Quantcast
RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes


De l’état d’urgence et du maintien d’une société injuste

Ainsi donc l’été n’a pas porté conseil à M. Macron et à son gouvernement, et la nouvelle Assemblée Nationale a adopté en juillet la sixième prolongation de cet état d’exception, passant outre les nombreuses réticences et oppositions exprimées tant par des juristes que par des associations défendant les libertés publiques (Libération, 6 juillet 2017). Qui plus est, la « version consolidée de la Loi relative à l’état d’urgence, qui traduit les intentions du nouveau pouvoir de sortir de l’état d’urgence tout en conservant des mesures exceptionnelles (Le Figaro, 8 juin 2017) recèle des conditions d’application permettant une très large interprétation : « atteintes graves à l’ordre public » ; « événements présentant, par leur nature et leur gravité, le caractère de calamité publique »... (Légifrance, 27 août 2017). On sait d’ailleurs que les dispositions en vigueur ont avant tout permis de restreindre la liberté de manifester.

Les perquisitions de nuit, souvent violentes et humiliantes, et les assignations à résidence, qui empêchent les gens de travailler ou d’aller à l’école normalement, ont, entre autres mesures, traumatisé des centaines de personnes. Leurs droits à la vie privée, à la liberté de mouvement, d’expression, d’association et à la liberté ont été bafoués au nom de la sécurité [1].

Les classes possédantes, où que ce soit dans le monde, paraissent en position de force. Au plan électoral elles savent s’organiser pour sortir victorieuses, fut-ce au prix d’une abstention massive, et se retrouvent aux commandes avec un pourcentage dérisoire de voix. Les oppositions structurées traditionnelles, partis ou syndicats, elles aussi atteintes par le discrédit, et dans une grande errance stratégique ne les inquiètent plus.

Ces classes dominantes semblent donc temporairement maîtresses du terrain. Mais elles ne sont pas dupes et savent que leur jeu est largement éventé. Elles savent qu’elles ne peuvent résoudre ni l’équation du travail, ni celle de la répartition des richesses, ni même celle de la démocratie. Tout est pour elles soumis à la logique de profit et à la domination financière, le premier gouvernement de l’ère macronnienne le démontre chaque jour.

La seule chose qui peut donc les inquiéter est « ce qui bout dans la marmite », la force de mouvements sociaux imprévisibles et qui leur échappent. Les événements de Tunisie, d’Égypte et d’ailleurs et leurs éventuelles répliques sont leur principale inquiétude. Et c’est là qu’il faut chercher l’origine de leur volonté de se doter par avance de tous les outils de contrôle des peuples et des mouvements sociaux. Tous savent en effet que la colère gronde, et que l’impuissance politique accroît dangereusement les tensions...

Bien sûr, l’avènement de cette société policière peut s’opérer subrepticement et de manière rampante, et la France à cet égard peut être fière de son leadership, comme s’en enorgueillissait benoîtement Mme Alliot-Marie il y a peu d’années [2].

Mais toute occasion, qu’il s’agisse de faits divers spectaculaires ou d’accidents dramatiques permet une surenchère et des avancées beaucoup plus brutales. Et les actions terroristes, à cet égard, sont particulièrement favorable à une exploitation cynique. Révoltantes à juste titre, elles permettent aux pouvoirs de créer un large consensus inespéré où toute voix discordante est aisément mise à l’index : qui naguère put se permettre de ne pas « être Charlie » ?

Alors le champ est libre pour la répression, l’amalgame et l’arbitraire, et bien vite les « bavures » policières deviennent acceptables devant l’état de « guerre totale » déclaré aux plus hauts niveaux [3]. Toute action revendicative déterminée peut être assimilée à une forme de terrorisme, et les débordements deviennent acceptables.

Dans cette brèche s’engouffrent alors tous les tenants d’un surarmement des forces de l’ordre, de moyens de contrôle renforcés, et d’une législation durcie. Jusqu’à l’invraisemblable paroxysme du projet d’inscription de l’exception dans la constitution.

Nous en sommes là, et les mises en garde provenant de sphères multiples (associations telles qu’Amnesty international [4] ou Human Rights Watch, collectif d’avocats, magistrats, cour Européenne...) [5] sont malheureusement de peu de poids face à la paranoïa sécuritaire voulue et déclenchée au niveau politique, puis relayée par les grands médias.

Nous en sommes là, et déjà l’on constate que ces lois d’exception se montrent d’une grande utilité dans le contrôle des mouvements sociaux sinon dans la réduction du risque terroriste, et frappent essentiellement des militants politiques. De la gauche radicale de préférence [6].

