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Après les « subprimes », on se fait une petite « relance » ?

Un parfum de récession flotte en cette rentrée de septembre. On considère qu’une économie est en état de récession dès lors qu’elle affiche un PIB en baisse sur deux trimestres consécutifs. La France enregistre un second trimestre 2008 avec un recul de son PIB de 0,3%, l’Allemagne de 0,5%, le Japon 0,6%. Les spéculations sont donc fortes quant au troisième trimestre 2008...

Le bon sens commun voudrait qu’après des décennies successives de hausse du PIB par habitant, une baisse de quelques dixièmes de points ne soit pas en soi une catastrophe. Les partisans de la décroissance feraient même valoir que, nos modes de production et de consommation étant tellement polluants et questionnant à terme la vie sur cette planète, une petite baisse du PIB pourrait constituer un véritable bol d’air. Et pourtant, quelques dixièmes de pourcentage de baisse du PIB donnent l’effroi aux économistes comme à la classe politique, comme si le PIB ne devait et ne pouvait que croître à l’avenir. Comment l’expliquer ?

Ceci ne se comprend qu’en fonction de notre système économique dénommé « capitalisme ». Dans ce système, la majorité des entreprises sont des sociétés de capitaux, ce qui signifie qu’elles sont détenues de façon privée par des individus qui les dirigent dans l’unique but de tirer des marges. En d’autres termes, les travailleurs deviennent des intrants de production (presque) comme les autres, donc des coûts qu’il faut comprimer au maximum pour obtenir des flux de trésorerie libres qui valorisent l’investissement. Comme les salaires sont exprimés en valeurs monétaires fixes, tout ce qui peut engendrer des profits supplémentaires est le bienvenu. Il en est ainsi d’une légère érosion monétaire que même la très conservatrice Banque Centrale Européenne promeut (son objectif de 2% d’inflation) ou d’une augmentation de la production : les salaires étant définis a priori, le surcroit est forcément accaparé par les propriétaires d’entreprises. Voilà comment expliquer qu’une baisse de la production, même à la marge (0,5% par exemple), a des répercussions importantes sur les profits des entreprises.

Une entreprise ne produit que si elle est raisonnablement confiante dans le fait qu’elle va vendre sa production. A cet égard, nous devons rappeler le cycle de la monnaie dans nos économies : les entreprises versent aux ménages des espèces monétaires (salaires, dividendes et intérêts) que les ménages retournent aux entreprises sous forme d’achats auprès de celles-ci. La somme totale des espèces monétaires qui in fine achètera la production est égale aux sommes versées par les entreprises diminuées de ce que les ménages vont épargner et augmentées de ce que les ménages emprunteront aux banques. Il est évident que plus la somme monétaire qui se portera à l’achat de la production sera grande, plus les profits des entreprises seront importants. Donc, moins les ménages épargneront et plus ils emprunteront aux banques, mieux cela sera pour les entreprises fonctionnant sous le régime du profit.

C’est dans ce contexte que l’on entend de fréquents appels pour des « plans de relance » de l’économie. Pour comprendre l’enchaînement des faits qui nous amènent à envisager ceux-ci, il nous faut revenir quelques années en arrière, en ce début 2000, au moment où les bourses de valeurs étaient au plus haut. Les raisons de cette hausse étaient purement spéculatives : on pensait que l’économie immatérielle, notamment l’Internet, allait bousculer les modes de production au point de générer des profits fabuleux, ce qui se traduisait par une survalorisation des actifs immatériels des entreprises. Assez curieusement, cette fièvre prendra fin quelques semaines après le passage à l’an 2000 : après avoir frôlé les 7000 points, le CAC 40 dévissera jusqu’aux environs de 2500 à fin 2003 ! L’irréel de ces valorisations était évident, le marché retournait aux « fondamentaux ».

Il fallait donc agir et redonner des perspectives réelles de profit aux entreprises, et pour cela, une hausse de l’endettement des ménages était la bienvenue. L’arme la plus classique pour obtenir cet effet est la baisse des taux d’intérêt : les épargnants sont dissuadés de conserver leur argent mais surtout, les ménages sont incités à emprunter. C’est ainsi que la Federal Reserve (banque centrale américaine) comme la Banque Centrale Européenne s’engageront dans une baisse continue et substantielle des taux directeurs : de 6% début 2000 à 1% en juin 2003 pour la Fed ; de 4,25% début 2000 à 2% en juin 2003 pour la BCE. Les résultats de cette politique monétaire ne se feront pas attendre : le CAC40 repartira à la hausse début 2004 pour culminer en 2007 au-delà de 6000 points au moment où éclatera la crise des « subprimes ».

