Quantcast
RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher


Le mythe de la Porsche de l’ouvrier qui aura "durement travaillé" pour se la payer

Il y a deux semaines, aux Champs-Élysées, pendant l’acte 18 des Gilets jaunes, une Porsche a été brûlée. Symboles de la bourgeoisie et des exploiteurs, on nous rappelle que cette Porsche aurait pu appartenir à un ouvrier ayant acquis sa voiture après de longues années de travail. C’est tout simplement humainement impossible.

Nous allons nous baser sur un document montrant la répartition des dépenses d’un ouvrier, en 2011, à partir d’une enquête de l’INSEE.

Ce document nous présente les différentes parts du budget d’un ouvrier, et nous allons prendre comme revenu de référence le SMIC net, sans allocation. Le SMIC net, a aujourd’hui une valeur de 1202€ par mois.

Nous allons déjà regrouper les dépenses « essentielles » d’un ouvrier pour sa survie, soit le logement, l’alimentation, l’habillement, les dépenses diverses (comprenant les factures), la communication, le transport, et les dépenses liées à la santé. Nous laisserons donc de côté les dépenses liées aux loisirs, à la culture, aux meubles et équipements du foyer, au tabac et à l’alcool, à la restauration et aux hôtels, qui ne seront pas jugés « essentielles » du point de vue libéral.

Il faut noter que le document présent de l’INSEE montre qu’un ouvrier consacre 17 % de son revenu à son logement, or 17 % d’un SMIC ne représente que 200€. C’est loin d’être le prix des loyers en région parisienne, où, pour un studio, il faut compter au moins 500€, réduisant le revenu « disponible » à l’épargne de 3040€ par an.

En imaginant qu’un travailleur au SMIC ne prenne pas de vacances, n’ait pas de vie sociale en dehors du cadre professionnel et familial, qu’il n’ait pas d’enfant, n’ait pas de problèmes de santé à régler, aucun problème familial, de logement, qu’il ne soit jamais au chômage, qu’il n’utilise pas ses économies pour élever son niveau de vie, notamment trouver un plus grand logement, se loger plus près de son travail, etc, il lui faudra près de 33 ans pour payer sa Porsche 911 en occasion, (à partir de 100 200 €, mais les prix montent jusqu’à 145 000 €).

Rappelons que le taux d’activité est assez faible chez les 15-24 ans (inférieur à 40%, et souvent à temps partiel). De plus, ceux qui ont un emploi ont plus de 50 % de chance d’avoir un CDD plutôt qu’un CDI. Difficile donc, d’épargner pour une Porsche.

Donc, en imaginant qu’il ait un emploi stable à 25 ans, à 58 ans, un smicard pourra se payer une Porsche. Mais en 33 ans de vie professionnelle, il ne sera pas allé une seule fois au cinéma, au restaurant, en vacances, il n’aura pas eu d’urgences familiales, il n’aura pas eu de gros problèmes de santé (peu probable pour un ouvrier). Étant donné que 2 ouvriers sur 3 meurent avant l’âge de 63 ans, et que ces derniers prennent leurs retraites de plus en plus tard, notamment avec les nouvelles réformes entreprises sous la direction de l’Union européenne (recul de l’âge de la retraite envisagée jusqu’à 68 ans), un ouvrier pourrait effectivement avoir une Porsche pour quelques années de sa vie seulement (si on peut appeler ça une vie).

Effectivement, selon la théorie libérale c’est possible, mais quel est le coût humain ? Quel ouvrier, se tuant à l’usine, peut se cantonner au métro boulot dodo, sans échapper une seule fois aux cadences infernales, par l’alcool et le tabac (les classes populaires sont les plus touchées par le tabagisme et l’alcoolisme, et leurs conditions de travail y sont pour quelques choses), les festivités, les vacances etc. ? C’est humainement impossible, et on le voit très bien, les employés qui se forcent à suivre les rythmes extrêmement durs, qui ne partent pas forcément en vacances car ils n’en ont pas les moyens font bien trop souvent des burn-out, ou dans les cas les plus difficiles, des tentatives de suicide ; en effet, une étude menée par la fondation Pierre Denier montre que 22 % des travailleurs, soit 1 travailleur sur 5, montreraient une détresse et des troubles mentaux (dépression, anxiété). Et, bien évidemment, les smicards sont les plus touchés : un tiers des smicards souffriraient de ces troubles.

