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Toulouse est un village : Chez Luisa, on connaissait Mohamed Merah et ses victimes juives

La république a perdu en route beaucoup de ses enfants

Cet article était à l’origine deux mails privés que leur auteur nous a autorisés à publier par ces mots : « Ce texte est "tombé de moi" mercredi soir [la veille de l’assaut final où Mohamed Merah a été abattu], il ne m’appartient plus, vous pouvez l’utiliser si vous le jugez intéressant ».

Intéressant, il l’est à plusieurs titres : il apporte beaucoup d’humanité à l’évocation d’un drame plein de fureur, de haine et de sang. Il montre, par un exemple concret et saisissant, comment les rapports de deux communautés ne peuvent être réduits à une vision manichéenne imposée par des événements et par leur relation par les médias. Enfin, à l’heure où la presse va nous abreuver de questions, certes importantes mais non primordiales (les policiers ont-ils mal géré l’affaire ?), ce témoignage pointe l’essentiel : comment devient-on terroriste et pourquoi ? Quelle est cette friche où les islamistes forcenés vont recruter, façonner, préparer au meurtre et à la mort des Mohamed Merah ? Et comment leur couper l’herbe sous les pieds, d’emblée.

Merci à Angeline B. pour cet écrit.

Le Grand Soir

Je suis une prof qui a pris la retraite en 1999 après 30 ans à Raymond Naves [Lycée de Toulouse] où j’ai vu disparaître beaucoup de Mohamed et de Ali du circuit scolaire.

En 2000 j’ai décidé de militer au sein de l’association "Vivre mieux" et c’est par elle que j’ai rencontré la famille X [nom masqué par LGS].

Depuis, tous les samedis en période scolaire je vais dans la pièce que j’ai aménagée en salle de classe faire faire les devoirs aux enfants, vérifier les cartables et les carnets de liaison Depuis quelques années je suis aidée par Annie, une collègue catholique pratiquante ; je suis libre penseur, Luisa ne pratique pas sa religion mis à part le Ramadam, le sujet de la religion est souvent abordé et sans équivoque

Ali s’est trouvé en rupture scolaire à 16 ans sans même que nous en soyons conscientes. Il n’acceptait plus mon autorité et les premiers délits n’ont pas tardé. Le père est mort brutalement sous les yeux des enfants (hémorragie interne) la nuit même où à l’hôpital naissait Majid. Aucun enfant n’a vu un psychologue .

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Faisons que, pour lui, il ne soit pas trop tard

Mercredi, je suis allée les voir parce que je savais que je devais parler avec eux ; nous avons partagé beaucoup de choses, bonnes et mauvaises et nous étions heureux de partager cette tristesse.

Ali n’était pas là ...mon objectif maintenant, lui parler !

Tout hier mercredi, en attendant que le tueur se livre à la Police, j’avais mal à ma famille de protégés.

Le tueur est des Isards [quartier populaire de Toulouse], où vivent Luisa et ses 8 enfants (tous FRANCAIS).

Il a 23 ans, Ali a 20 ans. Il a été jugé dès 16 ans par le juge des enfants, Ali aussi ; il a ensuite commis plusieurs petits délits « de droit commun » et fait plusieurs séjours en prison. Ali aussi.

A 15 h je suis partie chez Luisa. Tous étaient devant BFM TV depuis des heures, sous le choc ! Bien sûr Luisa connaît la famille, bien sûr ils connaissent ce jeune... Bien sûr ils ne voient pas une minute les similitudes entre l’histoire de ce Mohamed et celle d’Ali.

Ali, sorti de prison avant Noel, passe ses journées dehors et rentre dormir chez lui chaque soir...enfin, peut être ! Ali, c’est pas pareil... mais sa mère ne peut plus lui parler, il ne l’écoute plus.

