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Gérald Bloncourt, figure de la constance révolutionnaire.

Haïti-Marxisme. Gérald Bloncourt, mort le 29 octobre 2018.

En 2018, ont été publiés deux ouvrages importants pour la tradition communiste haïtienne : Bonsoir tendresse (René Depestre) et Un homme peau noire peau rouge (Gérald Bloncourt). Le premier livre est une autobiographie élaborée par le poète révolutionnaire âgé de quatre-vingt-douze ans. Dans ce récit issu pour une large part d’une série d’entretiens menée par Jean-Luc Bonniol, il est question d’aveux et de bilans de René Depestre sur ses multiples luttes engagées au profit de la justice. On retrouve cette même rhétorique dans Un homme peau noire peau rouge de Gérald Bloncourt qui, en plus d’évaluer sa vie militante, pointe les horizons indispensables vers un monde égalitaire. Les deux ouvrages se ressemblent du fait que leurs auteurs respectifs ont partagé de véritables moments révolutionnaires en Haïti, notamment dans les années 1940. Ils se croisent aussi par leur même objectif visant principalement à projeter un idéal communiste exempté des vestiges idéologiques et politiques des premiers mouvements.

Ces deux ouvrages soulignent l’échec des mouvements révolutionnaires à instaurer le communisme en Haïti. Ainsi, il serait mieux de se tourner vers l’Idée du communisme (1) afin de prévoir son installation en fonction des structures de la région. La stratégie consiste à considérer le communisme d’abord comme une hypothèse, comme c’est le cas chez Alain Badiou (2) qui se lance depuis des années dans une re-conceptualisation de ce mouvement. L’expérience communiste requiert une base intellectuelle issue des contradictions contemporaines tout en étant vigilant aux éventuels dérives idéologiques. Le recours à l’Idée pour parler de communisme n’a rien d’utopique ou de régulatrice, ajoute Alain Badiou à Berlin en 2010 lors de la conférence philosophique mondiale organisée avec Slavoj Zizek : « Si nous privilégions l’approche conceptuelle et philosophique, c’est précisément pour situer l’intervalle, probablement très étroit, où la pensée peut trouver le passage d’une intensité simultanément pratique (politique) et idéologique (philosophique) dont il serait reconnu par tous qu’elle mérite le nom de nouveau communisme (3). »

C’est cette stratégie adoptée par Gérald Bloncourt, mort à Paris le 29 octobre 2018. Il est resté attaché à l’idéal communiste jusqu’à la fin de sa vie. Loin d’être orthodoxe, il invite constamment à des révisions au regard des dérives observées. Il maintient « l’hypothèse communiste » tout en se démarquant des tournures stalinistes et maoïstes. Il s’est lancé dans une déconstruction des thèses traditionnelles dogmatiques du communisme portées notamment par le Parti communiste français (PCF). En ses qualités de peintre et de photographe, il investit l’art comme champ d’élargissement de l’appareil idéologique du communisme. Son amour pour la création et la liberté le met en porte à faux avec les militants du PCF ayant un rapport angélique à la pensée de Karl Marx et de Friedrich Engels. La création artistique reste le leitmotiv analytique de reformulation de l’idée du communisme chez Bloncourt. Je tiens à interroger cette constance communiste chez Bloncourt en l’expliquant par son investissement dans la photographie. Je postule la puissance conceptuelle de la création artistique dans le renouvellement constant du projet communiste. La photographie est la source de la perduration de la conviction communiste de Bloncourt. En quoi la photographie peut être utile aux entourages du communisme ? Comment détecter l’engagement communiste dans une œuvre photographique ? La politique et l’art sont-ils devenus complémentaires ?

Toute la vie de Bloncourt s’explique par un intérêt croissant pour l’art. Ce dernier étant engagé, ce qui confirme ses convictions communistes. Bloncourt reste un militant communiste ouvert à la fois aux activités artistiques et économiques. Il s’érige en faux contre tout déterminisme économique qui a longtemps dominé une tradition marxiste. Dès l’âge de dix ans, il a fondé à Port-au-Prince avec d’autres amis le « Cendre d’art haïtien (4) » au sein duquel émergent beaucoup d’artistes. La force de ce Centre réside dans son attention pour les « peintres primitifs » qui avaient besoin d’espace pour exposer leurs œuvres. Ce Centre a permis à des « amateurs » des classes populaires d’améliorer leurs productions et d’en vivre convenablement. « Il faut donner des pinceaux au peuple (5) », c’est le slogan du Centre lancé par Bloncourt, ce qui manifeste son intérêt pour les défavorisés en pleine envie de s’exprimer. « C’était la première fois qu’une exposition générale de peinture haïtienne avait eu lieu sur l’île (6) », affirme Bloncourt pour signaler l’ampleur d’une telle initiative artistique. Ce Centre est à la base de la conception artistique militante de Bloncourt qui l’accompagnera tout au long de sa vie. En débutant dans la peinture, Bloncourt découvrira à Paris le métier de photographe avec lequel il va gagner sa vie. Il était responsable politique du service photo du journal l’Humanité. Il a collaboré à beaucoup d’autres périodiques, comme le Nouvel Économiste, Regard, Le peuple, La vie ouvrière. Le photojournalisme devient son activité la plus exercée au point de la pratiquer pendant soixante-dix ans. Ainsi, ses œuvres sont majoritairement constituées de tableaux et d’images-photos (7) qui ne sont pas sans rapport avec ses positions marxistes.

