RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher


Pourquoi il faut signer l’arrêt de mort du néolibéralisme (The Guardian)

Depuis des décennies, les États-Unis et d’autres états mènent une politique de libre échange qui a échoué de façon spectaculaire.

Quel type de système économique apporte le plus de bien-être au genre humain ? Cette question est devenue centrale aujourd’hui, car après 40 ans de néolibéralisme aux États-Unis et dans d’autres économies avancées, nous savons ce qui ne fonctionne pas.

L’expérience néolibérale – réduction de l’impôt des riches, déréglementation des marchés du travail et des produits, financiarisation et mondialisation – a été un échec spectaculaire. La croissance est plus faible que pendant le quart de siècle qui a suivi la seconde guerre mondiale et elle n’a favorisé le plus souvent que ceux qui sont tout en haut de l’échelle. Après des décennies de revenus stagnants, ou même en baisse pour ceux qui se trouvent en dessous d’eux, il faut signer le certificat de décès du néolibéralisme et l’enterrer.

Au moins trois grandes propositions politiques alternatives existent actuellement : le nationalisme d’extrême droite, le réformisme de centre gauche et la gauche progressiste (le centre-droit représentant l’échec néolibéral). Mais, à l’exception de la gauche progressiste, ces alternatives continuent d’adhérer à une forme d’idéologie qui a (ou aurait dû avoir) fait long feu.

Le centre-gauche, par exemple, représente le néolibéralisme à visage humain. Son objectif est d’adapter au XXIe siècle les politiques de l’ancien président américain Bill Clinton et de l’ancien premier ministre britannique Tony Blair, en n’apportant que de légères modifications au système de financiarisation et de mondialisation actuel. La droite nationaliste, quant à elle, rejette la mondialisation, et accuse les migrants et les étrangers de tous les problèmes. Mais, comme l’a montré la présidence de Donald Trump, elle continue – du moins dans sa version étatsunienne – à réduire, avec zèle, les impôts des riches, à déréglementer et à réduire ou supprimer les programmes sociaux.

En revanche, le troisième camp défend ce que j’appelle le capitalisme progressiste, qui propose un programme économique radicalement différent, fondé sur quatre priorités. La première consiste à rétablir l’équilibre entre les marchés, l’État et la société civile. La lenteur de la croissance économique, les inégalités croissantes, l’instabilité financière et la dégradation de l’environnement sont des problèmes nés du marché et ne peuvent donc pas être réglés par le marché. Les gouvernements ont le devoir de limiter et d’organiser le marché par le biais de réglementations en matière d’environnement, de santé, de sécurité au travail et autres. Le gouvernement a également pour tâche de faire ce que le marché ne peut ou ne veut pas faire, par exemple investir activement dans la recherche fondamentale, la technologie, l’éducation et la santé de ses électeurs.

La deuxième priorité est de reconnaître que la « richesse des nations » est le résultat d’une enquête scientifique – l’étude du monde qui nous entoure – et d’une organisation sociale qui permet à de vastes groupes de personnes de travailler ensemble pour le bien commun. Les marchés gardent le rôle crucial de faciliter la coopération sociale, mais ils ne peuvent le faire que si des contrôles démocratiques les contraignent à respecter les lois. Autrement, les individus s’enrichissent en exploitant les autres et en faisant fructifier leurs rentes plutôt qu’en créant de la richesse par leur ingéniosité. Beaucoup de riches d’aujourd’hui ont emprunté la voie de l’exploitation pour arriver là où ils en sont. Les politiques de Trump ont favorisé les rentiers et détruit les sources de la création de richesse. Le capitalisme progressiste veut faire exactement le contraire.

Cela nous amène à la troisième priorité : résoudre le problème croissant de la concentration du pouvoir du marché. En utilisant les techniques d’information, en achetant des concurrents potentiels et en créant des droits de douane à l’entrée, les entreprises dominantes peuvent maximiser leurs rentes au détriment des populations. L’augmentation du pouvoir des entreprises sur le marché, conjuguée au déclin du pouvoir de négociation des travailleurs, explique en grande partie la hausse des inégalités et la baisse de la croissance. À moins que le gouvernement ne joue un rôle plus actif que ne le préconise le néolibéralisme, ces problèmes vont probablement s’aggraver à cause des progrès de la robotisation et de l’intelligence artificielle.

Le quatrième point clé du programme progressiste consiste à rompre le lien entre les pouvoirs économique et politique. Les pouvoirs économique et politique se renforcent mutuellement et se cooptent réciproquement, en particulier là où, comme aux États-Unis, des individus et des sociétés fortunés peuvent financer sans limites les élections. Dans le système étatsunien de plus en plus antidémocratique de « un dollar, une voix », il n’y a plus assez de ces freins et contre-pouvoirs si nécessaires à la démocratie : rien ne peut limiter le pouvoir des riches. Le problème n’est pas seulement moral et politique : les économies plus égalitaires sont en réalité plus performantes. Les capitalistes progressistes doivent donc commencer par réduire l’influence de l’argent en politique et par réduire les inégalités.

