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Le Maroc face au Sahara occidental : la diversion iranienne

Par la voix du ministre des affaires étrangères, Nasser Boutira, la monarchie marocaine a annoncé le 1er mai la rupture des relations diplomatiques avec l’Iran. Le motif ? L’Iran et son allié le Hezbollah apporteraient un appui militaire au Front Polisario, mouvement indépendantiste qui conteste la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Cette accusation intervient cinq jours après la résolution renouvelant le mandat de la Mission des Nations pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO). Alors que l’Iran a fermement démenti, l’Arabie Saoudite a saisi l’occasion pour rappeler son soutien à l’initiative marocaine en condamnant l’« ingérence iranienne dans les affaires intérieures du Maroc ». Cette réaction saoudienne était écrite d’avance et elle serait comique si l’ingérence au Yémen n’avait fait autant de morts et de ruines. Historiquement alliés et solidement ancrés dans le bloc pro-occidental, le Maroc et l’Arabie Saoudite n’ont jamais manqué de rappeler leur solidarité et la convergence d’intérêts qui les unit.

Cette accusation marocaine à l’encontre de l’Iran sonne comme un prétexte. Mais que cache cet emportement soudain de la monarchie marocaine contre l’Iran et son allié le Hezbollah ? Pourquoi maintenant ce coup de tonnerre dans un ciel presque serein ?

La décision marocaine s’inscrit dans un contexte géostratégique plutôt difficile pour Mohamed VI et Mohamed Ben Salman. Ce dernier s’embourbe au Yémen alors que son ennemi juré, l’Iran, se renforce à mesure que les troupes saoudiennes et leurs alliés perdent les batailles. La guerre en Syrie n’a pas eu les effets escomptés. Le Hezbollah gagne chaque jour en expérience militaire et sa légitimité politique est intacte. La déstabilisation du Liban n’a pas eu lieu malgré les coups bas et la résistance palestinienne se donne une nouvelle vigueur avec les rassemblements populaires à Gaza. Ce désordre qui annonce un nouvel ordre régional est une évolution que les Saoudiens, de concert avec les Américains, tentent de contenir. Leur stratégie consiste à maintenir par un conflit de basse intensité un régime syrien faible et à isoler l’Iran sur le plan international, notamment en remettant en cause les termes de l’accord sur le nucléaire conclu par l’administration américaine de l’ère Obama.

Afficher clairement le soutien à l’Arabie Saoudite et participer à l’isolement de l’Iran ne sont pas les seules les motivations de cette décision marocaine. Le Sahara occidental semble déterminant dans cette « folie du Maroc », selon les propres mots d’un représentant du Front Polisario. La résolution du 28 avril sur la Minurso demande aux parties en conflit sur le Sahara occidental de trouver une solution politique dans les six mois et à négocier « sans préconditions et de bonne foi ». Mais dans un contexte politique tendu la bonne foi n’a pas sa place car la question sahraouie est un enjeu existentiel pour la monarchie marocaine.

Cette résolution est une épée de Damoclès sur la tête du roi, que l’ONU incite à mettre fin au statut quo installé depuis le cessez le feu de 1991. Entamer des négociations pour une solution politique « juste et durable » obligerait Mohamed VI à accepter les termes de l’auto-détermination et à jeter à la poubelle sa proposition d’une autonomie sahraouie dans le cadre de la souveraineté marocaine, qui est en réalité, depuis 1975, une occupation coloniale. A cette époque Hassan II, le père de l’actuel roi, avait réussi à consolider son régime en organisant la Marche verte pour « récupérer », selon lui, le Sahara occidental alors sous occupation espagnole.

Depuis l’indépendance du Maroc en 1956, le régime souffrait d’un lourd déficit de légitimité. Après avoir difficilement maté les opposants du parti Istiqlal, Hassan II a du faire face à une instabilité permanente nourrie par les émeutes de la faim et les tentatives de coups d’Etat. Cette mobilisation aux accents nationalistes autour de ce territoire a permis au monarque de vassaliser les partis politiques et de réprimer sauvagement les récalcitrants. Remettre en cause la souveraineté marocaine sur le Sahara c’est faire le jeu de l’ennemi algérien et sahraoui. Toute la société marocaine est, depuis cette époque, prisonnière de ce mélange idéologique entre nationalisme et royauté, né de la Marche verte, dont le coût, estimé à 300 millions de dollars, a été essentiellement financé par l’Arabie Saoudite... L’héritier Mohamed VI poursuit cette politique, et comme son père, il sait que la survie de son régime en dépend. On comprend dès lors pourquoi le régime marocain tergiverse et invente des prétextes, préférant le statut quo pour espérer enterrer l’idée de toute indépendance de la République arabe sahraouie démocratique. Pendant les six prochains mois, le régime marocain devra faire preuve d’imagination pour ne pas appliquer la résolution de l’ONU, mais dans ce domaine les ressources ne sont pas infinies. Un règlement politique du conflit au Sahara occidental semble, dans les conditions actuelles, fort improbable. La guerre pourrait être le seul moyen de régler définitivement le sort de la dernière colonie d’Afrique.

Tayeb El Mestari

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