Lors de la COP 21 à Paris, fin novembre 2015, l’état d’urgence a été utilisé pour interdire toute manifestation. En guise de protestation, des dizaines de paires de chaussures anonymes ont recouvert la place de la République.

Mais il frappe également les migrants [7].

Il est d’ailleurs très symbolique que l’état d’urgence prenne ses racines dans la guerre d’Algérie, où il eut déjà pour but de réprimer la révolte indépendantiste afin de perpétuer la domination coloniale. Et que comme à cette époque, volontairement ou pas, ses moyens répressifs se trompent de cible.

Il est donc grand temps de se dresser contre cette dérive orchestrée, et c’est pourquoi, au sein du Front Social qui grandit cet automne, de nombreuses voix réclament que l’État d’urgence soit l’une des cibles principales des mouvements qui viennent.

[2Au sujet du « savoir-faire » policier de la France, voir : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article39385

[3Bavures qui me ramènent douloureusement à la mort de mon camarade de fac Vital Michallon, victime des mêmes armes il y a 40 ans, sacrifié sur l’autel de la « raison d’État ».
Voir : https://reporterre.net/Il-y-a-quarante-ans-l-Etat-tuait-Vital-Michalon...

[7Pour l’utilisation du « Gaz poivre », voir : Human Rights Watch dénonce l’utilisation de gaz poivre contre les migrants à Calais


URL de cet article 32361
   
AGENDA
vendredi 17 novembre 2017
vendredi 17 novembre 2017
samedi 18 novembre 2017
samedi 18 novembre 2017
samedi 18 novembre 2017
mardi 21 novembre 2017
mercredi 22 novembre 2017
jeudi 23 novembre 2017
vendredi 24 novembre 2017
samedi 25 novembre 2017
jeudi 30 novembre 2017
vendredi 1er décembre 2017
vendredi 1er décembre 2017
samedi 2 décembre 2017
vendredi 15 décembre 2017
Chávez. L’homme qui défia l’histoire
Modesto E. Guerrero
Cette biographie complète du commandant Hugo Chávez, écrite par un intellectuel vénézuélien reconnu, révèle les traits essentiels d’un personnage qui n’appartient pas seulement à la légende mais aussi à l’histoire de son temps. Le lecteur est entraîné dans ce parcours exceptionnel, de la province de Barinas jusqu’aux plus hautes charges de la plus grande révolution d’après la guerre froide. Le portrait intime et politique rejoint ici l’épopée de la libération d’un peuple et de tout un continent. 514 pages (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Il n’y a pas de pays musulman plus intégriste que l’Arabie Saoudite (...) et pourtant c’est à la fois un ami et un pays important pour les Etats-Unis. (...) Nous ne devons nous opposer à l’intégrisme que dans la mesure exacte où nos intérêts nationaux l’exigent.

James Baker
Ministre des Affaires Etrangères des Etats-Unis, 1996


Reporters Sans Frontières, la liberté de la presse et mon hamster à moi.
Sur le site du magazine états-unien The Nation on trouve l’information suivante : Le 27 juillet 2004, lors de la convention du Parti Démocrate qui se tenait à Boston, les trois principales chaînes de télévision hertziennes des Etats-Unis - ABC, NBC et CBS - n’ont diffusé AUCUNE information sur le déroulement de la convention ce jour-là . Pas une image, pas un seul commentaire sur un événement politique majeur à quelques mois des élections présidentielles aux Etats-Unis. Pour la première fois de (...)
21 
Le fascisme reviendra sous couvert d’antifascisme - ou de Charlie Hebdo, ça dépend.
Le 8 août 2012, nous avons eu la surprise de découvrir dans Charlie Hebdo, sous la signature d’un de ses journalistes réguliers traitant de l’international, un article signalé en « une » sous le titre « Cette extrême droite qui soutient Damas », dans lequel (page 11) Le Grand Soir et deux de ses administrateurs sont qualifiés de « bruns » et « rouges bruns ». Pour qui connaît l’histoire des sinistres SA hitlériennes (« les chemises brunes »), c’est une accusation de nazisme et d’antisémitisme qui est ainsi (...)
115 
Lorsque les psychopathes prennent le contrôle de la société
NdT - Quelques extraits (en vrac) traitant des psychopathes et de leur emprise sur les sociétés modernes où il s’épanouissent à merveille jusqu’au point de devenir une minorité dirigeante. Des passages paraîtront étrangement familiers et feront probablement penser à des situations et/ou des personnages existants ou ayant existé. Tu me dis "psychopathe" et soudain je pense à pas mal d’hommes et de femmes politiques. (attention : ce texte comporte une traduction non professionnelle d’un jargon (...)
40 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.