Va-t-on déclarer la guerre au monde entier ?

Patrick J. Buchanan

Samedi, Kim Jong-un a testé un missile balistique intercontinental (ICBM) de portée suffisante pour frapper le continent américain. Il travaille maintenant à améliorer sa précision et à mettre au point une ogive nucléaire assez petite pour être ajustée à ce missile qui puisse rentrer sans dommages dans l’atmosphère.

Sauf si on pense que Kim est un fou suicidaire, son but semble clair. Il veut ce que veut toute puissance nucléaire - la capacité de frapper la patrie de son ennemi assez puissamment pour dissuader cet ennemi de l’attaquer.

Kim veut que son régime soit reconnu et respecté, et que les États-Unis, dont les bombes ont réduit en cendres le Nord de la Corée de 1950 à 1953, quittent la Corée.

Où cela nous mène-t-il ? Selon Cliff Kupchan, du groupe Eurasia : « Les États-Unis ont à choisir entre deux options : soit accepter la Corée du Nord dans le club nucléaire, soit mener des frappes militaires qui entraîneraient d’énormes pertes civiles ».

Il faut regarder les choses en face. Des sanctions américaines contre la Corée du Nord, comme celles votées par le Congrès la semaine dernière, ne vont pas empêcher Kim d’acquérir des ICBM. Il est trop près de son but.

Et toute frappe préventive sur le Nord pourrait déclencher une contre-attaque sur Séoul avec des tirs massifs d’artillerie sur la zone coréenne démilitarisée (DMZ), qui ferait des dizaines de milliers de victimes sud-coréennes, en plus des soldats américains et de leurs familles.

Nous pourrions bien nous retrouver dans une guerre totale avec la Corée du Nord, une guerre sans fin et sans merci, une guerre dont les Américains ne veulent pas.

Samedi, le président Trump a exprimé, dans un tweet, sa contrariété devant l’échec de la Chine à retirer nos marrons du feu : « Ils ne font RIEN pour nous concernant la Corée du Nord, ils ne font que parler. Cela ne peut plus durer. La Chine pourrait facilement résoudre ce problème. »

Dimanche, les bombardiers des États-Unis B-1B ont survolé la Corée et le général des forces aériennes du Pacifique, le général Terrence J. O’Shaughnessy, a annoncé que ses unités étaient prêtes à frapper la Corée du Nord avec une force « rapide, mortelle et écrasante ».

Mais ce même dimanche, Xi Jinping a assisté à un gigantesque défilé de chars, d’avions, de troupes et de missiles, et des officiels chinois se sont moqués de Trump en le qualifiant de « président novice » et d’« enfant gâté » et en disant que ses déclarations contre la Corée du Nord ne sont que du bluff. Ont-ils raison ? Nous allons bientôt le savoir.

Selon le Premier ministre japonais Shinzo Abe, Trump a affirmé lundi qu’il prendrait « toutes les mesures nécessaires » pour protéger les alliés des Américains. Et Nikki Haley l’ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU s’est énervée : « Il n’est plus temps de discuter ».

Allons-nous vers une confrontation militaire et une guerre avec la Corée du Nord ? Les marchés, qui enregistrent encore des hausses record ce lundi, ne semblent pas le croire.

Mais la Corée du Nord n’est pas le seul adversaire potentiel avec qui nos relations se dégradent rapidement.

Après que le Congrès a voté majoritairement pour de nouvelles sanctions contre la Russie la semaine dernière et que Trump a accepté de signer le projet de loi qui lui interdit de lever les sanctions sans l’approbation du Capitole (le Congrès), la Russie a abandonné tout espoir d’un rapprochement avec l’Amérique de Trump. Dimanche, Poutine a ordonné que le nombre des fonctionnaires de l’ambassade et des consulats des États-Unis soit réduit de 755 postes.

La seconde Guerre froide, qui a commencé quand nous avons rapproché l’OTAN des frontières de la Russie et contribué à renverser un régime pro-russe à Kiev, se refroidit de plus en plus. On peut s’attendre à ce que Moscou se montre aussi hostile que le Congrès quand nous lui demanderons son aide en Syrie et en Corée du Nord.

Le projet de loi de sanctions de la semaine dernière a également frappé l’Iran après que ce dernier a testé une fusée pour mettre un satellite en orbite, alors que l’accord nucléaire n’interdit que le test des missiles balistiques qui peuvent porter des ogives nucléaires. Dans un acte de défi, les Iraniens les Etats-Unis ont affirmé que leurs tests de missiles se poursuivront.

Ces derniers jours ont également vu des navires de guerre américains et des patrouilleurs iraniens se rapprocher dangereusement les uns des autres, et les navires américains tirer des fusées lumineuses et des coups de semonce. Nos avions et nos navires se sont également de plus en plus souvent rapprochés de navires et d’avions russes et chinois dans les mers de la mer Baltique et de la Chine du Sud.

Tout en reculant devant une guerre avec la Corée du Nord, Washington semble saliver à l’idée d’en déclarer une à l’Iran. En effet, la menace de Trump d’accuser l’Iran de violer l’accord sur les armes nucléaires suggère qu’une confrontation est imminente.

Puisque le Congrès est si déterminé à affronter le démon iranien, on se demande pourquoi il n’annule pas la vente à l’Iran des 140 avions que les mollahs ont commandés à Boeing ?

Pourquoi vendons-nous des avions de ligne américains au « plus grand sponsor du terrorisme du monde » ? Laissons donc l’argent du sang à Airbus !

Apparemment, les guerres américaines en Afghanistan, en Syrie, en Irak, au Yémen et en Somalie ne suffisent à rassasier notre Parti de la Guerre. Maintenant, il veut que nous prenions le commandement des sunnites du Moyen-Orient pour détruire les chiites qui dominent en Iran, en Irak, en Syrie et au Sud Liban, et qui sont majoritaires à Bahreïn et dans les régions pétrolières d’Arabie Saoudite.

