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"Petit garçon" : nom de code de la bombe atomique larguée sur Hiroshima le 6 août 1945 par les Etats-Unis.

La guerre de l’information

A la fin de l’année dernière j’ai dit que la première guerre cybernétique était déclarée. Je me suis complètement trompé en fait. J’étais en retard de 27 ans.

La première salve de la guerre a été tirée en 1984 par Stewart Brand : "L’information veut être libre" et elle a résonné dans le monde entier sous les acclamations générales, sans que ses implications soient vraiment comprises.

Depuis, l’évolution des événements fait penser aux paroles qu’a prononcées un autre grand auteur, paroles que je vais maintenant détourner et adapter à mon propos : L’information ne peut pas demeurer à jamais à moitié libre et à moitié captive. Elle sera l’un ou l’autre.

La guerre pour l’avenir de l’humanité est avant tout une guerre pour le contrôle de l’utilisation et de l’échange de l’information.

Voilà , dans le désordre, les trois principaux fronts de cette guerre : Le statut de la "propriété intellectuelle", la liberté de communication et la transparence ou le manque de transparence des institutions gouvernementales.

Ses combattants : D’une côté l’état et ceux qui le soutiennent. De l’autre côté le reste d’entre nous.

En réalité cette guerre fait rage depuis des siècles, parfois "chaude" et parfois "froide".

Ses manifestations les plus "chaudes" ont été les états totalitaires caractérisés par l’opacité de leur gouvernance, la violence de la répression des communications non autorisées et l’étroit contrôle de la littérature, des arts et de la technologie. L’Union Soviétique, l’Irak du parti Baath et la dynastie Kim de la Corée du Nord en sont des exemples connus.

De côté de la guerre "froide", on trouve les nations-états westphaliens qui ne sont pas totalitaires mais qui sont de plus en plus autoritaires, dans lesquelles le pouvoir n’occulte pas l’information ouvertement mais trouve des moyens détournés pour le faire, des nations-états où les communications ont joui d’une relative liberté aussi longtemps qu’elles ne représentaient pas un réel danger pour le monopole étatique de la force, et où le contrôle de la littérature, des arts et de la technologie s’est effectué au moyen de patientes manoeuvres de la part d’entreprises géantes qui ont les moyens de mener à bien des opérations coûteuses.

Alors pourquoi la guerre est-elle devenue "chaude" ces derniers temps dans le "monde libre" ? La réponse tient un seul mot : Technologie.

L’ordinateur personnel a grandement diminué le coût de la production et du traitement de l’information.

L’Internet a grandement diminué le coût de la transmission et de la diffusion de cette information.

La combinaison de ces deux facteurs génère aujourd’hui un renouvellement des méthodes et des outils de fabrication qui promet de réduire fortement les coûts de fabrication et de distribution des biens matériels.

Notre côté -le côté de l’humanité- est passé du stade du jet de pierre à la fabrication non seulement de l’arc droit mais des armes à feu et de l’arme atomique qui rentre dans une valise en seulement 30 ans.

L’autre côté en a conscience et fait tout son possible pour supprimer toute liberté pendant qu’il croit encore pouvoir le faire.

Les industries de la "propriété intellectuelle" font des heures supplémentaires pour mettre autant d’information que possible en quarantaine en se servant des brevets d’exclusivité et des droits d’auteurs, tout en harcelant leurs obligés dans les couloirs de l’état pour qu’ils renforcent ces barrières à l’aide de fil barbelé et de fusils mitrailleurs sur les tours de garde.

Même sans l’influence de RIAA, MPAA et autres lobbys de la "propriété intellectuelle", les politiciens se rendent parfaitement compte du danger que l’Internet représente pour la pérennité de leur pouvoir et ils s’emploient à le contrer avec toute la rapidité que des institutions du genre dinosaure le leur permettent.

A défaut du "bouton qui tue", la super arme préconisée par Joe Lieberman, ils se sont contentés jusqu’ici de saisir des noms de domaine sur la base de la "propriété intellectuelle", d’arrêter les hackers qui dévoilent les agissements secrets du gouvernement et d’essayer de récupérer l’espace cybernétique dans la mise en scène de la "sécurité nationale". Mais ne vous y trompez pas : Nous verrons l’équivalent de la roquette V2 de Hitler ou des "petit garçon" et "gros homme" de Oppenheimer dès qu’ils pourront être fabriqués et mis en oeuvre.

Oui c’est vraiment une guerre. Si vous ne me croyez pas, questionnez le département de la défense étasunien au sujet de sa "stratégie pour une sécurité cybernétique globale". Ou Julian Assange qui est toujours assigné à résidence sous de fausses accusations inventées pour empêcher Wikileaks de dévoiler des choses que le gouvernement veut nous cacher. Ou les membres supposés de Anonymous qui sont arrêtés partout dans le monde parce qu’ils gênent une classe dirigeante qui agit contre l’humanité.

Pourquoi nous battons-nous ? Parce que la guerre pour le contrôle de l’information est la guerre pour le contrôle de nos esprits —une guerre de laquelle l’humanité sortira libre ou esclave. C’est nous ou l’état, mes amis. L’enjeu est trop important pour NE PAS se battre. Et il est temps de choisir notre camp.

Thomas L. Knapp est un analyste politique éminent du centre pour une société sans état (the Center for a Stateless Society).

Pour consulter l’original : http://www.counterpunch.org/knapp07282011.html

Traduction : Dominique Muselet pour LGS

Note :
Oppenheimer, en tant que directeur scientifique du projet Manhattan, est considéré comme le père de la bombe atomique américaine.
"Petit garçon" était le nom de code de la bombe atomique qui a été larguée sur Hiroshima le 6 août 1945 par les Etats-Unis. C’était la première bombe atomique jamais utilisée. Trois jours plus tard la bombe appelée "Gros homme" était larguée sur Nagasaki.

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