Les œuvres écrites de Bloncourt viennent tardivement. Sa première publication, hormis ses éventuelles contributions dans la revue La Ruche, est un recueil de poème : Poèmes sahariens (1976). Entre 1946 et 1976, nous n’avons accès à aucune trace de publication écrite, néanmoins il est annoncé la création en 1963 Des éditions Murales (8). Il a écrit deux essais : La peinture haïtienne, 1986, avec Marie-José Nadal-Gardère et Messager de la tempête, 2007, avec Michael Löwy. Il a élaboré beaucoup de récits, tels que Yeto, Le palmier des neiges (1991) et Journal d’un révolutionnaire, 2013. Ce qui explique que l’œuvre de Bloncourt est riche et pluriel avec un regard particulier pour les images. Il est doté d’une œuvre illustrée qui ne laisse aucune place pour la falsification. Le souci de vérité réside dans l’esprit des ouvrages de Bloncourt d’où émanent des photos et des tableaux qui interpellent l’Histoire. Certaines de ces photos sont tellement claires au point qu’elles ne demandent aucune explication. La pensée de Bloncourt est dans ses photos toujours porteuses d’un langage particulier.

Gérald Bloncourt était un militant communiste assumé. Il a cofondé en 1945 la revue marxiste La Ruche et a été membre du Parti communiste haïtien qu’il a représenté en France. Il était membre du Parti communiste français, du Parti unifié des communistes haïtiens et du Parti socialiste. Il a milité aux côtés de Jacques Stephen Alexis et de René Depestre, avec qui il a réalisé en Haïti les mouvements de 1946. Il était convaincu de l’importance accrue de l’organisation dans la lutte contre les violences du capitalisme. Son intérêt pour la peinture, la photographie et la poésie détermine sa singularité. Il porte en lui les débats sur la question de couleur en Haïti car il était de peau claire et de conviction marxiste. Cette question était pertinente en Haïti à l’époque, peut-être encore aujourd’hui, de même que le rapport entre le marxisme et l’art. Comment faire cohabiter les questions de couleur et de l’art dans la théorie marxiste ? La figure de Bloncourt permet de discuter de véritables questions pertinentes pour une relecture postcoloniale des œuvres de Marx et d’Engels. Ces problématiques rapprochent Bloncourt de Badiou, ayant des profils similaires avec un intérêt particulier pour l’art et le communisme. Ancrées dans l’histoire d’Haïti, les questions de Bloncourt, malgré leur caractère international, présentent un interstice analytique à creuser.

Le photojournalisme

Le photojournalisme n’est seulement un métier pour Gérald Bloncourt mais aussi une passion et un mode de lutte. C’est un métier dont il a participé à l’émergence. Il a vécu ses premiers balbutiements jusqu’à ses formes les plus modernes. La photographie se définit par Bloncourt comme la meilleure façon d’appréhender la réalité afin de l’observer dans tous ses compartiments. La photographie a son langage et son écriture qui la distinguent des autres formes de transmission. Bloncourt montre sa pertinence en lien à sa capacité de refléter par des images le réel en question. Toute la force de la photographie se trouve au niveau de la captation du réel pour expliquer son immobilisation dans le temps et son extension dans l’espace. L’image devient le socle d’une écriture singulière munie, écrit Bloncourt, de « syntaxe, de déclinaisons et de même fautes d’orthographe photographique (9) ». Ce qui explique que la photographie obéit à des règles qui, souvent, définissent la nature de ses images. Malgré son amour pour l’image, la photographie se soumet aux exigences techniques et aux subjectivités des acteurs. Elle demeure le reflet de son temps tout en interrogeant avec certains clichés l’avenir du monde. Elle est loin d’être uniquement un métier mais aussi un outil idéologico-politique apte à influencer l’ordre social.

Le choix de la photographie par Bloncourt est politique ; il l’avoue ainsi : « C’est comme ça que j’ai appris le métier de photojournaliste et que j’ai compris qu’il était possible de militer, de résister et de changer les choses un appareil photo à la main (10). » Bloncourt a fait ses premières expériences professionnelles au sein d’un journal communiste, l’Humanité, qui lui a inculqué une sensibilité pour le monde ouvrier, l’exploitation et l’injustice sociale. Bloncourt relève rapidement l’importance de l’image qui dit tout sans recours à des textes manipulateurs. Avoir accès aux traitements infligés aux ouvriers français demeure une opportunité qu’il faut stabiliser par des photos afin de faire l’Histoire. Cette puissance politique de la photographie est transmise dans des conférences par Bloncourt qui en fait son principal outil de combat. « Nous sommes responsables des images racontant l’évènement que nous avons pour charge de transmettre, de décrire (11) », affirme-t-il pour signaler l’influence de la position du photographe dans la retransmission du passé. La qualité historique d’une photo est avant tout dans l’angle de vue choisie par le photographe. Ce dernier se définit par Bloncourt comme « l’homme qui doit se battre pour une plus juste et plus humaine vision de notre devenir (12) ». La photographie dispose-t-elle les moyens pour réaliser cet objectif ? En quoi la représentation photographique peut se constituer en force idéologique alternative ? Que reste de la photographie si elle se baigne aussi profondément dans la politique ? La politique n’est-elle pas plutôt un obstacle à une représentation photographique juste de la réalité ?

