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L’irrésistible déclin d’Emmanuel Macron

"Le roi est nu", lit-on dans bien des articles sur Macron et la crise des Gilets Jaunes ; on pourrait plutôt dire : "Le roi est creux". Comment cette bulle a-t-elle pu gonfler au point de devenir un président de la République ? Comment a-t-on pu exalter son "charisme", prendre au sérieux ses prétentions jupitériennes ? Début novembre encore, alors que les GJ préparaient leur Acte I, des journalistes de France Info s’extasiaient sur "l’itinérance mémorielle" : quelle culture ! où va-t-il chercher ces mots savants ? Ces appréciations ne pouvaient convaincre que d’une chose : l’insondable ignorance des media boys : ne connaissaient-ils donc pas les cirques itinérants ? Quelqu’un a-t-il osé faire le jeu de mots qui s’imposait sur le Cirque itinérant Macron ?

Mais qui a vraiment vu en Macron, même pendant ses 16 premiers mois, un leader charismatique ? Pendant la période pré-Gilets Jaunes, le pays était muet, les médias dévidaient leurs dithyrambes unanimes sans se soucier de ce qu’il pensait : le job des media boys, ce n’est pas de faire entendre la voix du peuple, c’est de lui dire ce qu’il doit penser, ou plutôt de paralyser sa pensée dans les mailles serrées du bombardement médiatique, et de couvrir sa voix.

Dans cette période nauséeuse, on n’hésitait même pas à utiliser le" roman d’amour" présidentiel dans le cadre d’une narration hagiographique, et la liaison entre la prof de lettres de 40 ans, animatrice d’un atelier de théâtre, et son élève de 16 ans était seulement la preuve que le jeune Emmanuel avait une vocation de grand communicant et que les cours de Brigitte Trogneux lui ont permis de révéler son fameux charisme.

Cet épisode pouvait pourtant susciter bien d’autres réflexions.

D’abord, Brigitte Trogneux enseignait dans un lycée privé jésuite d’Amiens, La Providence (au nom prophétique : la Providence ne lui a pas marchandé ses dons !) ; notre président de la République laïque a donc fait ses études dans des établissements catho.

Puis, le roman Brigitte/Emmanuel a des airs de déjà vu : il avait été curieusement anticipé par le roman Gabrielle (Russier)/Christian : elle aussi était professeur de français, lui aussi était en seconde, il y avait aussi entre eux une nette différence d’âge (mais, ici, 15 ans seulement au lieu de 24, et, loin d’être une cougar, Gabrielle avait l’air aussi jeune que son élève). Mais le dénouement de l’histoire diffère : Gabrielle a été condamnée pour détournement de mineur et emprisonnée, et elle s’est suicidée. Brigitte a épousé son élève et est devenue "first lady" (en toute illégalité, puisque ce statut n’existe pas dans la République Française).

Mais c’est une autre association d’idées qui s’impose à moi : le leader qui prend des cours de théâtre me rappelle la scène de La résistible ascension d’Arturo Ui, de Brecht, où Ui (= Hitler), à la veille de sa fulgurante ascension, fait venir dans son hôtel un vieil acteur. Dans la version du Berliner Ensemble, de 1995, avec la mise en scène géniale de Heiner Müller, elle est inoubliable : elle réunit deux monstres de la scène allemande : l’un, Bernhard Minetti, incarne 60 ans ans d’histoire théâtrale, l’autre, Martin Wuttke, est un acteur prodigieux qu’on voit, au cours de la scène, se transformer en Hitler grâce à quelques trucs rudimentaires indiqués par un cabotin ringard : ce sont les trucs les plus classiques et les plus simples qui marchent le mieux ! L’acteur apprend à Ui à marcher, à rester debout, à se tenir assis, et lui donne finalement des cours d’élocution.

Comment ne pas penser à cette scène en voyant la prestation surréaliste de Macron lors de son discours du 10 décembre ? On a pu lire divers décryptages de la gestuelle de Macron,de Fabien Olicard notamment, qui y voit un remarquable travail de comédien, avec une étude de l’expression (ou plutôt du manque d’expression) et du maintien au millimètre près. Ajoutons-y le commentaire du vieux comédien : "La position assise, c’est presque la plus difficile, monsieur Ui. Il ya des gens qui savent marcher, il y a des gens qui savent tenir debout, mais où en trouve-t-on qui sachent rester assis ? Prenez un fauteuil, monsieur Ui, avec des accoudoirs. Et maintenant, ne vous accoudez pas. Les mains sur les cuisses, parallèles au ventre".

On croit revoir Macron, les mains sur le bureau, parallèles au torse, et qui, ayant tellement travaillé sa prestation, pensait recevoir du public au moins les appréciations que Ui reçoit de son professeur : "Pas mal. Sans effort et en même temps plein de puissance contenue".

Las ! les vieux trucs ne marchent plus, maintenant que des voix authentiques se superposent à celles des médias. Au fil de l’entrevue, les mains jupitériennes, après être sagement restées posées à plat, s’incurvent et deviennent des griffes qui s’agrippent, faisant penser au Maître Corbeau des Frères Jacques, dans leur version de la fable, en 1966. Et on adapte facilement les vers de La Fontaine à notre contexte :

Maître Macron, sur son bureau perché,
Tenait en son bec un fromage (un beau fromage : la France).
Maître Gilet Jaune, qui ne s’en laisse conter ni par son plumage, ni par son ramage,
essaie de lui faire lâcher sa proie...

Le dénouement de la fable d’aujourd’hui n’est pas encore écrit ; espérons que sa morale sera telle (morale).

Rosa Llorens

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John Swinton, célèbre journaliste, le 25 septembre 1880, lors d’un banquet à New York quand on lui propose de porter un toast à la liberté de la presse

(Cité dans : Labor’s Untold Story, de Richard O. Boyer and Herbert M. Morais, NY, 1955/1979.)

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