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Le discours de Poutine

Les discours de Poutine se succèdent depuis le début du conflit en Ukraine. En fait, c'est un seul discours qui se précise au fur et à mesure. Son impact sur le monde, et notamment le monde non occidental, est considérable.C’est en Afrique où le discours a trouvé de suite le plus grand écho. Poutine semble y disposer d’une popularité qui gagne peu à peu tout le continent. Elle est portée par une jeunesse désormais instruite, à l’intelligence et la lucidité stupéfiantes et qui prend la tête de ce qui apparait bien comme une nouvelle lutte de libération. Mais celle-ci s’appuie cette fois ci sur des forces bien plus armées culturellement. Le mouvement est si fort qu’il gagne les armées africaines et notamment les jeunes officiers. Qu’y a-t-il dans ce discours qui suscite un tel enthousiasme et une telle adhésion.

Un réquisitoire exhaustif contre la domination occidentale

Poutine parle sans ambages. Il n’est d’évidence pas un idéologue. Il dit les choses directement, simplement, clairement. Et il les dit toutes : l’esclavagisme en Afrique, le colonialisme, le racisme, le génocide des amérindiens et les autres génocides, les agressions sans fin contre les peuples, les dernières d’entre elles, la Yougoslavie, l’Irak, la Libye, la Syrie...

Rien n’est oublié dans le réquisitoire de Poutine, y compris les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki, qui "n’avaient même pas de justification militaire" précise-t-il, un crime contre l’humanité absolu, sur lequel les japonais eux-mêmes sont resté silencieux, prostrés, comme sidérés historiquement, cherchant à oublier l’innommable. Il en reparle d’autant plus que c’est la seule fois où on n’a pas hésité à utiliser la bombe nucléaire contre un peuple et que, d’après lui, ceux qui l’ont déjà fait pourraient être tentés de le refaire.

On n’a jamais entendu un tel discours. Poutine n’oublie rien comme s’il voulait présenter la facture de plusieurs siècles de domination occidentale. Le réquisitoire est impitoyable, exhaustif. Dans le monde, notamment non occidental, les peuples écoutent surpris, étonnés, ravis, séduits, puis enthousiasmés. Poutine dit tout ce qu’ils pensaient déjà, ce qu’ils savaient déjà, ce qu’ils ont vécu dans leur chair, mais il en fait une nouvelle synthèse. Certes d’autres l’ont dit déjà en partie, avant lui, et se sont levés contre cette hégémonie, ces dernières décennies, Saddam Hussein, Kadhafi, mais ils l’ont payé de leur vie, et par la destruction impitoyable de leur pays par les États-Unis et leurs alliés.

Mais aujourd’hui c’est différent, tout le monde le sent, car ce discours cette fois n’est pas celui d’un État faible, mais d’un État qui s’appuie sur une puissance militaire incontournable. Il s’appuie aussi sur un changement de rapport de forces économiques, avec la montée en puissance irrésistible de la Chine qui dénonce, elle aussi, l’hégémonisme des EU. C’est ce qui fait que le discours de Poutine peut, cette fois ci, dresser le bilan terrible de ces siècles d’hégémonie occidentale, tout en pouvant annoncer désormais raisonnablement au monde la fin de celle-ci.
Ce discours contre l’hégémonie occidentale est désormais systématisé. Il devient une nouvelle idéologie de libération dans le monde. Il se diffuse comme une trainée de poudre.

La Russie paie en roubles

Le discours de Poutine s’oppose au projet d’occidentalisation du monde. Le terme d’occidentalisation est peut-être plus juste que celui de "mondialisation" car il recouvre les deux aspects, économique et culturelle, de la domination exercée jusqu’à présent par l’Occident. Économique avec le pillage des richesses, ou leur appropriation et leur drainage sous des formes diverses, mais aussi avec ses conséquences culturelles à travers l’aliénation des esprits.

Un bon exemple de cette aliénation sont les rapports hiérarchiques qui s’établissent entre les monnaies nationales. Ce n’est pas un hasard si cet aspect est l’un des volets essentiels du discours de Poutine. L’imposition du dollar comme référence, comme monnaie de réserve, comme source de richesse, comme la monnaie d’échange par excellence, sa place au sommet des relations financières internationales a abouti culturellement à sa sacralisation, à l’aliénation envers cette monnaie, à son fétichisme. Tandis que, financièrement, il a abouti à un système de relations inégales et, à la fin, à la violation même du droit de propriété sur lequel s’est fondé le libéralisme occidental, comme l’a bien illustré le vol pur et simple des avoirs placés par des États dans les banques occidentales.

