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L’aventure de la pensée socialiste en haiti. Une analyse des oeuvres d’Antenor Firmin, Démesvar Delorme et Louis-Joseph Janvier.

photo : Joseph Auguste Anténor Firmin

Le « socialisme scientifique » [1], en référence au marxisme, a officiellement pénétré la société haïtienne dans les années 1930 avec L’Analyse schématique 32-34 publiée en 1934 et considérée par certains progressistes comme « le premier essai d’interprétation marxiste de la réalité haïtienne ». Cet ouvrage trace la voie idéologico-politique à suivre pour combattre l’occupation américaine d’Haïti. Le mouvement nationaliste qui a dominé toute la période antérieure aux années 30 est rejeté au profit du marxisme de tendance léniniste faisant de l’impérialisme le stade suprême du capitalisme [2]. Signé par Jacques Roumain, Christian Beaulieu et Etienne Charlier, il marque aussi la création, en 1934, du premier Parti Communiste Haïtien (PCH). Le socialisme de tendance marxiste inscrit ses premières empreintes dans cet ouvrage et prendra en même temps la forme politique avec le Parti communiste déjà évoqué. Ainsi, l’introduction officielle du marxisme dans les années 1930 est complète : théoriquement avec L’Analyse schématique (1934), Critique d’une critique (1934), Introduction : Nécessité de la théorie (1934) et Lettre à Tristan Rémy (1933) où Jacques Roumain s’identifie déjà intellectuellement au « socialisme scientifique » et pratiquement avec le PCH.

Jacques Roumain exprime directement sa préférence pour le « socialisme scientifique ». En 1934, quelques mois avant la publication de l’essai, il écrit : « La théorie qui est à la base de toute activité socialiste consciente est le ¨socialisme scientifique¨(Marxisme) » [3]. Par là, il fonde le « mouvement communiste haïtien » en puisant ses sources dans un socialisme ancré dans la réalité, prêt à affronter toutes les contradictions du système capitaliste. Ce qui explique la présence constante de Karl Marx dans ses premiers écrits progressistes post-1930 où il prépare par un Nationalisme de classe sa transition vers le marxisme. Les premiers socialistes du XIXème siècle, dénommés par Karl Marx « socialistes utopiques » [4], ne reçoivent aucune attention aux yeux de celui qui reste aux yeux de tous comme le premier communiste haïtien. Et pourtant, ceux-ci sont tout à fait présents dans les œuvres d’Anténor Firmin, de Louis-Joseph Janvier et de Démesvar Delorme. Ces derniers ayant vécu à la fin du XIXème siècle peuvent être situés dans ce que Michel Hector [5] appelle les antécédents du mouvement communiste en Haïti.

Ces trois intellectuels haïtiens ont beaucoup de points communs. D’abord, tous vivront à Paris (France) au moment où le socialisme est en plein essor et sauf Anténor Firmin, ils y passeront toute leur vie, Démesvar Delorme, en 1901 et Louis Joseph Janvier en 1911. Ils seront tous trois traversés par la création vers 1870 des deux premiers partis politiques d’Haïti : le Parti Libéral dont le slogan est « le pouvoir aux plus capables » et le Parti National disant « le pouvoir au plus grand nombre ». Ces partis ont véhiculé deux idéologies dans la société, le libéralisme et le nationalisme, influençant les œuvres de certains intellectuels remarquables de cette période. Enfin, ils lisent les premiers socialistes français. On en trouve régulièrement chez eux la référence : Louis Blanc, Babeuf, Proudhon, Fourrier et Cabet. Il est même question du théoricien anglais Robert Owen (1771-1858) et du théoricien allemand Friedrich Hegel (1770-1830). On peut dire qu’ils se sont tous deux intéressés aux « socialistes utopiques » sans y adhérer idéologiquement. Mieux, l’usage qu’il en faisait allait de la simple critique à la virulence la plus forte.
Le plus hargneux a été Jean Démesvar Delorme (1831-1901). Ce dernier a qualifié le socialisme de « doctrine incomprise des masses » et de « doctrine mal entendue ». Quant au communisme, il est, à ses yeux, une « envie travestie ». En sa qualité de penseur libéral, il rejette le socialisme pour le rôle attribué à l’État dans le changement de la société (« L’Etat serviteur »). Anténor Firmin s’en prend de son côté au socialisme de Charles Fourrier taxé d’« aberration phalanstérienne ». Il s’ancre dans la littérature allemande, il lit Kant et Hegel directement en allemand, puis Owen en anglais. Dans ses plaidoiries scientifiques en faveur de la race noire, il s’appuie sur le positivisme pour extraire et rendre visibles les arguments racistes des grands anthropologues de l’époque.

Louis-Joseph Janvier a reproché au socialisme sa faiblesse politique, c’est-à-dire son incapacité à s’imposer en France, là où il est né. Ce farouche ennemi du libéralisme estime qu’il est la meilleure doctrine de gouvernement. Proche du Parti National, il a rédigé un programme de gauche prosocialiste pour Haïti. Il est le premier haïtien à avoir lu l’ouvrage majeur de Karl Marx, Le Capital (1867), dès sa traduction en français, en 1872, par Joseph Roy. Il se référa deux fois au philosophe : la première concerne « l’accumulation primitive du capital » qui a été violemment réalisée, la deuxième évoque la thèse de la « grande culture collective ». Chez lui, toute la batterie théorique du marxisme est utilisée : prolétaire pour les piquets, lutte des classes et la classe ouvrière. Il est sans doute l’un des précurseurs des communistes haïtiens, notamment Jacques Roumain qui s’est réclamé du « socialisme scientifique » (marxisme).