La méthode de travail de Bloncourt mérite une petite attention afin de répondre aux questions précédentes. Il discute avec les protagonistes avant de choisir son angle de photo. Il connaît les milieux de ceux qu’il photographie, ce qui entraîne un bon traitement des images recueillies. La méthode participative permet d’éviter tout risque de déformation de la réalité. Le photographe n’est pas distant de son objet, ce qui serait de l’ignorance totale. Aussi est-il loin d’être objectif et impartial. Il est même quasi son objet photographié à force d’en vivre tous les jours. Le photographe baigne dans l’entourage de ses photos au point d’être présent sans le voir. La conviction communiste de Bloncourt est l’angle d’observation de ses photos dont la plupart dénonce des injustices. Il s’explique ainsi : « J’ai photographié des millions de travailleuses et de travailleurs dans leur vie quotidienne. J’ai vécu leurs luttes, pied à pied, contre leurs exploiteurs. Ils venaient de tous les coins du monde. Avaient toutes les religions de la terre. Toutes les opinions politiques. Mes images ont montré leur humanité, leur dignité (13) ».

Bloncourt accorde une place importante à l’Histoire dans son métier de photographe. Il fait des photos l’un des agents les plus importants de la mémoire. Les photos réactualisent des évènements passés porteurs de sens historiques. Elles sont dotées d’une puissance pédagogique pour le présent et le futur. Elles permettent aussi de réécrire l’Histoire falsifiée par les agents des classes dominantes. Bloncourt se voit comme un « passeur de mémoire avec plus d’un demi-siècle de témoignages de photos (14) ». Des photos qui relatent le monde du travail en France, la Révolution des Œillets et le contexte de l’URSS. Lors de l’exposition organisée par la mairie du XIème à Paris en juillet-août 2019, nous avons relevé une diversité photographique chez Bloncourt mais aussi une unité idéologico-politique. Le rapport de Bloncourt à la photographie déborde le cade professionnel pour se tourner vers une vision du monde qui a marqué toute la vie du militant. Il est l’un des rares à initier ce mariage réussi entre la photographie et le communisme. Avec lui, la force politique de l’image se renforce sans la compromettre l’écriture textuelle. On peut ainsi comprendre pourquoi l’œuvre de Bloncourt est composée de photos, de livres et de témoignages.
Pour bien cerner le rôle de la photographie chez Bloncourt, il faut se tourner vers sa conception du communisme. La photographie lui a permis de sortir de l’orthodoxie prônée par le Parti communiste français, en la personne de Louis Aragon, apôtre d’un réalisme socialiste. Cette théorie exige de montrer « l’ouvrier avec son marteau et le paysan avec sa faucille, les figer dans le temps et dans la caricature (15) ». Bloncourt rejette cette « vision réductrice qui est à l’opposé de sa conception de la liberté de la création (16) ». Il invite à intégrer l’art photographique dans ce réalisme afin qu’il dépasse le déterminisme économique auquel il est soumis. Il propose de faire de « l’authentique réalisme socialiste » en y intégrant la photographie. Cette dernière devient un levier de relecture de cette théorie socialiste qui a longtemps dominé les Partis communistes. Il avoue : « Militant communiste, je m’intéresse à l’époque aux théories du réalisme socialiste prônées par le parti et le grand Aragon. Mais je ne me résigne pas à adhérer à ces conceptions, ou plutôt ce diktat, qui nient la liberté de création. Je me rebelle à ma manière face à la ligne stalinienne du parti (17). »

C’est au nom de la liberté de création que Bloncourt s’en prend à cette tradition communiste orthodoxe. Il avoue clairement que le réalisme socialiste d’Aragon ne correspond pas à sa conception de l’art. Il voit dans la posture d’Aragon un dogmatisme à la manière de l’autoritarisme régnant dans le parti. Bloncourt dénonce l’orientation générale du PCF qui a peur du neuf, du différent et de l’étranger. Critiquer le réalisme socialiste, c’est élargir le cadre théorique du Parti en accordant une importance politique aux photos. Ces dernières peuvent constituer un outil pertinent pour tout mouvement communiste se voulant agent de transformation des conditions de travail. Le PCF devient le foyer de discussion théorique de Boncourt.

L’expérience communiste

Bloncourt accumule des déceptions dans la militance communiste. Dans ses derniers ouvrages, il montre les limites des organisations auxquelles il a pris part. La plus ciblée est le Parti communiste français (PCF), l’une de ses premiers espaces d’apprentissage politique. Son premier contact avec ce parti a été très singulier. Il a été mandaté en 1946 par le Parti communiste haïtien (PCH) pour rentrer en contact avec le PCF. Il était question selon la lettre envoyée par Édris Saint-Armand de chercher les supports des militants français dans les luttes en Haïti contre l’impérialisme. Le PCH avait besoin d’élargir ses horizons politiques afin que ses stratégies militantes soient renforcées. La logique consistait à saisir le capitalisme dans une démarche internationale et de lutter contre ses foyers étrangers. La lutte du PCH rejetait tout nationalisme d’enfermement pour se tourner vers un cadre internationaliste axé sur une critique du marché global. Vu l’engagement de Bloncourt dans les mouvements de 1946, les communistes haïtiens avaient engagé au profit d’Haïti ce leader dont la famille était déjà connue par la tradition gauchiste française.

