RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

La colère palestinienne finira par éclater.

Photo : MEE/Shadi Hatim

Il est tentant d’interpréter l’annonce, cette semaine, d’un report à l’année prochaine de la visite du vice-président américain Mike Pence au Moyen-Orient comme le signe que les voyageurs doivent éviter la région pour des raisons de sécurité. En effet l’annonce fait suite à une éruption de troubles provoqués par la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par Donald Trump.

Lors des manifestations de vendredi dernier, les forces d’occupation israéliennes ont tué quatre Palestiniens et en ont blessé plus de 250.

En réalité, les responsables américains ne sont pas inquiets pour la sécurité de Pence. En fait, la crainte d’un troisième soulèvement palestinien en réponse à la déclaration de Trump sur Jérusalem est sans doute prématurée.

Après des décennies de partialité américaine flagrante envers Israël, Trump n’a fait que confirmer aux Palestiniens ce qu’ils savaient déjà. Certains ont même admis à contrecœur qu’au moins il était franc. Ils espèrent que sa décision mettra fin aux affirmations étasuniennes selon lesquelles les Etats-Unis seraient un « honnête intermédiaire » dans l’interminable « processus de paix » qui a, en fait, tout bonnement fait gagner du temps à Israël.

La colère des Palestiniens contre Israël et les États-Unis est un fusible qui met du temps à sauter. Elle explosera quand ils le décideront, pas quand Trump le voudra.

Le report de la visite du vice-président par Washington reflète plutôt l’instabilité de la nouvelle situation diplomatique dont la Maison-Blanche est responsable.

La visite de Pence avait pour but de faciliter la mise en place du plan de paix promis par Trump depuis longtemps et de prendre en considération la détresse des chrétiens au Moyen-Orient. Il vient de se prendre une fin de non-recevoir en travers de la figure sur les deux questions. Les responsables palestiniens et les dirigeants chrétiens en Palestine et en Égypte ont décidé de boycotter sa visite.

Au lieu d’annuler la visite de Pence ou d’exploiter le relatif calme actuel, et probablement transitoire, pour essayer de colmater les dégâts, l’administration Trump, telle un taureau enragé, a décidé de faire plus de casse.

Comme Pence ne pourra pas rencontrer les responsables palestiniens, son emploi du temps sera entièrement consacré à Israël. Suite à un précédent diplomatique établi par son patron en mai, Pence se rendra au Mur des Lamentations qui se trouve dans la vieille ville occupée de Jérusalem, juste en-dessous de l’Esplanade de la mosquée Al Aqsa.

Sa visite a malgré tout été qualifiée d’« officielle », et non de privée. Et elle aura une portée symbolique dramatique du fait de la désignation de Jérusalem comme capitale d’Israël par Trump.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, et en contradiction avec la promesse que Washington ne déterminerait pas les frontières d’une Jérusalem divisée avant la fin des pourparlers de paix, un haut fonctionnaire américain dont on ne connait pas le nom a donné à la visite de Pence un tour encore plus troublant. Il a fait remarquer qu’il n’y avait pas de scénario étasunien qui ne prévoyait pas que le mur occidental finisse entre les mains d’Israël.

Le changement de politique des États-Unis sur Jérusalem a porté un coup violent aux trois principaux piliers qui soutiennent la cause de l’État palestinien : l’Autorité palestinienne, l’Union européenne et les États arabes.

Le plus grand perdant est le président palestinien Mahmoud Abbas. Washington l’a dépouillé de ses vêtements d’empereur : il dirige maintenant un gouvernement palestinien en puissance qui n’aura probablement jamais d’État, viable ou pas.

Les États arabes, qui étaient censés être la clé de la stratégie « extérieure » si vantée, en créant un cadre régional pour la paix, ont été privés de la question qui leur tient le plus à cœur : Jérusalem.

L’Égypte s’est ruée à l’aide d’Abbas ce week-end en rédigeant une Résolution du Conseil de sécurité de l’ONU pour annuler le changement de statut de Jérusalem. Mais l’inévitable veto américain a rendu cette tentative inutile.

Et il est devenu clair que l’Europe, qui avait jusqu’ici endossé le rôle du « bon flic » face aux brutes étasuniennes, était en réalité la complice de son partenaire sans foi ni loi.

L’Europe se retrouve dans une impasse à cause de sa rhétorique sur le processus de paix. Elle a longtemps crié au loup, en alertant sur le fait qu’une solution à deux États ne serait bientôt plus possible, et que l’Occupation qui ne devait être que temporaire se transformerait en un apartheid permanent.

Maintenant que le cœur du futur État palestinien a été dévoré publiquement par le loup, que vont faire l’Europe et Abbas ?

Ils feront probablement comme si rien n’avait changé - ne serait-ce que par crainte de ce qui pourrait combler le vide si le processus de paix apparaissait à tous comme la mascarade qu’il est.

Mais c’est précisément l’illusion d’un processus de paix qui a maintenu les Palestiniens enchaînés. Le faux espoir d’un État ne profite pas aux Palestiniens ; il préserve un calme qui sert les intérêts d’Israël.

