Le mythe de la Porsche de l’ouvrier qui aura "durement travaillé" pour se la payer

Il y a deux semaines, aux Champs-Élysées, pendant l’acte 18 des Gilets jaunes, une Porsche a été brûlée. Symboles de la bourgeoisie et des exploiteurs, on nous rappelle que cette Porsche aurait pu appartenir à un ouvrier ayant acquis sa voiture après de longues années de travail. C’est tout simplement humainement impossible.

Nous allons nous baser sur un document montrant la répartition des dépenses d’un ouvrier, en 2011, à partir d’une enquête de l’INSEE.

Ce document nous présente les différentes parts du budget d’un ouvrier, et nous allons prendre comme revenu de référence le SMIC net, sans allocation. Le SMIC net, a aujourd’hui une valeur de 1202€ par mois.

Nous allons déjà regrouper les dépenses « essentielles » d’un ouvrier pour sa survie, soit le logement, l’alimentation, l’habillement, les dépenses diverses (comprenant les factures), la communication, le transport, et les dépenses liées à la santé. Nous laisserons donc de côté les dépenses liées aux loisirs, à la culture, aux meubles et équipements du foyer, au tabac et à l’alcool, à la restauration et aux hôtels, qui ne seront pas jugés « essentielles » du point de vue libéral.

Il faut noter que le document présent de l’INSEE montre qu’un ouvrier consacre 17 % de son revenu à son logement, or 17 % d’un SMIC ne représente que 200€. C’est loin d’être le prix des loyers en région parisienne, où, pour un studio, il faut compter au moins 500€, réduisant le revenu « disponible » à l’épargne de 3040€ par an.

En imaginant qu’un travailleur au SMIC ne prenne pas de vacances, n’ait pas de vie sociale en dehors du cadre professionnel et familial, qu’il n’ait pas d’enfant, n’ait pas de problèmes de santé à régler, aucun problème familial, de logement, qu’il ne soit jamais au chômage, qu’il n’utilise pas ses économies pour élever son niveau de vie, notamment trouver un plus grand logement, se loger plus près de son travail, etc, il lui faudra près de 33 ans pour payer sa Porsche 911 en occasion, (à partir de 100 200 €, mais les prix montent jusqu’à 145 000 €).

Rappelons que le taux d’activité est assez faible chez les 15-24 ans (inférieur à 40%, et souvent à temps partiel). De plus, ceux qui ont un emploi ont plus de 50 % de chance d’avoir un CDD plutôt qu’un CDI. Difficile donc, d’épargner pour une Porsche.

Donc, en imaginant qu’il ait un emploi stable à 25 ans, à 58 ans, un smicard pourra se payer une Porsche. Mais en 33 ans de vie professionnelle, il ne sera pas allé une seule fois au cinéma, au restaurant, en vacances, il n’aura pas eu d’urgences familiales, il n’aura pas eu de gros problèmes de santé (peu probable pour un ouvrier). Étant donné que 2 ouvriers sur 3 meurent avant l’âge de 63 ans, et que ces derniers prennent leurs retraites de plus en plus tard, notamment avec les nouvelles réformes entreprises sous la direction de l’Union européenne (recul de l’âge de la retraite envisagée jusqu’à 68 ans), un ouvrier pourrait effectivement avoir une Porsche pour quelques années de sa vie seulement (si on peut appeler ça une vie).

Effectivement, selon la théorie libérale c’est possible, mais quel est le coût humain ? Quel ouvrier, se tuant à l’usine, peut se cantonner au métro boulot dodo, sans échapper une seule fois aux cadences infernales, par l’alcool et le tabac (les classes populaires sont les plus touchées par le tabagisme et l’alcoolisme, et leurs conditions de travail y sont pour quelques choses), les festivités, les vacances etc. ? C’est humainement impossible, et on le voit très bien, les employés qui se forcent à suivre les rythmes extrêmement durs, qui ne partent pas forcément en vacances car ils n’en ont pas les moyens font bien trop souvent des burn-out, ou dans les cas les plus difficiles, des tentatives de suicide ; en effet, une étude menée par la fondation Pierre Denier montre que 22 % des travailleurs, soit 1 travailleur sur 5, montreraient une détresse et des troubles mentaux (dépression, anxiété). Et, bien évidemment, les smicards sont les plus touchés : un tiers des smicards souffriraient de ces troubles.

