Quantcast
RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes

Sondage Ifop sur la loi El Khomri

Une jeunesse informée, lucide et soucieuse de ses droits

Le sondage Ifop pour l’Humanité offre un spectaculaire démenti aux déclarations du gouvernement, pour qui la jeunesse n’aurait pas compris ce que porte la loi travail. Près de 9 jeunes sur 10 ont « entendu parler » du projet, et leur verdict est sans appel : près de 7 sur 10 le rejettent.

« C’est la jeunesse qui a le plus a gagné dans cette loi. » Si les jeunes s’y opposent, c’est parce qu’ils sont dans « la désinformation », affirmait dimanche Manuel Valls. « Faux », lui répondent de façon tonitruante 68 % des jeunes, âgés de 18 à 29 ans, dans le sondage Ifop pour l’Humanité (voir aussi nos infographies ci-contre). Et ce, quel que soit le niveau social, le niveau d’étude, le lieu d’habitation et même la couleur politique. Tous y sont majoritairement opposés.

« Ceux qui disent que les jeunes n’y comprennent rien sont contredits »

Certes, les nuances peuvent paraître fortes entre les « sympathisants de gauche », qui rejettent le texte à plus de 70 %, et ceux de droite, puisque ces derniers le repoussent à 58 %. Mais le rejet est sans appel. Autre revers cinglant pour le gouvernement, près de 9 jeunes sur 10 ont « entendu parler » du projet, et deux sur cinq considèrent même bien savoir « de quoi il s’agit ». « Un bon niveau de prise en compte du projet, alors que celui-ci est assez technique, assez pointu », estime le directeur opinion de l’Ifop, Jérôme Fourquet. « Habituellement, les jeunes sont ceux qui s’intéressent le moins à l’actualité et à la vie politique. Sauf lorsqu’ils sont directement concernés, comme pour le CPE (contrat première embauche, en 2006 – NDLR). Il s’est clairement passé quelque chose », ajoute l’analyste. Le gouvernement, qui a raison de redouter la mobilisation des jeunes, devrait y réfléchir à deux fois avant de les croire tombés de la dernière pluie.

« Pour un projet de loi très dense et très technique, les résultats de ce sondage sont très encourageants. Ceux qui disent que les jeunes n’y comprennent rien sont contredits. On n’est pas des idiots, on est parfaitement capable de comprendre comme les autres, insiste Samia Mokhtar, présidente de l’UNL. Bien sûr, il y a encore une marge de progression, et nous allons tout faire pour que les lycéens s’emparent de ce sujet. Mais nous partons sur une très bonne base. Le gouvernement peut bien se rassurer comme il veut, continuer à ne pas nous écouter et refuser de rencontrer les jeunes, les faits sont là : nous nous sentons concernés et nous rejetons en bloc les fondements de ce projet de loi qui ne correspond pas à notre vision de la société », martèle-t-elle.

Quatre ans après son élection, l’échec est patent pour François Hollande, qui avait fait de la jeunesse la priorité de son quinquennat. Ceux qui devaient être au centre de son attention rejettent en masse son projet de loi, à commencer par ceux qui avaient voté pour lui en 2012, puisque 72 % d’entre eux y sont opposés. Un niveau équivalent à celui des moins de 30 ans ayant voté pour Jean-Luc Mélenchon à la dernière élection présidentielle. L’adage selon lequel moins de protection et plus de flexibilité équivaudraient à moins de chômage, martelé par le gouvernement, ne convainc pas. « Les jeunes sont inquiets pour leur avenir. La précarité, l’incapacité à garder son emploi les touchent tous sans exception. C’est le signe que le gouvernement a mis le curseur bien trop haut, puisque, même de droite, la jeunesse estime que cela va trop loin », explique Jérôme Fourquet.

