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L’imposture écologique (1)

Retrouver la question essentielle

Les écologistes, Sarkozy avant eux, nous font croire que la préoccupation écologique est la question centrale de notre temps, comme de notre futur ; qu’elle est plus que majeure, essentielle, parce que transversale. « Urbi et orbi ». C’est-à-dire, finalement, qu’on la retrouve partout et qu’elle conditionne tout. Bref, qu’elle est « incontournable ».

Ce n’est pas exact. Il y a une question qui est encore plus essentielle et incontournable, qu’il ne faudrait pas cacher derrière la préoccupation écologique : c’est la question de la domination de toutes les activités humaines, et de la planète toute entière elle-même, par la finance débridée et mondialisée.

De toutes les activités humaines (l’argent étant « le nerf de la guerre »), y compris l’activité, les activités dans lesquelles l’homme entretient des rapports avec la nature son environnement, la planète…

C’est, précisément, cette domination sur toutes les activités humaines, donc sur les activités de production, donc sur les rapports sociaux et, répétons-le, sur les rapports que l’homme entretient avec son environnement, qui font de la question de la domination de la finance la seule et vraie question essentielle.

Est-ce un hasard si c’est Sarkozy qui, en tant que président, au tout début de son quinquennat, a créé le poste et nommé un ministre d’État, ministre de l’Écologie, du développement et de l’aménagement durables, en la personne d’Alain Juppé (qui sera ensuite remplacé à ce même poste, le 18 juin 2007 par Jean-Louis Borloo) ?

Est-ce vraiment un hasard si c’est ce même Sarkozy qui a convoqué le « Grenelle de l’Environnement », en septembre et décembre 2007 (sous la conduite de Jean-Louis Borloo) ; « Grenelle » qui a débouché sur le trop fameux D.D. ?

La mise en place d’un système, son fonctionnement

Les lois des États et leurs frontières offrent des « interstices » que les nouveaux rois de l’économie connaissent et utilisent pour délocaliser leurs profits, colossaux » dans les paradis fiscaux. (montages financiers complexes, optimisation fiscale « légale », domiciliation des bénéfices, dispositif de blanchiment…).

En termes feutrés, on appelle cela « l’évitement fiscal ». « Évitement » pratiqué par Amazon, Google, Apple, Général Electric, Microsoft, Pfizer, IBM, Fedex, Mac Donald’s et tant d’autres géants encore de l’industrie de la banque, dont l’actualité apporte régulièrement -hélas- des exemples (2).

Écoutons Jean Ziegler, vice-président du comité consultatif du conseil des droits de l’homme des Nations unies décrire le « système » dans toute sa froideur, dans toute son horreur :

« Les États nationaux sont surdéterminés par les oligarchies du capital financier globalisé. En 2015, selon la Banque mondiale, les 500 plus grandes sociétés transcontinentales privées, tous secteurs confondus, contrôlaient 52,8 % du produit mondial brut. Ces sociétés transfrontalières fonctionnent selon le principe de la maximalisation des profits. Nestlé, le plus grand trust alimentaire du monde, n’a pas pour vocation de combattre la faim, mais d’augmenter les dividendes de ses actionnaires. Nous sommes confrontés à une dictature mondiale du capital financier. » Nestlé, mais aussi Monsanto (cf. : Cash investigation : Produits chimiques : nos enfants en danger, Fr2, 02/02/2016), mais aussi tous les plus grands affameurs et empoisonneurs de la planète...

Et encore : « La souveraineté des États s’est érodée ; ils ont perdu leur capacité normative. Un nouveau pouvoir est apparu, infiniment plus puissant que n’importe quel État au monde : c’est l’oligarchie financière, détentrice du capital financier, qui vide de leur substance la souveraineté des États ». (Interview au journal l’Humanité vend 7/sam 8/dim 9 octobre 2016).

Importance du phénomène

Les sommes en jeu, les sommes ainsi soustraites au fisc, s’élèvent, selon les estimations, à 32 mille milliards de dollars… 32 mille milliards de dollars placés dans les paradis fiscaux ; soit 10 à 15 % du patrimoine financier mondial que le fisc ne voit jamais !

Soit un pillage colossal, un véritable vol organisé des caisses des États, de l’argent des peuples !

Au niveau des caisses des États du monde, ce sont 2 600 milliards d’euros qui sont détournés chaque année !… Au niveau de l’Union européenne, 1 000 milliards d’euros et au niveau de la France, 60 à 80 milliards d’euros que le fisc ne voit jamais ! 60 à 80 milliards d’euros par an de recettes fiscales qui s’évaporent dans les trous noirs de la finance. Pour mémoire, le budget de la France d’élève à 373 milliards et le déficit à 73 milliards.

D’autres chiffres ?

La moitié des richesses du monde est détenue par 1 % de la population ; les 85 personnes les plus riches de la planète possèdent autant que les 3,5 milliards de terriens les plus pauvres…

Conséquences de ce système

Ces fabuleux profits qui échappent à la taxation des États réduisent leurs ressources et mettent en cause leur capacité à assurer leurs charges : infrastructures, organisation du modèle social. Ces soustractions, gigantesques, mettent à mal la redistribution aux salariés (santé, éducation, retraites). La crise que connaissent nos pays aujourd’hui ne vient pas tant du fait que nous dépensons trop, mais plutôt de la défaillance de nos systèmes fiscaux qui laisse partir de trop grosses et trop précieuses recettes !

Face à ces difficultés, les États augmentent sans fin les impôts (pendant que les très grandes sociétés cachent leur argent, les citoyens ordinaires continuent à payer leurs taxes et impôts et galèrent pour assurer les fins de mois), accroissant les inégalités de revenus et appauvrissant les classes moyennes.

