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Une tragédie américaine : ­ la détresse des blessés de guerre américains, par James Cogan.






WSWS, 7 février 2006.


L’un des terribles héritages des guerres criminelles en Afghanistan et en Iraq est le nombre d’anciens soldats américains mutilés, malades et traumatisés. Un grand nombre d’entre eux ayant tout juste la vingtaine, auront besoin d’une assistance médicale pour le restant de leurs jours. C’est à peine si, pour des raisons politiques, l’ampleur de la tragédie fut rendue publique, malgré l’impact qu’elle a sur une couche importante de jeunes gens et de jeunes femmes, leurs familles et leurs communautés.

Dus aux progrès faits dans le domaine des techniques chirurgicales, de la médecine, des équipements de protection et du transport, seuls neuf pour cent des victimes en Iraq meurent des suites de leurs blessures contre 17 pour cent au Vietnam et 23 pour cent pendant la Deuxième guerre mondiale. Le bilan officiel des morts, depuis novembre 2001 s’élevait le 7 février à 2.513, à savoir 261 morts en Afghanistan et 2.252 en Iraq. Le nombre officiel de blessés s’établissait à 17.096 dont 676 en Afghanistan et 16.420 en Iraq.

Le taux inférieur de décès par rapport à celui enregistré lors des guerres antérieures signifie que les soldats survivent après avoir enduré les blessures les plus horribles. Six pour cent de tous les blessés en Iraq qui ne purent reprendre le service durent subir des amputations contre trois pour cent dans les conflits antérieurs. Rien que dans les hôpitaux militaires, plus de 330 soldats subirent une amputation, soit d’un bras soit d’une jambe, 53 durent même subir une amputation multiple. Le nombre total d’amputations est probablement encore plus élevé. Le Marine Corp, qui ne communique pas de données sur les victimes, est engagé dans les combats les plus sanglants en Iraq et a subi une part considérable des pertes américaines.


Dans des articles publiés le 25 octobre 2005 et le 31 janvier dernier, le New York Times présenta quelques-uns des pires cas de soldats blessés notamment ceux qui furent classés dans la catégorie des patients « polytraumatisés ». Citant le directeur de l’Hôpital des Vétérans à Tampa, le docteur Steven G. Scott, le Times précisa qu’un patient typique polytraumatisé souffrait « de blessures à la tête, de perte de la vue et de l’ouïe, de lésions nerveuses, de multiples fractures, de blessures corporelles non cicatrisées, d’infections et de problèmes émotionnels et comportementaux. Certains ont les membres sectionnés ou la colonne vertébrale brisée. »

Au moins 215 soldats furent traités dans quatre centres spécialisés où les blessés les plus graves sont gardés en vie avec passage en rééducation. Chaque semaine, plusieurs nouveaux patients sont admis, victimes surtout d’attentats à la voiture piégée en Iraq. Nombreux sont ceux qui souffrent de lésions cérébrales et qui durent (doivent) réapprendre à parler et à marcher, et même à avaler. Signe funeste que le Pentagon dispose de projets bien avancés pour de futures guerres, est que le ministère des anciens Combattants (VA) projette de faire construire encore 21 de ces centres spécialisés.

L’un des cas présenté par le Times concerne un marine de 29 ans souffrant de graves lésions au cerveau, de brûlures au troisième degré et de lésions du système nerveux. Sa jeune femme et lui auront besoin chaque année de centaines de milliers de dollars en assistance pour garantir des soins adéquats et un traitement de longue durée ainsi qu’une rééducation.

Paul Pasquina, un médecin militaire à l’hôpital Walter Reed, dit au Times en octobre 2005 : « Reprendre le dessus pour quelqu’un qui a perdu un membre c’est déjà un sacré combat pour pouvoir vivre dans la dignité, mais que dire de quelqu’un qui a perdu trois membres et qui souffre en plus d’autres plaies, de fractures, de blessures à la tête, à la colonne vertébrale, de paralysie, ? »

S’ajoutent au problème de la rééducation physique, les problèmes émotionnels et psychologiques engendrés par le souvenir des circonstances dans lesquelles ils furent blessés et de l’ampleur de leurs blessures. Le docteur Scott déclara le mois dernier au Times : « Nous pensons suivre ces patients le restant de leur vie. Mais je suis préoccupé quant à l’engagement de notre pays à l’égard de ces personnes. Est-ce-que les moyens seront là à long terme ? »

L’inquiétude quant au sort à long terme de ces blessés est encore renforcée si l’on considère les pertes véritables subies par l’armée américaine en Afghanistan et en Iraq seront réalisées. Au chiffre officiel de près de 20.000 morts ou blessés au service de l’armée depuis le 21 novembre 2001, viennent s’ajouter à présent des dizaines de milliers de soldats qui furent évacués d’Asie centrale et du Moyen Orient pour des « blessures non subies pendant une bataille » ou de maladie et des dizaine de milliers d’autres souffrant de problèmes psychologiques depuis leur retour aux Etats-Unis.

Les statistiques de l’United States Transportation Command (USTRANSCOM) rapportées le 13 décembre par le journaliste Mark Benjamin dans un article du quotidien en ligne Salon, montra qu’au moins 25.289 hommes supplémentaires furent évacués d’Afghanistan et d’Iraq en raison de blessures non liées au combat.