C’est pourquoi, la semaine dernière, la Maison-Blanche a accusé Abbas de refuser le dialogue. Mais seul un imbécile s’entête à faire appel aux bons sentiments d’une canaille sourde.

Il faut maintenant que l’AP, les Etats arabes et l’Europe entérinent la nouvelle réalité et mènent une politique indépendante des Etats-Unis.

Certains dirigeants palestiniens, comme Hanan Ashrawi, l‘ont déjà compris. La décision de Trump ouvre une nouvelle ère, a-t-elle dit la semaine dernière. « Il n’y a pas de retour en arrière. »

Les stratégies et les objectifs palestiniens doivent être réévalués. Néanmoins, les pressions en faveur d’un retour au business de la « paix » seront intenses.

Les Palestiniens ordinaires de Jérusalem pourraient être les premiers à montrer la nouvelle direction de la lutte, une lutte qui prenne en compte le fait que l’État palestinien est mort et enterré.

Ces dernières années, de plus en plus de personnes se sont mises à demander la citoyenneté israélienne, comme le leur permet la loi israélienne. Israël a fait toutes sortes de contorsions pour ne pas honorer son engagement, alors même qu’il appelle Jérusalem sa « capitale unifiée ».

Il faut que les Palestiniens couvrent de honte Israël, les États-Unis et le monde qui les regarde, en adoptant les armes qui permettent de lutter contre l’apartheid, à savoir la résistance non-violente et la désobéissance civile, pour obtenir des droits égaux dans un seul État.

En ce moment, la rage palestinienne gronde sous la surface. Mais elle finira par éclater, et on prendra alors malheureusement toute la mesure des conséquences de la décision de Trump.

Jonathan COOK

Jonathan Cook a obtenu le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Il est le seul correspondant étranger en poste permanent en Israël (Nazareth depuis 2001). Ses derniers livres sont : « Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East » (Pluto Press) et « Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair » (Zed Books). Consultez son site personnel.

Traduction : Dominique Muselet

»» http://chroniquepalestine.com/colere-palestinienne-finira-eclater/
URL de cet article 32724
  

Même Thème
Derrière les fronts : chroniques d’une psychiatre psychothérapeute palestinienne sous occupation
Samah JABR
EN LIBRAIRIE LE 22 MARS 2018 En coordination avec la sortie en salle du documentaire d’Alexandra Dols – Derrière les fronts : résistances et résiliences en Palestine – nous vous proposons en coédition avec Hybrid Pulse le premier livre de la psychiatre et écrivaine Palestinienne Samah Jabr. Le livre ne sera pas disponible en librairie pour le moment mais seulement sur notre site ou par demande par courrier à PMN Éditions. « Nous voulons une vie décente, pas n’importe quelle vie. Notre action pour (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Ce qui nous fait avancer, ce sont nos sources. Ce sont des gens, sans doute, qui sont à l’intérieur de ces organisations, qui veulent du changement. Ce sont à la fois des figures héroïques qui prennent des risques bien plus grands que moi et qui poussent et montrent qu’ils veulent du changement d’une manière, en fait, extrêmement efficace.

Julian Assange - Wikileaks

Reporters Sans Frontières, la liberté de la presse et mon hamster à moi.
Sur le site du magazine états-unien The Nation on trouve l’information suivante : Le 27 juillet 2004, lors de la convention du Parti Démocrate qui se tenait à Boston, les trois principales chaînes de télévision hertziennes des Etats-Unis - ABC, NBC et CBS - n’ont diffusé AUCUNE information sur le déroulement de la convention ce jour-là . Pas une image, pas un seul commentaire sur un événement politique majeur à quelques mois des élections présidentielles aux Etats-Unis. Pour la première fois de (...)
23 
Appel de Paris pour Julian Assange
Julian Assange est un journaliste australien en prison. En prison pour avoir rempli sa mission de journaliste. Julian Assange a fondé WikiLeaks en 2006 pour permettre à des lanceurs d’alerte de faire fuiter des documents d’intérêt public. C’est ainsi qu’en 2010, grâce à la lanceuse d’alerte Chelsea Manning, WikiLeaks a fait œuvre de journalisme, notamment en fournissant des preuves de crimes de guerre commis par l’armée américaine en Irak et en Afghanistan. Les médias du monde entier ont utilisé ces (...)
17 
Médias et Information : il est temps de tourner la page.
« La réalité est ce que nous prenons pour être vrai. Ce que nous prenons pour être vrai est ce que nous croyons. Ce que nous croyons est fondé sur nos perceptions. Ce que nous percevons dépend de ce que nous recherchons. Ce que nous recherchons dépend de ce que nous pensons. Ce que nous pensons dépend de ce que nous percevons. Ce que nous percevons détermine ce que nous croyons. Ce que nous croyons détermine ce que nous prenons pour être vrai. Ce que nous prenons pour être vrai est notre réalité. » (...)
55 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.