Il est confirmé que le libéralisme ne fait pas bon ménage avec le socialisme. Démesvar Delorme, qui critique avec sévérité le socialisme et le communisme, est d’idéologie libérale. En revanche, Louis-Joseph Janvier, clément envers le socialisme, est un ennemi farouche de cette dernière. Anténor Firmin a fait l’éloge du positivisme d’Auguste Comte tout en minimisant le socialisme. Cette pensée n’a jamais été critiquée par ces auteurs antisocialistes. Ils ont tous été influencés par une des thèses d’Auguste Comte. Demesvar Delorme utilise le terme « positive » et baigne dans le scientisme avec lequel il critique le romantisme. Louis-Joseph Janvier, tout en se référant à Auguste Comte, s’est souvent déclaré d’accord avec l’un de ses disciples, Laffitte. Chez Anténor Firmin, le positivisme bat son plein avec une classification des sciences, une fascination marquée pour son créateur et un parti pris pour Linné au détriment de Kant et Hegel.

Avant d’analyser les reproches adressés aux socialisme et communisme, il est préférable d’évoquer les relations capitalistes pendant le XIXème siècle. Nous pourrons voir si l’état de la formation sociale haïtienne aurait justifié ce rejet du socialisme du coté de nos intellectuels haïtiens. Il sera aussi question de saisir le sens de cette présence bienveillante du positivisme dans les agissements antisocialistes. Est-ce au nom du positivisme que le socialisme a été critiqué en Haïti ? Considérant le croisement théorique existant entre ces deux courants de pensée [6], la réponse risque d’être problématique.

Les relations capitalistes au XIXème siècle
Le féodalisme, résultat de la rupture en 1804 avec le système esclavagiste, domine tout le XIXème siècle. On avait une production agricole sur laquelle reposait le bien-être de la majorité de la population. Les gens de la ville dépendent des récoltes des paysans à la campagne. C’est la raison pour laquelle les grands mouvements sociaux de ce siècle ont été déclenchés par ceux-ci [7], tels que celui de 1807-1820 avec Goman et celui de 1843-1844 avec Acaau. L’économie de la fin du XIXème siècle était donc sous la tutelle de la paysannerie qui, avec ses faibles moyens de production, nourrissait toute la population avec pour point fort la production caféière. En parlant du début du XXème siècle, Kethly Millet rapporte que « les productions agricoles représentent l’essentiel des exportations haïtiennes et les revenus des douanes, la part la plus importante du revenu total du pays. [8] »

Néanmoins, des tentatives d’industrialisation se repèrent du coté des élites locales. Elles ont installé plusieurs entreprises minières et agricoles. Dès 1840, Jean-Jacques Doubout et Ulrick Joly [9] rapportent qu’il y a des indications sur l’existence de manufactures de fabrication de chapeaux. Ils évoquent aussi l’existence d’une exploitation sucrière à Caradeux (Plaine du Cul-de-sac) appartenant à deux citoyens français, Labrousse et Borday. Sous la présidence de Geffrard (1859-1867) ont lieu les installations de la première boulangerie mécanique à Port-au-Prince par Duverneau Fils, d’une distillerie de rhum par Dupré Barbancourt, d’une industrie hôtelière a Port-au-Prince et de la Manufacture des Savons d’Haïti par Edmond Paul et Delva pour la fabrication de crèmes et savons de toilette. En 1880, c’est autour des premières usines du café pour l’exportation (Usines Barbancourt à la Coupe, Demerant à Carrefour, Simmonds Frères à Petit-Goave, Montfleury à Carrefour). A noter que ces entreprises n’ont pas fait long feu.

Ces tentatives ont eu comme bienfaits le perfectionnement des outils de travail et l’amélioration de la productivité. Mais, elles n’ont pas atteint leur objectif de la sortie du système féodal pour entrer dans le capitalisme. Il faudra attendre le XXème siècle avec l’occupation américaine (1915-1934), sous l’impulsion du capital étranger, pour que ce dernier fasse son apparition en Haïti. Ce qui revient à dire, comme le fait Michel Hector, que la « bourgeoisie haïtienne a raté son rendez-vous avec l’histoire et a démissionné, en tant que groupe social, de l’objectif d’assurer un développement capitaliste autonome et dynamique. [10] » A ce propos, André-Marcel d’Ans affirme que « l’élite haïtienne n’avait pas la fibre industrielle ».

Néanmoins, ces ébauches sont parvenues à prolétariser une part des masses populaires, celles des paysans. Le prolétariat haïtien prend naissance à cette période. Ce « petit noyau de prolétaires », comme le nomme Michel Hector, est donc majoritairement lié au monde rural. Celui-ci le fait remonter à 1840 pour établir la thèse de l’existence d’ouvriers dans diverses entreprises en Haïti. Dans un ouvrage de J.B. Alexandre [11] qui nous paraît introuvable, il est mis en avant comme personnage principal un ouvrier critiquant le pouvoir en place. Ce qui démontre que les ouvriers étaient déjà actifs au point de se constituer en structure de résistance.

Les organisations attestent de l’existence d’ouvriers en Haïti. On assiste en juillet 1894 à la naissance d’une « Association Ouvrière » à caractère mutualiste, dont le principal animateur fut M. Jérémie. Il s’intéressera aux conditions de travail, les jugeant archaïques. Sa principale revendication était de faire du travail l’essence de l’homme en le nettoyant de ses aliénations. Cette initiative sera au cœur des discussions du Parlement où un député affirmera avec inquiétude : « Le socialisme est dans nos portes ! » En 1903, Michel Hector souligne l’existence du « Syndicat des Ouvriers cordonniers haïtiens », première organisation de ce type dans le pays.