Selon les derniers chiffres du Département médical de l’armée américaine il y aurait eu par exemple, entre le 19 mars 2003 et le 30 novembre 2005, 21.610 évacuations de personnel militaire d’Iraq, ce chiffre ne comprenant donc pas le personnel du corps des Marines, de la marine ou de l’armée de l’air. Un total de 6.087 hommes furent évacués pour des « blessures non subies pendant une bataille » telles maux de dos, fractures, plaies et déficiences de la vue et de l’ouïe. 12.417 autres furent évacués car entrant dans la catégorie « maladie ». Les maladies comprennent des cas de chirurgie générale, des troubles neurologiques, des problèmes cardiologiques et des maladies d’ordre psychiatrique telle la dépression, le risque de suicide et le syndrome de stress post-traumatique (PTSD).


Le taux des victimes augmente considérablement une fois que les soldats rentrent chez eux. Le nombre des vétérans d’Afghanistan et d’Iraq qui ont fait une demande d’assistance médicale auprès du ministère des anciens Combattants a déjà dépassé les 100.000, voire près d’un sur quatre qui a fait son service dans les pays occupés et qui a par la suite quitté l’armée américaine.

Un nombre inconnu de cas pourrait être lié à ce qu’on nomme le syndrome de la guerre du Golfe observé chez les vétérans de la guerre de 1991, diverses maladies que certains spécialistes croient pouvoir attribuer à une exposition à l’uranium appauvri ou des effets secondaires liés au vaccin contre le charbon (anthrax). D’ici à 1999, 100.000 vétérans de la première guerre du Golfe avaient suivi un traitement médical pour des maladies telles la leucémie, le cancer du poumon, un dérèglement chronique des reins et du foie, des maladies respiratoires, de la fatigue chronique, des infections cutanées et des douleurs articulaires.

Selon des statistiques de VA citées en décembre dans le Dallas Morning News, quelque 9,600 vétérans d’Afghanistan et d’Iraq suivent un traitement contre le PTSD. On estime que le chiffre de ceux qui devraient être traités pour ce syndrome est bien plus élevé. Une étude faite par l’armée et publiée dans le New England Journal of Medecine nota qu’en raison du stigmate associé aux soins psychiatriques, seuls 25 à 50 pour cent des soldats qui souffrent de symptômes du PTSD ont demandé des soins spécialisés. Le ministère de la Défense a évalué que tôt ou tard, 18 pour cent des vétérans d’Iraq et 11 pour cent des vétérans d’Afghanistan développeront des symptômes du PTSD. Ce qui signifie que des dizaines de milliers d’anciens militaires cherchent déjà à prendre en main, avec leurs propres moyens, une maladie hautement invalidante et pouvant entraîner une violence auto-infligée, des crises émotionnelles et, dans les cas les plus graves, le suicide ou des actes de violence.

Dans la ville de Hibbing, au Minnesota le journal régional Daily Tribune rapporta ce mois-ci le discours tenu par un soldat américain, Keith Huff qui a passé un an en Iraq et qui est rentré en janvier 2005. En février, Huff déclara à la réunion du Rotary : « Ce fut dur pour nous de nous adapter à votre monde et nous nous sentions aliénés. Il m’était impossible de dire à ma femme qu’elle était mariée à un tueur et qu’en tant que tel j’étais excellent. Il me fut difficile de réintégrer la communauté. Je ne peux pas expliquer ce que c’était que d’être là -bas et de rentrer. »

Une étude interne à l’armée, citée en décembre 2005 dans Stars and Stripes, montra que l’abus d’alcool chez les vétérans qui sont rentrés chez eux était de 21 pour cent un an après leur retour de la zone de guerre ; 22 pour cent manifestaient un comportement colérique et agressif ; et 15 pour cent envisageaient de se séparer de leur partenaire.


La vague des nouvelles victimes du militarisme américain rentrant chez eux et nécessitant un traitement dans des hôpitaux et des cliniques pour vétérans arrive au moment où le système des anciens combattants mis en place après les guerres précédentes connaît des difficultés croissantes. Un nombre croissant de vétérans de la guerre du Vietnam et de la guerre du Golfe de 1991 déposent des demandes de traitement. La raison en est peut-être que la baisse du niveau de vie leur donne accès aux soins sociaux après avoir passé le « test pauvreté ». A ceci s’ajoute que les vétérans de la Deuxième guerre mondiale ont tous maintenant atteint un âge très avancé.

Le budget proposé par le gouvernement Bush pour le ministère des anciens combattants et concernant l’année fiscale de 2007 est de 80,6 milliards de dollars dont quelque 34,3 milliards de dollars sont destinés à la santé, donc en augmentation de 11 pour cent. La forte hausse des coûts des allocations et des traitements médicaux accordés aux blessés de guerre sera très vraisemblablement compensée par des coupes dans d’autres programmes, tels Medicare (pour les personnes âgées et les handicapés), Medicaid (pour les pauvres) et la Sécurité sociale.

James Cogan


- Source WSWS : www.wsws.org


Je refuse d’obéir. Jean Giono.


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- Photo : The Troops Out Now Coalition (TONC) www.troopsoutnow.org


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