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La "crise", 1914, Sivens, la botte au service des intérêts : Rex, Mensonges et Vidéo

Depuis quelques temps nos oreilles sont à nouveau connectées aux bruits de bottes de l’impérialisme français, principalement en France-Afrique. Parallèlement, dans la métropole, nous constatons une brutale répression contre de réelles contestations politiques. L’année 2014 aura montré que dans notre pays la dictature « démocratique », ou l’oligarchie au pouvoir, sachant faire fonctionner la machine de l’alternance façon « une fois c’est toi, une fois c’est moi », continue son travail obstiné : gérer « la » crise systémique du capitalisme. Crise cyclique qui a débuté en 2007 aux Etats-Unis puis partout et qui a envahi la planète finance, vrai centre de décision du capitalisme contemporain.

Pour mener à bien le « redressement » du pays, il s’est agi d’appliquer les vieilles recettes de l’Etat en les saupoudrant d’une touche de « modernité ». Premièrement en imposant des purges sévères aux gens dans le but de renflouer le trésor, et, second point : « dépenser moins », comprendre : moins au niveau des dépenses sociales. Caisses publiques vidées et serrage de ceinture pour la majorité des gens, oui mais pour qui en réalité ? Pour ceux tout d’abord qui s’estimaient spoliés et que les gouvernements écoutent en premier : les banques, les organismes financiers etc… N’est-ce pas pourtant ces dernières qui, outre-Atlantique, avaient conçu et vendu des prêts se présentant comme très simples mais qui en réalité étaient fort complexes ? Si complexes qu’ils provoquèrent ce que le jargon économique – langue répétitive diffusée dans les médias - appelle des « bulles ». Métaphore intéressante que cette bulle qui, à l’identique de la grenouille sortie du génie de La Fontaine, a eu un comportement plus que déraisonnable : « envieuse, s’étend, et s’enfle… ». On connaît la suite de la fable : la grenouille-bulle finit par en « crever ». Mais si ces bulles financières, immobilières ou plus largement spéculatives, ont fini par crever, ce n’est pas le cas du capitalisme, véritable acteur économique et « politique » [1] qui engendre les désastres sociaux et environnementaux que nous connaissons. Les Etats occidentaux ayant donc décidé unilatéralement d’aider et banques et entreprises qui, avec la bourse aux traders surentraînés, sont les trois piliers du Capital aujourd’hui. Ces apprenti-sorciers du crédit reconstituent ainsi et à nouveau de nouvelles bulles en attendant la nouvelle crise. Pourtant dans le même temps les rémunérations des patrons du CAC 40, et de quelques privés, n’ont jamais étaient aussi hautes, à l’image des retraites-chapeaux. Sûrs de ne pas être sanctionnées, ces banques, fausses effarouchées mais vraies utilisatrices de paradis fiscaux, ont crié aux loups : il fallait se refaire pour reconstituer les profits perdus des emprunts toxiques. Tout ceci pour le « bien » de l’économie (capitaliste). Qui d’autres pouvaient payer sinon les contribuables du monde entier ? Puisque c’est le travail qui crée la richesse (et non l’inverse, comme le crie périodiquement le Medef). Tout l’art de la rhétorique politico-médiatique a consisté à faire passer ces pilules indigestes aux peuples. Un peu comme pour ces guerres que l’impérialisme provoque à périodes régulières pour « résoudre » les contradictions intrinsèques à ce système. Faisons une courte parenthèse à ce sujet.