« Ce sondage confirme ce que nous mesurons dans les facs et les IUT, apprécie la direction de l’Unef. « Tous les étudiants et les jeunes, diplômés ou non, repoussent majoritairement cette loi. Le diplôme protège, mais c’est de moins en moins le cas. Pendant longtemps, des jeunes étaient prêts à galérer pendant de longues études tant qu’ils savaient qu’ils allaient ensuite avoir la sécurité de l’emploi et de quoi pouvoir se construire une vie. Mais ils savent bien que la seule protection qui vaille, c’est le Code du travail. Il y a une vraie peur et un vrai rejet de ce texte de loi. S’il passe, il n’y aura aucune protection face au licenciement, quel que soit le diplôme, surtout quand on est jeune. Personne ne peut croire que plus les salariés seront “jetables”, plus il y aura d’embauche. Et comment croire que l’on puisse construire confortablement sa vie lorsqu’on est “jetable” au travail ! » s’indigne un responsable du syndicat.

Prises une par une, les mesures font un tollé, surtout chez les jeunes chômeurs et les femmes, les plus fragiles, les plus précaires. Seul le contrat professionnel d’activité (CPA), « qui permettra à tous les salariés de conserver leurs droits acquis même en cas de changement d’employeur », soutenu par 85 % des moins de 30 ans, fait exception. Si les jeunes plébiscitent le CPA, c’est avec autant de force qu’ils refusent les autres points. Avec en point d’orgue « la possibilité pour une entreprise, via un accord d’entreprise, de baisser les salaires et de moduler le temps de travail », une mesure emblématique de la flexibilité que cherche à imposer le gouvernement. Avec 76 % d’avis négatifs, elle reste la mesure la plus insupportable pour les jeunes. C’est encore plus marquant chez les ouvriers qui, à 84 %, excluent cette possibilité. Sans doute ont-ils encore en tête les multiples exemples : Continental, Bosch, PSA… où, malgré les accords, les saignées d’emplois se poursuivent. Ou tout simplement parce que ce sont eux les variables d’ajustement des entreprises aujourd’hui.

« On devient au final un salarié Kleenex »

Dans la même veine, les jeunes sont 68 % à contester « la possibilité accordée aux entreprises de recourir à des licenciements économiques en cas de baisse des commandes ou du chiffre d’affaires pendant plusieurs trimestres consécutifs », selon l’Ifop. « Travailler plus, gagner moins, mais également être licencié plus facilement. On devient au final un salarié Kleenex, quelqu’un qu’on utilise quand on a besoin », résumait hier une étudiante lors d’une assemblée générale. Des salariés Kleenex, un slogan déjà porté en 2006, lors de la mobilisation contre le CPE. « Si licencier permettait plus de créations d’emplois cela se saurait. Ce postulat est d’ailleurs totalement stupide et les jeunes n’en sont pas dupes, s’indigne Nordine Idir, secrétaire général du MJCF. D’autant plus que les premiers à être licenciés lors de plan de licenciement sont bien souvent les jeunes car ils sont généralement les plus précaires, ceux qui sont les plus en intérim, les plus en CDD, et bien souvent les derniers arrivés, et donc les premiers à partir en cas de plan social. »

Les jeunes sont tout aussi critiques (56 %) quant à la barémisation des indemnités prud’homales en cas de licenciement abusif, que l’ensemble des syndicats condamnent. Même sanction concernant la mesure sur les apprentis mineurs, qui, selon le projet, pourront « travailler jusqu’à 10 heures par jour et 40 heures par semaine », qui remporte 60 % d’avis défavorables. « Les apprentis ont déjà l’expérience de la précarité et vivent donc comme une injustice supplémentaire une possible augmentation de leur temps de travail, poursuit Nordine Idir. On leur dit qu’il faut passer plus de temps en entreprise pour mieux se former, mais ils voient bien qu’en réalité cela est trop souvent fait pour remplacer des salariés à moindre coût. Il y a un véritable rejet de ces pratiques et de tout ce qui tend à les installer. C’est notamment pour cela qu’il y a un taux d’échec élevé dans l’apprentissage. »