La Russie paie en roubles, et Poutine annonce la restructuration inévitable des relations financières, la dignité redonnée aux monnaies nationales. Les peuples écoutent, ravis, de voir s’écrouler ces tabous dans lesquels on les avait emprisonnés.

Comme l’Histoire est surprenante

Dans le discours de Poutine, il y a, plus généralement, la remise en cause radicale du côté culturel de l’occidentalisme, celui de l’imposition partout des standards occidentaux, dans les relations sociales, dans la façon de penser, dans la façon de s’habiller, et même dans les représentations de l’identité sexuelle que la théorie occidentale du "genre" veut remettre en question et régenter.

Il fallait se soumettre à ces standards au risque d’être traité de sauvage, de barbare. C’est donc la perspective enfin d’un progrès qui est multiple et diffèrent, et qui ne consiste pas à marcher tous, comme des somnambules, dans la même voie, dans la même direction.

Le discours de Poutine vient rompre avec cela aussi lorsqu’il proclame que “ personne n’a le droit d’imposer un modèle de société à l’autre ” (1) et qu’il fait de l’identité de chaque nation une valeur, un moteur de son progrès. C’est un autre projet, cette fois ci réellement universel, qui reconnait la diversité, l’identité, le génie de chaque nation là où l’occidentalisation proposait l’uniformisation.

Comme l’Histoire est surprenante. Au XXe siècle, on s’attendait à ce que la libération du monde arrive à travers le socialisme et sa généralisation universelle. Mais le socialisme européen avait peut-être péché par son européocentrisme, par sa propension à imaginer un monde où la civilisation, les valeurs démocratiques occidentales s’épanouiraient partout, au bénéfice de tous les peuples, grâce à la libération sociale. Il avait assimilé occidentalisation et progrès. “ Le progrès, fait remarquer Poutine, ne consiste pas à aller dans une même direction, mais à parcourir tout le domaine de l’activité historique de l’humanité dans toutes les directions ”(1). Aujourd’hui la Russie, et aussi la Chine, viennent dire qu’il y a différentes formes de démocraties, différentes formes d’accès au développement économique et que chaque nation doit respecter l’autre et son chemin vers le progrès.

Au centre, la nation

En d’autres termes, le discours de Poutine vient dire que l’hégémonie occidentale est le principal obstacle à la libération de l’humanité, que la libération sociale passe par la libération nationale, qu’il faut l’égalité des nations pour qu’il y ait l’égalité des hommes. Il place la nation, au centre de la révolution actuelle. C’est un nationalisme certes, mais un nouveau nationalisme, un nationalisme du XXIe siècle, non pas un nationalisme qui recherche la puissance et la domination sur les autres mais qui se revendique de l’égalité entre nations, et qui veut l’apaisement de la planète.

C’est toute une nouvelle approche, c’est une nouvelle synthèse de l’histoire contemporaine, de ses succès, de ses échecs, de la chute de l’URSS jusqu’aux défaites de bien des mouvements populaires, des tentatives un peu partout des peuples et des nations pour se frayer un chemin vers la liberté et l’égalité des nations, à travers des idéologies diverses, qu’elles soient d’inspiration marxiste , religieuse ou nationaliste.

Inséparable de l’idée de nation, celle de l’identité culturelle occupe une grande place dans le discours de Poutine. Cette identité est reconnue, aux côtés des luttes sociales, comme une force historique essentielle, à travers un discours qui proclame le droit de chaque nation “ de ne pas se voir imposer des valeurs qui ne sont pas les siennes ”. Il dit à ce propos : “ Le respect des identités nationales et des civilisations est dans l’intérêt de tous, y compris dans celui du soi-disant Occident. Et en perdant sa suprématie, il est devenu rapidement une minorité sur la scène mondiale ”... “ Étant une minorité, la civilisation occidentale n’a pas le droit d’imposer sa vision au reste du monde ”... “ Le droit de cette minorité occidentale à sa propre identité culturelle doit être assuré, certes, mais à égalité avec les autres ”. Pour Poutine, “ Ce sont les sociétés traditionnelles d’Orient, d’Amérique latine, d’Afrique et d’Eurasie qui constituent la base de la civilisation mondiale (1). C’est, chez Poutine, toute une relecture de l’Histoire du monde.