Alors la Porsche restera un emblème de la bourgeoisie, car les smicards, travaillant aussi dur qu’ils le peuvent et aussi longtemps, ne pourront jamais s’en acheter une, et encore moins la garer aux champs Élysées, un jour de Gilets jaunes.

Sources :

https://aphadolie.com/2018/11/28/burn-out-professionnel-travailler-plu...

https://www.fondationpierredeniker.org/programme/sante-mentale-des-act...

http://www.observationsociete.fr/categories-sociales/conditions-de-vie...

https://www.insee.fr/fr/statistiques/1906671?sommaire=1906743

»» http://jrcf.over-blog.org/2019/04/le-mythe-de-la-porsche-de-l-ouvrier-...
URL de cet article 34766
   
AGENDA

RIEN A SIGNALER

Le calme règne en ce moment
sur le front du Grand Soir.

Pour créer une agitation
CLIQUEZ-ICI
"Pour sauver la planète, sortez du capitalisme" de Hervé Kempf
René HAMM
Le titre claque comme un slogan que l’on clamerait volontiers avec allégresse. Quel immense dommage que si peu de Vert(-e)s adhèrent à ce credo radical, préférant, à l’image de Dominique Voynet Daniel Cohn-Bendit ou Alain Lipietz, quelques commodes replâtrages ! Les déprédations gravissimes de l’environnement découlent d’un mode de production uniquement mû par « la maximisation du profit ». La crise économique actuelle, corollaire des turbulences qui ont frappé la bulle des hedge funds et des subprimes, (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Etre radical, c’est prendre les choses par la racine. Et la racine de l’homme, c’est l’homme lui-même.

Karl Marx


Lorsque les psychopathes prennent le contrôle de la société
NdT - Quelques extraits (en vrac) traitant des psychopathes et de leur emprise sur les sociétés modernes où ils s’épanouissent à merveille jusqu’au point de devenir une minorité dirigeante. Des passages paraîtront étrangement familiers et feront probablement penser à des situations et/ou des personnages existants ou ayant existé. Tu me dis "psychopathe" et soudain je pense à pas mal d’hommes et de femmes politiques. (attention : ce texte comporte une traduction non professionnelle d’un jargon (...)
43 
Médias et Information : il est temps de tourner la page.
« La réalité est ce que nous prenons pour être vrai. Ce que nous prenons pour être vrai est ce que nous croyons. Ce que nous croyons est fondé sur nos perceptions. Ce que nous percevons dépend de ce que nous recherchons. Ce que nous recherchons dépend de ce que nous pensons. Ce que nous pensons dépend de ce que nous percevons. Ce que nous percevons détermine ce que nous croyons. Ce que nous croyons détermine ce que nous prenons pour être vrai. Ce que nous prenons pour être vrai est notre réalité. » (...)
51 
Cuba - Tchernobyl : Lettre à Maria.
24 août 2006. Chère Maria, Je ne sais pas si mon nom vous dira quelque chose. A vrai dire, je ne crois pas vous avoir laissé un souvenir impérissable. C’est pourtant vous qui m’avez donné, au détour d’une seule phrase, une des plus belles leçons d’humanité qu’un homme puisse recevoir. Il y a déjà quelques années de cela mais, comme vous pouvez le constater, je n’ai pas oublié. Vous souvenez-vous, Maria, de cet occidental en visite sur votre île qui voulait vous poser quelques questions ? En réalité, et (...)
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.