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L’Ukraine et la paix. Si ce n’est pas maintenant, quand ?

Marxismo Oggi est une revue en ligne qui a vu le jour ces dernières années, dans la continuité de la revue papier qui avait cessé d'être publiée plusieurs années auparavant. Il s'agit de l'un des sites qui tentent encore de poursuivre la pensée marxiste en Italie, en se concentrant sur l'aspect philosophique, l'aspect historique et le commentaire des principaux événements nationaux et internationaux.

Il est surprenant et révoltant à la fois de constater l’obstination avec laquelle le groupe dirigeant ukrainien, créé à la table des négociations, encouragé et dirigé par l’OTAN et les États-Unis, refuse de reconnaître l’échec de ses contre-offensives vantées et incite le peuple ukrainien à résister jusqu’au bout, comme si l’ennemi se trouvait aux portes de Kiev.

Il ne s’agit pas de conquérir Kiev, perspective jamais envisagée par Poutine et l’état-major russe, mais de négocier en jetant les bases d’une paix juste qui évite de nouvelles souffrances inutiles aux belligérants, et surtout au peuple ukrainien. Dans cette perspective, l’épuisement de la chair à canon à jeter dans la balance du massacre est décisif, tandis que le nombre de transfuges et d’objecteurs de conscience augmente, surtout du côté ukrainien de l’abattoir. À moins donc que la folie belliciste de l’OTAN n’aille jusqu’à l’envoi massif de troupes de combat, en plus de celles déjà sur le terrain déguisées en mercenaires, la fin de la guerre apparaît comme la seule option viable.

Il semble d’ailleurs d’entendre que les mêmes états-majors politiques et militaires de l’Alliance occidentale - et donc des États-Unis en particulier - sont traversés par un débat intense sur la question, comme en témoignent les sorties, loin d’être occasionnelles, de certains de ses principaux représentants. Biden lui-même, qui s’apprête à relever un défi très difficile avec Trump ou un autre candidat républicain, devrait savoir qu’arriver aux élections présidentielles américaines d’octobre 2024 avec la guerre en cours et une situation vraisemblablement pire que la situation actuelle pour Kiev et l’OTAN, pourrait s’avérer fatal pour les maigres chances de succès qui lui restent.

Dans un cadre qui reste marqué par le nullisme décourageant des gouvernements européens, qui continuent à raviver la guerre par l’envoi d’armes au milieu du mécontentement croissant de leurs propres populations, le seul espoir d’une négociation menant à la paix est aujourd’hui représenté par l’engagement lucide et cohérent du gouvernement chinois d’une part, et par le travail inlassable du pape François d’autre part, tandis que se multiplient les candidatures, parfois improbables, comme celles de l’Arabie saoudite et de la Turquie, au rôle de médiateurs.

Les points fondamentaux restent doncles dix énoncés à l’époque par le gouvernement chinois. Dans ce cadre de principe, il convient de placer les questions concrètes dont la non-résolution a provoqué l’apparition du conflit et qui constitueront des sources permanentes de discorde, empêchant l’instauration d’une paix juste. Il s’agit essentiellement des deux questions suivantes.

1. La souveraineté de l’Ukraine et son rôle de pont entre l’Est et l’Ouest, qui exclut l’adhésion du pays à l’OTAN, sous toute forme et avec tout territoire. En effet, la perspective d’une Ukraine, même réduite, membre de l’OTAN, perpétuerait ad infinitum l’existence de la pomme de discorde, créant une situation conflictuelle permanente destinée à déboucher tôt ou tard sur un affrontement généralisé.

2. Le sort des territoires contestés (Crimée, Donbass) devant être décidé en fonction du vote librement exprimé par les populations respectives. Le contexte historique favorise des solutions différenciées, privilégiant l’intégration de la Crimée à la Russie et la recherche de formes d’autonomie internationalement garanties pour le Donbass, élaborant une sorte d’hypothèse de Minsk 3, bien que cinq cent mille morts et une dévastation sans précédent plus tard.

Il faut savoir que ces solutions étaient réalisables depuis longtemps et qu’elles ont été sciemment sabotées par les États-Unis et l’OTAN, qui ont manœuvré leurs marionnettes locales pour les faire échouer. L’échec et la guerre qui s’en est suivie ont permis aux acteurs internationaux susmentionnés de récolter des bénéfices considérables, en obtenant des avantages indéniables dans leurs relations avec une Europe de plus en plus soumise, ainsi que du point de vue des profits obtenus par des lobbies décisifs tels que les lobbies de l’armement et de l’énergie. Mais dans le même temps, les acteurs en question connaissent un isolement croissant au niveau international, résultant en grande partie de facteurs préexistants au conflit, mais que le conflit lui-même a sans doute contribué à accélérer.

La classe dirigeante étasunienne, quelle que soit sa composition dans un avenir proche, devra faire face aux faits incontestables de la situation sur le terrain et aux faits tout aussi évidents de l’évolution rapide du cadre international. Etant donné l’inexistence de l’Europe en tant qu’acteur politique international de quelque importance, le destin de la paix mondiale est plus que jamais entre les mains de la Maison Blanche. À moins d’une révolte souhaitable des peuples européens, victimes prédestinées, avec le peuple ukrainien, de cette boucherie absurde et criminelle.

* Fabio Marcelli est directeur de recherche à l’Institut d’études juridiques internationales du CNR

Source

»» https://italienpcf.blogspot.com/2023/08/lukraine-et-la-paix-si-ce-nest-pas.html
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