La critique du socialisme par nos intellectuels a été élaborée dans ce contexte d’industrialisation manquée n’ayant pas facilité la pénétration du capitalisme en Haïti. Cela n’a pas empêché la naissance du prolétariat haïtien, mais avec une conscience de classe non aiguisée. Des organisations ouvrières ont cependant voulu poser la problématique des conditions de travail en dépit d’un prolétariat embryonnaire pendant cette période. Bizarrement, le socialisme n’a pas été utilisé par ces illustres penseurs. Peut-être à cause du faible développement du capitalisme. Que reprochaient-ils aux doctrines socialistes ?
Critique du socialisme chez Anténor Firmin, Démesvar Delorme et Louis-Joseph Janvier

Le socialisme est une mouvance politique combattant les injustices sociales en prônant l’appropriation collective des instruments de production. Il vise à l’égalité sociale. Le mot est d’abord conceptualisé par Pierre Leroux (1797-1871), puis propagé par Blanqui, Owen et Gracchus Babeuf. Ces derniers proposent des solutions métaphysiques aux injustices sociales, à savoir un niveau de conscience développé chez la bourgeoisie afin qu’elle en termine avec l’exploitation. D’où l’idée de « socialisme conceptuel » déterminé par Georges Bourgin et Pierre Rimbert [12]. Quant à Karl Marx, il parle d’un « socialisme utopique », niant le rôle du prolétariat dans la transformation sociale. Selon lui, le « socialisme scientifique » dont il se réclame cherche plutôt la solution au niveau de l’évolution de la société, dans le conflit engendré par le développement des forces productives et les rapports de production. Ainsi, le succès du marxisme après la Commune de Paris (1871) va éclipser le « socialisme utopique ». Après avoir esquissé sa forme en 1848 dans le Manifeste du parti communiste, Engels va approfondir l’opposition entre les deux conceptions dans sa brochure Socialisme utopique et socialisme scientifique (1880).

Démesvar Delorme fut le premier à avoir produit une critique du socialisme ; elle est la plus sévère de toutes. Chez cet apôtre du libéralisme, on peut même parler d’un rejet total. Dans son ouvrage classique Les Théoriciens au pouvoir, publié en 1870, il reproche aux doctrines socialistes, en référence à la France, d’être « incomprises des masses. [13] » Il estime qu’elles n’arrivent pas attirer l’attention des concernés. Ces derniers ne s’y retrouveraient pas alors qu’elles prétendent défendre les intérêts des plus faibles. A son avis, elles seraient biaisées à la base puisqu’elles n’arrivent pas à convaincre les masses, bien qu’elles soient en leur faveur. En n’étant pas comprises, ces doctrines seraient, écrit Demesvar Delorme, « mal entendues » [14]. Il évoque le cas particulier du socialiste Louis Blanc (1811-1882) qui serait le plus inefficace à ce propos, malgré sa position de pouvoir.

Démesvar Delorme puise ses observations dans les mouvements sociaux de l’époque en France [15]. Il est gêné par les protestations accompagnées de barricades et de violents conflits voulant abolir l’état des choses. Il situe la cause de ces événements dans les doctrines socialistes et communistes mal transmises, dont certaines thèses demeurent ambiguës. Il l’exprime ainsi : « Les barricades s’élevèrent de tous les côtés, et la guerre civile éclata dans toute son horreur, au nom d’un socialisme destructeur et insensé qu’on avait enseigné aux masses, à la place des doctrines scientifiques des grands écrivains de cette école. [16] » Dans ce fragment, il fait le constat qu’un enseignement simplifié de la doctrine entraîne le contraire de ce vers quoi elle doit amener.

Selon Démesvar Delorme, c’est la prétention à l’égalité qui en serait la cause. Il estime ridicule tout projet d’égalité humaine au point de « naturaliser » l’inégalité sociale. Il compare cette dernière à la nature dans sa dimension invariable tout en faisant la leçon aux théoriciens socialistes : « Ils ne réfléchissaient pas qu’on ne peut pas égaliser au préalable les aptitudes, les caractères et les intelligences et les gouts. Ils ne voyaient pas qu’on ne pourra rendre tous les hommes égaux et pareils dans le monde que lorsqu’on pourra changer la nature elle-même, qui a voulu fonder l’unité dans la variété et l’égalité dans la dissemblance. [17] » Il continue en montrant l’absurdité du projet : « Comment voulez-vous qu’avec la culture de l’intelligence, dans une société de cette nature, les hommes supérieurs consentent jamais à cette abrutissante égalisation, que rien ne justifie ni dans la nature, ni dans la raison, ni dans la justice ? [18] »

Avec ce brutal rejet, ce sont l’abolition de la propriété et le partage des biens que vise Démesvar Delorme. Il qualifie de « violence absurde » ces mesures qui empêchent des doctrines socialistes d’être au service de toute l’humanité. Le socialisme, dit-il, doit se débarrasser de cette atteinte à la liberté économique. Il écrit : « Quand le socialisme n’est pas nettement défini de cette manière, quand il semble menacer la propriété et la liberté, il échappe tôt ou tard aux esprits généreux qui l’étudient et le propagent dans l’intérêt de l’humanité, et il devient, comme à Rome, une arme funeste aux mains des pervers. [19] » Ici, il souligne la thèse la plus impertinente du socialisme, l’abolition de la propriété, thèse qui l’empêcherait de résoudre les problèmes sociaux. Il affirme clairement que l’expropriation ne fait que reproduire l’inégalité. D’où son aversion pour le communisme vu parfois comme une « envie travestie » [20].