Pire, ils rivalisent dans l’attribution de nouveaux cadeaux fiscaux (Irlande) pour attirer des investisseurs et espérer d’hypothétiques nouveaux emplois (3).

Finalement, l’État providence fait place à l’État concurrence.

L’État se « dissipe » dans cette logique de cadeaux et de paradis fiscaux.

Avec cette « dissipation », avec la destruction du pacte fiscal (4), c’est encore – et plus grave – le fondement de la démocratie qui est attaqué. C’est le contrat social instituant le peuple souverain qui est détruit. L’impéritie des États suscite la défiance et favorise, attise, la montée des extrêmes.

Alors ?

Pour nous délivrer de tous les maux qui assaillent la planète et mettent aussi en danger nos démocraties (voir ci-dessus), il ne faut pas se tromper de combat et chercher à agir sur les causes, plutôt que sur les conséquences !

Comme nous y invite Jean Ziegler, c’est la dictature mondiale du capital financier (qui pèse sur toutes les activités humaines) qu’il faut briser !

À quand une COP.21 pour briser le système offshore, le projet des gens les plus riches et les plus puissants du monde ?
C’est le sens de l’appel que lancent le député communiste Alain Bocquet et son frère le sénateur communiste Eric Bocquet :

« Comme parlementaires, comme citoyens, nous proposons une C.O.P., une conférence des parties, sur l’harmonisation et la justice fiscales, à l’image de celle qui s’est tenue pour le climat à Paris en décembre 2015. La première édition fondatrice, pourrait être organisée dans un des pays les plus pauvres de notre planète : le Burundi... »

Déjà, Nicolas Hulot souscrit à cette proposition :

« L’idée d’une C.O.P. fiscale, oui, c’est une extraordinaire idée si on arrive à aller au-delà des codes diplomatiques. Si les chefs d’État oubliaient un peu leurs conseillers et prenaient directement en main les dossiers, avec courage, alors oui, le monde pourrait changer, basculer du bon côté... »

Et le président du CCFD-Terre solidaire :

« Un des combats du CCFD est d’aider les pouvoirs politiques à reprendre la main car ils l’ont de moins en moins. Ils se voient imposer des décisions. Dans les pays en voie de développement, c’est évident, sans réel camouflage. Chez nous, c’est plus masqué. … La finance est bien au-delà du réchauffement. La proposition d’une COP fiscale me paraît tout à fait intéressante. »
Ce dossier sera-t-il ouvert à l’occasion de la campagne des élections présidentielles ?


(1) Au-delà de ce titre racoleur et sans doute quelque peu excessif, ce qui est visé en réalité ici c’est la COP 21 et l’oxymore du D.D. (Développement durable) ; soit l’alpha et l’oméga de la plupart des discours écologiques d’aujourd’hui, dans leur prétention à occuper seuls et exclusivement- le devant de la scène, en occultant, en taisant la question des flux financiers qui « assèchent » les économies et étranglent la démocratie.
« Si le climat était une banque, les gouvernements des pays riches l’auraient déjà sauvé », Hugo Chavez à la conférence sur le climat, Copenhague, 18 décembre 2009.
La spéculation sur les aliments de base, la destruction de centaines de millions de tonnes de maïs et de blé pour produire des agro-carburants, le dumping agricole de l’Union européenne sur les marchés africains ; ces phénomènes de prédation n’ont-ils tous, pas comme dénominateur commun, la recherche du profit et la spéculation, pour alimenter la « pompe à phynance » ?

(2) Let’s make money : film-documentaire du réalisateur autrichien Erwin Wagenhofer ; le premier film à suivre le système financier mondial et à démonter/dénoncer les bases du système libéral avec ses conséquences humaines, démographiques et écologiques.

Les documentaires diffusés sur Arte (toujours disponibles auprès de la boutique de cette chaîne) : « Goldman Sachs, la banque américaine qui dirige le monde » (de Jérôme Fritel et Marc Roche) et « Noire Finance – la grande pompe à phynance » (de Jean-Michel Meurice ).

« Le prix à payer : film-documentaire du réalisateur canadien Harold Crooks, sorti en 2015, consacré à décrire l’évasion fiscale pratiquée à grande échelle par les géants de la nouvelle économie et à dénoncer ses conséquences.

L’émission « Cash investigation » diffusée sur Fr.2 le 05/04/2016 et consacrée aux « Paradis fiscaux : le casse du siècle ».

Le dossier sur « Les voyous de l’évasion fiscale » dans L’Humanité Dimanche n° 530, 6-19 octobre 2016.

Le livre d’Alain et Éric Bocquet qui vient de paraître aux éditions du Cherche midi : Sans domicile fisc.

(3) Combien d’emplois détruits dans la course aux profits ? Combien d’emplois créés ?
« L’installation des sièges sociaux de Kodak et Polaroïd à Rochester (EU) a entraîné des centaines de milliers d’emplois. Puis Kodak et Polaroïd ont fait faillite. La photo, maintenant, c’est Instagram. Soit… 13 employés. Çà, c’est vendu 1 milliard de dollars à Facebook, société géante que contrôle… une seule personne. Les réseaux numériques servent à créer des concentrations de richesses extrêmes dans un système de marché qui n’en est plus un. »
Jaron Lanier, chercheur informaticien chez Microsoft.

(4) Ne l’oublions pas ! Le corollaire de la démocratie, ce sont les mêmes impôts pour tous !
Cf., ci-dessous, les articles 23 et 14 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Or, répétons-le, avec le mécanisme de l’argent offshore/dématérialisé, qui circule dans les paradis fiscaux à l’abri de toute intervention de l’État, les revenus du capital échappent à tout impôt.

Art. 13. -
Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.

Art. 14. -
Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée.

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