Quantcast
RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

18 

La farce de la "solution à deux Etats"

Vendue à l’étalage des épiceries occidentales depuis 1993, la “solution à deux Etats” est un produit frelaté, une escroquerie notoire. La capitulation de l’OLP a offert à l’occupant, comme sur un plateau, l’opportunité inespérée d’accélérer la colonisation. Le désarmement unilatéral de la résistance a livré la Palestine en pâture aux appétits sionistes. Catastrophe politique, le processus d’Oslo a corrompu l’élite palestinienne et plongé ce mouvement national de libération, qui faisait jadis la fierté du monde arabe, dans les affres de la division.

Avec la complicité des dirigeants du Fatah, la colonisation sioniste a pulvérisé Jérusalem-Est et la Cisjordanie, tuant dans l’œuf la possibilité concrète d’un Etat palestinien. Comment peut-on bâtir un Etat viable sur les fragments épars d’un territoire rabougri ? Truffée de colonies, la Palestine a été laminée par le rouleau compresseur de l’occupation, rayée de la carte par la conquête sioniste. La Palestine d’Oslo n’est même pas un embryon d’Etat. C’est un mensonge auquel se cramponne une Autorité palestinienne moribonde et discréditée.

C’est la faute des “extrémistes des deux camps”, dit-on parfois. Mais depuis quand le colonialisme est-il empreint de modération ? Et où a-t-on vu un peuple colonisé s’en remettre à la générosité du colonisateur pour obtenir justice ? Un artifice commode consiste à renvoyer dos-à-dos l’occupant et l’occupé, comme si une responsabilité partagée pesait sur leurs épaules. Il permet à la conscience occidentale de s’en tirer à bon compte en affirmant que tout est de la faute du Hamas et de Nétanyahou.

La réalité du conflit dépasse de loin, pourtant, ces deux protagonistes. Le sionisme n’est pas un nationalisme ordinaire, c’est une entreprise d’éradication. L’idée que deux Etats puissent coexister sur le territoire de la Palestine historique n’a aucun sens. Colonialistes lucides, les sionistes le savent bien. Icône du “processus de paix”, le premier ministre Itzhak Rabin déclara devant la Knesset, en 1995, qu’il n’était pas question de créer un Etat palestinien, pas même un embryon d’Etat, ni maintenant, ni demain.

Bien entendu, on peut faire l’autruche et rêver d’un sionisme imaginaire, mais le sionisme réellement existant a peu d’appétence pour le partage territorial avec des autochtones récalcitrants. Ce qu’il veut, c’est toute la Palestine, “une Palestine juive comme l’Angleterre est anglaise”, comme disait le président de l’Organisation sioniste mondiale Haïm Weizmann en 1919. La spoliation territoriale, l’appropriation coloniale de la Palestine n’est pas un accident du sionisme, c’est son essence même.

Les Palestiniens le savent aussi, et ils n’ont pas attendu le fiasco du prétendu “processus de paix” pour s’en rendre compte. En septembre 1993, un “Front du refus” est né du rejet immédiat des accords d’Oslo. Réunis dans le camp de Yarmouk, en Syrie, dix mouvements palestiniens forment “l’Alliance des forces palestiniennes”. Organisations pro-syriennes, islamistes ou marxistes, elles dénoncent le marché de dupes du “processus de paix” et condamnent la politique du courant majoritaire de l’OLP. Ce qu’elles veulent, c’est la fin du sionisme et un Etat unique en Palestine.

Cette opposition à Oslo a été systématiquement occultée, notamment par les associations occidentales de soutien à la Palestine, généralement alignées sur la stratégie collaborationniste du courant majoritaire du Fatah. Cette coalition des forces d’opposition était pourtant beaucoup plus représentative de l’opinion que les futurs dirigeants de l’Autorité nationale palestinienne. Et aux élections du 25 janvier 2006, les résultats électoraux du Hamas (42,6%) et du FPLP (4,1%), clairement opposés au “processus de paix”, dépassaient largement ceux du Fatah (39,6%).

