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Décès de Jacques Delors et Wolfgang Schaüble : deux piliers de l’euro-atlantisme austéritaire frappant nos peuples

La coïncidence a voulu que décèdent coup sur coup deux anciens ministres des Finances à l’origine de l’euro-austérité : l’Allemand Wolfgang Schäuble mardi 26 décembre 2023, et le Français Jacques Delors mercredi 27 décembre 2023. Si l’on met de côté l’émotion que suscite leur décès pour leurs proches, force est de constater que le bilan politique et économique de l’action de ces deux hommes est désastreux pour les travailleurs de toute l’Europe, et notamment en France.

En effet, Schaüble, conservateur ayant servi Helmut Kohl puis Angela Merkel à qui la Macronie vient de rendre un hommage hallucinant en le présentant comme « un ami de la France », aura été le promoteur majeur de l’austérité européenne ayant massacré la Grèce dans les années 2010. Farouche partisan des coupes budgétaires drastiques, il a transformé ce dernier pays en havre de misère, faisant dire fort justement à l’ancien ministre grec de l’Economie Yanis Varoufakis : « L’Histoire le jugera durement mais pas plus durement que ceux qui furent victimes de ses politiques et projets désastreux. » Des projets qui passaient par la mise à mort de la démocratie pour celui qui, en 2015, appuyant le nouveau ministre « français » de l’Economie – un certain... Emmanuel Macron –, déclarait : « La France serait contente que quelqu’un force le Parlement, mais c’est difficile, c’est la démocratie. » Le vœu de Schäuble s’est exaucé puisque le despote Macron est le fanatique applicateur des desiderata du MEDEF et de l’Axe Union européenne (UE)-OTAN, de la « loi Travail » (ou plutôt, loi Chômage et Misère) de 2016 à la destruction des retraites et à la « loi Immigration » (ou plutôt, loi anti-immigrés non issus de l’UE), en recourant autant que nécessaire à l’article 49-3 ou en basculant totalement dans l’alliance consanguine avec l’extrême droite fascisante.

L’Histoire jugera tout autant sévèrement Jacques Delors, le mal-nommé « grand architecte » de la prétendue « construction européenne » dont François Mitterrand en personne jugea qu’il n’était « pas assez à gauche ». Pour ne pas dire carrément à droite pour celui qui promut le « syndicalisme d’accompagnement » et le pseudo « dialogue social » en rejoignant la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) dès 1950 – « dialogue social » dans lequel versent désormais les directions euro-confédérales (CGT comprise) et soutenu par la bien jaune Confédération européenne des syndicats (CES) ; qui fut l’éminence grise du Premier ministre Jacques Chaban-Delmas avec son projet de « nouvelle société » de 1969 à 1972 ; qui encouragea enfin la « deuxième gauche » « décentralisatrice » et européiste (donc antijacobine) incarnée par Michel Rocard, qu’il rejoignit au Parti socialiste unifié (PSU).

Mais c’est surtout sous les deux septennats de François Mitterrand que sévit celui qui, comme l’affirma Jean-Pierre Chevènement, « rivalisa d’orthodoxie », en tant que ministre des Finances puis en tant que président de la Commission européenne. Dès 1981, devenu ministre des Finances avec le Budget sous sa coupe, Delors soutient l’arrimage du franc au mortifère « Système monétaire européen » (ancêtre de l’austéritaire euro) et appelle au « tournant de la rigueur », débouchant sur le blocage des prix et des salaires en juin 1982 ; un « tournant » définitivement acté en mars 1983 et qui fit dire à Mitterrand : «  je suis partagé entre deux ambitions : celle de la construction de l’Europe et celle de la justice sociale ». Le résultat de cet arrimage fut la subordination du franc au Deutsche Mark et à ses critères d’orthodoxie budgétaire ; et pour les travailleurs, l’austérité salariale, le chômage et la désindustrialisation croissants au profit de la rente du capital toujours accrue – et qui bat chaque jour de nouveaux records.