Alors la Porsche restera un emblème de la bourgeoisie, car les smicards, travaillant aussi dur qu’ils le peuvent et aussi longtemps, ne pourront jamais s’en acheter une, et encore moins la garer aux champs Élysées, un jour de Gilets jaunes.

Sources :

https://aphadolie.com/2018/11/28/burn-out-professionnel-travailler-plus-de-50-heures-par-semaine-exposerait-a-des-troubles-psychiques-videos/

https://www.fondationpierredeniker.org/programme/sante-mentale-des-actifs-en-france-un-enjeu-majeur-de-sante-publique

http://www.observationsociete.fr/categories-sociales/conditions-de-vie/entre-les-cadres-et-les-ouvriers-la-consommation-classe-toujours.html

https://www.insee.fr/fr/statistiques/1906671?sommaire=1906743

 http://jrcf.over-blog.org/2019/04/le-mythe-de-la-porsche-de-l-ouvrier-qui-aura-durement-travaille-pour-se-la-payer.html

COMMENTAIRES  

06/04/2019 21:26 par CAZA

Loin de moi l’idée de mettre en cause l’analyse comptable du budget d’un Ouvrier
Cependant"" la Porsche du Pauvre" a existée C’était la 944 , un 4 cylindres ne demandant que peu d’entretien.
De mémoire en 1990 il en coutait 70 000 Francs pour une occasion de 7 à 8 ans ce qui était le prix (à vérifier) d’une R5 neuve.
Pour le carburant et l’assurance c’était une autre histoire évidemment.
Mais cela à fait le bonheur des passionnées.
Comme le regrettait un mécano (Gilet Jaune) Porsche a aujourd’hui abandonné ce marché
On trouve encore des 944 en occasion elles coutent 15 000 € et ont 30 ans

06/04/2019 22:13 par Feufollet

Pendant que j’y suis, autant profiter da la tribune ouverte
Pour vous dire quelques choses
Au cas ou vous ne le sauriez pas encore
La publicité commerciale à formater l’idéal matérialiste
Au point que les pauvres et les gosses de pauvres voudraient aussi avoir une Porsche
C’est malheureux, quand je pense que notre idéal matérialiste
Était d’avoir une Deuch ou une R4
Les temps changent et le climat aussi

07/04/2019 14:22 par CAZA

Avant 1968 les ouvriers étaient très peu nombreux à posséder un véhicule et c’ était une 2 ou 4 CV quand ils en avait une.
Evidemment pour le grand bonheur de l’atmosphère .
Epargner aujourd’hui pour acheter un véhicule dit de prestige pour un ouvrier est impossible (reste le crédit et le surendettement)
Pour en revenir à Porsche et même si ils font penser à des fossiles d’un autre temps et sentent le cambouis il existe des passionnées non fortunés de sport auto
Le plus nocif pour l’environnement c’est quand même que pour aller au travail il y a souvent par nécessité deux CLIO par famille

07/04/2019 18:11 par Georges SPORRI

@Caza / 1 seul grand cargo (ou super tanker, ou porte-containers) pollue comme 55 millions de bagnoles, et il y en a 60 000. Je sais ça depuis longtemps, mais les gilets fluos me l’ont inutilement rappelé plusieurs fois. Alors si le mari se la pète en Multipla, la femme en Panda et fifi en Imprezza d’occasion qui ne passera pas le prochain contrôle technique, ce n’est vraiment pas grave. C’est même bien qu’elle ne soit pas obligée d’emprunter la Multipla de son Raymond car une caisse aussi laide c’est la honte ! Et fifi : il a plus de chance de commettre une sieste crapuleuse sur le parking des anges avec une caisse qui ne ressemble pas à un aquarium (tant pis pour les voyeurs !) ... D’après la très critiquée Ecole Française de Sociologie nous avons besoin de liberté individuelle ... Thèse confirmée par la psychanalyse !

12/04/2019 02:15 par Vincent

J’ai acheté ma Porsche 911 type 996 d’occasion à l’âge de 50 ans. C’était un rêve, je l’ai réalisé, avec un budget de 30000 euros.
Il est devenu accessible après 30 ans d’efforts, d’économie, je ne bois pas, je ne fume pas, mes enfants sont grands et autonomes...
Elle est assurée au tiers car je ne peux pas payer du tous risques. Mais quel bonheur ! Et mon salaire après 30 ans de métier plafonne à 1700 euros.
Ne cassez pas les rêves bêtement au nom de la lutte des classes,

Vincent

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