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Crise du modèle de gouvernance et du modèle économique dont l’effondrement nous menace malgré l’abondance inexploitée des moyens et des ressources.

Pommes, cidre et modèle économique (Rebelion)

Le néolibéralisme n’est pas une abstraction ou une entité imaginaire, mais bien une réalité avec une incidence concrète sur la vie sociale et économique dans chacune de nos régions, dans chacun de nos pays. Ses contradictions sont évidentes et elles s’aggravent de jour en jour. Il revient à chacun d’entre nous d’analyser ses conséquences dans chaque situation particulière. Le fait que ce néolibéralisme soit mondial (et qu’il fasse une multitude de victimes partout) ne justifie rien ; il opère dans chacune de nos régions parce que là agissent des responsables politiques en chair et en os qui font en sorte que son existence soit effective.

Les exploitations minières et la sidérurgie - qui sont apparues, aux Asturies, au XIXº siècle -, ont coexisté avec l’économie traditionnelle, agriculture et élevage, jusque vers le milieu du siècle passé, et elles ont alors entamé une rapide décrue qui a entraîné la décadence des campagnes, l’abandon des ressources naturelles et du patrimoine séculaire accumulé. Il peut nous sembler que l’autosuffisance ou la souveraineté alimentaire ne nous concernent pas, ne concernent pas notre pays. Mais si, pour mesurer cette (in)dépendance, nous nous penchons sur la situation de produits aussi concrets et familiers que les pommes et le cidre, il sera certainement plus facile de nous faire comprendre.

On trouve sur le versant atlantique de la chaîne cantabrique un nombre considérable de variétés de pommiers et c’est dans les Asturies qu’existe la plus grande quantité de variétés pour chacune des deux souches principales : la sauvage et la domestique, cette dernière espèce y étant cultivée depuis des siècles. Jusque vers les années cinquante du siècle dernier, la province des Asturies produisait la plus grande quantité de pommes de toute la péninsule, mais, conséquence d’un certain modèle économique, à partir de ce moment-là , on assiste au dépeuplement des campagnes, au vieillissement des pommeraies traditionnelles ce qui entraîne la mise en grand danger des variétés de pommes alors existantes. Dans une tentative pour sauver ce capital génétique, le SERIDA (Service Régional de Recherche et de Développement Agroalimentaire, par son sigle en espagnol), selon ce que mentionnent E. Dapena et M. D. Blázquez dans leur livre « Description des variétés de pommes », fit entrer dans la Banque de Germoplasme du Pommier, pas moins de 424 variétés locales qui, s’additionnant à celles qui s’y trouvaient déjà , représentent un fonds de 800 variétés et qui en font la plus grande collection d’Espagne. La Galice, par exemple, ne compte que de 407 variétés ; l’Université Publique de Navarre n’en possède que 282 et l’Université de Lérida : 113.

Aux Asturies, il n’y a que 5.832 ha consacrés à la production de pommes, presque en totalité destinée à la fabrication du cidre. 86 % de ces surfaces sont occupées par des plantations traditionnelles et seulement 14 % sont des plantations réalisées selon les nouvelles techniques « en fuseau élancé et à axe vertical ». Et, complication supplémentaire, il s’avère que la production des pommiers est maximale une année sur deux, de sorte que, les années paires, la production s’élève à 45 millions de kg et, les années impaires, seulement à 11 millions, soit une production moyenne de 28 millions de kg par an, avec un rendement de 4.800 kg par hectare, c’est-à -dire un résultat aussi parlant que maigre.

La production annuelle de cidre est de 45 millions de litres, ce qui exige 70 millions de kg de pommes. De sorte qu’il faut importer 60 % des pommes nécessaires (ainsi que la quasi-totalité des pommes à couteau). Le paradoxe c’est que nous connaissons une telle situation dans une région qui a l’ambition d’être la première pour la production de cidre, tant en quantité qu’en qualité et dans ses diverses déclinaisons : le cidre traditionnel (servi à la bolée), le cidre de « nouvelle expression » (servi comme un vin de table) et le cidre bouché (semblable au cava, vin mousseux catalan). Le cidre qui correspond à ces trois élaborations, mais avec le label Dénomination d’Origine Protégée (DOP) ne représente que 2,5 % de la production totale ; il doit être fabriqué à partir de 22 variétés de pommes du terroir, soit une production moyenne de 1.741 tonnes de pommes qui donneront 1.314.000 litres de cidre.

Les causes sont bien simples, même si rien de raisonnable ne l’explique. La faible quantité de pommes récoltées n’est pas une exception et d’autres denrées agricoles connaissent la même situation. En 1985, les céréales (y compris le maïs) étaient cultivées sur 7.149 Ha et, en 2008, elles ne sont plus cultivées que sur 452 hectares ; le haricot blanc (le lingot) occupait 3.593 ha et n’en occupe plus que 920 ; la pomme de terre qui couvrait 7.191 ha n’en couvre plus que 2.000.

