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La nécessité de la socialisation des moyens de production (3) : démocratiser la société en empêchant le chantage capitaliste à la reproduction matérielle

Nous avions évoqué le sujet dans l’article précédent, il s’agit maintenant de détailler un aspect essentiel du mode de production capitaliste, ce qu’il convient d’appeler le chantage à la reproduction matérielle.

Posons innocemment une question que l’historiographie dominante pense avoir résolue pour de bon. Est-on plus libre dans feu le régime politique soviétique ou dans un régime capitaliste avancé ? La réponse semble tout à fait évidente à qui n’interroge pas le discours idéologique qui enserre la société capitaliste dans sa gangue réactionnaire. Ne parlait-on pas à l’époque du “monde libre”, en opposition au monde socialiste ? N’est-il pas évident que l’on est infiniment moins libre sous la dictature du prolétariat qu’en “occident” (sous la dictature... de la bourgeoisie) ?

Mais qu’appelle-t-on liberté ? Que signifie au juste que ce premier mot du triptyque républicain inscrit au fronton de nos mairies ?

Nous considérons les deux définitions suivantes :

- “L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté.” Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social

- “La liberté n’est pas la possibilité de réaliser tous ses caprices ; elle est la possibilité de participer à la définition des contraintes qui s’imposeront à tous.” Albert Jacquard.

Il est clair que la liberté s’observe dans un processus ayant pour objet la loi, que celle-ci soit loi valant pour la société au sens du droit, accord tacite par lequel existe une norme de comportement, ou précepte de conduite au niveau d’un individu, enfin toute règle visant à instaurer le plus grand bonheur possible à l’échelle de la société.

Comme le dit bien Jacquard, la liberté consiste –- en un premier temps – en une participation au processus de décision qui mène à la formulation d’une norme sociale, que ce processus soit formalisé dans le cadre du droit ou informel dans le cadre de l’automouvement éthique de la société. Ce dernier étant ce qui conduit aujourd’hui nos sociétés développées à considérer en bien et de manière quasi-incontestable certains acquis historiques, comme le droit au divorce par consentement mutuel, il faut à ce titre souligner que la répercussion dans le domaine du droit formel est un moment nécessaire de cet automouvement éthique puisque le divorce a bien fini par devenir une réalité légale. Cette définition de la liberté comme possibilité de participer à la définition des contraintes qui s’imposent à tous est à mettre en lien avec notre article précédent : cette liberté ne peut être réelle que si la société distribue de la manière la plus égalitaire possible le temps de travail proprement politique, en particulier législatif.

Mais revenons à nos moutons démocratiques : qu’est-ce que la liberté dont se targuent si bien les régimes “libéraux” du camp atlantiste face au terrible péril rouge, bref face à tout ce qui n’est pas “liberté” ? Il est une liberté purement formelle en régime capitaliste : la liberté de ne pas travailler. Les capitalistes ne forcent personne à travailler nous dit-on, le salarié, l’auto-entrepreneur, tous ceux-là qui n’ont que leur force de travail à vendre sont parfaitement libres de ne pas travailler, ils sont donc libres tout court !

Démonter un pareil sophisme exige que l’on en fasse appel à la définition de ce cher Jean-Jacques Rousseau. La liberté est obéissance à la loi que l’on s’est prescrite. Or la loi capitaliste ne dit nulle part, contrairement à la loi soviétique, que le travail salarié est obligatoire.

Seulement voilà, alors que le travailleur soviétique était forcé de travailler “par la force des baïonnettes”, le travailleur de l’ouest était (et est toujours) soumis à une loi objective, non inscrite dans le droit mais bien plus terrible que la loi de la baïonnette : la loi de l’estomac.

Le travailleur en régime capitaliste est formellement libre de ne pas travailler, mais s’il choisit d’utiliser cette liberté, c’est-à-dire d’obéir à cette loi capitaliste, il meurt purement et simplement, car seul le travail salarié lui permet de se remplir l’estomac à plus ou moins longue échéance. Il lui est donc objectivement impossible d’obéir à la loi qu’il pourrait se prescrire de ne pas travailler. Selon Rousseau il est bien moins libre que son homologue de l’est. Voilà ce que nous appelons chantage à la reproduction matérielle, l’aiguillon de la faim qui pousse le travailleur dans les bras du capitaliste avec toute la force de la nécessité naturelle.

Face à cela, le travailleur de l’URSS est si libre ! D’abord parce qu’on ne le prive pas de la possiblité de penser sa situation objectivement. Le pouvoir ne lui ment pas sur ce point littéralement vital, personne ne lui dit qu’il est “libre” de crever la faim si c’est son bon vouloir. Et de plus il a un travail garanti, inaliénable, formellement et réellement obligatoire. Le travailleur en régime socialiste n’a pas le loisir d’être un parasite social, il n’a pas non plus la perspective terrifiante de faire face au chômage, de tomber dans la misère. Cette liberté réelle, ô combien nécessaire, cette liberté vis-à-vis de l’emploi (qui n’est pas la prétendue liberté vis-à-vis du travail que promettent les capitalistes) est un argument décisif pour la socialisation des moyens de production. Le seul moyen de garantir la pérennité du plein-emploi (comme il a pu exister en France pendant les Trente glorieuses) est de mettre un terme à tous ceux qui bénéficient réellement du chômage, c’est-à-dire tous ceux qui exercent le chantage à la reproduction matérielle, ceux qui exploitent la force de travail des masses, c’est-à-dire le grand capital impérialiste.

Nous rappelons ici une banalité, qui est que la liberté de ne pas travailler n’est qu’un mythe aliénant comme le capitalisme en produit toujours. Combien de fois ne nous est-il pas donné d’observer un décalage quasi-absurde entre la réalité formelle (lorsque le capitaliste nous dit “vous êtes libres” ou lorsque Macron nous dit “vous êtes libres de manifester... sous les gaz, les tirs de flash-ball, en dehors de certains lieux et face à la répression médiatique qui dira que vous êtes mille lorsque vous êtes dix mille”) et la situation objective (le chantage à la reproduction matérielle, les manifestants qui perdent des yeux...).

Cela doit nous amener à considérer deux choses.

D’abord que l’emploi que nous faisons de certains termes ne peut être autre chose que le lieu d’un affrontement de classes sans merci. Le mot liberté est de ceux-là. Il est une indispensable boussole sémiologique pour qui désire le progrès et le bonheur humain, c’est précisément pourquoi il est si nécessaire à ceux qui détruisent les tendances au progrès et au bonheur. Par la perversion du langage débute la perversion de l’esprit.

Ensuite que nous approchons d’un état de crise, que le souffle révolutionnaire est près de balayer à nouveau la poussière des décennies de réaction. Ce décalage entre formel et réel, cette absurdité d’un discours qui veut faire croire à la liberté tout en organisant le massacre socio-économique d’un pays voire l’extermination d’une espèce entière, c’est ô combien symptomatique ! Ce décalage, cette crise de sens radicale, c’est le signe que la contradiction à l’œuvre au sein du capitalisme français est prête d’exploser. Reste à voir ce qui sortira de cette explosion.

»» http://jrcf.over-blog.org/2019/03/la-necessite-de-la-socialisation-des...
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