On ne peut pas réparer les dégâts causés par des décennies de néolibéralisme d’un coup de baguette magique. Mais on peut y arriver en suivant le programme que je viens d’ébaucher. Il faudra que les réformateurs soient au moins aussi déterminés à lutter contre le pouvoir excessif du marché et les inégalités, que le secteur privé l’a été pour les générer.

L’éducation, la recherche et les autres véritables sources de richesse doivent être au cœur des réformes. Il faudra protéger de l’environnement et lutter contre le changement climatique avec la même vigilance que les Green New Dealers aux États-Unis et Extinction Rebellion au Royaume-Uni. Et il faudra mettre en place des mesures sociales permettant à tous de mener une vie décente. Cela veut dire bénéficier de la sécurité économique, d’un travail et d’un salaire décent, de soins de santé et d’un logement convenable, d’une retraite garantie et d’une éducation de qualité pour ses enfants.

Ce programme d’action n’a rien d’irréaliste ; ce qui serait irréaliste serait de ne pas le mettre en œuvre. Les alternatives proposées par les nationalistes et les néolibéraux engendreraient davantage de stagnation, d’inégalités, de dégradation de l’environnement et de colère, et pourraient avoir des conséquences que nous ne pouvons même pas imaginer.

Le capitalisme progressiste n’est pas un oxymore. C’est au contraire l’alternative la plus viable et la plus dynamique à une idéologie qui a clairement échoué. Il constitue notre meilleure chance de sortir du marasme économique et politique actuel.

Joseph E. STIGLITZ

Joseph E. Stiglitz est lauréat du prix Nobel d’économie, professeur à l’Université Columbia et économiste en chef à l’Institut Roosevelt.

https://www.theguardian.com/business/2019/may/30/neoliberalism-must-be...

»» https://www.salaireavie.fr/single-post/2019/06/02/Pourquoi-il-faut-sig...
URL de cet article 34986
   

Même Thème
LA FIN DU CAPITAL - Pour une société d’émancipation humaine
André Prone
Le capitalisme fait subir aux peuples sa crise mondiale. Mais derrière les terribles épreuves de ses ruses alternatives pour en sortir et malgré l’échec douloureux des pseudo-socialismes laissant place à un entredeux mondes, se construit pas à pas une nouvelle conscience sociale qui apprend, dans la révolte parfois désespérée ou la révolution, à combattre la corruption et les dérives mafieuses d’un système profondément gangrené. Les deux conflits mondiaux au nom de l’Empire et de la Barbarie, (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

La liberté commence où l’ignorance finit.

Victor Hugo

CUBA : modèle de résistance ou résistance d’un modèle ? (conférence/débat audio)
Conférence de Viktor Dedaj, animateur du site "Le Grand Soir", sur le Libre Teamspeak le 4 Décembre 2011. Notre conférencier nous explique enfin la vérité sur Cuba, sur son régime, et démonte minutieusement toute la propagande des États-Unis contre Cuba. Une conférence aussi excellente qu’indispensable. L’exposé initial de Viktor Dedaj dure une quarantaine de minutes et est suivi de deux heures de questions/débat avec les auditeurs. - http://lelibrets.blogspot.com/ Le compte Youtube (...)
22 
Analyse de la culture du mensonge et de la manipulation "à la Marie-Anne Boutoleau/Ornella Guyet" sur un site alter.
Question : Est-il possible de rédiger un article accusateur qui fait un buzz sur internet en fournissant des "sources" et des "documents" qui, une fois vérifiés, prouvent... le contraire de ce qui est affirmé ? Réponse : Oui, c’est possible. Question : Qui peut tomber dans un tel panneau ? Réponse : tout le monde - vous, par exemple. Question : Qui peut faire ça et comment font-ils ? Réponse : Marie-Anne Boutoleau, Article XI et CQFD, en comptant sur un phénomène connu : "l’inertie des (...)
93 
La crise européenne et l’Empire du Capital : leçons à partir de l’expérience latinoaméricaine
Je vous transmets le bonjour très affectueux de plus de 15 millions d’Équatoriennes et d’Équatoriens et une accolade aussi chaleureuse que la lumière du soleil équinoxial dont les rayons nous inondent là où nous vivons, à la Moitié du monde. Nos liens avec la France sont historiques et étroits : depuis les grandes idées libertaires qui se sont propagées à travers le monde portant en elles des fruits décisifs, jusqu’aux accords signés aujourd’hui par le Gouvernement de la Révolution Citoyenne d’Équateur (...)
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.