Que relevait ce premier contact haïtien avec le PCF ? Bloncourt évoque un accueil fade, sans enthousiasme et surtout sans intérêt pour Haïti. Il était beaucoup plus question de son oncle Élie mais aucun mot sur l’objectif de sa mission, à savoir soutenir les luttes communistes en Haïti. « Pas un mot sur Haïti ! Pas la moindre allusion aux luttes de notre peuple (18) », écrit Bloncourt qui n’est jamais arrivé à comprendre cette froideur des communistes français. Il a été reçu par un directoire qui avait éclipsé Haïti dans les luttes contre l’impérialisme. Bloncourt n’était pas reçu comme un haïtien communiste mais comme un Bloncourt français de famille militante. Par ce geste froid de la direction du PCF, Haïti subissait une marginalisation occidentale débutée depuis la proclamation de son indépendance en 1804. Cela devenait paradoxal, le racisme international touchant des militants qui se disaient communistes. On était quelques semaines après les mouvements de 1946, initiés par de jeunes communistes, l’un des premiers dans l’histoire mondiale de la jeunesse politique, bien avant mai 1968 en Europe. L’actualité haïtienne était arrivée en France, surtout avec André Breton, l’une des figures explosives de cette révolte.
L’hypothèse la plus plausible se trouvait du côté du Parti communiste haïtien qui n’était pas reconnu par les communistes français. L’amitié de Bloncourt avec Pierre Mabille et André Breton n’était pas à la base de ce rejet d’Haïti, encore moins son affiliation familiale, ce qui aurait plutôt joué en sa faveur. On était en présence d’une quête de reconnaissance des communistes haïtiens du côté du PCF qui, en retour, refusait de collaborer avec ce « singulier petit pays ». Le PCF, dirigé à l’époque par Maurice Thorez, était confiné dans l’espace européen, voire français, tout en rejetant les luttes des pays non européens. Malgré l’émergence de la question coloniale dans le parti, certains militants se montraient encore agressifs aux luttes anticolonialistes et antiimpérialistes des régions du Sud. Rejeter Haïti, c’était refouler la révolution anticapitaliste et anti-esclavagiste de 1804, c’était aussi éclipser les violences de l’impérialisme américain encore sur le sol haïtien et c’était plutôt endosser l’historiographie coloniale faisant d’Haïti un hors-lieu.

Ce rapport honteux entre le PCF et Haïti exige de sérieux détours pour le saisir. Il faut voir la place de cette région latino-américaine dans les activités de la Troisième Internationale dont quatre communistes français (Jacques Duclos, Marcel Cachin, Maurice Thorez et André Marty) sont membres du comité exécutif. Le philosophe haïtien Yves Dorestal relève des traces européanistes dans certains rapports du Komintern qui tend à négliger les luttes entamées par les partis communistes latino-américains. Nous avons retenus deux extraits qui sont traduits par Yves Dorestal évoquant les luttes communistes au Pérou :

Mariátegui qui mourut en 1930 et auquel appartient une place importante dans l’histoire du mouvement révolutionnaire péruvien ne pouvait pas se libérer totalement des survivances de son passé Apriste. Il garda ses allusions à propos du rôle révolutionnaire de la bourgeoisie péruvienne et sous-estima l’importance de la question nationale indienne qu’il identifia avec la question paysanne. Différentes survivances du Mariáteguisme sont encore vivantes même de nos jours dans le parti péruvien et produisent des effets sur son travail pratique (19).

Dans l’actualité, le parti communiste semi-légal compte 4 000 membres et jouit d’une grande autorité auprès des travailleurs. Cependant, il est loin d’avoir liquidé l’héritage bourgeois-démocrate et réformiste du recabarrenisme et ses faiblesses organisationnelles et plus particulièrement, en ce qui concerne un traitement adéquat de l’illégalité (20).

Cette conception péjorative du Komintern permet de saisir le faible niveau d’ouverture des communistes français. Certains comme Thorez et Duclos était de tendance autoritaire, d’autres comme Ho Chi Minh était plus ouvert à la question coloniale. Ho Chi Minh, l’un des membres fondateurs, critique le colonialisme français qui, selon lui, est le fruit du capitalisme international. Bloncourt a rencontré plus tard ce militant qui lui « servait du thé et lui parla d’Haïti, de Jacques Roumain, de Despetre » ; Ho Chi Minh se comportait différemment aux membres directoires du parti. Bloncourt décrit ainsi sa rencontre avec lui :

Aujourd’hui je pense que j’ai rencontré à cette époque un immense bonhomme. Quelle simplicité !... Quelle clairvoyance ! Quel respect des autres, de ma jeunesse, de mon inexpérience ! ... Quelle différence avec la froideur de l’accueil que j’avais reçu au PCF ! Ils étaient pourtant tous communistes ! dis-je (21).

Bloncourt reproche au PCF d’être stalinisé au point de galvauder les principes de tolérance et de respect. Bloncourt est gêné par le culte de la personnalité qui traverse ce parti. « Les camarades qui se précipitaient en criant Maurice ! Maurice ! Dès qu’ils apercevaient Thorez, avec des trémolos dans la voix, m’avaient toujours paru ridicules (22) », écrit Bloncourt à propos du climat de soumission régnant dans le PCF. A la mort de Staline, les militants ont vénéré Maurice Thorez comme un réformateur apte à reformuler les règles orthodoxes. Et pourtant, les frustrations ont été au rendez-vous dès les années 1940-1950. Jacques Stephen Alexis et René Depestre seront marginalisés au sein de ce parti, de même qu’Aimé Césaire qui affichera sa colère en 1956 dans sa « Lettre à Thorez ». Les militants du Sud avaient du mal à intégrer un tel parti dont l’histoire n’était pas indifférente aux luttes anticolonialistes. Les malaises de Bloncourt étaient multiples : « Dès mon arrivée en France, je me heurte au parti. J’aperçois rapidement les limites, les évidentes contradictions, ne serait-ce qu’à travers le réalisme socialiste prôné par Aragon. Je constate amèrement l’absence de respect et de démocratie à l’intérieur du Parti (23). »

