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Hugo Chavez : un transfert historique !

Les peuples ont été fortement touchés par la mort d’Hugo Chavez. Les réactions ont été extraordinairement fortes, dépassant le territoire du Venezuela et de l’Amérique latine, pour concerner d’une manière ou d’une autre, l’humanité dans son ensemble. C’est un phénomène qui peut être qualifié d’historique.

Le Chavisme dépasse l’effet du charisme : ces réactions faites de douleur et d’émotion concernent ceux qui savent ce que l’angoisse sociale veut dire dans le concret de leurs vies ou dans le concret de la vie des personnes qu’ils rencontrent. Ce phénomène possède une signification : celle d’un transfert envers l’homme, Hugo Chavez, qui a marqué, marque et marquera l’Histoire, ce qui mérite donc le terme de «  transfert historique »

J’utilise ce terme de «  transfert » puisque c’est à partir d’un transfert qu’un psychanalyste peut dire quelque chose sur les phénomènes sociaux et politiques, et vais préciser un peu plus ce terme de transfert. Aujourd’hui il est plus fréquemment parlé de transferts de joueurs de foot et des sommes d’argent astronomiques qui les accompagnent ou encore de transferts de fonds et de leurs convoyeurs, que de transfert psychanalytique.

Qu’est-ce que le transfert dans l’orientation psychanalytique du terme, quel est ce concept moteur d’une psychanalyse ?

Cela concerne tout d’abord les sentiments nés des trois passions fondamentales décrites par Aristote et reprises par le psychanalyste Jacques Lacan, l’amour, la haine et l’ignorance.

L’amour vient en premier lorsqu’on parle de transfert psychanalytique. Parler à une personne de façon répétée de ses problèmes, faire récit d’un drame et d’en chercher la signification provoque généralement ce sentiment. Que vient-il en premier lorsque l’on parle d’Hugo Chavez au peuple vénézuélien sinon d’amour ? Cela est en lien avec le fait qu’Hugo Chavez savait parler d’amour à son peuple, aux peuples de la Terre. Il parlait d’amour dans ses discours politiques. «  La valeur centrale que Chavez cherchait à diffuser était évidemment l’amour, qui est une façon un peu plus intime d’incarner la solidarité et le partage, et de créer chez les individus des motivations empathiques plus fortes » indique dans une interview récente Raquel Garrido (1)

Dans le transfert il y a aussi de la haine et Hugo Chavez savait faire surgir ce sentiment chez nombre de capitalistes par la mise en évidence de la duperie sociale cruelle dont ces derniers sont les auteurs.

Dans le transfert il y a aussi une volonté d’ignorance qui doit être levée. «  Tu peux savoir ! autre chose, quelque chose de nouveau, sur ce qui fonde ton rapport aux autres, ton rapport social », tel est aussi le message psychanalytique. Le transfert est fondé sur une supposition de savoir qui se transforme en savoir y faire. C’est là où Hugo Chavez excellait : savoir y faire par la magie de la parole adressée à un autre humain, par un corps en mouvement, par une attention et un regard qui captivaient, une présence qui portait la perspective de libération des potentiels humains inhibés et entravés par le défaut de civilisation inhérent au capitalisme. Un savoir y faire qui excellait par des actes concrets concernant la santé, l’éducation, l’illettrisme, la pauvreté, la solidarité, et l’orientation donnée par la Révolution cubaine trouvait là aussi son épanouissement.

C’est cela et plein d’autres choses encore qui circulaient entre Chavez et le peuple, entre Chavez et les peuples opprimés, entre Chavez et les peuples qui luttent contre la barbarie capitaliste.

Le transfert, outre les sentiments, fait circuler des mots, des images, des regards, des corps. Le transfert fait aussi fonctionner des valeurs crées et portées par les humains. Ces valeurs vont prendre une fonction dans les groupes sociaux, dans les classes sociales. Elles vont les faire fonctionner, les faire vivre.