Il n’y a pas que les guerres du présent où le pouvoir agit, il y a aussi les guerres du passé qui constituent un réservoir idéologique rangé sous le concept de « mémoire ». Nous en avons eu un exemple édifiant avec la « célébration » du centenaire de la guerre de 1914. Les médias et les éditeurs ont répondu à cet appel plus qu’il ne fallait. On a pu constater malheureusement que la mémoire de cette guerre est devenue un commerce comme un autre. De même les radios et les télévisions ont joué des coudes pour diffuser des reportages, qui s’ils ont une valeur documentaire, n’ont rien dit d’essentiel sur l’absurdité totale de cette « grande » guerre. Plaindre les pauvres poilus qui ont vraiment beaucoup souffert : la belle affaire ! La Monnaie de Paris, il fallait s’y attendre, y est allée de sa médaille. N’y a-t-il pas un aspect dégradant dans ce sens des affaires pour ces soldats et ces civils tués au « champ d’honneur » ? Célébration qui s’est terminée avec son summum à Notre-Dame-de-Lorette, dans cet ancien champ de ruine que fut le Pas-de-Calais, devenu aujourd’hui nécropole du souvenir. « Mémoire » mais de quoi ? De cette Grande Boucherie intra-européenne où les absurdes tranchées sont devenues le symbole de la vie socialisée de l’humanité en ce début de XXème siècle ? La Grande Guerre que cette même bourgeoisie politique semble considérer – maintenant seulement - comme catastrophique ? Cette première guerre moderne ne visait en fait qu’un but : à travers des relents de nationalismes insensés, l’impérialisme voulait éliminer le plus possible de gens du peuple parce que cette main d’œuvre, notamment ouvrière, devenait un peu encombrante et deuxièmement parce que politiquement cette classe ouvrière devenait un peu trop remuante. Bien sûr il y avait aussi le partage des colonies que les « élites » européennes avaient décidé de redistribuer en lançant les peuples les uns contre les autres, y compris les peuples des pays colonisés servant eux aussi de chair à canon. Célébration donc sur les lieux d’un Mémorial international qui sous prétexte du centenaire d’une déclaration de guerre – commémoration qui n’avait pas à être célébrée au regard de son atrocité -, a permis à ce que le chef d’Etat français tente de justifier ses guerres actuelles : économique parce qu’antisociale et néocoloniale du fait de son implication dans des conflits internationaux (le Mali, l’Ukraine…). En fait l’Union Sacrée de 1914 continue. Au nom d’un parti qui se réclamerait toujours de Jaurès (le « socialisme », le parti « socialiste ») ! Et alors que le vrai centenaire, qui espérons-le sera plus digne, celui de l’Armistice de 1918 et de la paix, est dans quatre ans seulement. Mais parait-il Hollande voulait « sa » commémoration. Ce qui nous ramène, après ce détour, à la situation française de ces dernières semaines.

Concernant les manœuvres de crise des gouvernements néo-libéraux les peuples, pour l’instant, sont assez tranquilles. Mais ils n’en pensent pas moins et le font savoir. Pas simplement pour des revendications légitimes clamées sur les trottoirs des pays occidentaux. Car hors du monde de la marchandise alignée, d’autres peuples - enjeu beaucoup plus politique - se sont levés contre leurs oligarques, souvent à la solde des Etats riches et de leurs multinationales. Tout se tient dans ce monde organisé « librement ». Les nombreux chômeurs, les pauvres, avec de larges pans des classes moyennes, occupés par leurs difficultés quotidiennes, manifestent donc contre ces Etats se disant sans le sou. Mais qui sont en fait surarmés et mènent les interventions extérieures que nous connaissons et qui elles coûtent très cher. Ces guerres impériales visent à des accaparements de territoires, comme en Palestine - le plus emblématique des combats - ou organisent le pillage des ressources naturelles dont ont besoin « les marchés ». Néanmoins ces combats contre l’impérialiste ne font pas l’unanimité. Il faut admettre que les populations des pays riches ne manifestent pas de front contre les actions impériales de leurs pays, à part une minorité de militants anti-impérialistes et quelques Etats, comme Cuba. Il est vrai que ces populations participent elles-mêmes à la redistribution, certes minimale, des profits transnationaux. En effet qu’il s’agisse de l’énergie ou des ressources exotiques, qui se soucie réellement du fait que l’essence que je mets dans ma voiture est le résultat d’une guerre, en Libye par exemple, ou que le café que je consomme sans modération provoque l’exploitation des ouvriers agricoles d’Afrique ? La société de consommation à travers les marchés capitalistes fédère les populations des pays riches. Le reste : les élections, l’opposition, la démocratie, « la gauche », la contestation sont des opinions individuelles ou collectives produites par le système qui durera tant qu’il ne sera pas remis en cause. La domination impériale et son mode économique façonne le monde et les sociétés de son temps. Presque toutes les classes, notamment dominantes, sont intéressées à ce que ce système perdure. Grâce notamment à ces Etats « démocratiques » qui gèrent et administrent, les différentes classes sociales.