Démocratie nationale et démocratie internationale

Dans le discours de Poutine, le conflit en Ukraine est avant tout une guerre contre l’hégémonie occidentale. Ses adversaires, sans peut-être y prendre garde, viennent eux-mêmes le confirmer : le régime ukrainien proclame qu’il est un poste avancé de l’Occident et qu’il en défend les valeurs. Il va plus loin en disant qu’il défend “ le monde civilisé ”, partageant ainsi le monde en “ civilisés ” et “ non civilisés ”, et rappelant ainsi de sinistres souvenirs. L’OTAN, l’Union européenne, les dirigeants occidentaux, de leur côté, disent de même que c’est avant tout une lutte pour la défense de la démocratie occidentale, de l’ordre mondial perturbé par la Russie. Ils avertissent qu’une victoire de la Russie serait la défaite de l’Occident.

Les peuples du reste du monde, eux, reçoivent le message de Poutine sur la réelle signification du combat de la Russie au-delà de l’Ukraine, c’est-à-dire la lutte contre un monde unipolaire, dominé par la partie occidentale du monde. C’est dans ce message qu’ils se reconnaissent. Dès lors, le discours de Poutine devient un élément du rapport de force. Il enthousiasme ici, il fait peur et suscite une opposition rageuse et passionnelle là. Dans sa lutte idéologique contre ce discours, des idéologues occidentaux vont jusqu’à tenter de faire ressurgir, de façon assez amusante, les catégories d’impérialisme et de colonialisme produites à l’époque contre lui.

Le discours de Poutine vient dire que le principal obstacle, jusqu’à présent, à la libération sociale a été l’hégémonie occidentale, la dictature de l’Occident sur le reste du monde. Poutine dit alors “ l’Occident n’est pas capable de gouverner seul l’humanité mais il essaie désespérément de le faire. La plupart des peuples du monde ne veulent plus le supporter. C’est là que réside la principale contradiction de la nouvelle ère. ” Et il ajoute “ comme le disait Lénine, la situation est révolutionnaire ”(1), les uns ne pouvant plus diriger, les autres ne pouvant plus accepter la situation.

Poutine parle relativement peu de la démocratie par rapport à ce qu’il développe au sujet de la nation. C’est sans doute parce qu’il place la souveraineté des nations comme condition de la démocratie. et donc, que pour lui, la démocratie nationale ne peut s’épanouir sans démocratie internationale, sans le respect de la souveraineté des nations. Il dit à ce sujet : “ Pendant des années, les idéologues et les politiciens occidentaux ont répété au monde entier qu’il n’y avait pas d’alternative à la démocratie. Il est vrai qu’ils parlaient du modèle occidental, dit libéral, de démocratie. Ils ont rejeté toutes les autres variantes et formes de démocratie avec mépris (...) Mais aujourd’hui, la grande majorité de la communauté mondiale exige la démocratie dans les affaires internationales et n’accepte aucune forme de diktat autoritaire de pays individuels ou de groupes d’États. Qu’est-ce que c’est, sinon l’application directe des principes de la démocratie au niveau des relations internationales ? ”Je suis convaincu que la véritable démocratie dans un monde multipolaire présuppose avant tout la possibilité pour toute nation, je tiens à le souligner, toute société, toute civilisation de choisir sa propre voie, son propre système socio-politique. Si les États-Unis et l’Union européenne ont ce droit, les pays asiatiques, les États islamiques, les monarchies du golfe Persique et les États des autres continents l’ont aussi (2).

Un discours post-occidental

Poutine annonce au monde “ la fin de la période historique de domination indivise de l’Occident ” (1), une nouvelle ère, et l’avènement d’un monde multipolaire. Le discours de Poutine est un discours post-occidental. C’est un discours fondamentalement optimiste de l’avenir du monde, celui où règnera l’égalité des nations, la démocratie internationale et donc la paix, grâce à la fin de la principale cause de la guerre que sont les volontés de domination et d’hégémonie.
Cependant cet avenir se heurte à deux obstacles qui l’obscurcissent :

- le premier c’est la gravité de la situation mondiale actuelle. Poutine n’est pas dans une vision déterministe de l’Histoire et dans un optimisme béat. Ainsi, le 27 octobre il déclare que “ la décennie la plus dangereuse et la plus importante depuis la seconde guerre mondiale nous attend ” (1).Poutine le sait donc bien, sa remise en question de la domination des États-Unis sur le monde est en elle-même un facteur de guerre, de mise en danger du monde. L’humanité ne risque-t-elle pas de disparaitre dans un holocauste nucléaire, victime de ses vieux démons ?

