RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

La Pilarica contre Sant Jordi : deux fêtes nationales, espagnole, catalane, aux styles opposés.

On comprend mal, depuis la France jacobine, les enjeux et le sens de la lutte des Catalans, depuis la fin de la dictature franquiste, pour l’autonomie, pendant trente ans, puis, face au refus de dialogue et à l’hostilité de Madrid, pour l’indépendance. Les différences entre les deux fêtes nationales, qui semblent valider l’image traditionnelle des manuels d’une Espagne "sol y sombra" (ombre et lumière), seront peut-être éclairantes.

Le 12 octobre dernier, les Espagnols, y compris ceux de Catalogne, ont célébré leur Fête Nationale, dite Fête de l’Hispanité, qui coïncide avec la fête de la Vierge de Saragosse, la Pilarica (=notre petite Vierge du Pilier : c’est une statuette juchée sur un gros pilier). Ces deux éléments de la fête méritent d’être approfondis.

La Vierge du Pilier est à la fois la patronne de l’Aragon, de l’Espagne, de l’infanterie, de la Guardia Civil, entre autres ("Dieu ! que j’aime les militaires, les militaires..."). La Fête de l’Hispanité n’a pris ce nom qu’en 1958 ; jusque-là, et depuis 1918 (à la suite de la perte, en 1898, des derniers restes de l’Empire espagnol), elle s’appelait le Jour de la Race, et célébrait le débarquement de Colon en Amérique le jeudi 12 octobre 1492, et exprimait l’orgueil de la race espagnole, face aux races soumises. Sous le nom plus correct de Fête de l’Hispanité, elle n’a guère changé de nature, et est l’occasion d’un défilé militaire, présidé par le Roi, qui met à l’honneur la Légion étrangère avec sa mascotte, une chèvre coiffée du calot légionnaire.

Ce 12 octobre, elle a pris à Barcelone un caractère nettement anti-catalan, prétexte à un déploiement de drapeaux espagnols, qui sont les mêmes que les drapeaux fascistes qui, le 26 janvier 1939, prirent possession d’une Barcelone déserte et terrorisée.

Ces drapeaux espagnols à Barcelone prennent aussi un sens particulier en cette année où, à huit mois des élections municipales, les partis espagnols se disputent le terrain à l’extrême-droite, avec pour principal argument de racolage électoral la guerre contre l’autonomie et la culture catalanes. Sont en lice : le PP (en déclin en Catalogne), Ciudadanos, habituellement présenté comme un parti centriste, et qui se situe en fait à la droite du PP, qu’il a évincé grâce à un discours raciste, anti-immigrés et anti-catalans, plus énergique, (c’est à son invitation qu’a répondu Manuel Valls), et Vox, qui se présente ouvertement comme un parti d’extrême-droite, et qui, né il y a quatre ans, connaît une rapide progression. Est-il besoin d’insister sur l’analogie entre les développements actuels en Espagne et en Catalogne, et la montée du fascisme en Europe dans les années 30, stratégie adoptée par le capitalisme face à la crise économique et ses conséquences sociales ?

Le 23 avril, en Catalogne, c’est le jour de la Sant Jordi (Saint Georges), saint apocryphe mais pittoresque, dont la légende a été dessinée sur le modèle des mythes si riches de Persée et Andromène, ou Eros et Psyché : c’est un chevalier qui libère une princesse menacée par un dragon des mers qui allait la dévorer, ce qui suggère évidemment une jolie histoire d’amour. En Catalogne, Sant Jordi est donc devenu une figure du Prince Charmant, et sa victoire sur le dragon est la victoire du printemps sur l’hiver. C’est pourquoi, le 23 avril, on offre une rose (en particulier à son amoureuse) attachée à des épis de blé par un ruban aux couleurs du drapeau catalan. Ce qu’on célèbre, c’est le triomphe de la vie, sous toute ses formes, y compris la vie de l’esprit : ce jour-là, il y a foule dans les librairies, qui font une réduction de 5%, car, au lieu ou en plus de la rose, la tradition est aussi d’offrir un livre.

Contrairement à la fête espagnole excluante et militariste, la fête catalane est donc ouverte à tous : Catalans, Espagnols, musulmans, tous peuvent s’offrir roses et livres. Pourtant, le Chevalier à la rose semble aujourd’hui bien menacé face au dragon espagnoliste qui crache le feu par tous ses canons.

URL de cet article 33949
  
AGENDA

RIEN A SIGNALER

Le calme règne en ce moment
sur le front du Grand Soir.

Pour créer une agitation
CLIQUEZ-ICI

Même Thème
Du bon usage de la laïcité
sous la direction de Marc Jacquemain et Nadine Rosa-Rosso. Depuis quelques années, une frange de la mouvance laïque, qui se baptise elle-même « laïcité de combat », développe un prosélytisme anti-religieux qui vise essentiellement l’islam et, très accessoirement, les autres religions. Cela nous paraît un très mauvais combat pour la laïcité. Cette logique va-t-en-guerre est d’autant plus malvenue qu’elle se développe dans un contexte marqué, dans le monde, par l’unilatéralisme militaire américain, et, chez (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Le capitalisme mondial commence à ressembler à la fin d’une partie de Monopoly.

Caitlin Johnstone

Appel de Paris pour Julian Assange
Julian Assange est un journaliste australien en prison. En prison pour avoir rempli sa mission de journaliste. Julian Assange a fondé WikiLeaks en 2006 pour permettre à des lanceurs d’alerte de faire fuiter des documents d’intérêt public. C’est ainsi qu’en 2010, grâce à la lanceuse d’alerte Chelsea Manning, WikiLeaks a fait œuvre de journalisme, notamment en fournissant des preuves de crimes de guerre commis par l’armée américaine en Irak et en Afghanistan. Les médias du monde entier ont utilisé ces (...)
17 
Hier, j’ai surpris France Télécom semant des graines de suicide.
Didier Lombard, ex-PDG de FT, a été mis en examen pour harcèlement moral dans l’enquête sur la vague de suicides dans son entreprise. C’est le moment de republier sur le sujet un article du Grand Soir datant de 2009 et toujours d’actualité. Les suicides à France Télécom ne sont pas une mode qui déferle, mais une éclosion de graines empoisonnées, semées depuis des décennies. Dans les années 80/90, j’étais ergonome dans une grande direction de France Télécom délocalisée de Paris à Blagnac, près de Toulouse. (...)
69 
Analyse de la culture du mensonge et de la manipulation "à la Marie-Anne Boutoleau/Ornella Guyet" sur un site alter.
Question : Est-il possible de rédiger un article accusateur qui fait un buzz sur internet en fournissant des "sources" et des "documents" qui, une fois vérifiés, prouvent... le contraire de ce qui est affirmé ? Réponse : Oui, c’est possible. Question : Qui peut tomber dans un tel panneau ? Réponse : tout le monde - vous, par exemple. Question : Qui peut faire ça et comment font-ils ? Réponse : Marie-Anne Boutoleau, Article XI et CQFD, en comptant sur un phénomène connu : "l’inertie des (...)
93 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.