On ne fera pas un cours de marxisme basique – c’est le Prolétariat qui est une nouveauté politique -, ou de léninisme élémentaire – l’impérialisme est le stade suprême du capitalisme – et pourtant… Ce qui paraît ici comme une évidence est rarement repris, encore moins dénoncé officiellement par les représentants de « la » gauche. Le gouvernement actuel, « socialiste », se réclame sans frémir de cette position idéologique dite de gauche : cette ancienne tradition française qui a trouvé ses repères au sein de l’Assemblée nationale, où il semble que seule la topologie intervienne. Et qui n’existerait que pour faire sens. Ou plutôt semblant. Car où est le peuple structuré politiquement par lui-même dans ces institutions ? Où est le Prolétariat, même minoritaire, à l’Assemblée ? Où est ce groupe anti-impérialiste au sein du Parlement qui viendrait gripper les aventures néocoloniales de l’Etat-nation entièrement dévolu au Capital ? A l’inverse, ne voit-on pas que les places sont entièrement occupées par des partis politiques qui, au sein des deux hémicycles adhèrent tous à l’économie de marché. Ce qui certes n’est pas une exclusivité occidentale. Les émirats ou quelques Royaumes participent au même processus, comme la Russie depuis la chute de l’URSS, et la Chine, de façon plus opaque, qui adhère tout autant à ce système. Seul reste dans nos pays, comme dans ces deux nations anciennement communistes – d’un type communiste ancien -, un pourcentage d’ouvriers et de militants conscients des enjeux politiques mondiaux. Ceux-ci n’ont que leurs écrits et la rue pour s’exprimer politiquement. C’est eux qui se dressent contre la politique impériale mondiale. Si ces luttes, au corps à corps, sont localisées, elles n’en ont pas moins un aspect universel.

Dans notre pays ce sont classiquement pour des raisons de type syndical, ou actuellement de type écologique provoquant des contestations, qui indiqueraient que la France est toujours la France (révolutionnaire ?).

Depuis le début de cette année 2014 certaines manifestations dans notre pays ont été soit interdites, soit réprimées avec une violence qui, si elle n’est pas nouvelle, ressurgit subitement. Rappelons que la manifestation anticoloniale de février dernier à Paris, place de la République, avait été interdite sans explication plausible. Elle était pourtant tout sauf violente.

En juillet dernier les manifestations de soutien à Gaza, ont été interdites, au moins pour trois d’entre elles. Avec à la clé, exemple disproportionné de répression, quatre ans de prison ferme pour certains manifestants incendiaires de poubelles. On mesure le cynisme de ce système, et de sa justice, si l’on fait la comparaison avec les milliards d’euros qui chaque année sont détournés ou blanchis. Les délinquants en col blanc continuent leurs transactions sans être véritablement inquiétés. Pour finir par se ranger, tranquilles, au Luxembourg, en Belgique ou dans quelques paradis fiscaux plus ensoleillés. Qui vole un bœuf dans ce monde ne craint rien, pourvu qu’il ne vole surtout pas un œuf ! Il est évident, s’il fallait le démontrer encore, que le pouvoir de l’argent gouverne les gouvernants. Ceux-ci étant plus que jamais et selon l’une des maximes remarquables de Marx : « les fondés de pouvoir du Capital ».

A travers l’exemple des dernières manifestations françaises, celle des opposants au barrage de Sivens est la plus emblématique. Car un fait nouveau est apparu, un fait grave qui est à inscrire au tableau de chasse de l’Etat « républicain », déjà bien fourni. Une victime, très jeune, est venue assombrir la lutte des opposants à ce projet « démocratiquement voté à une forte majorité » a dit le pouvoir local. Qui a ajouté – idiotie assumée - qu’il fallait vraiment être bête pour mourir pour des idées ! On voit ici l’abyme qui sépare ces notables d’une certaine avant-garde politique qui n’a pas peur de proclamer qu’elle se bat elle pour « des idées ». Outre qu’ils insultent le poète, ces petits barons ne mesurent pas leurs paroles. Là est le problème du moment : le mépris de ces « élites » envers ceux qui s’opposent et qui souvent savent mieux de quoi il retourne, par exemple dans ce projet de barrage. Au surplus qui représente qui dans ce vote « démocratique » ? Ce manifestant, scientifique et écologiste, avait-il été consulté ? Il s’inscrit désormais à l’actif de la répression féroce de l’Etat français. L’ancien ministre de l’intérieur, promu Premier Ministre, et le nouveau, qui a vite pris ses marques, sont toujours en place. Cette « bavure » ne semblait exister que dans la tête des « extrémistes ». Dans un premier temps le gouvernement l’a traitée comme s’il s’agissait d’une lubie de leurs parts. Et toujours aucune démission à l’horizon. Après la divulgation des bandes magnétiques et vidéo de cette guerre de terrain, le ton a un peu changé : les armes offensives, à l’avenir, devraient être interdites. Constatons que, comme pour les fraudeurs de haut vol – y compris d’anciens ministres, de parlementaires ou d’anciens présidents… - les sanctions seront homéopathiques. Quant à la responsabilité pénale, elle n’existe pas ou si peu : « responsable mais pas coupable » dit la doxa socialiste depuis l’ère mitterrandienne.