Bloncourt reprochait aussi aux organisations croyant posséder la vérité. Il dénonce cette suffisance cognitive qui entrave les stratégies politiques. Les organisations politiques devraient constamment renouveler leurs outils idéologico-politiques afin d’éviter le risque d’orthodoxie. Bloncourt se lance dans une lutte contre toute pensée marxiste dogmatique qui ne prend pas en compte la réalité. La relecture du réalisme socialiste explique cette volonté de Bloncourt de forger un marxisme hétérogène et « occidental » ancré dans le réel haïtien. Son effroi face au rejet d’Haïti par les dirigeants du PCF témoigne de son intérêt pour un communisme haïtien ayant au centre un marxisme décolonial. C’est dans ce même esprit qu’on peut comprendre son adhésion dans les années 1960 au Parti unifié des communistes haïtiens (PUCH), mais « cette fois, bien décidé à ne plus se laisser enfermer dans cette sorte d’enclos dont je viens de m’évader (24) ». Le regard de Bloncourt est désormais tourné vers les luttes communistes haïtiennes après cette expérience désastreuse au PCF. Comment renouveler les luttes communistes ? Quel le rôle des outils idéologiques dans l’idée et l’expérience du communisme ? Quel marxisme pour le communisme d’aujourd’hui ?

L’idée du communisme

La constance communiste de Bloncourt s’explique par son attachement rationnel au projet communiste malgré ses multiples expériences déroutantes. Cette constance se fonde sur un renouvellement continuel des thèses critiques du capitalisme. La constance communiste dont il s’agit dans ce texte se concentre sur le concept du commun ancré dans un partage équitable des richesses et des services. Elle dépasse les déviations politiques se réclamant des idées de Marx et d’Engels pour se tourner vers une reconceptualisation de l’appareil théorique du communisme. La constance communiste profite de tous les instants politiques tout en s’appropriant d’autres expériences singulières. Elle se nourrit de ces nouvelles expériences qui, très souvent, sont en marge de l’Occident. Les régions non occidentales restent les sources les plus documentées de l’idée du communisme portée par Bloncourt. Pour qu’il soit encore viable, le communisme doit réinventer son « Idée » en fonction de ses éventuels « échecs » dans l’histoire politique mondiale. C’est la meilleure façon de se réclamer encore du communisme au XXIème siècle. Quel communisme peut accoucher de ce monde contemporain post-1989 ? Comment revivifier dans le communisme l’idée et l’expérience ?

« Peut-on être communiste aujourd’hui ? (25) ». Cette question se posait depuis 1960-1970 dans l’objectif d’interroger en regard de certains évènements la validité d’un tel projet politique. Elle est encore pertinente aujourd’hui mais elle mérite d’être reformulée par rapport à l’idéal porté par cette vision. Vu le nombre de figures qui assument leur conviction communiste (Tony Negri, Slavoj Zizek, Alain Badiou, etc), la question devient la suivante : qu’est-ce que c’est qu’être communiste ? Cette interrogation soulève le rapport entre le marxisme et le communisme. Alain Badiou est dans la tradition communiste avec un rapport très singulier au marxisme. Toni Negri (26) reproche à Badiou de tenter d’être communiste sans Marx à force de ne pas pouvoir loger le marxisme dans sa « classification des vérités ». Quant à Badiou, il reproche à Negri d’être marxiste sans être communiste. Il s’agit de savoir comment être communiste ? Que requiert une telle posture dominée par la figure de Marx ? Aux yeux de Negri, ces questions doivent affronter la « dimension ontologique du communisme axée sur la construction d’une société nouvelle par l’homme producteur (27) ». D’où l’importance de Marx dans l’idéal du communisme. Marx reste la figure par excellence de l’ontologie du communisme. Toni Negri conclut ainsi son débat avec Alain Badiou : « Nous ne croyons donc pas qu’il soit possible de parler de communisme sans Marx. Certes, le marxisme doit être profondément, radicalement relu et renouvelé. Mais cette transformation créative du matérialisme historique peut se réaliser en suivant les indications de Marx – enrichies de celles qui nous viennent des courants « alternatifs » de la modernité, de Machiavel à Spinoza, de Nietzsche à Deleuze-Foucault (28). »

Le communisme de Bloncourt propose d’autres termes pour discuter ces interrogations. Il opte pour une décolonialité afin de restaurer l’image du communisme. La question coloniale pourrait accoucher d’une nouvelle idée de communisme axée sur une prise en compte des expériences venant des régions du Sud. Bloncourt préconise un marxisme désenclavé de l’Europe et prolongé par les questions du capitalisme, du racisme et du colonialisme. Le contexte de son devenir marxiste explique cet intérêt pour l’hétérogénéité et l’ouverture. Il l’est devenu dans un environnement haïtien très singulier marqué par la rareté de livres marxistes et une famille très militante. Il est formé dans la culture marxiste par son cousin Édouard Bloncourt mécanicien salarié à la Hasco (29). Ce dernier n’était pas un intellectuel mais il connaissait le monde ouvrier, l’exploitation des patrons et les injustices des classes dominantes. L’influence d’Édouard sur Gérald était informelle et loin d’être réfléchie. Mais il lui a expliqué l’importance des idées de Marx et d’Engels pour saisir les enjeux sociaux.

