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Chez les Étasuniens : nourriture, capitalisme et barbarie (II)

La malbouffe touche d’abord les plus pauvres. Plus la nourriture est industrielle moins elle est chère pour le consommateur. Cette nourriture est conçue principalement pour les gens qui ont de faibles salaires et qui n’ont pas le temps de préparer à manger tellement leurs journées de travail sont longues. Les repas pris en famille sont de plus en plus rares, la tendance étant de ne plus cuisiner du tout mais de prendre dans le congélateur une nourriture sous plastique déjà préparée. Les bonbons et boissons sucrées sont très bon marché et les légumes coûtent aussi cher que les burgers. Une des raisons pour laquelle la viande est d’un prix très abordable est que les producteurs reçoivent des subventions de l’Etat. Ces subventions frappent les producteurs de viande hors des États-Unis car ils ne peuvent aligner leurs prix sur ceux de l’Empire.

L’industrie alimentaire renforce l’accoutumance aux trois goûts que les humains affectionnent : sucré, salé et gras. Les Étasuniens consomment chaque année des centaines de kilos de sucre, ce qui engendre une population de diabétiques de plus en plus jeunes. Un Étasunien sur trois né après 2000 contractera les symptômes du diabète avant quarante ans ; parmi les minorités, le taux sera de un sur deux.

Plus de 36 % des adultes et environ 20 % des enfants de 6 à 19 ans sont obèses, donc sujets aux maladies cardiaques, aux accidents vasculaires cérébraux, au diabète de type 2 et aux cancers. Quelques États ont mis en place une taxe sur la malbouffe, comme pour les cigarettes. Une taxe fédérale se fait toujours attendre.

Les trois objectifs de l’agriculture productiviste « moderne » sont d’être plus puissante, plus rapide et meilleur marché. Sans aucun souci pour les conséquences sur la nature et l’organisme des humains. Néanmoins, certains paysans s’accrochent à l’agriculture traditionnelle en faisant brouter les vaches dans des pâtures. Pour la majorité des producteurs et des consommateurs, la relation intime avec la nourriture a été perdue. L’agriculture industrielle est soumise à une culture de techniciens pour qui l’important est le « comment » (fait-on) et non le pourquoi. Le rapport aux animaux et aux gens est complètement déshumanisé : l’animal n’est plus qu’un produit et l’humain un consommateur.

Le plus grand abattoir du monde se situe à Tar Heel dans une région très pauvre, peuplée en majorité par des ouvriers blancs et des Afro-américains en situation précaire. La main d’œuvre locale n’a pas suffi à faire tourner l’abattoir et l’entreprise Smithfield est allée chercher des travailleurs à plusieurs centaines de kilomètres. Au XXème siècle, après des années de lutte, la situation des employés dans l’industrie agro-alimentaire était bonne, ils étaient aussi bien payés que ceux de l’industrie automobile pour des horaires similaires. Mais l’industrie s’est adaptée au besoin toujours croissant de la restauration rapide ce qui a engendré une baisse des salaires, une quasi interdiction des syndicats et une accélération du rythme de production et des tâches répétitives dans les usines. Aujourd’hui, les travailleurs sont de plus en plus des Mexicains en situation illégale (un million et demi), d’anciens agriculteurs qui n’ont pas pu rivaliser avec les méthodes de productions aux États-Unis. Le gouvernement étasunien a fermé les yeux sur les conditions de recrutement illégales des travailleurs du Sud. Aujourd’hui, les clandestins sont pourchassés mais Smithfield a conclu un accord avec l’administration afin qu’elle n’expulse pas plus de 15 travailleurs par jour. Les dirigeants des entreprises sont épargnés.

Un petit espoir : le marché du bio se développe (20% par an). Cependant les producteurs de nourriture biologique doivent se plier aux contraintes du système dans son ensemble : ils doivent eux aussi travailler à grande échelle. Ainsi un producteur de yaourts bio, Stonyfield, a été racheté par Danone (qui vaut 23 milliards de dollars). D’autres commerces bio ont été repris par des grandes firmes telles que Pepsi qui vend maintenant du bio et du non-bio, ce qui permet de diversifier et agrandir leur clientèle. Walmart, la plus grande chaîne d’hypermarchés au monde vend du bio. Il s’agit évidemment d’un choix économique et non éthique.