Le transfert est ainsi un phénomène social, inhérent à l’humanité. C’est un phénomène premier, fondateur de l’hominisation et il est d’abord un transfert social. Le transfert psychanalytique est secondaire, est issu du transfert social et le savoir qui en découle peut nous éclairer sur les phénomènes sociaux à condition de ne pas faire l’impasse sur Marx.

Marx, en effet, est l’analyste du transfert social. Le transfert est un rapport social et les "Les rapports sociaux sont intimement liés aux forces productives. En acquérant des forces productives nouvelles, les hommes changent leur mode de production, et en changeant le mode de production, la manière de gagner leur vie, ils changent tous leurs rapports sociaux" écrit Marx dans Misère de la philosophie.

Freud insiste en 1921 dans «  Psychologie des masses et analyse du moi » pour dire qu’il n’y pas de différence entre la psychologie individuelle et la psychologie sociale. Il propose un outil qui nous rend possible une analyse du transfert social aujourd’hui, à condition de retirer les éléments réactionnaires qui encombrent les théories freudiennes.

C’est un outil simple où il y a une verticale et une horizontale. Le transfert entre les membres du groupe social qui se trouvent sur l’axe horizontal est une fonction de la verticale. Cette verticale relie tous les membres du groupe en un point unique. Freud parlera ainsi sur cet axe vertical du rôle du point unique, du meneur, de celui qui dirige. Il y placera aussi l’Eglise ou l’Armée. Si on enlève ce qui fait tenir la verticale, les éléments sur l’horizontal se délient, l’ensemble du groupe social se défait transitoirement en particules séparées.

J’ai montré (2) que l’axe vertical renvoie à la question des origines, «  d’où vient-on ? » et que l’axe horizontal renvoie à celui des différences entre les membres du groupes. La fonction de celui qui dirige a un effet sur la question qui relie les membres du groupe, la question des différences, différences sociales, différences de races, différences sexuelles etc…et donc sur la question de l’égalité.

Cet outil montre la fonction de déplacement, inhérente au transfert, point que j’ai évoqué précédemment.

J’ai créé à partir de là et de l’expérience de ma pratique, le terme de «  psychanalyse sociale » qu’accompagne celui de «  transfert social » (3). Toute pratique psychanalytique est une pratique sociale, un bébé tout seul n’existe pas indique le psychanalyste Winnicott, un individu est un être social indique Marx, un individu tout seul n’existe pas. Un individu est obligatoirement pris dans un transfert social, qui est à la fois son moteur et son obstacle.

Ce transfert social repose sur ce que rencontre tout être humain dès l’enfance : l’angoisse d’être laissé tomber, la rencontre avec la solitude affective, la confrontation à être un déchet pour un autre et cela se produit pour tout le monde de façon plus ou moins forte, imaginaire ou réelle dans l’enfance. Cela a été décrit par Freud avec l’expérience chez l’enfant d’Hilflogiskeit, l’expérience être un moment sans aide possible, ou encore par le pédiatre psychanalyste britannique Winnicott, avec le terme de breakdown, effondrement. Noam Chomsky parle aussi d’effondrement collectif pour la crise de 1929.

Cette expérience d’effondrement a une solution : un plus qui pousse vers la vie.

C’est cette fonction que savait tenir El Comandante, celle d’un vecteur puissant vers la vie, la vie créative pour les peuples, par l’émancipation sociale.

En cas d’angoisse, qui produit aussi un phénomène transférentiel, la solution doit être simple et concrète, efficace, loin des abstractions abstraites et métaphysiques. En cas de détresse, de sentiment, d’abandon, d’injustice, d’humiliation, de sentiment d’être un déchet, d’être une merde, d’être un sous-homme, il est nécessaire de trouver une solution concrète. Au niveau de son peuple Hugo Chavez a trouvé la solution concrète : la Révolution, la Révolution Bolivarienne, et la pratique qui s’y raccorde. Cela est d’une importance capitale pour le futur de l’humanité.