Démesvar Delorme nous invite à résoudre d’une autre manière les problèmes économiques. Il faut, à l’entendre, un solide gouvernement de tendance libérale. Aussi, les dirigeants doivent avoir deux qualités essentielles : L’intelligence et l’intention, affirme-t-il tout en précisant que « ces deux conditions devraient être inséparables. L’une sans l’autre ne pouvait rien » [21]. Il remonte à l’antiquité grecque pour trouver ses modèles dont les plus cités sont Périclès et Solon. Selon lui, Périclès dressa un « programme économique, philanthropique et national : il fallait mettre ordre aux ressources publiques, soulager les misères du peuple, et préserver en même temps la puissance d’Athènes dans ses colonies. [22] » Quant à Solon, il avait pour lui « réglé la plupart de ces grosses questions, qui s’exerçaient sur la science économique de son époque. [23] » Avec eux, les problèmes économiques ont pu être résolus, sans faire appel à l’abolition de la propriété et au partage des biens.

Sur ce point, il rejoint Proudhon qui incarne à ses yeux les écrivains scientifiques de cette école en fonction de sa solution proposée. Il voit en lui « l’une des têtes les plus fortement organisées de ce siècle » et continue-t-il : « Proudhon est certainement l’un des esprits les plus vastes et les plus puissants des temps modernes ; il est difficile de rencontrer ailleurs tant de savoir réuni à tant de talent. [24] » Tout cet éloge s’explique par son refus partagé du socialisme et du communisme, le premier pour le rôle accordé à l’État, le second pour son projet d’abolition de la propriété privée. Tout en s’écartant du système anarchiste [25], Démesvar Delorme félicite Proudhon pour sa critique du communisme. Il le paraphrase en considérant le communisme comme étant « la religion de la misère », tout en ajoutant qu’il est aussi la « religion de l’ignorance et de l’immoralité » [26].

Anténor Firmin (1850-1910) s’inscrit sur cette même ligne. Fasciné par le libéralisme et le positivisme, il voit dans le Phalanstère de Charles Fourrier une aberration : « Si on veut expérimenter en politique, au lieu d’observer, on tombe immédiatement dans les aberrations phalanstériennes où le niveau égalitaire ne remplace la liberté absente que par les caprices tyrannique de l’organisation. [27] » L’égalité socialiste serait de l’ordre de la contrainte et de la domination. Il s’érigera contre toute initiative coopérative conditionnant la liberté individuelle.

Anténor Firmin s’est tourné vers les penseurs allemands. Il a lu Kant et Hegel, notamment leur approche anthropologique. Il a beaucoup critiqué l’idéalisme allemand à partir des thèses de Carl von Linné Carl Von (1707-1778), un positiviste reconnu.
La critique du socialisme sera moindre chez Louis-Joseph Janvier (1855-1911). Ce proche du Parti National reproche au socialisme de ne pas être dominant en France. Il rend responsables les théoriciens qui n’auraient pas assez vulgarisé la doctrine. Il faut que le socialisme, dit-il, ne reste pas seulement au niveau de l’idéologie politique mais qu’il soit aussi une doctrine de gouvernement. C’est-à-dire qu’il aimerait que le socialisme soit au service du pouvoir politique pour résoudre les grands problèmes sociaux. Chez lui, il n’est pas une fin mais un moyen permettant d’aboutir à une société d’abondance sans exploitation. Pour que cela soit effectif, il faut que les prolétaires se saisissent du pouvoir et imposent une « dictature » (la Dictature du prolétariat) à partir de laquelle les moyens de production sont collectivisés et les richesses partagées équitablement. Cette « dictature du prolétariat » est implicite dans le socialisme gouvernemental de louis-Joseph Janvier.

Leslie F. Manigat [28] rapporte que Louis-Joseph Janvier épouse les idées socialistes et réclame son appartenance à la démocratie patriotique. Il a d’ailleurs rédigé un programme de gouvernement de gauche prosocialiste pour Haïti. Ce Manifeste nous paraît introuvable. Mais il est évident que le « socialisme scientifique » de Karl Marx l’a influencé. Il l’a exprimé par différents moyens.

Dans La République d’Haïti et ses visiteurs (1840-1882) [29], qui est un ensemble d’articles publié à Paris, Louis-Joseph Janvier se réfère à plusieurs reprises à Karl Marx dans ses grandes thèses sur Haïti. Ce fut le premier penseur haïtien à avoir lu Karl Marx de son vivant. Quant à son statut de marxiste, on en doute fortement. Ce dont on est sûr en revanche, c’est qu’il s’est politiquement réclamé du socialisme au point de définir les grandes lignes de son application dans le cas d’Haïti. De plus, dans plusieurs de ses textes, il mobilise toute l’ingénierie conceptuelle du marxisme pour analyser la réalité haïtienne. Il parle de prolétariat, de luttes de classe, du capital et du rapport ouvrier/bourgeois. Il a tracé « l’itinéraire de l’ouvrier haïtien » au moment où son existence est quasiment contestée. Il montre la singularité de ce groupe social en fonction de l’histoire spécifique d’Haïti. Ces deux éléments le rapprochent des idées de Karl Marx sans pour autant qu’il puisse être considéré comme un marxiste.

La première référence de Louis-Joseph Janvier à Karl Marx se fait par l’intermédiaire du Capital, Livre 1 (1867) sur lequel il s’appuie pour répondre à certains écrivains français (tels que Cochinat de la Petite Presse) déplorant l’absence de capitaux en Haïti, ce serait la source de la misère affectant la condition ouvrière. Louis-Joseph Janvier montre comment, partout, le capital a toujours été « acquis à tort, ou illicitement ou frauduleusement. [30] » Il puise dans Le Capital, (ch. XXIV), ses arguments pour expliquer l’origine de l’accumulation des richesses. Dans le chapitre mentionné, il est question de saisir « le secret de l’accumulation initiale ». Karl Marx évoque l’expropriation de la population rurale et les mesures législatives draconiennes frappant les expropriés. Ce chapitre est très important pour comprendre l’origine du mode de production capitaliste.