- ces vieux démons, et c’est le deuxième obstacle, sont dans une vision qui voit l’Histoire comme un éternel recommencement, où seule la recherche de la puissance et de la domination compte. C’est hélas le fond même de la pensée occidentale dominante. En voici un exemple tout récent : d’après le quotidien étasunien, The Wall Street Journal, l’administration Biden révélait dernièrement “ une nouvelle stratégie de défense selon laquelle la Chine représente la plus grande menace pour la sécurité américaine et appelait à des efforts intensifs pour dissuader Pékin dans les décennies à venir ”. (3) Telle est la vision que propose au monde pour l’avenir, et pour l’éternité, l’administration des États-Unis.

L’humanité est à la croisée des chemins.


(1) Réunion plénière du Valdaï international, Discussion Club, le 27 Octobre 2022
(2) Discours de Vladimir Poutine au Club Valdaï sur le respect des cultures, 27 Octobre 2022
(3) The Wall Street Journal cité par al Manar, frech.almanar.comlb,28 octobre 2022

COMMENTAIRES  

10/11/2022 20:34 par Auguste Vannier

Je souscris à l’analyse de ce discours dans lequel Poutine a explicité clairement le fond de sa pensée et donné ainsi à voir et comprendre les finalités d’une stratégie géopolitique amorcée depuis longtemps et déjà concrétisée par la dynamisation des BRICS. La guerre d’Ukraine est un analyseur-révélateur de la "vérité" de l’occident américaniste et Poutine dans ce discours en présente le "reflet".
Le18/07/2022 j’appréciais ainsi un article de D.Vanhove ( https://www.legrandsoir.info/le-titanic-europeen-se-crashera-t-il-sur-l-iceberg-russe.html: )
« Excellent, je souscris à 99%.
La stratégie de la Russie est systémique, il y a une opération militaire spéciale qui d’une certaine manière fait diversion tout en durant suffisamment pour que les autres opérations puissent se déployer lentement mais surement. La décrédibilisation de l’USEUROTAN est bien avancée, la dédollarisation s’accélère avec l’élargissement des BRICS et les accords multilatéraux, l’économie Russe est loin d’être mise à bas comme l’a claironné imprudemment Bruno Le Maire, on observe même qu’elle progresse (appréciation du rouble, autonomisation industrielle et extractive, autonomie alimentaire, endettement insignifiant, pas d’obligations US pourries, grosses réserves d’or...). La Russie à contribué à l’enclenchement d’une bascule vers un nouvel ordre mondial multipolaire.
Je ne pense pas que l’on pourra faire dégager les équipages incompétents et dangereux (regardez, en France on a réélu Macron !), je crois plutôt que les oligarques transnationnaux et apatrides vont s’en charger pour préserver leurs intérêts. Leurs media commencent à préparer le terrain. Le pragmatisme, cynique et sans vergogne de ces gens là fera le reste, ils vont essayer de s’adapter à un nouvel ordre du monde. A nous d’en profiter pour changer la donne... »
Comme le montre Djamel Labidi, c’est de plus en plus patent, le basculement s’accélère, et l’armée Russe prend son temps, temps qui joue en faveur de ce basculement géopolitique et culturel du monde.
De la très haute stratégie, avec aussi toutes les incertitudes de l’action en milieu hypercomplexe.

10/11/2022 21:45 par CHI2-Citoyen Humain Insoumis Indigné

Nul ne saurait contester l’intelligence politique de Poutine, et l’analyse, à laquelle il se livre pour décrire ce qu’est l’Occident dans sa maitrise du chaos et de la géostratégie de la déshumanisation, est révélatrice de sa clairvoyance quant à la puissance de nuisance de l’Occident. Mais là où cette intelligence pose problème est l’incapacité dont elle fait montre sur le terrai pratique à répondre intelligemment aux provocations et manipulations de l’Occident. Car il semble, au regard de la tactique militaire de l’armée russe en Ukraine, que Poutine ne cherche qu’à se faire une petite place dans ce monde en manœuvrant pour que l’occident lui accorde une certaine reconnaissance.

Et c’est là un manque d’intelligence pragmatique cruciale. Depuis le début, Poutine, ne semble vouloir qu’effrayer pour qu’on négocie avec lui. Malheureusement pour lui, il semblerait que l’Occident, tout en sachant qu’il dispose des moyens de semer l’effroi, a lu son jeu et sait qu’il n’entend pas faire usage de la puissance hypersonique de ses armes pour la simple raison qu’il partage lui aussi un certain nombre des valeurs de l’Occident. Regardez bien le contraste de l’intelligence poutinienne, autant elle est implacable pour décrire l’ignominie de l’Occident, autant elle peine à traduire cette compréhension en stratégie pour abatte l’Occident. ET toute l’erreur est là, car si l’OTAN n’a pas encore lancé d’assaut contre la Russie, c’est parce qu’il sait qu’il a un certain retard sur la puissance hypersonique (vitesse) de la Russie, et qu’il ne chercha qu’à gagner du temps pour atteindre ce niveau tout en menant par procuration une guerre qui usera les Russes militairement et technologiquement par le biais des sanctions.