En effet, l’angoisse sociale peut trouver facilement une autre solution sur l’axe vertical, hiérarchisé : le transfert vers le point unique de l’extrême-droite, le fascisme. La tentation du passage vers l’extrême-droite est forte dans le monde occidental, en Europe notamment. Ce transfert vers l’extrême-droite prend de l’ampleur car le capitalisme devenu barbare, sans limite, induit lui-même l’idée qu’il y a des «  sous-hommes ». Cela est dans l’essence du capitalisme : les travailleurs peuvent très bien altérer leur santé, être mis à la rue, être condamné à la mort du fait même de leurs conditions de travail, sciemment, pour le profit financier et jouisseur de quelques-uns. Ces travailleurs ont eu le tort de ne pas avoir réussi à faire d’eux des «  self made men », des managers... Cela correspond à l’idéologie dominante véhiculée aux Etats-Unis d’Amérique qui forge ainsi la majorité des mentalités. Pour qu’il y ait des «  self made men » capitalistes il faut qu’il y ait des «  under men », des sous-hommes. Historiquement le concept de «  sous-homme » n’est pas né avec le nazisme mais aux Etats-Unis d’Amérique. Il n’est pas étonnant qu’Henry Ford comme nombre de capitalistes américains, nombre de capitalistes allemands, ait soutenu Hitler et donc l’horreur nazie, si bien décrite et annoncée clairement dans Mein Kampf, publié en 1925.

Les grands atouts politiques des leaders capitalistes d’extrême-droite sont de reposer sur des mécanismes psychiques communs à tous et de les manipuler. Ces mécanismes sont actuellement portés par le transfert social induit par la crise du capitalisme : l’exploitation humaine, l’humiliation, la tromperie et l’abus pour faire un profit financier. Ce transfert implique l’idée d’un rabaissement de ce qu’est un être humain pour un autre être humain.

Le transfert social induit par le capitalisme est dans sa dominante poussé vers l’idée qu’il y a des sous-hommes. Cela pourrait devenir l’élément tragique de l’obscurantisme au XXIème siècle. La dominante de la pensée induite par les rapports sociaux capitalistes n’est pas à la solidarité mais à écraser l’autre pour survivre. La diminution importante des droits pour les travailleurs, corollaire du renforcement de l’exploitation de classe, l’absence de garantie sur l’axe vertical donc, l’absence de sécurité, la menace d’effondrement, produit ces effets de désagrégation sur ce qui lie les gens entre eux, sur l’axe horizontal. Ce qui lie les gens entre eux dans la période de civilisation de consommation a produit aussi des mentalités forgées par la valeur dominante : la puissance qui se fonde sur le rabaissement de l’autre. Les manques de civilité, de respect humain dans la vie quotidienne, au travail d’abord mais aussi dans les lieux collectifs, la rue, dans la conduite automobile, etc…sont ainsi à placer dans ce registre, de même que l’augmentation des violences. Le philologue allemand, juif et communiste dans l’Allemagne nazie, Viktor Klemperer, insiste sur l’aliénation induite par le nazisme dans l’imaginaire populaire dès la fin des années 20 en Allemagne. La place du héros, indique-t-il, n’est pas celle de celui qui agit pour élever l’humanité mais celle du pilote de voiture de course. Il y a un glissement note-t-il «  Si le jeune garçon ne choisit pas pour héros les combattants tout en muscles, nus ou portant l’uniforme de la SA (…) alors il s’inspire certainement des pilotes de course. Ces deux types de héros ont en commun un regard figé dans lequel s’expriment la ferme détermination à aller de l’avant et la volonté de conquête. A partir de 1939, la voiture de course est remplacée par le tank, le pilote de course par le pilote de char » (4) Voici, un exemple simple et dramatique de déplacement, de transfert, de transfert social et politique.

Depuis plusieurs décennies, le libéralisme a induit dans les mentalités que ce qui comptait dans une vie était de réussir financièrement, de consommer, de pouvoir jouir des objets de consommation, de devenir propriétaire de biens. Dans l’imaginaire collectif, la puissance se situe là et a engendré la civilisation de consommation capitaliste.