En plus de n’avoir réagi que tardivement, deux jours entiers, à la mort du jeune manifestant, qui n’était pas un « casseur », le gouvernement a reçu l’aide indirecte du Front National qui en a profité pour demander la dissolution des groupes d’extrême gauche ! Rien de moins. Vieille ficelle qui montre bien la collusion entre l’Etat capitaliste de droite et de gauche et la « droite extrême ». En voudrait-on une preuve supplémentaire que l’on regarderait du côté des déclarations routinières du Premier ministre, au congrès de la CFDT : « La CFDT s’est rendu à l’évidence : accepter l’économie de marché et considérer le monde tel qu’il est. Pas par résignation mais pour peser sur lui et le changer » (Le Monde du 7 novembre). Comment changer quelque chose qui vous est supérieur et que l’on accepte de servir en pleine conscience ? La présidente du FN maintenant : « Nous ne remettons pas en cause l’économie de marché, ni les bienfaits de la concurrence… » (Le Monde du 7 novembre : Quand Marine Le Pen braconne à gauche, Abel Mestre). On voit la collusion qui existe en France, du syndicalisme réformiste au FN, en passant par le PS, ils sont d’accord sur l’essentiel : hors du capitalisme point de salut. Faire par ailleurs la promotion d’une des aberrations de ce système (« la concurrence ») est un autre aveu car c’est justement « la concurrence » démentielle des entreprises nationales et internationales qui provoquent chômage et exploitation des hommes en détruisant, de surcroit, la planète. Voilà qui caractérise la relation finalement assez proche entre le FN et ce PS qui depuis trente ans jouent au chat et à la souris, mais dans la même cour. Et qui est (sera) le chat ?

Dans l’affaire du barrage de Sivens, le gouvernement a tenté de récupérer cette mort pour les bons soins de sa communication. En affirmant que les vrais coupables étaient dans le camp des manifestants ! Et que c’était « indigne », dixit Manuel Valls, qui visitant un commissariat dans la dernière semaine de novembre 2014, a renchéri dans la propagande gouvernementale en affirmant que « les français aimaient leurs gendarmes »… Il suffit de parler le premier. Comme en plus on dispose de tous les moyens de communication pour le faire pourquoi se priver. Trivialement, on dira que c’est l’hôpital qui se fout de la charité. Le ministère de l’intérieur n’est pas « le ministère de l’émotion » (Le Monde du 5 novembre) a cru bon d’ajouter l’actuel chef de la place Beauvau. On avait remarqué.

On a également vu la position de tel intellectuel de droite venu soudain au secours du gouvernement de « gauche ». Ecrivain qui en son temps avait approuvé la guerre en Irak, celle de W. Bush en 2003 (avec certains de ces autres amis médiatiques comme André Glucksmann, Bernard Kouchner et Romain Goupil). On a nommé Pascal Bruckner, rangé avec bon sens dans la catégorie des « nouveaux philosophes », mais qui comme a pu le dire Alain Badiou, ne sont « ni nouveaux, ni philosophes ». Mais vrais serviteurs idéologiques de l’Etat policier et interventionniste. Ce défenseur occasionnel s’est ainsi distingué une fois encore en s’opposant à « la rue », en fustigeant la manifestation contre le barrage… Bruckner qui n’en rate jamais une quand il s’agit d’affirmer ses élans politiques naturels… (La tyrannie des idéologues verts s’oppose à la légitimité démocratique », Le Monde du 5 novembre 2014).

Pour mener à bien la tâche, peu enviable, du sauvetage systémique du Capital, le pouvoir socialiste sait employer les moyens. Des moyens classiques mais peinturlurés des teintures éditoriales fin de séries. La mort du jeune écologiste, qui était convaincu de l’enjeu primordial d’une agriculture raisonnable dans le cadre d’idées raisonnées, s’ajoute ainsi à la liste déjà longue des opposants tués par les gros bras de la police d’Etat depuis au moins juin 1968 (trois morts). Jusqu’à Malik Oussekine dégommé en 1986 par les « voltigeurs », autres « républicains » (C « R »S). On n’oubliera pas davantage l’assassinat de Pierre Overney (militant communiste maoïste) tué par un membre d’une milice patronale il y a quarante-deux ans. Et la suite plus proche : le meurtre de Clément Méric par un groupe d’extrême droite.