Quand vous avez un avantage sur un ennemi qui reconnaît cet avantage et que vous n’en faites pas usage, c’est que vous avez une faille dans votre jeu. Je crois que Poutine n’a jamais su anticiper les coups bas de l’Occident en le frappant d’abord, il est en permanence dans une logique d’esquive et cherche a convaincre qu’il est de bonne foi. Quelque part, il semble que Poutine croit aux valeurs démocratiques des institutions occidentales. Sinon, comment peut-il s’en remettre à l’Agence Internationale de l’énergie atomique pour enquêter sur le recours probable d’une bombe sale par l’Ukraine, alors que cette agence est de fait au service de l’OTAN ?

Il y a un bug dans cette intelligence que dévoilent de plus en plus les revers militaires sur le terrain......en Ukraine. D’ailleurs le fait même par les Russes de miser sur une victoire des Républicains aux élections de mi mandat pour espérer négocier avec les USA est un signe de faiblesse qui en dit long sur la volonté réelle de Poutine de s’opposer radicalement à l’Occident. Et cela ne pardonne pas, car en face, ce sont des monstres froids et barbares qui ne font pas de cadeau.

La question centrale que soulève cette problématique de l’intelligence poutinienne est : Pourquoi, malgré qu’il dispose d’arguments militaires (supériorité en armes hypersoniques sur l’Occident), économiques ( ressources rares utilisées par l’Occident) et cognitifs (compréhension de la stratégie de l’Occident) pour s’attaquer à l’Occident, Poutine refuse de le faire tout en concédant militairement des revers qui peuvent le contraindre, sur le long terme, si cela dure, à une vraie déroute.

Quand on veut vaincre un adversaire en politique, on lui impose le rythme de sa fulgurance stratégique (vitesse), quand on calme le jeu, et cherche à ralentir la fulgurance des attaques ennemies, on est sur la défensive et sur le chemin du KO.

10/11/2022 22:09 par Sam

Lucide et d’un enthousiasme mesuré, ce commentaire relayé par le Grand Soir est un des rares dont on peut dire qu’il amplifie le discours sur lequel il s’appuie (confer Foucault et le commentaire comme affabilissement d’un discours générique). Ca fait du bien. J’en accepte l’augure...

10/11/2022 22:17 par John

Je suis un occidental pur jus, français élevé dans la culture américaine.
Mais j’observe, je pense, je me pose des questions, j’analyse et les faits sont cruels pour les occidentaux, en particulier le monde Anglo-Saxon... et leurs vassaux.
Poutine n’est pas un modèle mais comme il le souligne c’est un point de vue européen-centré.
En revanche ses discours sont pertinents puisqu’il fonde ses propos à partir des faits établis, et cela enragent les hypocrites et cyniques des "démocraties" occidentales.
Ceci posé je me désole de la bêtise communément partagée par mes contemporains.

11/11/2022 08:58 par babelouest

@ citoyen indigné
Prendre l’exemple sur John me paraît judicieux. Le Russe sait prendre son temps, ce que tout simplement la culture (!) "étsunienne" ne permet pas, semble-t-il. Poutine sait qu’il est le plus fort, et étant le plus fort il peut se permettre de temporiser, pour accélérer quand il le veut, et à sa manière. Quand il sera prêt, ce sera certainement cinglant, il laisse mijoter les autres et compte leurs erreurs.

Actuellement il évacue Kherson, pour éviter une catastrophe humanitaire si les autres font sauter le barrage en amont. Les Russes reviendront à Kherson quand la menace sera écartée. Il faut de bons nerfs, pour accepter des remarques désobligeantes du genre :
"Il recule donc il perd !" alors qu’il recule pour mieux sauter un peu plus tard, et peut-être bien sauter beaucoup plus loin.

11/11/2022 15:00 par Francine

Fin de partie pour les 2 concepts : Occident politico-militaire et globalisation culturelle.