Hugo Chavez représentait dans le concret (ce terme est en toutes circonstances et pour toute analyse très important) un vecteur d’élévation de l’humanité, combattant le rabaissement toujours possible. La puissance voulue par Chavez allait vers cette élévation, celle qui permet au peuple de «  pouvoir faire », de développer ses potentiels, réellement, librement, contrairement à la pratique capitaliste pour qui c’est l’argent qui donne des droits et produit une fausse liberté. Il était inquiet de la mentalité typiquement étasunienne de la société de consommation, de sa mondialisation par la propagande créée, soit dit en passant, par le sinistre Edouard Bernays, neveu de Sigmund Freud, qui utilisa la théorie psychanalytique à cet escient.

Hugo Chavez savait démonter tous ces mécanismes qui font dictature, réelle, concrète, sur les peuples.

Le transfert, psychanalytique ou social, peut être un des outils pour expliquer des phénomènes sociaux si, et seulement si, ce transfert est analysé avec Marx qui met en évidence la duperie capitaliste dans ce qui constitue le transfert social. Placé sur l’axe vertical dans le transfert venu du peuple, Hugo Chavez pouvait faire circuler la question de la vérité de façon authentique et la relier aux solutions concrètes pour résoudre les situations parfois complexes et qui concernaient toujours les questions de ségrégation.

Pourquoi parler de ségrégation ? Avec la crise de la dette, la puissance à gagner de l’argent ou consommer dans sa vie quotidienne est atteinte ou menacée : il faut donc trouver ceux qui trompent, qui abusent et qui menacent la puissance du groupe social. Les immigrés dans tous les pays d’Europe deviennent ainsi les éléments visibles d’une menace dont la cause réelle est présentée comme invisible, celle du capitalisme financier. Après avoir frauduleusement rendu visible ce qui paraît invisible, peut se mettre en place la solution de l’élimination ou de l’apartheid. La violence et la guerre deviennent des habitudes inéluctables, rendues coutumières, naturelles à l’humain.

C’est là que réside le danger : le soutien, via le transfert social issu de la crise du capitalisme, d’une majorité de citoyens à une politique ségrégative et violente issue de la question de l’origine des personnes discriminées (origine nationale, origine raciale), axe vertical, croisée à celle des différences notamment sociales, civiques, religieuses, axe horizontal.

C’est pour mettre en valeur toute la portée transférentielle du travail politique fait par Hugo Chavez que j’ai insisté sur ce qui se passe dans les mentalités en Europe avec la crise, et comment il peut nous aider. Il était très sensible à la dévalorisation de l’humain produite par la «  civilisation » de consommation et la «  civilisation » de la duperie capitaliste. Il luttait contre toutes les formes de ségrégation.

Cela me parait important car c’est ici que peut se produire le passage vers la répétition de l’horreur nazie, sans doute sous une forme différente dit-on souvent, et encore l’évolution du nazisme en Grèce ne semble guère différente de l’original, en témoigne le salut nazi du joueur de football de l’AEK Athènes, Giorgios Katidis, effectué le 16 mars dernier pour célébrer devant les spectateurs la victoire de son équipe. En témoignent également, dans ce premier pays européen cobaye de la dictature capitaliste, les violences meurtrières envers les étrangers venus des «  pays inférieurs, pauvres », les menaces de mort contre certains journalistes, contre des communistes, les nouvelles formes d’embrigadement éducatif des enfants et aussi des actions de «  solidarité » concrète destinées à certaines victimes ciblées de la crise.