Posons-nous alors la question : jusqu’à quand le camp du peuple, des progressistes et des révolutionnaires, va-t-il encore tolérer cette violente répression d’Etat ? Comme ces attaques d’extrême droite ? Ce gouvernement continue son travail de sape : certaines manifestations exprimant la colère comme l’indignation, au regard de la mort de Rémi Fraisse, ont été interdites : celle de la place de la Bataille de Stalingrad - à Paris le 2 novembre 2014 - avec renfort de bombes lacrymogènes et de brutalités policières ; puis celles des lycées, une trentaine - le 6 novembre à Paris ; puis celle de Toulouse, de Rennes et de Nantes – le week-end du 8/9 novembre – ; et la semaine suivante, avec encore des lycéens plus que jamais remontés. Celle encore du week-end du 22 novembre à Toulouse à nouveau. Tout ceci montrent que la jeunesse et les indignés ne se laissent pas manœuvrer, ni par la propagande étatique ni par le blabla médiatique. Et c’est tant mieux !

Car en matière d’écologie que fait ce gouvernement qui couvre les décisions « démocratiques » d’élus d’un conseil général qui n’a nullement demandé l’avis des habitants de la région pour installer un barrage à Sivens. Mais qui vise avant tout à satisfaire quarante planteurs de maïs. Plante très gourmande en eau : une fois pour le maïs lui-même et une seconde fois du fait que ce maïs sera destiné à engraisser des « vaches à viande », très consommatrice d’eau également. La ministre de « l’écologie » (c’est le nom de son ministère ?) va réformer tout ceci … Comme pour l’écotaxe ?

Rémi Fraisse, militant écologiste de longue lignée, a été abattu par les forces d’un ordre qui savait très bien ce qu’il faisait. Des consignes de « fermeté » avaient été données. Mais forces tout autant du désordre : on sait que c’est pour les intérêts de cette minorité d’agriculteurs céréaliers - caste déjà amplement bénéficiaire des subventions de la superbe Europe - soutenus en outre par de puissants lobbies productivistes (la FNSEA). Forces du désordre encore car certains agents de l’Etat, déguisés en manifestants, ont jeté de l’huile sur le feu dans cette guérilla à ciel ouvert. Qui sont les « casseurs » au final ? Ceux qui, en colère, n’ont que leurs cris et quelques projectiles ? Ou ces projets productivistes privés soutenus par les notables élus locaux. Aidés s’il le faut par ces flics qui, sur ordre, se sont travestis en manifestants pour envenimer une atmosphère déjà électrique ?

On ne peut justifier l’injustifiable, à savoir l’utilisation d’armes dangereuses - de guerre ? –, comme les grenades offensives. Comme d’ailleurs les flash-balls qui ont déjà fait une trentaine de quasi-aveugles ces dernières années ! Contre des militants à mains nues qui proclament leur droit à l’opposition et à la manifestation. Nous sommes au centre des combats du peuple en France, et des peuples du monde qui luttent contre les intérêts privés, voire « publics », qui détruisent le patrimoine commun au service de tous, aux seuls fins de s’enrichir.

Qu’est ce pouvoir avec ses élus « socialistes » nationaux ou locaux qui veulent, souvent par pure vanité productiviste, ici un aéroport « indispensable » à Notre-Dame des Landes, flattant l’ego de l’ancien Premier ministre, projet dont nous savons qu’il saccagera la nature environnante ; ou là cette autre aberration avec la « ferme » des Mille vaches, véritable usine à viande et à souffrance (il faudra revenir sur le sort fait par ce productivisme capitaliste aux animaux devenus à la fois objets de consommation et nouveaux esclaves, traités sans aucuns égards pour de simples raisons de rentabilité).

Produire pour produire, bêtement si l’on peut dire, pour faire quoi ? Alors que la majorité des humains sont dans la pauvreté, notamment à causes des marchés mondiaux du profit qui font la loi. Un monde nouveau est bien à inventer. L’ancien, le nôtre, est saturé de tant d’amateurisme choisi parce que les lobbies ne veulent pas remettre en cause leurs privilèges. Au-delà des quelques constats que l’on vient de voir et qui sont à dépasser, l’avènement de ce monde nouveau tout à fait possible, n’est pas seulement souhaitable : il est devenu impératif.

Synthétisons notre propos.