Au début du XXème siècle, un agriculteur nourrissait six personnes. Il en nourrit aujourd’hui cent vingt-six. La manière de travailler des fermiers a été complètement bouleversée. Depuis 10 000 ans, les agriculteurs conservaient les meilleures graines pour les replanter l’année suivante. Il en a résulté une sélection des meilleures plantes, mais aussi une diversification assurant quantité et qualité. Au début du XXe siècle, on vendait quatre-vingts sortes de pommes en Grande-Bretagne. Dans les années 1980, la Cour suprême des États-Unis a déclaré légale le brevetage du vivant. En 1996, l’industriel chimique Monsanto, qui avait inventé le défoliant « agent orange » pendant la guerre du Vietnam pour affamer les populations, a créé un pesticide qui tue tout, sauf son soja OGM. Cette même année, seulement 2% des graines de soja contenaient le gène breveté Monsanto. En 2008 nous en étions à 90 % (Monsanto a fait disparaître la plupart des nettoyeurs-séparateurs de graines). Les autorités ont empêchés les agriculteurs de conserver leurs semences. Ceux-ci ont tenté de résister mais se sont tous résignés au bout de dix ans. Grâce à soixante-quinze enquêteurs, Monsanto surveille tous les agriculteurs du pays. Comme au bon vieux temps de l’agence Pinkerton qui avait vu le jour aux XIXe siècle pour infiltrer et combattre les Sudistes puis les syndicalistes. Si les fermiers conservent les semences, ils peuvent être poursuivis pour violation du brevet. Ceux qui essaient de résister à Monsanto sont ostracisés par les autres agriculteurs. De toute façon, ceux qui n’utilisent pas de semences OGM voient leurs champs contaminés : le vent transporte les graines OGM des agriculteurs voisins (70% des aliments vendus aux EU sont des OGM). Un procès contre Monsanto coûte un million et demi de dollars à un agriculteur qui – c’est compréhensible – préfèrera un arrangement.

Autrefois les semences étaient améliorées dans des laboratoires universitaires publics. Désormais Monsanto détient la majorité des brevets agricoles du pays, la recherche étant passée dans le privé. Il ne reste que quatre ou cinq semences publiques. Bref : quiconque veut faire de l’agriculture doit se plier aux règles de Monsanto qui, dans le domaine du soja par exemple, contrôle tout, de la semence à la vente en supermarchés.

Il y a toujours eu un lien très étroit entre Monsanto et les plus hautes autorisés judiciaires, tel que le juge Clarence Thomas qui fut l’avocat de Monsanto dans les années soixante-dix puis membre de la cour suprême des Etats-Unis (nommé par George Bush – et vive la parité ethnique !). Monsanto est très lié à des personnalités du parti républicain : John Ashcroft, sénateur du Missouri (droite chrétienne), a reçu des dons (pour sa campagne électorale) de Monsanto et Donald Rumsfeld, qui fut secrétaire à la Défense, était un dirigeant de l’entreprise pharmaceutique Searle Pharmaceuticals rachetée par Monsanto. La vente lui aurait personnellement rapporté 12 millions de dollars. L’Entreprise est également proche de certains dirigeants démocrates comme Mickey Kantor et Robert Shapiro, le PDG de Monsanto, est un des conseillers de Clinton à la Maison blanche.

Le parlement californien a voté une loi obligeant les distributeurs à étiqueter les produits OGM mais l’ancien gouverneur Schwarzenegger (qui roule à vélo dans la cour de l’Élysée) a opposé son véto. L’industrie a tout fait pour empêcher la divulgation de la teneur en calories et en graisse des aliments.

Des lois empêchent la critique des alimentations. Oprah Winfrey, la plus célèbre productrice et présentatrice des États-Unis, a été poursuivie par des éleveurs du Texas pour avoir émis des critiques contre leur produits et avoir fait chuter les bénéfices. L’action en justice a duré six ans et, finalement, Oprah Winfrey a gagné après avoir déboursé un million de dollars en frais de justice. Au Colorado, on risque la prison si on critique le bœuf haché.

Les consommateurs se tournent de plus en plus vers les produits biologiques et découragent les grandes chaînes de vendre tel ou tel produit en les boycottant, ce qui a été le cas de Walmart qui dut arrêter de vendre des aliments bourrés d’hormones synthétiques. La solution serait évidemment que les consommateurs s’alimentent sainement car la production suit toujours la demande.

Source : ce documentaire terrifiant

PS : En Europe, les champions de la nourriture reconstituée sont, ce qui ne surprendra personne, les Grands-Bretons. La France et l’Italie, pays de culture culinaire et d’agriculture (pourvu que ça dure...) figurent dans le peloton de tête des pays peu contaminés.

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