C’est Jacques Stephen Alexis et Pierre Nabille qui ont instruit Bloncourt sur la théorie marxiste. Ils lui ont passé l’un des rares exemplaires des livres de Marx qui circulaient en Haïti. Le Manifeste du parti communiste était l’un des premiers ouvrages lus par Bloncourt. Cet ouvrage classique de Marx et d’Engels aura un effet considérable sur sa compréhension du communisme. Bloncourt a été aussi influencé par Les principes élémentaires de la philosophie (1936) de Georges Politzer et L’histoire du parti communiste de l’URRS du comité central du PC. Cahier d’un retour au pays natal (1939) de Césaire fait partie de ses livres de chevet. Le Manifeste a fondé sa conception du marxisme au moment de sa première lecture. Il avoue : « Jacques Stephen Alexis me donna aussi à lire l’un des seuls exemplaires du Manifeste communiste de Marx et d’Engels qu’il y avait en Haïti, et me fredonna ma première Internationale. J’ai dévoré cette littérature tout en suivant les contre-offensives soviétiques qui se révélaient victorieuses. C’est ainsi que je suis devenu communiste, imperceptiblement, sans vraiment m’en rendre compte (30). »

Le cas du Manifeste du parti communiste mérite une attention particulière car cet ouvrage était au cœur du devenir marxiste de toute la génération 1946 (Jacques Stephen Alexis, René Depestre, Étienne Charlier). Cet ouvrage était reproduit à la main par ces militants de La Ruche afin qu’il soit multiplié dans la communauté haïtienne. Ce livre influence ce que nous appelons la pensée marxiste haïtienne. Pourquoi le Manifeste du parti communiste ? Quelle est la singularité haïtienne de cet ouvrage ?

Le Manifeste est un texte publié anonymement en allemand à Londres, sous les plumes de Marx et d’Engels. Ils étaient chargés officiellement par la « Ligue des justes » de mettre au point un nouveau programme à suivre par les militants. Ce texte, doté d’une intention internationaliste, est élaboré pendant l’exil de Marx en 1848. Un tel ouvrage se distingue par sa forme éclatée s’inscrivant en faux contre tout catéchisme ou profession de foi. Il adopte une rhétorique légère adaptée au langage militant, dans un lyrisme argumentatif. Il se distingue aussi par ses problématiques axées sur l’histoire, la révolution et la bourgeoisie. Il définit le communisme tout en critiquant les socialismes antérieurs. Il comporte un programme communiste détaillé avec les étapes à suivre pendant et après les mouvements révolutionnaires. Il est loin de la forme de la propagande pour se tourner vers une compréhension scientifique de la réalité. David Riazanov, l’un des premiers éditeurs des œuvres de Marx et d’Engels, affirme à son propos : « Ce document renferme tous les résultats du travail scientifique que Marx et Engels, en particulier le premier, avaient accompli de 1845 à 1847 (31). »
Le Manifeste exprime un intérêt pour les sociétés non occidentales par ses analyses du colonialisme. Il considère ce dernier sous un angle progressiste en soulignant ses impacts sur l’infrastructure de la société. Cet ouvrage soutient que les conquêtes du colonialisme occidental en Asie ne font que « entraîner toutes les nations, jusqu’aux plus barbares, dans le courant de la civilisation (32) ». Ce sont des interventions coloniales qui seraient salutaires, et ceci beaucoup plus pour les colonisés. Marx et Engels invitent les autres peuples à suivre cette modernisation coloniale portée par le capitalisme. Dès les premières pages de cet ouvrage, on trouve un éloge de la bourgeoisie qui aurait éradiqué l’ordre archaïque pour instaurer la modernité devenue le projet idéal vers le développement. On trouve dans cet ouvrage une analyse unilinéaire faisant du capitalisme et du colonialisme la seule voie à suivre pour atteindre le progrès social. L’Occident devient le centre du monde et le modèle de réussite face aux sociétés postcoloniales appauvris. Il est question de l’ethnocentrisme qui ne fait que minimiser les singularités de ces régions non occidentales. Cet ouvrage publié en 1848 esquisse brièvement le colonialisme tout en soulevant plus loin les contradictions du capitalisme. Marx accordera plus de temps aux sociétés non occidentales dans ses écrits sur L’Inde et ses articles du New York Tribune rédigés dans les années 1950, moment où il révisera ses positions, selon Kevin Anderson dans Marx aux antipodes qui propose d’aller jusqu’à ses textes tardifs (1870-1880) afin de bien cerner le sens de ses propos. Ces analyses controversées du colonialisme dans le Manifeste demeurent une source d’intérêt pour la pensée marxiste haïtienne de tendance anticolonialiste doublement traversée par les questions de l’articulation des modes de production et de l’aliénation sous l’aune conceptuel du phénomène de la « zombification (33) ». L’intérêt haïtien pour le Manifeste s’explique par la question coloniale qui reste au centre du marxisme haïtien.

Bloncourt admire deux figures importantes du marxisme anticolonialiste : Ho Chi Minh (1890-1969) et Aimé Césaire (1913-2008). Sa rencontre avec eux reste emblématique dans son esprit. Sa vision du communisme est largement imprégnée des travaux de ces deux militant-intellectuels qui ont fait éclater le marxisme occidental avec la question coloniale. Le premier engage un combat dans le PCF afin de dénoncer le colonialisme français. Césaire fait de même au point de quitter ce parti en 1956 avec une « Lettre à Maurice Thorez » qui deviendra la boussole politique de beaucoup de marxistes non européens. « Pour moi, Césaire demeure un énorme bonhomme. Les positions politiques qu’il prendra vis-à-vis du PC seront courageuses ...Être communiste comme ça, je veux bien (34). » L’idéal communiste de Bloncourt se ressource dans cette précision de Césaire liée à la singularité du cas postcolonial. Césaire exprime son malaise dans un parti communiste non ouvert aux injustices néocoloniales. Il est gêné par la méthode globalisante de ce PC dénonçant l’exploitation d’un « prolétariat mondial » sans tenir compte des particularités historiques de chaque peuple. Le parti communiste décrit par Césaire en 1956 reste peu sensible aux questions coloniales et plus ouvert aux réalités européennes. Bloncourt relevait déjà cette dérive depuis 1946 avec des dirigeants-communistes qui refoulent la première révolte d’esclaves réussie dans le monde, la Révolution haïtienne de 1804.