Avec un mécontentement qui monte sur les réseaux sociaux, une pétition record qui a recueilli plus d’un million deux cent mille signatures, « il se peut qu’il y ait un peu de monde dans la rue, même si nous n’avons pas estimé le pourcentage de jeunes prêts à descendre aujourd’hui », mesure prudemment Jérôme Fourquet. Les associations de jeunesse, elles, sont déjà persuadées que les étudiants et lycéens seront au rendez-vous. « Le mouvement va très bien et les assemblées générales marchent très fort partout en France. Il y avait 550 personnes à Grenoble, 400 à Toulouse, 500 à Rennes, 600 à Paris, 400 à Angers et 630 à Bordeaux lors d’AG entre hier et aujourd’hui. C’est très bon signe » apprécie l’Unef.

Clotilde MATHIEU et Aurélien SOUCHEYRE, l’Humanité, 9 mars 2016.

»» http://www.humanite.fr/une-jeunesse-informee-lucide-et-soucieuse-de-se...
URL de cet article 30064
   
Circus politicus
Christophe Deloire, Christophe Dubois
A quelques mois de l’élection présidentielle de 2012, les Français sont saisis d’angoisse à l’idée que la fête électorale débouchera sur une gueule de bois. La crise aidant, la politique se révèle un théâtre d’ombres où les signes du pouvoir servent surtout à masquer l’impuissance. Qui gouverne ? Qui décide ? Circus politicus révèle les dessous d’un véritable « putsch démocratique », une tentative de neutralisation du suffrage universel par une superclasse qui oriente la décision publique. Il montre comment le (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Si vous avez déjà accordé de l’importance à ce qui se diffuse pendant un journal télévisé, si vous vous êtes déjà intéressé à ça pendant, disons, plus de 30 secondes, c’est que vous êtes soit un de ces étudiants en comm’ qui y croient encore, soit un de ces journalistes qui voudraient nous y faire croire encore, soit vous étiez malade et alité devant la télé. Sinon, vous avez un sérieux problème de perception.

Viktor Dedaj


Le DECODEX Alternatif (méfiez-vous des imitations)
(mise à jour le 19/02/2017) Le Grand Soir, toujours à l’écoute de ses lecteurs (réguliers, occasionnels ou accidentels) vous offre le DECODEX ALTERNATIF, un vrai DECODEX rédigé par de vrais gens dotés d’une véritable expérience. Ces analyses ne sont basées ni sur une vague impression après un survol rapide, ni sur un coup de fil à « Conspiracywatch », mais sur l’expérience de militants/bénévoles chevronnés de « l’information alternative ». Contrairement à d’autres DECODEX de bas de gamme qui circulent sur le (...)
96 
Hier, j’ai surpris France Télécom semant des graines de suicide.
Didier Lombard, ex-PDG de FT, a été mis en examen pour harcèlement moral dans l’enquête sur la vague de suicides dans son entreprise. C’est le moment de republier sur le sujet un article du Grand Soir datant de 2009 et toujours d’actualité. Les suicides à France Télécom ne sont pas une mode qui déferle, mais une éclosion de graines empoisonnées, semées depuis des décennies. Dans les années 80/90, j’étais ergonome dans une grande direction de France Télécom délocalisée de Paris à Blagnac, près de Toulouse. (...)
67 
CUBA : modèle de résistance ou résistance d’un modèle ? (conférence/débat audio)
Conférence de Viktor Dedaj, animateur du site "Le Grand Soir", sur le Libre Teamspeak le 4 Décembre 2011. Notre conférencier nous explique enfin la vérité sur Cuba, sur son régime, et démonte minutieusement toute la propagande des États-Unis contre Cuba. Une conférence aussi excellente qu’indispensable. L’exposé initial de Viktor Dedaj dure une quarantaine de minutes et est suivi de deux heures de questions/débat avec les auditeurs. - http://lelibrets.blogspot.com/ Le compte Youtube ayant (...)
22 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.