Louis-Joseph Janvier fait une remontée historique pour montrer la singularité d’Haïti. Il signale l’origine de nos classes sociales, bourgeoisie/prolétariat, issues de la révolution de 1804. Elle obligera de repartir à zéro dans tous les secteurs. La richesse était pour ainsi dire inexistante, aussi faudra-t-il beaucoup de temps pour la voir émerger. Ainsi, Haïti n’a pas pris le chemin du capital, comme cela a pu être le cas dans les grands pays occidentaux. D’où, estime-t-il, la cause des conditions sociales misérables dans lesquelles pataugent les ouvriers et les bourgeois. Notre différence historique justifie l’absence de capital en Haïti au XIXème siècle.

Louis-Joseph Janvier esquisse la théorie de traduction du marxisme en Haïti qui sera développée chez Jacques Roumain au XXème siècle avec son paradigme de « distillation du marxisme » [31]. Il montre les limites de la prétention universaliste de Karl Marx, formulant des étapes identiques à toutes les sociétés humaines. Louis-Joseph Janvier souligne la richesse historique du monde interdisant tout schéma linéaire. En signalant comment la société haïtienne n’a pas suivi la forme d’ « accumulation primitive du capital », il pose la question du recentrement du marxisme. Par là, il ouvre du vivant de Karl Marx une importante brèche théorique qui traversera tout le XXème siècle, que ce soit avec Frantz Fanon [32] ou d’autres.

La deuxième référence au philosophe allemand se rapporte à la « grande culture collective » [33] prônée par Louis-Joseph Janvier. Il propose que l’Etat donne à des paysans une habitation de terre. Ceux-là, dit-il, devront y investir leurs propres capitaux. Ce qui valorisera les terres et augmentera la productivité. Il déclare l’avoir tiré de Karl Marx qui en aurait longuement parlé. Son objectif étant de confectionner des méthodes permettant le développement du capital haïtien.

Pourquoi Le Capital ? Il faut rappeler que Louis-Joseph Janvier a écrit ses articles pendant son long séjour à Paris. Il a assisté à la réception des œuvres de Karl Marx en France. Le Capital (Livre1) est le premier texte traduit en français. Cette traduction dont Karl Marx a assuré la supervision est effectuée par Joseph Roy entre 1872 et 1874 et publiée par Maurice Lachâtre. Ce dernier est classé par Jacqueline Cahen [34] parmi les premiers éditeurs militants (1880-1884). En 1880, est établie la traduction de Socialisme utopique et socialisme scientifique d’Engels, publiée par Léon Derveaux dans la « Revue socialiste ». Ces éditeurs, explique toujours Jacqueline Cahen, ont lancé la vulgarisation des œuvres de Karl Marx. Ce qui sera renforcé par « L’Ere nouvelle », première revue théorique marxiste créée par des étudiants en 1893 qui commence à distribuer certaines œuvres de l’auteur en brochure. Ce qui revient à dire que la traduction en français de ces deux ouvrages, à savoir Le Capital en 1872 et Socialisme utopique et socialisme scientifique en 1880, a influencé l’intérêt de ces trois penseurs, ayant tous vécu à Paris, pour les doctrines socialistes.

Louis-Joseph Janvier est sans conteste le premier penseur haïtien à se réclamer d’une gauche socialiste, et notamment du socialisme marxiste. Il a repris certains concepts de Karl Marx pour comprendre le cas d’Haïti. Il a élaboré la première théorie de l’ouvrier haïtien. Selon lui, ce dernier est patriote : « L’ouvrier haïtien est éminemment patriote, et ce ne sera jamais lui qui ira s’aplatir devant l’étranger pour injurier les gouvernants de son pays. (35] » Il continue en déclarant qu’il aime sa famille et est proche de la bourgeoisie. En dépit de leurs différences, il existe, écrit-il, une relation de parenté entre l’ouvrier parisien venant d’une nation vieille et l’ouvrier haïtien né d’hier et peu besogneux. « L’ouvrier français est quelque peu le père de l’ouvrir haïtien » [36], affirme-t-il pour répondre aux « détracteurs de la nation haïtienne ».

Il s’est aussi intéressé au monde rural au point de soutenir les mouvements paysans de 1807 par Goman à Grande-Anse et ceux de 1843 par Acaau dans le Sud, « Piquets dans le Sud ». Il les nomme « les prolétaires du Sud » et parfois les « prolétaires ruraux ». Il refuse les termes de « bandits » et de « communistes » pour les qualifier. Ils étaient, à son sens, tout simplement des prolétaires dépassés par la lutte des classes. Ainsi, il estime justes leurs revendications. Il écrit : « On ne saurait assez réhabiliter la mémoire des paysans du Sud. Leur cause était noble, le droit était avec eux. Ils n’avaient point brisé les chaines de l’esclavage pour accepter celles du servage ; il n’avait point repoussé le joug du maître blanc pour se courber sous le joug d’un maître haïtien, que celui-ci eut dans les veines du sang blanc ou qu’il n’en eût point. [37] » Sa sympathie pour les Piquets sera plus détaillée dans son roman Le vieux Piquets [38], publié en 1884, où il donnera la parole à un paysan militant.
Eloge du positivisme

Le positivisme est une école de pensée dérivée principalement des travaux d’Auguste Comte (1798-1857) entendant réagir aux potentiels désordres causés par la révolution industrielle. Les premiers jalons sont posés dans son Cours de philosophie positive [39], composé de 1830 à 1842, où la science est mise en valeur au détriment de la théologie et de la métaphysique (« La loi des trois états »). Selon Auguste Comte, il faut réorganiser la société par une réforme scientifique accordant une place importante à la productivité. Ainsi, cette école est très proche des sciences naturelles par son intérêt pour les faits des mondes physique et matériel. Le progrès scientifique, la loi des trois états, la classification des sciences et l’amour pour la physiologie cérébrale sont les principales thèses développées.