Bloncourt renouvelle l’usage de Marx dans son Idée du communisme. Il décortique cette figure fondatrice en fonction des besoins du contexte haïtien. Il se démarque de l’usage orthodoxe dominant des années 1930-1940. Sa méthode de lecture peut s’apparenter à la distillation analytique adoptée par ses pairs haïtiens, comme Jacques Stephen Alexis, Gérard Pierre-Charles, Yves Montas. Il rejoint ses derniers sur sa façon de contextualiser les œuvres de Marx, ses angles de lecture axés sur les questions coloniales et surtout sur son mode d’épuration idéologique et théorique de cette figure fondatrice. L’effet distillateur permet d’accoucher d’un marxisme mâture dérivé de plusieurs déconstructions. La démarche distillatrice évite le piège de l’orthodoxie pour se laisser apprivoiser par les affres de l’hétérogénéité. C’est dans ce sens qu’on peut expliquer le mode de lecture de Bloncourt des œuvres de Marx et d’Engels : « Entre temps, j’ai lu Karl Marx. Ce gars-là n’était pas un prophète, pour moi, juste un homme de son époque, ne parlant pas de l’économie d’aujourd’hui qu’il avait pourtant prévue sans la vivre, nous mettant le doigt sur les choses essentielles : l’exploitation de l’homme par l’homme, la plus-value ... (35) ».

Ce rapport aux œuvres et à la figure de Marx conditionne toute la vie de Bloncourt qui refuse toujours tout culte de personnalité, toute démarche dogmatique avec la pensée et tout horizon orthodoxe avec la politique. D’ailleurs, l’engagement communiste de Bloncourt précède sa rencontre avec le marxisme. Ce dernier est toujours pour lui un complément de compréhension de son environnement. Venant d’une famille militante, Bloncourt découvre les idées révolutionnaires depuis son adolescence. Âgé de seize ans, il travaille dans une imprimerie où il observe des conditions de travail inhumaines. Sa conscience révolutionnaire se forge à ce moment-là sans vraiment maîtriser les grandes théories critiques. Il s’explique ainsi : « Pour la première fois, je découvrais que je faisais partie de cette société divisée en classes sociales et que j’étais partie prenante de celle qui vendait sa force de travail. Je ne connaissais pas le mot prolétaire et n’avais encore aucune idée des travaux de Marx, mais je sentais uni à ce groupe et à leurs idées (36). » Bloncourt s’est formé sur le terrain du travail, ce qui lui permet de vérifier ses multiples approches théoriques. Grâce à son cousin mécanicien Edouard qui disposait de quelques notions élémentaires du marxisme, il rentre dans cette théorie par la grande porte pratique : la rude vie des travailleurs. L’acquisition du marxisme en Haïti au XXème siècle se fait dans cette ambiance empirique marquée par une rareté de livres, par l’exploitation des travailleurs et par des sujets révolutionnaires non intellectuels. Le roman Viejo (1935) de Maurice Casséus décrit parfaitement ce cas particulier d’introduction du marxisme.

L’histoire des idées en Haïti comporte ce moment riche de reconversion des productions occidentales. En suivant l’appropriation haïtienne du « socialisme scientifique », nous en déduisons les tares de l’européanisme qui fondent les savoirs occidentaux. L’élément le plus significatif est la mobilisation de l’art comme vecteur épistémique de détournement et d’épuration de l’Occident colonial et capitaliste. La pensée marxiste haïtienne dans laquelle s’enracine ce que Yves Montas appelle « socialisme haïtien (37) » reste un effort pour résoudre certains problèmes liés à la société haïtienne. Néanmoins elle comporte des ébauches conceptuelles qui doivent être développées. Bloncourt enrichit ce corpus avec de multiples photos significatives aptes à engendrer une pensée féconde ancrée dans l’histoire révolutionnaire d’Haïti. Comment déterminer l’épistémè qui est à la base de cette traduction ?

La constance communiste de Bloncourt contribue à redonner une valeur positive à ce mot largement galvaudé. Il fait partie des communistes de la trempe de Toni Negri, Slavoj Zizek, Alain Badiou, Michel Hector, qui ont ressuscité ce rêve politique d’une société sans classes sociales. La conférence tenue à Londres le 15 mars 2009 sous le titre « L’Idée du communisme » a réuni beaucoup de figures ayant des points de vue différents sur le contenu théorique du communisme. Cette activité tente de sauver la manipulation idéologico-politique dont est victime ce mouvement. Elle nourrit ce que Badiou appelle « l’hypothèse communiste » comme « totalisation abstraite ancrée dans un processus de vérité » traversée par trois composantes : composante politique, composante historique et composante subjective (38). Bloncourt représente le pole non occidental ayant restructuré à l’aune de la photographie le concept du communisme.