   Delors, lui, choisit très vite la première ambition et fut nommé par le « couple » Kohl-Mitterrand président de la Commission des Communautés européennes (actuelle Commission européenne) en 1985 puis de nouveau en 1990. A ce titre, il fut le « grand architecte » de son « traité préféré », l’« Acte unique européen », signé en 1986 et qui permit l’achèvement du « marché unique européen » articulé autour de la « totale liberté de circulation » des services, des marchandises, des hommes... et surtout des capitaux. A ce sujet, l’économiste étasunien Rawi Abdelal affirme que Jacques Delors a joué un rôle déterminant dans la dérégulation des marchés financiers – et déjà en France en introduisant le néolibéralisme au début des années 1980 – en décidant « de pousser la libéralisation bien plus loin que ne le prévoyait à l’origine le programme de marché unique » ; il introduit notamment en juin 1988 la directive 88 (361) sur les mouvements de capitaux précisant qu’« aucune transaction, aucun transfert de capitaux n’échappait à l’obligation de libéralisation ».

   « L’œuvre » de Jacques Delors fut achevée en 1992 avec l’adoption du funeste traité de Maastricht et la création de l’euro, à propos duquel il affirma : « L’euro nous apportera la paix, la prospérité, la compétitivité et, rien que pour la France, il se traduira par la création d’un million d’emplois. » – les travailleurs ont pu apprécier ce traité qui, comme l’avait si bien présenté Alain Madelin partisan de sa ratification : « le traité de Maastricht agit comme une assurance-vie pour éviter le retour à l’expérience socialiste pure et dure de 1981-1983 » (et l’on fut bien loin d’une telle « expérience » durant cette époque). Retiré des fonctions de premier plan, celui érigé en « Père de l’Europe » milita naturellement pour l’adoption du « Traité établissant une Constitution pour l’Europe » (TECE) – que les Français rejetèrent massivement par référendum le 29 mai 2005 – puis défendit le « Traité simplifié » de Lisbonne adopté par les parlementaires (anti-)« français » le 4 février 2008.

    On ne s’étonnera pas que les forces euro-atlantiques – à commencer par la Macronie biberonnée à coups de deloro-schäublisme – saluent « l’œuvre » et « l’engagement européen » de deux lauréats du « prix Charlemagne » (en 1992 pour Delors, en 2012 pour Schäuble, avant que Macron leur succède en 2018), deux partisans d’une Europe fédérale inféodée à Berlin et Washington que Macron, défenseur de la « souveraineté européenne », et le chancelier Scholz, promoteur de l’« Etat fédéral européen », chercheront à imposer à tout prix à l’occasion du scrutin européiste de juin 2024. Avec le résultat que l’on connaît depuis des décennies pour les travailleurs de toute l’Europe, France comprise : euro-démantèlement des services publics, euro-destruction des conquêtes sociales, euro-austérité généralisée, euro-dissolution des libertés publiques, euro-dislocation des souverainetés nationales, euro-marche à la guerre contre la Russie et la Chine populaire, euro-criminalisation du communisme et euro-fascisation qui prendra la forme d’une immense « vague brune » lors du scrutin européiste de juin 2024.

 Raison de plus pour rendre un hommage appuyé et mérité pour ces deux prétendus « constructeurs européens » en juin 2024, à savoir le boycott citoyen massif du scrutin européiste, afin de délégitimer le mortifère Axe UE-OTAN – et ainsi, la Macronie, l’extrême droite lepéno-zemmouro-LR et toutes les forces dites de « gauche » versant dans la fable delorienne de « l’Europe sociale ». Axe UE-OTAN dont Delors et Schäuble auront été des architectes majeurs et dont il convient de se dégager définitivement à travers la seule voie salutaire possible pour les travailleurs, à savoir le Frexit progressiste.

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