Également développé ici sous le point de vue de "spectacle total", Superman ou Übermench dans un mise en scène wagnerienne et surtout fasciste au vrai sens du terme :

https://lapartmanquante.com/2022/10/18/le-global-mirage/

11/11/2022 15:24 par CHI2-Citoyen Humain Insoumis Indigné

@babelouest
En effet, l’histoire semble attester de cette lente patience des Russes à vaincre leurs ennemis, Napoléon et Hitler y ont laissé leur impatience. Mais, ceci n’excluant pas cela, les contextes technologiques peuvent changer le cours de l’histoire. Le temps long n’est pas toujours le meilleur allié quand on peut vaincre un ennemi à distance par la vitesse et la furtivité des nouvelles armes hypersoniques sans occuper son territoire....Ce n’est pas tant la retraite de Kherson qui met à mal la lucidité du discours de Poutine. C’est qu’au début de ce qu’il a appelé une Opération Militaire Spéciale, il avait tracé une ligne rouge en cas d’intervention des occidentaux aux côtés des Ukrainiens. Et, Il y a eu le sabordage du vaisseau amiral de la flotte russe, l’assassinat de Daria Douguine, l’attaque du pont de Crimée, l’explosion des gazoducs.....autant de faits qui confirment l’implication manifeste de l’OTAN aux côtés des Ukrainiens......et ce qui dérange, c’est que la ligne rouge recule toujours plus près des frontières russes et on essaie de présenter un discours qui laisse croire que tout cela est voulu et fait partie de la stratégie de la patience. Je ne suis pas en train de dire que la Russie ne sait pas ce qu’elle fait, je dis que ceux qu’elle combat ne sont pas si idiots que cela et savent aussi ce qu’ils font......Et dès le départ, leur stratégie était on ne peut plus claire : feindre de ne pas être partie prenante pour mieux avoir la liberté d’intervenir où, quand et comme ils veulent. Leur ligne furtive me semble plus nette et plus rigide que la ligne rouge de Poutine, car s’il y en a une qui recule , c’est qu’il y a une qui avance....Et comme vous dites, toute l’intelligence est de savoir jusqu’où il faut savoir reculer pour pouvoir bien sauter derrière les lignes ennemies et les liquider.

11/11/2022 17:10 par koursk

La Russie et la Chine traite d’égal à égal avec les pays du sud *** Africains, Asiatiques et Sud Américains ne veulent plus subir les liens de subordination que leur infligent la grande jet set mondialiste, et celle de la france-afrique, qui commandent les gouvernements et médias otaniens *** Poutine et Xi sont accueillis par de plus en plus de pays du sud qui souhaitent adhérer aux BRICS et à l’Organisation de Coopération de Shanghaï *** La Russie et Chine souhaitent un monde multipolaire *** Les deux grands pays proposent une aide technologique de départ aux pays du sud pour que ceux-ci réalisent eux-mêmes le développement agricole, industriel et des services *** Fini le temps où les pays du sud se faisaient piller leurs matières premières par la jet set mondialiste et celle de la france-afrique, tout en étant laissé dans la pauvreté *** C’est la puissance économique et géostratégique de la Russie et de la Chine qui vont permettre par exemple aux pays africains de se débarrasser du franc CFA.

11/11/2022 23:35 par Jalal

Cet article adopte un ton de componction qui donne l’illusion que l’analyse est profonde et qu’elle fonde une projection crédible dans l’avenir. Mais son contenu est dérisoire et creux.

Il véhicule le deuil inachevé de la période bipolaire, de l’alternative socialiste à un monde dominé par le capitalisme et l’impérialisme. Je ne vois rien dans le discours et la pratique de Poutine qui soit porteur d’un espoir pour les populations de ce qu’il était convenu d’appeler le Tiers-Monde. On peut se réjouir que la Russie contrebalance la domination occidentale dans le monde, déjouant par exemple ses projets en Syrie et au Mali, l’empêchant ailleurs d’exercer sa toute-puissance mais elle le fait avec une volonté de domination égale.

Quant à la substitution de la « démocratie internationale » à la démocratie intérieure telle qu’elle est sublimée dans ce papier, en quoi mobiliserait-elle les peuples ? D’abord, en fait de démocratie internationale, on ne peut espérer au mieux qu’un équilibre instable et belliqueux des puissances (militaires, économiques, technologique) des États. Ensuite, les peuples aspirent, chacun à sa façon, à des régimes plus démocratiques et ce sont concrètement leurs gouvernants, plus directement que l’Occident, qui s’y opposent.

Le plus dérangeant dans ce papier est qu’il passe sous silence la question sociale que le néolibéralisme, y compris en Russie, veut jeter à la poubelle de l’histoire. L’article projette avec délectation un monde où les classes dominées seront spectatrices de la guerre multiforme que se livreront des États désincarnés dans laquelle chacun d’entre eux n’aura d’autre ambition que d’améliorer sa position géostratégique par rapport à ses rivaux. Un idéal froid et cynique que les déçus du communisme du 20e siècle défendent avec le même esprit de mystification qu’ils avaient défendu les chimères soviétiques.