Le psychanalyste français Jacques Lacan, contre la doxa et le sentiment progressiste de l’époque, prédisait au tout début des années 70, le retour des religions et du racisme. Il nous a avertis le 9 octobre 1967, jour funeste de l’assassinat du Che Guevara, lors de sa conférence concernant la garantie psychanalytique : «  le nazisme n’a eu que la valeur d’un réactif précurseur d’un monde organisé sur toutes les formes de ségrégation »

Le philosophe marxiste Georges Politzer nous a également avertis sur la nature de la propagande nazie. Il démontre la déformation des faits qui viserait à faire penser que Hitler s’attaquerait à l’or du capitalisme dans «  une lutte pour la hiérarchie des valeurs » Il montre le lien évident entre nazisme et capitalisme : comment cette lutte pour la hiérarchie des valeurs recouvre la lutte pour le partage du monde, comment la propagande nazie a pour paradigme fondateur le discours de la publicité commerciale capitaliste.

Cela est confirmé d’une autre manière par Joachim Fest, le biographe d’Hitler, pour qui le nazisme a provoqué une cassure puis un renversement des valeurs dans le peuple. Il serait fautif de prendre le nazisme comme un phénomène à part, sans lien avec le capitalisme et donc la démocratie libérale. Ce renversement des valeurs provoqué avant 1933 est l’effet même du rapport social produit par le capitalisme et cela s’est poursuivi et aggravé après la chute du IIIème Reich. Beaucoup de scientifiques nazis migreront aux Etats-Unis et seront protégés, beaucoup de nazis seront protégés en Amérique Latine. En Allemagne Fédérale, l’Allemagne de l’Ouest dominée par les Etats-Unis d’Amérique, Kurt Kiesinger, membre actif du parti Nazi depuis 1933, directeur-adjoint de la propagande du Reich vers l’étranger, surnommé le «  Goebbels de l’étranger », faisant lien entre Ribbentrop et Goebbels, haut fonctionnaire du régime nazi sera Chancelier de la République Fédérale d’Allemagne de 1966 à 1969 ! Cela se fera dans une relative tranquillité, mis à part la gifle faite en public par Beate Klarsfeld le 7 novembre 1968 et qui le dénonce alors comme nazi. Dans les années 60 dans ce même pays il sera parlé des points positifs du nazisme, notamment de ses autoroutes légendaires, écrit Joachim Fest dans sa biographie d’Albert Speer, le bourgeois libéral humaniste, architecte, proche de la nature, une sorte de Bobo avant l’heure en somme, séduit par Hitler au point de devenir son Ministre de l’Armement.

Il n’y a pas à être surpris de la destruction du peuple grec actuellement en cours, elle s’inscrit dans une politique bâtie sur le renversement des valeurs produit par le nazisme.

Les Etats-Unis nous ont donné tous les signes de la poursuite de l’horreur envers la catégorie humaine des sous-hommes dès Hiroshima et Nagasaki, puis le napalm au Viêt-Nam. La liste est longue et complétée par les exactions colonialistes occidentales en Algérie ou ailleurs.

Cela est dans la stricte continuité de la culture capitaliste de «  sous-homme ». Les hommes, femmes, enfants, Afghans, Irakiens, Libyens, Syriens, tués par l’action des puissances occidentales ou de leurs alliés, ne sont-ils pas des «  sous-hommes », simples dommages collatéraux d’une course vers le but final qui est la sécurité du profit capitaliste ? Les hommes, femmes, enfants de Gaza sont-ils considérés autrement ?

Pouvoir faire fonctionner concrètement d’autres valeurs humaines est donc d’une importance primordiale dans ce recul de civilisation que nous connaissons. C’est ce à quoi s’employait Hugo Chavez. Il a réussi à renverser les valeurs du capitalisme vers une élévation de l’humanité et du transfert social dans son pays et à le faire partager. C’est sans doute ce renversement des valeurs de la dictature du capital financier qui lui vaudra cette diffamation en Occident d’être considéré comme un dictateur !

Il s’agit d’un renversement révolutionnaire des valeurs humaines dans le concret, effet de la Révolution Bolivarienne qui a beaucoup à nous apprendre.