Il ne m’écoute plus non plus...il me laisse parler, c’est tout ! Ali aussi devait servir une peine d’« utilité publique » et n’a jamais été recontacté par le système judiciaire. Rien n’est fait quand ces jeunes échappent aux autorités scolaires, rien n’est fait pour leur réinsertion quand ils quittent le système judiciaire ! Quand Ali présente son CV aux employeurs, c’est non ! bien sûr !

Ne vous y trompez pas, des Mohamed, des Ali il y en a des dizaines ; pas nécessairement mauvais mais livrés à toutes les mauvaises influences de la prison et de la rue ! et rien n’est fait pour prévenir les drames ! On attend qu’ils aient commis un crime pour s’intéresser à eux...L’avocate d’Ali me l’avait dit « il vaudrait mieux qu’il commette un grave délit avant d’être majeur ».

Ce Mohamed [Merah] a commis 15 délits depuis l’âge de 16 ans : que lui a-t-on proposé d’autre que la rue ?

Depuis 12 ans que je vais aux Isards tous les samedi matins et que je gare ma voiture devant la Mairie du quartier, je n’ai jamais vu un seul représentant de la Police...

Nous avons pris un thé à la menthe, tous assis autour de la table.

J’ai parlé à Abdel (12 ans) qui dérape dans ses études et sa conduite...il a promis solennellement, à sa mère et à moi, de redresser la barre.

Leila (bientôt 19 ans) est bouleversée : elle a travaillé (fait des
ménages pour remplacer une collègue) chez le jeune professeur juif qui a été assassiné avec ses enfants ; elle s’est occupée des 2 petits, elle fait chaque jour sa prière sur le tapis rouge que lui a donné la maman des 2 enfants assassinés...Leila exprime sa révolte et dans le même souffle explique qu’il « a fait ça pour venger les enfants palestiniens qui meurent chaque jour tués par Israël : vous les avez vus, les enfants par terre, morts... et personne ne va là -bas les défendre ? »

Leila est perdue dans ses contradictions, alors elle fait la prière : « Chez nous c’est obligatoire à partir de 7 ans ». Fatima (16 ans), ne croit pas, et Djamila (14 ans) « commencera demain à faire la prière ».

Comme je dis toujours à Annie, les pertes sur cette génération vont être grandes...mais il faut tout faire pour sauver la prochaine et ça passera par l’école et le travail, et par l’éducation des parents. Enfin, quoi, c’est ce que je crois...

Il faut dire en tout cas l’absence criante de la police dans ces quartiers, il faut dire que depuis 10 ans les associations ont disparu, faute de moyens, il faut dire que le Lycée a largué Leila avec son CAP de boulangerie, (pas de place pour continuer son Bac Pro), il faut dire que lorsque Ali montre son CV (6 mois en centre fermé et 2 séjours en prison) les patrons lui claquent la porte au nez...

Ce n’est pas vrai que « la société est pourrie » ! C’est la politique sociale
de ces dernières années qui a été pourrie.

Mohamed est mort mais il y en a dans l’ombre, prêts à se révéler. Ali n’est pas un terroriste, mais il peut le devenir. La république a perdu en route beaucoup de ses enfants, il faut le dire !

Angeline B.

NB. Les prénoms ont été changés.

URL de cet article 16178
   
Hélène Berr. Journal. Paris, Tallandier, 2008.
Bernard GENSANE
Sur la couverture, un très beau visage. Des yeux intenses et doux qui vont voir l’horreur de Bergen-Belsen avant de se fermer. Une expression de profonde paix intérieure, de volonté, mais aussi de résignation. Le manuscrit de ce Journal a été retrouvé par la nièce d’Hélène Berr. A l’initiative de Jean Morawiecki, le fiancé d’Hélène, ce document a été remis au mémorial de la Shoah à Paris. Patrick Modiano, qui a écrit une superbe préface à ce texte, s’est dit « frappé par le sens quasi météorologique des (...)
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Je définirais la mondialisation comme la liberté pour mon groupe d’investir où il veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possibles en matière de droit du travail et de conventions sociales.

P.Barnevick, ancien président de la multinationale ABB.

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