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La guerre : d’abord une guerre contre le peuple.

Depuis le début de la guerre au Mali, Monsieur Laurent Fabius s’est efforcé de présenter l’intervention française et les frappes aériennes, destinées, dit-on, à bloquer les « terroristes » maliens, comme un succès. Et de rajouter que l’engagement militaire français était une « question de semaines ».

Pourquoi les dirigeants se sentent-ils toujours obligés de minimiser la durée estimée d’un conflit ? On se souvient des poilus qui, en août 1914, partaient la fleur au fusil, persuadés de rentrer à la maison pour les fêtes de fin d’année. Avant chaque conflit, le même discours se répète. Voeux pieux ? Naïveté ? Mensonges délibérés ?

Mensonges, évidemment. Si l’on se réfère aux guerres modernes (disons depuis 1 siècle), on constate qu’elles se déroulent toujours en deux phases. Il faut d’abord faire accepter la guerre à son opinion, et, ensuite seulement mettre à exécution la partie militaire.

La première phase est en fait un véritable combat, avec ses stratégies, ses tactiques et de très gros moyens. Ses protagonistes sont, d’un côté les gouvernants, et, de l’autre, le peuple. Pour les premiers, il s’agit d’amener la population à accepter toutes leurs décisions en vue de déclencher la phase militaire. La stratégie pour y parvenir est bien rodée, avec quelques règles simples qui suivent au plus près l’inconscient culturel des gens. Aujourd’hui, le schéma qui marche est on ne peut plus simple : le bon contre le méchant (merci Hollywood). Le travail consistera d’abord à accentuer, au maximum, les traits concernant chacun de ces deux pôles. Ainsi, il faudra glorifier les sentiments humains et humanistes de la population, son éternel désir de fraternité entre les Hommes, sa soif inextinguible de justice pour tous, et mettre au-dessus de tout sa tendance à compatir à tous les malheurs des déshérités. Ces malheurs, bien entendu, n’ont qu’une et unique cause : le méchant. Il faudra que tout ce qui sera dit sur ce dernier tende à le déshumaniser et à lui donner une figure de monstre ne respectant rien. Pour cela on fera appel à toutes les belles plumes de renom, aux photographes et vidéastes qui auront pour tâche de montrer toutes les exactions de l’ennemi, et on encouragera tout ce petit monde à rivaliser d’imagination pour mener à bien cette mission.

Comme dans tout bon film hollywoodien, l’ennemi devra avoir un visage. Le casting ne devrait pas être compliqué. Le personnage devra être très laid, regard méchant, armé jusqu’aux dents, posant devant un drapeau noir avec des inscriptions que personne ne comprend. Une barbe serait aussi la bienvenue.

Une fois le personnage du méchant bien campé, il sera nécessaire de revenir sur le bon pour bien peaufiner ses caractéristiques et exalter ses qualités. En même temps, la lutte contre les sceptiques, les défaitistes, les pacifistes et les indifférents peut commencer. Il faudra culpabiliser ceux-là à chaque fois que cela sera possible, les montrer du doigt et tenter de les marginaliser. S’ils refusent de s’indigner devant un « massacre », ce seront des monstres sans coeur. Si la destruction d’un monument (préciser : protégé par l’UNESCO) ne les émeut pas, ce seront des ignares incultes. S’ils n’éprouvent aucune peur que ces barbares débarquent un jour avec leurs programmes de destruction, alors ce seront des inconscients, donc irresponsables. Et si tout cela ne suffit pas, on les désignera comme sympathisants de l’ennemi, pour les faire apparaître comme des traîtres. S’il y a un Jaurès parmi eux, c’est-à -dire un pacifiste de renom qui pourrait être écouté, il se trouvera toujours un illuminé sortant d’on ne sait où pour le réduire au silence. Tout ceci doit se passer dans une atmosphère spéciale. Les niveaux d’alerte doivent donc être rehaussés afin de maintenir un minimum de sentiment d’insécurité favorisant la réceptivité aux messages. La visibilité des forces de l’ordre ou de l’armée aura également un effet intimidant sur les réfractaires cités plus haut.

Au terme de cette phase initiale, les dirigeants auront réussi à faire en sorte que la Nation soit identifiée à eux. Elle parlera et agira désormais à travers eux. L’expression : « L’État c’est moi » prendra alors tout son sens. Toute remise en cause des discours officiels équivaudra à une trahison. Pour qui aime le pouvoir, que peut-il espérer de mieux ? Le pouvoir absolu. Le rêve de tout dictateur. On comprend mieux pourquoi chaque nouveau président veut sa guerre et pourquoi il se précipite pour la faire dès qu’il en obtient le feu vert.

Avic

Source : http://avicennesy.wordpress.com/2013/01/22/la-guerre-dabord-une-guerre...

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