L’armée américaine a du pain sur la planche. Le président Trump aura peut-être finalement besoin de soldats transgenres*.

Une des raisons pour lesquelles Trump a vaincu ses rivaux républicains en 2016, c’est qu’il semblait partager le désir américain de se recentrer sur le pays.

Mais aujourd’hui, nos relations avec la Chine et la Russie sont pires qu’elles l’ont été depuis des décennies, et on parle ouvertement de guerre avec l’Iran et la Corée du Nord.

Est-ce que l’Amérique a voté pour cette politique, ou est-ce ce que l’Amérique a voté contre elle ?

Patrick J. Buchanan

Note :
* http://www.20minutes.fr/monde/2109923-20170726-trump-interdit-soldats-transgenres-armee-provoque-tolle

 http://buchanan.org/blog/shall-we-fight-them-all-127408

COMMENTAIRES  

05/08/2017 14:06 par SEPH

Excellent article.
Au sujet de l’Iran et de la Corée du Nord : le président de l’Assemblée de la République islamique d’Iran Ali Larijani s’est entretenu, vendredi 4 août, avec le président de l’Assemblée populaire de Corée du Nord Kim Yong-nam.

Lors de cette rencontre, Ali Larijani a rappelé le soutien de la République islamique d’Iran à l’énergie nucléaire civile, tout en dénonçant l’arme nucléaire qui portait des atteintes très sérieuses à la sécurité du monde.

«  Un monde chaotique ne profitera à aucun pays. L’instauration de la paix et de la sécurité dans le monde devrait figurer parmi les principaux objectifs de tous les États. »

Le président de l’Assemblée islamique d’Iran a ensuite salué la résistance de la Corée du Nord vis-à-vis de l’hégémonie des États-Unis.

«  J’espère que les pays qui cherchent à dominer les autres via la force, apprendront bientôt que cette méthode n’aboutira à rien  », a-t-il affirmé.

De son côté, le président de l’Assemblée populaire suprême de Corée du Nord Kim Yong-nam s’est réjoui de sa deuxième visite en Iran, ajoutant que l’Iran et la Corée du Nord partageaient le même ennemi.

« La République islamique d’Iran a annoncé que la fabrication et le lancement de missiles n’avaient besoin d’aucune autorisation. Le temps passe, les époques se succèdent, mais notre ennemi commun ne change pas sa nature. Les États-Unis continuent d’imposer leurs desiderata aux autres.  »

Kim Yong-nam a souligné que son pays entendait accroître ses coopérations avec le Mouvement des non-alignés, car de telles coopérations allaient dans l’intérêt des nations.

«  Les pays bâtissent leur avenir grâce à leur puissance et aucun pays ne devrait se soumettre aux exigences maximalistes d’autrui. Les États-Unis ont attaqué les pays qui étaient faibles sur le plan militaire. Nous sommes pour la paix, mais nous ne reculerons pas d’un iota, des intérêts de notre pays. Nous continuons de nous confronter à Washington sérieusement jusqu’à ce qu’il renonce à ses politiques hostiles et ses menaces. »

Le numéro 2 de la Corée du Nord a souligné que les exigences maximalistes des États-Unis iraient toucher d’autres pays, si elles ne sont pas contrecarrées.

Ces deux pays veulent agresser personne, ils veulent vivre librement tout simplement en paix. Pour cela, il faut ce faire respecter, voire craindre, des agresseurs potentiels qui en veulent à vos richesses ou vous détruire pour des raisons idéologiques ou militaires.
Ces deux pays subissent un embargo depuis de très nombreuses années. C’est un acte de guerre de la part des USA qui impose à ces deux pays à se défendre : c’est de la légitime défense

Ainsi, ce samedi 5 août à Téhéran, l’Iran et la Russie ont décidé de renforcer leur coopération militaire, après l’annonce de nouvelles sanctions américaine contre les deux pays. Notamment, les deux parties doivent discuter des modalités du transfert des technologies sophistiquées militaires de la Russie vers l’Iran et de la formation des spécialistes iraniens. En imposant ces sanctions à l’Iran et à la Russie, les États-Unis n’ont fait que renforcer les alliances économiques et militaires entre ces pays. À vrai dire, c’est Washington lui-même qui sort perdant de ce jeu.

Que tous les pays sous embargo des USA, s’unissent pour faire mordre la poussière à cet État terroriste.

09/09/2017 01:53 par alain harrison

Bonjour.

La chose importante est la situation du Peuple de la Corée du Nord. C’est celle-là qui doit nous guider.
D’après la plupart des informations obtenus sur l’état des lieux, le peuple souffre de la misère.
C’est autour de cette question que devrait se rencontrer le G8, G20 et ci. L.’ONU devrait jouer le rôle d’animateur et d’arbitre pour la question du nucléaire et de la population en Corée du Nord.
Car il y a un lien entre investir dans le nucléaire et l’armement et investir pour le Peuple, quelque soit le pays et selon les bourses. Y en a qui peuvent relever leur plafond !
Il y a la question du respect de l’intégrité des pays qui se joue.
Nous savons suffisamment ce qui en est à travers le monde.
Mais au niveau des pays, les organismes et organisations sociales (existantes) pourraient agir auprès de leur gouvernement respectif selon l’état des lieux. En Turquie la question semble fermé, en France....., en Grèce, en Pologne, ..... peut-être au Québec..........la Chine, la Russie.......
Dans quels pays, les gouvernements sont près à un dialogue avec leur société civile, pour trouver des solutions viables aux nombreux problèmes selon les pays ?

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