Comment expliquer cette crise des « subprimes » ? Comme, même avec des taux d’intérêt faibles, il n’est pas toujours facile de convaincre des ménages à faibles revenus de s’endetter (surtout quand l’immobilier est déjà à son plus haut), on inventera des produits sur mesure. Pendant deux ans, les ménages remboursent tellement peu que le montant du capital à devoir sera encore plus important que le capital emprunté, ce qui impose ensuite des mensualités dépassant l’entendement. S’ils ne peuvent payer, on saisit le bien immobilier. Ce jeu cynique marche parfaitement dans un marché immobilier en hausse. Dans un marché immobilier en baisse, cela signifie tout simplement que les créances des banques n’ont pas la valeur qu’on leur donnait : on peut toujours endetter quelqu’un au maximum, s’il ne peut payer, la créance ne vaut plus grand chose. C’est ainsi que les banques qui détenaient le maximum de ces créances sous des formes diverses, notamment pas le biais de véhicules financiers de titrisation, vont être mises à mal, raréfiant le crédit et faisant reculer les cours de bourse : le CAC40 navigue désormais dans la zone des 4000-4500 points.

Puisqu’il devient difficile d’endetter les ménages individuellement, que reste-t-il à faire ? Les endetter collectivement via le déficit public. C’est simple, il suffit que l’État dépense plus qu’il n’encaisse et en faisant ceci, il endette collectivement la population du pays pour le plus grand bien des profits des entreprises. C’est ce qui s’appelle une relance.

Le premier à donner ce signal seront les États-Unis. Le 16 février de cette année, George Bush signe un plan de relance visant à injecter 168 milliards en deux ans dans l’économie américaine : 50 milliards en investissements pour les entreprises, le reste en réductions d’impôts. Le 18 avril dernier, Zapatero lui emboîte le pas et annonce un plan pour l’Espagne de 10 milliards d’euros pour 2008 et 8 milliards pour 2009. Fin août, le Japon annonce un plan de 73 milliards d’euros destiné à redonner un peu d’air à l’économie nippone menacée de récession. Le Royaume-Uni vient de présenter le sien, visant notamment à contenir la chute de l’immobilier qui menace potentiellement de fragiliser le système bancaire. Même des pays comme la Corée du Sud et la Chine, qui connaissent des croissances fortes, quoiqu’un peu plus faibles ces derniers mois, annoncent des plans de relance : la Corée injectera 12 milliards d’euros dans son économie et les médias chinois prévoient un plan de 40 milliards d’euros destiné à conjurer la fin de l’effet « Jeux Olympiques ».

Cependant, le moins que l’on puisse dire est que ces plans de relance sont loin de faire l’unanimité. Il est vrai qu’à de rares exceptions près, les budgets des États sont toujours en déficit. Les prévisions de croissance de la France pour l’année en cours s’établissent désormais à 1%, ce qui va aggraver le déficit. Les règles de stabilité monétaire de l’Union européenne interdisent dans ce contexte une relance supplémentaire. L’annonce du plan japonais, pourtant très ambitieux, n’a pas été particulièrement salué et intervient en pleine crise politique. Il est vrai que ce pays est coutumier de ces plans à répétition et que son déficit cumulé dépasse les 160% de son PIB. C’est dans ce contexte que Dominique Strauss-Kahn, président du FMI, souhaite que se mette en place une coordination des plans de relance des principales économies. Si cette solution sera incontestablement plus solide, en quoi sera-t-elle pérenne ?

Si la « gauche » est souvent favorable aux plans de relance dans la mesure où ceux-ci peuvent promouvoir l’emploi, il faut réagir et comprendre que ceux-ci n’ont qu’un objectif : redonner des espérances de profits aux propriétaires d’entreprises, espérances qui ont toutes les chances de se concrétiser. Cependant, on obtient au final un endettement supplémentaire collectif de la population au profit de certains ménages : ceux qui possèdent des actions. Une gauche bien pensante laisse penser qu’on restaurera plus tard l’équilibre en taxant les plus riches. En deux mots, je te file de l’argent que je te reprendrai ensuite. Est-ce bien crédible ?

Une véritable gauche de transformation sociale ne doit en aucun cas venir au secours des entreprises de capitaux mais promouvoir des entreprises de personnes dans lesquelles les travailleurs possèdent leur outil de travail. Dans de telles entreprises, la question du profit ne se pose nullement puisque les travailleurs s’accaparent la totalité du produit de leur travail. De ce point de vue, une baisse de la production n’est nullement dramatique et signifie tout simplement que les consommateurs ne souhaitent pas « travailler plus pour gagner plus ». De quoi rompre avec le cercle productiviste infernal que nous impose le capital, tout en renouant avec une société citoyenne dans laquelle chacun est maître de ses choix et a son mot à dire dans la conduite de son unité de production.

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