Dès la deuxième moitié du XIXème siècle, l’école acquiert une influence considérable. En dépit d’être rapprochée du scientisme, elle marque profondément l’histoire des idées en France. Elle imprègne des domaines, comme la philosophie avec Pierre Laffitte (1823-1903), l’éducation avec les lois sur l’enseignement primaire de Jules Ferry (1886), la littérature avec Emile Littré (1801-1881) et la médecine avec Claude Bernard (1813-1878). C’est par cette dernière qu’elle percera en Amérique latine, notamment au Brésil où elle s’impose en peu de temps. Sa devise « ordre et progrès » se trouve même à l’heure actuelle sur le drapeau brésilien. Dans le monde anglo-saxon, elle rayonne avec John Stuart Mill (1806-1873) et Herbert Spencer (1820-1903). Haïti n’a pas été épargnée par elle. Ses signes sont visibles dès 1885 dans De l’égalité des races humaines, l’une des œuvres majeures du XIXème siècle en Haïti, voire sur la planète entière.

Dans cet ouvrage de portée scientifique, écrit pour remettre en question les arguments racistes d’illustres anthropologues français [40], Anténor Firmin affirme à plusieurs reprises qu’il serait d’accord avec Auguste Comte et avec deux de ces fervents disciples, Laffitte et Linné. Il évoque tout le temps des lois pour parler de l’anthropologie. Il rejoint le positiviste sur la classification des sciences. Dès le début de son ouvrage (Chapitre II), il en propose une, tout en soulignant son influence : « Je divise ces connaissances en quatre grandes classes, en suivant autant que possible la hiérarchisation adoptée par Auguste Comte et l’école positiviste. [41] » Tout au long de cette étude, Anténor Firmin ne cesse d’affirmer sa fascination pour ses idées. Il écrit : « Je crois tellement le contraire que, me conformant en cela aux idées de l’illustre Comte, je considère ces études comme indispensables à la préparation de l’esprit destiné à des exercices plus difficiles, plus complexes. [42] » Il continue pour à nouveau exprimer son accord : « C’est à ce point qu’on peut considérer l’astronomie comme une science beaucoup moins difficile que le vulgaire ne pense, d’accord en cela avec l’opinion d’Auguste Comte, l’illustre fondateur du positivisme. [43] »

Ces trois références à Comte montrent comment cette étude qui se veut anti-euro-centriste est de tendance positiviste. Elles expriment la source argumentative de l’auteur. Anténor Firmin était pris par la vague positiviste de l’époque au point, de s’agglomérer à la grande figure comtienne : « Nous avons déjà montré, appuyé sur la grande autorité d’Auguste Comte, ... [44] » Ce qui pousse certains à dire qu’il baigne dans l’eurocentrisme dans la mesure où il puise ses principaux arguments dans la « bibliothèque européenne ».

Le penchant d’Anténor Firmin pour le positivisme est systématique. Il va au delà de la figure d’Auguste Comte, faisant place aux deux célèbres disciples, Linné et Laffitte. Il préfère les approches anthropologiques de Linné à celles de Kant et d’Hegel. Quant à Pierre Laffitte, il le défend de tout soupçon raciste en voyant dans sa Conférence sur Toussaint Louverture une démarche progressiste. Dans une note de bas de page, il écrit : « Je crois avouer que je ne crois pas que le savant continuateur d’Auguste Comte ait voulu abaisser la race noire, dont il fait un si bel éloge dans la personne de Toussaint Louverture. [45] » Avec Anténor Firmin, le positivisme est utilisé sans traduction aucune en direction des Noirs dont l’histoire a été évacuée au profit de celle des Occidentaux.

Des traces du positivisme sont aussi présentes chez Démesvar Delorme, l’ennemi farouche du socialisme et du communisme. Hormis l’emploi du mot « positive » [46], il évoque la « raideur du positivisme » [47] en référence à d’autres écoles de pensée. Il critique aussi le romantisme au nom de la science en affirmant l’importance démesurée de l’observation scientifique. Il affirme : « Le romantisme est une doctrine pour les lettres et les arts ; il ne saurait en être une pour l’histoire elle-même. Dans les sciences, il n’y a qu’une école : celle de l’observation. [48] »

Quant à Louis-Joseph Janvier, ses références sont rares. On en relève une seule où il s’appuie sur Pierre Lafitte, un ardent disciple d’Auguste Comte. Ce dernier est totalement absent dans ses œuvres majeures. Il est l’un des rares penseurs haïtiens à avoir, pendant la période phare du positivisme comtien, fait fi de cette école de pensée. Ce qui peut-être expliqué par sa sensibilité gauchisante et son aversion évidente pour le libéralisme. A noter que le positivisme est teinté d’une idéologie libérale.
Anténor Firmin reste le champion de l’éloge du positivisme en Haïti. Ses prises de postions sont plus claires et assumées que pour les autres qui naviguent entre le positivisme et le socialisme. Son penchant pour celui-ci trouve son explication dans sa fascination pour le libéralisme ; d’ailleurs, en 1878, il se déclarait en faveur du Parti Libéral de Boyer Bazelais et d’Edmond Paul dans la revue « Le messager du Nord ». A partir de 1893, ses écrits seront tournés vers une démocratie sociale, rapporte Claude Moise [49] dans son mémoire de sortie de l’ENS. Ce qui ne remettra pas en cause ses penchants libéraux.
Croisement positivisme/socialisme