Les conséquences - causes et effets - sont immédiates : la désertification. Sur les 78 municipalités existantes, 68 totalisent 1.132 hameaux ayant cinq habitants ou moins de cinq habitants et 627 autres hameaux ont été totalement abandonnés, comme si tout leur patrimoine matériel, mais aussi culturel, n’avait plus la moindre valeur et comme si nous regorgions des diverses denrées qu’ils produisaient et comme si notre indépendance alimentaire était assurée ainsi que le plein emploi.

C’est l’État, le Gouvernement, qui a le devoir de coordonner et d’orienter l’exploitation des ressources et des moyens pour que leur mise en oeuvre contribue au maximum au bien-être de l’ensemble des citoyens du pays, et non dans un but différent et pour d’autres intérêts. Mais nous assistons à tout le contraire : on se moque que les champs soient en jachère et qu’une région tout entière, éminemment agricole, soit obligée d’importer la plus grande quantité des denrées agricoles " y compris la viande " qu’elle consomme. Résultat net : 81.000 chômeurs, une jeunesse qui émigre et un avenir de plus en plus incertain et précaire. On se moque bien que le cidre, cette boisson traditionnelle, soit fabriqué à partir de pommeraies situées à des centaines de milliers de kilomètres et pareil pour le haricot blanc (qui entre dans la recette de la fabada, le pot au feu de tout le nord de l’Espagne] qui n’est plus cultivé que sur 920 hectares, soit 26 % des surfaces qu’il occupait en 1985.

La politique économique du Gouvernement a été et reste toujours dictée par l’élite économique qui s’est tournée vers les grands investissements avec des facilités de crédit et des avantages fiscaux de toutes sortes en faveur des multinationales et des sociétés ou des secteurs proches du mouvement des capitaux qui ont accaparé la totalité des ressources disponibles alors que, par ailleurs, ils n’ont pas créé d’emploi significatif et durable. Dans ces conditions, les rendements obtenus par ces minorités ont été très substantiels et, circonstance aggravante, les plus-values ont fui vers de lointains domiciles fiscaux.

Cette politique économique de faveurs et de facilités accordées aux entreprises aussi intensives en capital que peu créatrices d’emplois [même si elles comptent des centaines ou des milliers de salariés] non seulement a ignoré les exploitations agricoles, mais elle leur a imposé un modèle et un rythme insoutenables. La capacité de manoeuvre du secteur agricole, du secteur primaire, est restée limitée essentiellement au fruit du travail ; les agriculteurs n’ont même pas pu participer à la commercialisation et à la distribution de leurs produits.

La campagne est aussi victime de la bulle immobilière parce que les reclassements des terres en zone constructible - ou bien l’espoir qu’elles le soient - sont devenus le moteur de l’économie, la principale source de plus-value ; en effet, si le terrain devient constructible, son prix est multiplié par un nombre à deux chiffres. Avec ce modèle-là , il n’y a pas, et il ne peut pas y avoir, d’agriculture - ni même d’activité industrielle - capable de produire de tels rendements. Et c’est ainsi que des milliers d’hectares constructibles, à 100 euros le mètre carré, et bien d’autres à vocation agricole sur lesquels on fonde l’espoir, sensé ou non, qu’ils soient classés constructibles, échappent à tout usage agricole parce qu’il n’est pas possible de rentabiliser une culture, quelle qu’elle soit, quand on attend que, sans le moindre effort, la valeur du sol soit multipliée par un gros coefficient. En réalité, personne n’interdit de semer ou de cultiver, mais les attentes étant ce qu’elles sont, c’est comme si on l’interdisait.

La boucle est bouclée, d’une part avec la multiplication des grandes surfaces et des grossistes qui accaparent le marché et, d’autre part, avec les délocalisations des services de base, sociaux et culturels, en même temps qu’on fait pression avec des charges fiscales disproportionnées et folles si on les compare aux profits des grands groupes industriels et des sociétés qui jouissent de tant de facilités de crédit et de tant d’avantages fiscaux.

Ce qui est en crise, ce n’est pas seulement le modèle économique, mais c’est aussi la façon de gouverner. Les coupes sociales sont le prix à payer pour l’un et l’autre. La ruine qui nous menace dorénavant est le prix que nous allons payer malgré l’abondance des moyens et des ressources inexploitées dont nous pourrions disposer.

Miguel à ngel Llana

http://www.rebelion.org/noticia.php?id=120256

Traduit par Manuel Colinas Balbona pour Le Grand Soir

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