du XVIIIe congrès, le Parti communiste cherche plus à contenir la colère sociale qu’à promouvoir une vision rénovée de la théorie marxiste. »

On s’en doutait un peu : trop de sommets tue les sommets (Jonas Gahr Støre) : « De nouvelles puissances sont apparues, ces dernières décennies, à côté des centres de pouvoir historiques, rendant plus difficile encore la gestion des dossiers internationaux : commerce, environnement, équilibres stratégiques, etc. Du G 20 aux conférences sur le climat, les réunions multilatérales se multiplient. Mais elles ne donnent pas des résultats spectaculaires… »

Selon Dean Baker, il existe des causes négligées de la crise américaine : « Les États-Unis se plaignent souvent de la concurrence industrielle des pays d’Asie. Ils oublient qu’en 1997, quand la crise financière a ébranlé cette région du monde, ils lui ont imposé un traitement de choc tel que les États concernés se jurèrent de ne plus jamais se trouver en position de faiblesse. Ils ont donc décidé d’amasser des devises… en exportant vers les États-Unis. »

Isabelle Pivert analyse le doute des cadres : « Quatre ans après l’effondrement de la banque Lehman Brothers aux États-Unis, la litanie des fermetures d’usines, des faillites frauduleuses et des scandales bancaires rythme toujours l’actualité économique. Alliés traditionnels des actionnaires et des chefs d’entreprise, les cadres supérieurs s’interrogent. Et, parfois, leur foi dans le système vacille. »

Steve Ellner imagine un chavisme sans Chávez : « Des programmes sociaux qui améliorent le sort des plus pauvres ; un soutien populaire intact malgré treize années au pouvoir ; des candidats à la relève crédibles dans son propre camp… M. Hugo Chávez semble bien placé pour remporter le scrutin présidentiel du 7 octobre. S’il venait à disparaître " il est atteint d’un cancer ", le processus politique qu’il a impulsé s’arrêterait-il pour autant ? »

On n’a pas fini d’entendre parler des quartiers nord de Marseille : « Cinq arrondissements de Marseille, essentiellement dans les quartiers nord, figurent parmi les zones de sécurité prioritaires créées début août par le gouvernement de M. Jean-Marc Ayrault. En 1987, l’auteur de ce reportage avait consacré un livre aux habitants de ces quartiers. Vingt-cinq ans plus tard, il est retourné les voir. »

Serge Regourd passe au crible les Palmes d’or du fesival de Cannes : « A Cannes, près de cinq mille journalistes et techniciens de quatre-vingt-huit pays couvrent chaque année une manifestation qui présente, en compétition officielle, une vingtaine de films. Le retentissement et les enjeux financiers du Festival sont considérables. Ce qui incite à interroger le sens et les évolutions du palmarès. »

Selon Evgeny Morozov, les robots auront bientôt remplacé les journalistes : « La technologie jouit-elle d’une existence autonome ? Peut-elle fonctionner sans l’aide des humains ? Du théologien Jacques Ellul à Theodore Kaczynski, dit « Unabomber ». la réponse fut souvent positive. Aujourd’hui, toutefois, nombre d’historiens et de sociologues jugent cette théorie naïve et infondée.

Et pourtant. Le monde de la finance repose de plus en plus sur des échanges automatisés, réalisés grâce aux algorithmes produits par des ordinateurs sophistiqués, capables d’identifier et d’utiliser des variations de valorisation qu’un trader ordinaire ne remarquerait même pas. La revue Forbes, l’une des publications financières les plus réputées, a récemment fait appel à la société Narrative Science dans le but de générer automatiquement des articles en ligne à la veille de l’annonce par les grandes entreprises de leurs résultats financiers. Il suffit pour cela d’alimenter un logiciel en statistiques et, en quelques secondes, celui-ci débite des textes parfaitement lisibles : « Grâce à sa plate-forme d’intelligence artificielle brevetée, Narrative Science transforme des données en articles et en discours compréhensibles », explique-t-on chez Forbes. »

A noter éfgalement un supplément sur la renaissance de Liège : « La « cité ardente » revient de loin. Au fil des dernières décennies, la disparition de l’industrie minière et le déclin de la sidérurgie lui avaient porté de rudes coups. « Faites comme à Liège, laissez pleuvoir », dit un proverbe local... Aujourd’hui, la capitale économique de la Wallonie renaît, avec ses 200 000 habitants et les 600 000 de son agglomération. Les sidérurgistes se battent pour sauver ses derniers hauts-fourneaux. Gare TGV, RER et tramway vont en moderniser le centre. Et la ville des frères Dardenne rayonne dans le septième art. Un symbole : elle espère accueillir l’exposition internationale de 2017. »

Et un autre sur la démocratie à reconstruire en Europe : « Du 5 au 11 octobre, Strasbourg " où siègent de nombreuses organisations européennes " accueille le premier Forum mondial de la démocratie. Partenaire de la manifestation, le Conseil de l’Europe, contrairement à l’Union européenne, se consacre entièrement aux libertés et aux droits humains. En ce début de XXIe siècle, si la démocratie demeure un idéal mobilisateur " pour les opposants chinois, les peuples arabes… ", elle appelle de vigoureuses réformes pour relever le défi des inégalités sociales et de la crise de la représentation politique. En particulier, le décalage croissant entre les « élites » et les populations " de plus en plus ressenti dans l’Union européenne " incite à imaginer un nouveau rôle pour le citoyen et d’autres rapports entre élus et électeurs. »

http://bernard-gensane.over-blog.com/

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