Le positivisme dont se réclament ces penseurs haïtiens du XIXème siècle est fortement marqué par le socialisme. D’ailleurs, les deux courants ont leur source dans une philosophie matérialiste précise, à savoir le sensualisme [50]. Les relations entre Saint-Simon (1760-1825) et Auguste Comte (1798-1857) fondent ce croisement contextuel. Le premier est l’inspirateur du second. Il prônait bien avant ce dernier la philosophie du progrès et le libéralisme. Il est considéré comme le précurseur de la philosophie positive, d’autant plus qu’il utilise le terme de « positif » dans ses écrits de la maturité. Il participera à la propagation du mot en lui donnant une orientation scientiste. Auguste Comte était traversé par ses valeurs car il a été le secrétaire de Saint-Simon pendant sept ans et il a collaboré au journal des saint-simoniens, « Le Producteur » en 1825. On peut dire qu’Auguste Comte a été l’un des premiers disciples du socialiste Saint-Simon. Dans les deux catégories de disciples, il y a d’un côté Pierre Leroux (1797-1871) qui privilégie les sentiments et l’émotion et de l’autre, Auguste Comte qui se tourne vers la méthode et la science. Tous sont d’origine semi-saint-simonienne, malgré les divergences entre eux.

Il y a, comme le dit Eric Sartori [51], un socialisme chez Auguste Comte. Disons mieux, dans le positivisme comtien, il existe des bases pour construire une doctrine socialiste. Son antitotalitarisme et son antilibéralisme le rapprochent du socialisme. Est aussi souligné son humanisme par lequel il croise ce dernier. Enfin, l’intérêt d’Auguste Comte pour l’histoire est aussi à comprendre dans cette dynamique.

Un tel croisement est absent chez Anténor Firmin. Il reprend plutôt à son compte la deuxième vague du positivisme en rupture totale avec le socialisme de Saint-Simon. Pourtant, il se rapprochera du « socialisme positiviste » par l’entremise de Littré. Quant au positivisme saint-simonien, il le rejette systématiquement dans ses écrits.

Conclusion
Le socialisme est critiqué au moment où le positivisme est utilisé pour étayer de grandes thèses, comme chez Anténor Firmin face aux écrits racistes de Gobineau. Ce même socialisme est relu en fonction du contexte haïtien tandis que cela n’a pas été le cas pour le positivisme qui a rapidement eu l’aval de tous ces penseurs. Il est utilisé sans poser les conditions de sa « traductibilité ». Il faisait appel aux idées d’Auguste Comte au détriment de celles des « socialistes utopiques » avec Owen, Fourrier et Saint-Simon. La référence au socialisme au XIXème siècle était le résultat de motivations idéologiquement disparates qui n’étaient pas bien définies, d’où l’idée d’aventure à son propos.

Ce texte part d’une ambition, celle de prolonger et d’approfondir les travaux de Michel Hector sur le socialisme en Haïti. Il a ouvert des angles de recherche à ce propos qui, malheureusement, n’ont pas trouvé leur place dans nos recherches haïtiennes [52]. Au vu du faible intérêt accordé par les intellectuels haïtiens pour les doctrines socialistes, il est impératif de regarder comment cette récupération (théorique et idéologique) a été effectuée et surtout de saisir les « ripostes » [53] créées face à la singularité du cas haïtien. Une tentative de relecture du Capital de Karl Marx axée sur la différence historique a été esquissée par Louis-Joseph Janvier pour expliquer la faible accumulation du capital en Haïti. Ce qui prouve, contrairement au positivisme, que le socialisme a été « distillé » de ses prétentions euro-centristes afin que soit prise en compte la réalité haïtienne.

Jean-Jacques Cadet
Doctorant en philosophie, LLCP (Université Paris 8).