Indications bibliographiques

Gérald Bloncourt, La peinture haïtienne, avec Marie-José Nadal-Gardère, Paris, Nathan, 1986.
Yeto ou le palmier des neiges, éditions Henri Deschamps et Arcantère, 1991.
Je n’ai rien à cacher, avec Bernard Esposito, Paris, L’Harmattan, 2016.
Messagers de la tempête, avec Michael Löwy, Paris, éditions Le Temps, 2006.
Le regard engagé, Paris, éditions François Bourin, 2004.
L’œil en colère, Paris, Edition Lemieux, 2016.
Jean Luc, Structures économiques et lutte nationale populaire en Haïti, Montréal, éditions Nouvelle Optique, 1976.
Karl Marx, Manifeste du parti communiste, Paris, Nathan, 1848.
David Riazanov, Marx et Engels, Conférences, 1922, 1974, Anthropos.
Alain Badiou, Slavoj Zizek, L’Idée du communisme, Paris, éditions Lignes, 2010.
Alain Badiou, L’hypothèse communiste, Paris, Nouvelles éditions Lignes, 2009.
Yves Dorestal, Jacques Roumain (1907-1944) : un communiste haïtien, Port-au-Prince, C3 éditions, 2015.
Jean-Jacques Cadet, “ Le concept d’aliénation dans le marxisme. Le cas d’Haïti ” (1946-1986), thèse de doctorat en philosophie sous la direction de Patrice Vermeiren, Université Paris 8, juin 2019.

Jean-Jacques Cadet, docteur en philosophie

Notes

1) Voir Alain Badiou, L’hypothèse communiste, Paris, Nouvelles éditions Lignes, 2009.
(2) Alain Badiou, L’Idée du communisme. 2009-2010-2016 ; L’hypothèse du communisme, 2009.
(3)Alain Badiou, L’Idée du communisme II, Paris, Nouvelles éditions Lignes, 2011, page 8.
(4) Ce Centre possédait un bulletin mensuel Studio No3, codirigé par Gérald Bloncourt, qui véhiculait une conception hétérogène de la création artistique. Ce bulletin est considéré par Carlo A. Célius comme « le premier périodique dans l’histoire de la presse en Haïti consacré à la création plastique ». Voir son ouvrage Langage plastique et énonciation identitaire, Canada, PUL, 2007, page 79.
(5)Gérald Bloncourt, Le regard engagé, Paris, éditions François Bourin, 2004, page 50
(6)Gérald Bloncourt, Le regard engagé, Ibid, page 49
(7) Il est l’auteur de plus de 200 000 photos.
(8)Livres muraux itinérants.
(9) Gérald Bloncourt, L’œil en colère : photos, journalisme et révolution, Paris, éditions Lemieux, 2016, page 13.
(10) Gérald Bloncourt, Une vie appareil-photo au poing, Entretient réalisé par Jean-Louis Mouysset, La Dépêche, 7 décembre 2017.
(11)Gérald Bloncourt, L’œil en colère : photos, journalisme et révolution, Ibid, page 26.
(12) Gérald (Bloncourt, L’œil en colère : photos, journalisme et révolution, Ibid.
(13)Gérald Bloncourt, L’œil en colère : photos, journalisme et révolution, Ibid, page 212
(14)Gérald Bloncourt, Une vie appareil-photo au poing, Entretient réalisé par Jean-Louis Mouysset, La Dépêche, 7 décembre 2017.
(15)Gérald Bloncourt et Bernard Esposito, Je n’ai rien à cacher, Paris, L’Harmattan, 2016, page 78
(16) Op. Cit
(17)Gérald Bloncourt, L’œil en colère : photos, journalisme et révolution, Ibid, page 10
(18)Gérald Bloncourt, Le regard engagé, Ibid, page 87.
(19) Yves Dorsal, Jacques Roumain (1907-1944) : un communiste haïtien, Port-au-Prince, C3 éditions, 2015, page 134.

  • (20)Yves Dorestal, Jacques Roumain (1907-1944) : un communiste haïtien, Ibid, page 135 (21) Gérald Bloncourt, Le regard engagé, Ibid, page 90 (22)Gérald Bloncourt, L’œil en colère : photos, journalisme et révolution, Ibid, page 58 (23)Gérald Bloncourt et Bernard Esposito, Je n’ai rien à cacher, page 65 (24)Gérald Bloncourt, L’œil en colère : photos, journalisme et révolution, Ibid, page 126 (25) Titre d’un ouvrage de Roger Garaudy, 1970, (26)Toni Negri, « Est-il possible d’être communiste sans Marx ? », in Alain Badiou, Slavoj Zizek, L’Idée du communisme, II, Ibid. (27)Toni Negri, « La construction du commun : un nouveau communisme », dans L’Idée du communisme, II, Ibid, page 201 (28)Toni Negri, Ibid, page 210 (29) Entreprise commerciale étasunienne, Haitian American Sugar Compagny, (HASCO). (30)Gérald Bloncourt, Le regard engagé, Ibid, page 43 (31)David Riazanov, Marx et Engels, Conférences, 1922, 1974, Anthropos. (32) Marx et Engels, Manifeste du parti communiste, Paris, éditions Nathan, 1848, page 11 (33)Phénomène consistant à réanimer le corps d’une personne morte afin qu’elle soit au service d’une autre personne. (34)Gérald Bloncourt et Bernard Esposito, Je n’ai rien à cacher, page 89. (35) Gérald Bloncourt et Bernard Esposito, Je n’ai rien à cacher, Ibid, 136 (36)Gérald Bloncourt et Michael Löwy, Messagers de la tempête, Paris, le Temps des Cerises, 2007, page 82 (37)Jean Luc, Structures économiques et lutte nationale populaire en Haïti, Montréal, éditions Nouvelles Optiques, 1976. (38)Alain Badiou, L’hypothèse communiste, Ibid, page 182.

Ici, le blog de Gérald Bloncourt.

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