12/11/2022 09:39 par Simplement Humain et Digne

La géopolitique que mène la Russie pour contester l’ordre impérialiste est pensée par et pour un cercle de milliardaires, l’idéologie est donc absente des règles d’engagement ; et au fond, ce n’est qu’une bataille pour prendre des parts dans un mode de prédation. La Russie ne peut pas aller loin dans sa contestation de l’ordre impérialiste, non pas qu’elle ne dispose pas les moyens, mais aspirant à devenir une part de cet ordre, elle ne souhaite pas sa destruction, juste un rééquilibrage à son profit. Voilà pourquoi, elle reste sur la défensive et ne cherche qu’à effrayer pour se faire accepter. Les mauvaises langues disent que la retraite de Kherson fait partie d’un plan pour faciliter des négociations que souhaite l’empire américain afin d’empêcher un enlisement qui peut être fatal pour l’ordre impérialiste lui-même.

Si la Russie fait durer la guerre au-delà de l’hiver, c’est qu’elle a une réelle volonté d’ébranler l’ordre impérialiste, car la récession qui vient en 2023 mettra le monde européen notamment à feu et à sang. Si par contre, elle n’attend qu’un signal de Washington pour négocier, c’est qu’au fond, elle ne souhaite qu’être traitée par les prédateurs impérialistes comme un membre du club.

12/11/2022 12:28 par bostephbesac

"Le retrait Russe de Kherson : pourquoi Kiev et ses sponsors n’ ont rien à célébrer ?" . Source : Histoire et Société.

Sur ce retrait, voir aussi les deux derniers textes (actuels) de Erwan CASTEL sur Alawata-Rebellion . Erwan est plus critique, même s’ il reconnait qu’ il fallait choisir entre 3 solutions - retrait, ou défense sur place, ou offensive vers Nikolev et Odessa ("qui n’ avance pas recule") - qui chacune avait avantages et inconvénients.

Infos que nos médias aux ordres n’ auront pas dit : Pavlovka (entre Ougledar et Marïnka) et Bahkmutskoye (banlieue de Bahkmut) ont été libérée, et un mercenaire otanesque Japonais tué près d’ Artemosk/Bahkmut - source, Histoire et Société, topic sur le 10 novembre.

12/11/2022 18:34 par Safiya

11/11/2022 à 08:58 par babelouest

Je souscris à ton point de vue bab.

12/11/2022 20:14 par Erno Renoncourt

Ne jamais oublier que le passé donne les clés pour comprendre le présent. Le le 23 août 1939, à la surprise générale, un accord, négocié par le ministre allemand des Affaires étrangères Joachim von Ribbentrop et son homologue russe Vyacheslav Molotov, était signé par l’Allemagne nazie et l’Union soviétique juste avant la bataille de Stalingrad.

Et si le retrait de Kherson était un accord négocié entre forces rivales avant la grande bataille de l’hiver ? Il faut espérer que celui qui recule ne se retrouve pas le dos au mur et dispose encore d’espace pour rebondir. De toute certitude, l’hiver dira qui a raison ou qui a tort. D’ici là tout est spéculation.

12/11/2022 20:30 par bostephbesac

Citoyens Indigné, les Russes ont utilisé (au moins) 2 fois des armes hypersonique - des Kinjal plus précisément - le 18 mars à Ivano-Frankiv (sud de Lvov), et courant juin vers Dnierpopetrosk - J’ ai pu visionner sur RI une vidéo d’un mercenaire US, la déflagration avait été foudroyante (gros dépôt souterrain détruit (idem pour le 18 mars)) . Il me semble que 2 ou 3 autres fois, les Kinjal ont été utilisés, mais, dans l’ immédiat, ils doivent rester des armes d’ exceptions - coût et objectifs militaires particuliers à détruite . Voilà pourquoi "on les voit peu" dans l’ immédiat...................et il vaudrait mieux qu’ on en reste ainsi, sinon cela voudrait probablement dire que cette guerre dérape dangereusement !