A travers notamment une illustration inspirée du titre d’un des premiers longs métrages de Steven Soderbergh, cinéaste inspiré, qui, outre son Che (2008) en deux volets : L’Argentin et Guerilla, avait tourné auparavant : Kafka (1991). Puis cet autre film dénonçant les atteintes à l’environnement aux Etats-Unis de la part d’une multinationale : Erin Brockovich (seule contre tous, 2000). Le film dont nous faisons allusion, Palme d’Or à Cannes en 1990, s’intitulait : Sexe, mensonges et vidéo. Le thème de l’impuissance sexuelle - métaphorique d’autres impuissances ? - peut s’appliquer ici puisqu’elle décrit des politiques contestatrices contre la violence de pouvoirs quasi monarchiques. Et montre l’impossibilité d’inventer un mode de production qui serait à la fois sain pour tous les habitants d’un pays et respectueux du bien-être de toutes les espèces vivantes. Un système politique qui serait enfin égalitaire et véritablement démocratique. Notre illustration, s’inspirant du titre un peu détourné de ce film, résume assez bien l’impuissance de ce pouvoir se réclamant de la démocratie mais pratiquant une inégalité de fait assumée. La politique vraie doit revenir aux peuples qui travaillent et font fonctionner le monde. Cette politique ne peut être celle des politiciens qui dirigent sans partage un système à bout de souffle et cherchent des boucs émissaires pour parer à leurs maux, comme tout système autocrate. Cette « politique » n’est plus de mise et nous fait penser en effet à celle de l’Ancien Régime, d’où ce titre : Rex, mensonges et vidéo.

REX - Nous vivons sous les affres d’Etats qui ne « pensent » que dans le cadre du capitalisme et de sa calamiteuse gestion du monde. Dans la société française, c’est la Cinquième République, « coup d’Etat permanent » avait écrit ceux qui se trouvent au pouvoir de nos jours. Manœuvrée par ceux qui la dénonçaient hier, cette république organise la distribution des places. La place périodiquement peut revenir à l’opposition de droite, qui n’est que la complémentaire des premiers. De là que Droite-UMP et Gauche-PS, instances d’Etat installés, se voient concurrencées par une nouvelle famille - la 201ème ? – qui a inventé une extrême droite familiale, non plurielle et tout aussi autocratique. Tout ceci au nom du « peuple », dénomination que le cadre institutionnel a définie, peuple à qui on demande régulièrement à peu près ce que l’on veut, notamment lors des élections, le match étant joué d’avance.

On aura compris que nous sommes sous la coupe d’une monarchie présidentielle constitutionnalisée. Sous cape elle regarde vers ceux qui sont garant de son Ordre. Au cas où une situation révolutionnaire ferait irruption dans le but de la renverser.

MENSONGES - Le mensonge, dans ce monde, est général. Il gouverne. De là les tombereaux de semblants qui alourdissent les discours « politiques ». Discours qui sont autant d’enclumes à digérer. Les gens, qui s’en doutent, se demandent en quoi ils sont encore « citoyens », qualificatif que la propagande entretient avec talent. Sans doute pensent-ils qu’ils sont devenus de simples numéros, à qui l’on demande régulièrement, selon une des interjections de Mai 68 : « Vote et tais-toi ! ».

Il y a beau temps que le mensonge a phagocyté les institutions « républicaines » et leurs relais médiatiques. Cela a été d’autant plus facile que le peuple est totalement absent des institutions et de leurs contrôles.

VIDEO - La vidéo, vieil avatar de la propagande, elle s’est installée « tous les soirs à 20 h ». Télévisions, chaînes privées ou de gouvernement, multiples canaux disent la même chose et le même programme : la voix de son Maître. Innombrables radios, presses à foison, rachetées et concentrées par les grands groupes, à la fois vitrine commerciale et substituts de l’information « démocratique », s’épanchent. Internet, déjà sous la coupe des plus hautes et secrètes autorités impériales, jette son voile sur la blogosphère.

La vidéo, cet ancêtre des médias dominants du jour, filme toujours et filmera les futurs manifestants. Comme elles enregistrent le son de ceux qui sur leurs ordinateurs sont déjà « surveillés et… » - bientôt ? - « punis » (Michel Foucault).

Jean-Luc LAURENT

[1Sur la différence entre « la » politique (des peuples, en acte) et « le » politique (le pouvoir, l’Etat) on se reportera à : Peut-on penser la politique ?, Alain Badiou, Seuil, 1985.


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