Si l’on tient compte de l’opposition tout aussi catégorique des organisations basées en Syrie et au Liban, et dont les sympathisants ne pouvaient prendre part au scrutin, il est évident que les Palestiniens étaient majoritairement hostiles à ce qu’ils percevaient avec lucidité comme une véritable supercherie. L’absence de consultation des Palestiniens de la diaspora, en tout cas, a entaché la légitimité d’un processus auquel seuls les dirigeants de l’OLP et une bourgeoisie palestinienne installée dans les territoires avaient de bonnes raisons de trouver quelque intérêt.

Pour le peuple palestinien, en revanche, les accords d’Oslo n’ont porté que des fruits pourris. Ces traités inégaux ont accentué les divisions fratricides au sein du mouvement de libération. Ils ont fourni à l’occupant un moyen de pression permanent sur les Palestiniens, désormais captifs d’institutions de pacotille. Loin de permettre l’émergence de la Palestine, Oslo l’a anesthésiée. Le mieux qu’on puisse souhaiter pour les Palestiniens, c’est qu’ils mettent fin à cette farce, qu’ils rompent toute relation avec l’occupant et reprennent le flambeau du combat pour un Etat unique et démocratique en Palestine.

Bruno Guigue

Mardi 19 décembre 2017

URL de cet article 32718
   
Même Thème
PALESTINE
Noam CHOMSKY, Ilan PAPPE
La question palestinienne est représentative de ce qui ne tourne pas rond dans le monde. Le rôle des États occidentaux et l’accord tacite de diverses institutions en font un cas très particulier de la politique actuelle. Les trois dernières offensives militaires d’envergure menées par Israël contre Gaza, entre 2008 et 2014, ont fait des milliers de morts du côté palestinien et donné lieu à de nouvelles expropriations de terres en Cisjordanie. Ces guerres de conquête israélienne ont ravivé, chez les (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Dans la souffrance, la crise à Haiti offre des opportunités aux Etats-Unis. A part fournir une aide humanitaire immédiate, la réaction des Etats-Unis au séisme tragique à Haiti offre des opportunités pour remodeler le gouvernement d’Haiti depuis lontemps en dysfonctionnement ainsi que son économie afin d’améliorer l’image des Etats-Unis dans la région.

Publié sur le site de Heritage Foundation,
janvier 2010
Quelques jours après le séisme à Haiti.


Médias et Information : il est temps de tourner la page.
« La réalité est ce que nous prenons pour être vrai. Ce que nous prenons pour être vrai est ce que nous croyons. Ce que nous croyons est fondé sur nos perceptions. Ce que nous percevons dépend de ce que nous recherchons. Ce que nous recherchons dépend de ce que nous pensons. Ce que nous pensons dépend de ce que nous percevons. Ce que nous percevons détermine ce que nous croyons. Ce que nous croyons détermine ce que nous prenons pour être vrai. Ce que nous prenons pour être vrai est notre réalité. » (...)
51 
Comment Cuba révèle toute la médiocrité de l’Occident
Il y a des sujets qui sont aux journalistes ce que les récifs sont aux marins : à éviter. Une fois repérés et cartographiés, les routes de l’information les contourneront systématiquement et sans se poser de questions. Et si d’aventure un voyageur imprudent se décidait à entrer dans une de ces zones en ignorant les panneaux avec des têtes de mort, et en revenait indemne, on dira qu’il a simplement eu de la chance ou qu’il est fou - ou les deux à la fois. Pour ce voyageur-là, il n’y aura pas de défilé (...)
39 
Revolucionarios : "On ne nait pas révolutionnaire... on le devient."
Chères lectrices, cher lecteurs du Grand Soir Nous vous proposons à la diffusion un documentaire intitulé « Revolucionarios ». Durée 57 Min – Version VOSTFR. Ce film, le premier d’une série, c’est la révolution cubaine racontée par celles et ceux, souvent anonymes, qui y ont participé d’une manière ou d’une autre. Des témoignages qui permettront de comprendre la réalité de ce que vivait le peuple cubain avant l’insurrection, de découvrir les raisons de cet engagement dans la lutte et de voir comment chacun (...)
20 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.