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Sur les eaux noires du fleuve.

Plus de six décennies de conflit armé affectent la Colombie, pays considéré, d’un point de vue formel, comme une démocratie. Aux guérillas nées en réaction à la violence structurelle et à l’injustice sociale a répondu une épouvantable répression.

En cette année 2002, le gouvernement a rompu les négociations avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie. Ces terribles FARC viennent d’enlever Ingrid Betancourt. L’élection présidentielle se profile, dont est favori un dur, un certain à lvaro. De l’étranger, les journalistes arrivent à Bogotá.

Loin de la capitale, entre des rives envahies par la forêt, coule un fleuve. Egarée dans l’exubérance de ce fouillis végétal, végète une petite agglomération amphibie construite sur pilotis : Vistabonita. De pleines embarcations de guérilleros y accostent régulièrement. Ils vont et viennent au coeur du village, fixent le cours de la coca, prônent la révolution. Certains habitants fraternisent, comme Estefania, l’institutrice, ou Camilo et Juan Carlos. D’autres non - posez donc la question au maire Petro, à don Pablo ou à Velásquez, le patron de la cantina -, exaspérés par les méthodes des insurgés. Manuel le raspachine, lui, cultive la coca, sans trop se soucier de savoir à qui profite le trafic de la cocaïne : il est amoureux de Jenny, la petite guérillera qui a troqué son balai et une vie de misère contre une AK-47.

Ainsi va la vie, dans ce hameau où les familles se connaissent, s’apprécient, mais aussi se surveillent et se haïssent parfois. Jusqu’à ce qu’éclate la terrible nouvelle : « Du nord déboulent les paramilitaires ! Les pue la mort nous foncent droit dessus ! »

Les journalistes enquêtent - ou font semblant. Le gouvernement et les élites de ce pays sont-elles aussi démocratiques qu’elles le prétendent ? Qui sont et que font les paramilitaires ? Les guérilleros des FARC sont-ils de simples « terroristes » sanguinaires doublés de narcotrafiquants ?

A l’heure où, à La Havane, les représentants du président Juan Manuel Santos et les comandantes des FARC ont entamé un dialogue de paix, Sur les eaux noires du fleuve, nous fait vivre, de l’intérieur, avec un très grand réalisme, car écrit par un spécialiste, au coeur de cette guerre sans merci.

Sur les eaux noires du fleuve
Maurice Lemoine
478 pages - 20 euros

Éditions Don Quichotte http://www.donquichotte-editions.com/fiction/sur-les-eaux-noires-du-fleuve/

Maurice Lemoine :

Né (à peu près) au milieu du XXe siècle, fils d’un chauffeur de taxi prématurément disparu et d’une mère (initialement) femme au foyer, Maurice Lemoine a connu la trajectoire de nombreux jeunes « prolos » de la banlieue parisienne : vie en cité HLM, sortie du système scolaire assez précipitée (CEP, CAP), sport de compétition (cyclisme et athlétisme), service militaire musclé (au sein d’un bataillon parachutiste).

Fort heureusement, grâce à sa mère, il a grandi dans une maison pleine de bouquins, en compagnie de John Steinbeck, William Faulkner, Ernest Hemingway, Albert Londres, Blaise Cendrars, Lucien Bodard, Jack London, Joseph Conrad, Georges Arnaud et bien d’autres, ainsi, cela va de soi, que de Spirou et de Tintin reporter (ce qui lui a donné quelques idées).

Avant d’oser s’essayer au journalisme, il n’en a pas moins exercé tous les métiers (ou presque, n’exagérons rien) : typographe, démarcheur d’assurances au porte-à -porte, distributeur de prospectus, vendeur de (très peu de) machines à écrire, représentant de commerce (particulièrement non doué), homme de ménage dans un Prisunic (technicien de surface, selon l’actuelle dénomination), employé de bureau, veilleur de nuit dans un Club Méditerranée, chauffeur de camion, opérateur-pupitreur, ingénieur commercial, homme de piste à l’aéroport d’Orly, etc. Il a également vécu un an et demi en brousse, au Gabon, comme « Volontaire du progrès » (ce qui lui a laissé entrevoir l’existence de la FrançAfrique) et un an dans un kibboutz (ce qui lui a permis de découvrir l’existence des… Palestiniens). C’est néanmoins un premier voyage de sept mois en Amérique centrale, en 1973, avec 7 000 francs dans la poche (disons 1 000 euros), qui a marqué un infléchissement dans cette vie aux apparences de foutoir passablement désorganisé.

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Thierry Deronne, mars 2014


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