Pour reprendre la question posée par Lénine dans le rapport entre la Révolution et l’Etat, il est clair qu’il y a une avancée essentielle produite par Hugo Chavez, et il n’y a rien d’étonnant à ce que le nom de Lénine ait aussi été évoqué après sa mort. Cette avancée concerne sa première élection en 1999 et sa volonté sur l’axe du transfert vertical de créer une innovation : convoquer une Assemblée constituante pour que le peuple puisse écrire une nouvelle constitution. Ainsi que l’évoque Raquel Garrido, «  c’était une révolution profonde dans la pensée démocratique elle-même » (5), «  un processus qui permet d’impliquer les gens dans la vie politique » (6) Il y aurait à développer cette idée amorcée dans la même interview «  En réalité, la tenue d’un référendum pour demander si le peuple veut changer de Constitution par le moyen d’une constituante, est forcément juridiquement valable, dans la mesure où la Constitution pose le principe que la souveraineté réside dans le peuple. Mais pour les néo-libéraux, Chavez élu président, a été coupable d’avoir sapé la base de son propre pouvoir légal en se faisant un coup d’Etat à lui-même : ils l’ont donc dépeint en dictateur » (7)

Cela modifie totalement le schéma donné par Freud en 1921 qui décrit un type de transfert dans son fond fasciste et raciste entre les masses et le meneur, entre les masses et l’Etat, entre l’horizontal et le vertical. Cela est aux antipodes du schéma dominant de la «  démocratie » libérale dans le rapport entre les politiques et le peuple comme en témoigne ce propos datant de quelques mois en Croatie tenu par un candidat à des élections «  Votez pour moi ! Pour vous cela ne changera rien. Mais pour moi…beaucoup ! »

Avec Hugo Chavez il s’agit de construire une garantie qui fait un trou dans le système oligarchique financier : enlever le pouvoir aux riches, partager dans la collectivité.

L’étude transférentielle concernant le rôle et la fonction du Président Chavez serait à compléter dans beaucoup de registres, notamment sur la fonction révolutionnaire de sa dialectique transférentielle avec le Peuple, les masses, le rapport à la production et son utilisation.

Il s’agit d’un transfert historique entre El Comandante, qui est ici le nom d’une fonction au service d’une orientation décisive vers une civilisation de l’émancipation humaine, et les peuples qui sont confrontés à la menace de la barbarie.

Je terminerai sur un point : le transfert international. Face au danger d’amplification des guerres internationales en cours, face au recul de civilisation actuel, l’importance d’un transfert international de solidarité et de combat parmi les peuples, pour l’émancipation et la transformation des rapports sociaux, des transferts sociaux, est fondamentale. Il est important pour les peuples en lutte de savoir qu’il y a des semblables qui en font autant et ont des succès, que le socialisme du XXIème siècle, formule d’Hugo Chavez, avance dans certains endroits du monde et notamment en Amérique latine, sous différentes formes. L’appel à construire une cinquième internationale, formulé par El Comandante en 2009, était dans ce registre, essentielle pour combattre l’Impérialisme afin d’atteindre «  l’ultime et la plus grande ambition révolutionnaire, qui est de voir l’homme libéré de son aliénation » (8).

Hasta siempre Comandante !

Hervé Hubert

(1) Entretien avec Raquel GARRIDO par Clément Sénéchal, le 8 mars, Ragemag, Paris

(2) H.HUBERT-KLEIN, «  Transfert pictural et drame de peindre » in Art, Psychoanalysis and Revolution, Londres janvier 2011

(3) H.HUBERT, Ateliers Psychanalyse et ségrégation, «  Ce que Marx apporte à la pratique psychanalytique » 2011-2013, Paris, Elan Retrouvé.

(4) V. KLEMPERER, LTI, la langue du IIIème Reich, Albin Michel, 1996, p. 27

(5) Raquel GARRIDO, opus cité

(6) idem

(7) idem

(8) GUEVARA Ernesto, Discursos y escritos, La Habana, Editorial de ciencias sociales, 1977


URL de cet article 19951
  

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