Notes
[1] Terme inventé par Pierre-Joseph Proudhon dans son ouvrage Qu’est-ce que la propriété (1840) et conceptualisé par Karl Marx pour se différencier des socialismes antérieurs (Saint-Simon, Fourrier et Owen).
[2] Vladimir Ilitch Lénine, L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, 1917.
[3] Jacques Roumain, Introduction : Nécessité de la théorie, 1934
[4] En raison des solutions métaphysiques proposées pour sortir de l’exploitation. Voir le Manifeste du Parti communiste (1848).
[5] Michel Hector, Syndicalisme et socialisme en Haïti, Dans une note de bas de page, il évoque la nécessité d’étudier les antécédents du mouvement communiste haïtien.
[6] Vu le rapport existant entre Comte et Saint-Simon, le positivisme a beaucoup inspiré le socialisme. Et, inversement, les positivistes sont considérés comme des semi-saint-simoniens. Eric Sartori va plus loin en trouvant un socialisme chez Auguste Comte.
[7] Voir à ce propos le livre de Kethly Millet (1978), Les paysans haïtiens et l’occupation américaine 1915-1934.
[8] Kethly Millet, Les paysans haïtiens et l’occupation américaine 1915-1934, Bibliothèque nationale du Québec, collectif Paroles, 1978, page 18.
[9] Jean Jacques Doubout et Ulrick Joly, Notes sur le développement syndical en Haïti, Imp. Abécé, 1974.
[10] Michel Hector, Syndicalisme et socialisme en Haïti, Société Haïtienne d’Histoire et de géographie, 1980, page 165.
[11] Ce livre intitulé La Patrie et les conspirations (1890) a été mentionné par Roger Gaillard dans sa première tome de Les blancs débarquent.
[12] Georges Bourgin et Pierre Rimbert, Le socialisme, PUF, 1969, Paris.
[13] Démesvar Delorme, Les Théoriciens au pouvoir. Causeries historiques, Paris. H.Plon, 1870, page 668. Dans le cadre de ce texte, nous avons utilisé la version Gallica mise en ligne par la BNF.
[14] Démesvar Delorme, Les Théoriciens au pouvoir. Causeries historiques, Ibid, page 684
[15] Il est peut-être question des mouvements de 1848. Il a aussi évoqué le mouvement Cacos en Haïti qui n’a pas eu sa sympathie.
[16] Démesvar Delorme, Les Théoriciens au pouvoir. Causeries historiques, Ibid, page 723
[17] Démesvar Delorme, Les Théoriciens au pouvoir. Causeries historiques, Ibid, page 189
[18] Démesvar Delorme, Les Théoriciens au pouvoir. Causeries Historiques, Ibid, page 225
[19] Démesvar Delorme, Les Théoriciens au pouvoir. Causeries historiques, Ibid, page 222
[20] Démesvar Delorme, Les Théoriciens au pouvoir. Causeries historiques, Ibid, page 241
[21] Démesvar Delorme, La Misère au sein des richesses. Réflexions diverses sur Haïti, Paris, E. Dentu, 1873, page 7. Version Gallica de la BNF.
[22] Démesvar Delorme, Les Théoriciens au pourvoir. Causeries historiques, Ibid, page 36
[23] Démesvar Delorme, Les Théoriciens au pouvoir. Causeries historiques, Ibid, page 188
[24] Démesvar Delorme, Les Théoriciens au pourvoir. Causeries historiques, Ibid, page 241
[25] L’anarchie prône l’absence de tout pouvoir. Tandis que Demesvar Delorme reste attaché au pouvoir de la raison, représenté par l’intelligence.
[26] Démesvar Delorme, Les Théoriciens au pouvoir. Causeries historiques, Ibid, page 225
[27] Anténor Firmin, De l’égalité des races humaines (anthropologie positive), Paris, édition F. Pichon, 1885, page 458. Version Gallica de la BNF.
[28] Lesly F. Manigat, Anténor Firmin. Les moments marquant d’une vie, les temps forts d’une doctrine et d’une pratique politique. P-au-P, 2010.
[29] Publié en 1883, année de la mort de Karl Marx.
[30] Louis-Joseph Janvier, La république d’Haïti et ses visiteurs (1840-1882) ; réponse à M. Victor Cochinat (de La Petite presse) et à quelques autres écrivains, paris, édition Marpon, 1883, page 106. Version Gallica de la BNF.
[31] Ce modèle de traduction dont les traces ont été trouvés dans Griefs de l’homme noir (1939) fera l’objet d’un article spécial, vu son importance dans le cadre de notre essai à venir.
[32] Il parle de « distendre le marxisme » pour l’extraire de son européanité. Voir à ce propos les travaux de Matthieu Renault, notamment sa thèse Frantz Fanon et les langages décoloniaux.
[33] Louis-Joseph Janvier, La république d’Haïti et ses visiteurs (1840-1882), Ibid, page 588
[34] Jacqueline Cahen, Les premiers éditeurs de Marx et d’Engels en France (1880-1901), Cahiers d’histoire. Revue critique, no 114, janvier 2011, dossier spécial.
[35] Louis-Joseph Janvier, La république d’Haïti et ses visiteurs (1840-1882), Ibid, page 96
[36] Louis-Joseph Janvier, La république d’Haïti et ses visiteurs (1840-1882), Ibid, page 98
[37] Louis-Joseph Janvier, Les Constitutions d’Haïti, 1801-1885, Paris, édition Marpon, 1886, page 22. Version Gallica de la BNF.
[38] Louis-Joseph Janvier, Le vieux Piquet ; scène de la vie haïtienne, Paris, édition Parent, 1884
[39] Pour bien cerner le positivisme comtien, ces deux ouvrages sont importants : Le Discours sur l’esprit positif (1844) et Le système de politique positive (1852-1854).
[40] Anténor Firmin répond notamment à un écrivain français dénommé Joseph Arthur de Gobineau qui a écrit Essai sur l’inégalité des races humaines (1853-1855).
[41] Anténor Firmin, De l’égalité des races humaines (anthropologie positive), Ibid, page 15
[42] Anténor Firmin, De l’égalité des races humaines (anthropologie positive), Ibid, page 254
[43] Anténor Firmin, De l’égalité des races humaines (anthropologie positive), Ibid, page 39
[44] Anténor Firmin, De l’égalité des races humaines (anthropologie positive), Ibid, page 471
[45] Anténor Firmin, De l’égalité des races humaines (anthropologie positive), Ibid, page 479
[46] Démesvar Delorme, Les Théoriciens au pouvoir. Causeries historiques, Ibid, page 309
[47] Démesvar Delorme, Les Théoriciens au pouvoir. Causeries historiques, Ibid, page 100
[48] Démesvar Delorme, Les Théoriciens au pouvoir. Causeries historiques, Ibid, page 241
[49] On n’a pas accès à ce travail de recherche. Il a été signalé par Lesly F. Manigat dans son livre sur Anténor Firmin.
[50] Le sensualisme est une doctrine fortement influencé par l’empirisme (John Locke) qui affirment que toutes connaissance vient des sensations.
[51] Eric Sartori, Le socialisme d’Auguste Comte, L’Harmattan, 2012, Paris.
[52] Yves Dorestal a récemment souligné dans son pertinent ouvrage Jacques Roumain (1907-1944) : un communiste haïtien (2015) cette nécessité de recherche relative aux références socialistes chez certains penseurs du XIXème sicle.
[53] Terme utilisé par Jacques Roumain pour évoquer la spécificité haïtienne lors d’une éventuelle pénétration du communisme en Haïti.


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