13/11/2022 14:58 par Assimbonanga

France.infos nous fournit (avec notre argent public) un matériel documentaire qu’il convient de déchiffrer sans trop se fier à Maryse Burgot puisque cette dernière n’a aucune espèce de neutralité journalistique : elle appartient au fan de club de Zélinsky et elle voyage avec de drôles de lascars qu’elle a l’innocence de prendre pour des libérateurs aux mains propres...
Le titre de ce reportage pourrait tout aussi bien être Les partisans de Zélinsky organisent des comités d’accueil pour les soldats ukrainiens. En fait, France 2 a choisi pour titre Guerre en Ukraine : la joie et l’émotion à Kherson, libérée de l’occupation russe
A 2:44 mn, les gars déploient un drapeau que Maryse Burgot n’a pas la curiosité de nous expliquer. Pour une journaliste, grande-reporter, c’est ballot... De quelle entité cet étendard est-il l’émanation ? S’agit-il de ce bataillon qui porte l’écusson MEMENTO MORI ?
A 4:04, les paroles de la femme indiquent que beaucoup de ses voisins étaient favorables aux Russes, ce que la femme traduit par "c’était des traîtres"... Ambiance...

Ici, reportage diffusé la veille. Guerre en Ukraine : les forces ukrainiennes ont repris la ville de Kherson, après des mois d’occupation russe La première image est celle des trois lascars devenus des sauveurs pour Maryse Burgot... Ils parlent de "nettoyer" chaque sous-sol, chaque maison. On a l’image ! Mais pour Maryse Burgot, sans doute que c’est sympa... Soit tuer, soit faire prisonnier. L’avenir le dira.

13/11/2022 15:02 par Assimbonanga

Nul ne saurait contester l’intelligence politique de Poutine ? Alors-là, pardon mais ! Faut pas avoir écouté les soirées Poutine sur LCI avec Darius Rochebin en monsieur (dé)Loyal ! Je pouffe. C’est le concours pour la médaille d’or de la plus grosse médisance.
 ;-))

13/11/2022 16:28 par Mandrin

Il n’y a pas de retrait de kerson,mais seulement un changement de position et rien d’autre "changement de positions" et ne vous y tromper pas avec des objectifs clair de penetration conséquent à venir... Comprennent qui pourra...

16/11/2022 15:20 par bostephbesac

"La dernière hystérie Occidentale" . Erwan CASTEL sur Alawata-Rebellion . A propos du missile "de fabrication Russes" - Russe, Beliorusses, ou............Ukrainien ? - tombé en Pologne.

Info parue sur Réseau International, et Histoire et Société : en sus de Pavlovka et Bakhmutskoye (mes précédents posts), Optyne (secteur Adveeka (proche Donestk)) à été libérée . Nos médias ont été bien silencieux !

16/11/2022 16:26 par bostephbesac

Un attentat, sur la centrale nucléaire de Koursk, déjoué . Cf Réseau International et Donbass Insider.

17/11/2022 11:54 par bostephbesac

Info du site "opex360.com" (de l’ armée donc source sûr vu l’ info) : un (premier ?) Caesar Détruit . Dans "l’ oblast de Donestk", frappé par un drone suicide Lancet - vidéo à l’ appui.

18/11/2022 19:17 par Delahaye

Quel tissu d’âneries !!!Que son auteur aille vite vivre en Russie. Je lui conseille de lire au plus vite "Abattre l’Occident" de Douglas Murray.. C’est solide et bien construit.

19/11/2022 03:18 par bostephbesac

Pour info, Nevekskoe - entre Permovaskaïe et Krasnovogorka (dans le cadre de l’offensive sur Adveeka) - à été libérée . Info de Erwan CASTEL par son compte telegram, et relayée par Gudtchnek sur Réseau International.

27/11/2022 23:35 par CAZA

Ceux qui ont la télé en direct ont peut être déjà vu BFM qui donne la parole au vice président de la Douma .
En incrustation des sous titres très librement adaptés et modifiés façon propagande du discours du russe .
C’est encore plus audacieux que la traduction trafiquée comme dénoncée par Assim .
Prochaine émission avec un faux russe formé par la cia .
https://odysee.com/@mikelory:2/guerre-en-ukraine-echanges-muscl%C3%A9s-chez:f

28/11/2022 09:41 par CAZA

Toujours du bfm délicatement propagandiste .
Ceux qui voient de la manipulation entre le titre , le développement de l’article et la dernière phrase sont plus malicieux que les couillons qui n’y voient que du feu .

<< la Russie "tire de vieux missiles nucléaires sans ogive" faute de stock, >>

<< "La Russie attend certainement de ces missiles qu’ils servent de leurres et déroutent la défense antiaérienne ukrainienne", pose ainsi le communiqué >>
https://www.bfmtv.com/international/guerre-en-ukraine-la-russie-tire-de-vieux-missiles-nucleaires-sans-ogive-faute-de-stock-selon-londres_AP-202211260217.html

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