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Le hasard comme politique économique

J’avais commencé un « essai » statistique destiné à prouver l’inutilité (ou plutôt la malfaisance) des calculs de probabilité en économie. C’était une théorie absurde fondée sur une réalité qui l’est tout autant, à savoir qu’un événement a statistiquement toujours (et à peu près) une chance sur deux de se produire, ou presque – le presque étant un élément essentiel à la compréhension de cette théorie.

Et puis, n’étant jamais totalement satisfait de celui-ci (et aussi fatigué des incohérences mathématiques de cette théorie) je m’apprêtais à laisser tomber ma démonstration… jusqu’à ce que la « Providence » médiatique me remette sur les rails : coup sur coup, des informations soutenant ma thèse principale (à savoir que les mathématiques, les calculs de probabilité, les discours des experts, les statistiques, les analyses, etc… ne servent à rien) m’ont remis le pied à l’étrier- et les doigts sur le clavier.

Tout d’abord il y a eu une étude sur la bourse : des singes à qui l’on a demandé de miser sur des titres côtés en bourse ont fait mieux que les traders les plus avertis, et ce de manière totalement hasardeuse (ils ne lisent sans doute pas toutes les analyses).

Ensuite, une autre étude récente montre elle-aussi que le hasard fait « aussi bien » (ou aussi mal bvc’est selon) que l’analyste le plus chevronné : il aurait un taux de réussite moyen de -tenez-vous bien, c’est de la science- « autour de… 50 % » !

Cela signifie donc que tous les calculs qui sont faits pour, avec, autour et dans le « marché » ont en définitive autant de chances d’être justes que la pièce de tomber sur pile ou face, ou autrement dit que la probabilité qu’un événement boursier (une hausse ou une baisse d’un panier d’actions ou d’obligations) arrive est environ d’une chance sur deux, ou presque…

Voilà qui n’est guère rassurant : on paye donc (très cher souvent) des gens dont le métier est de tirer à pile ou face (je vous avais dit que c’était absurde !), et dont les paris sont considérés par tout un chacun comme « scientifiquement prouvés », le tout avec des conséquences cette fois réelles sur la vie des populations qui acceptent sans sourciller -ou presque- une telle aberration.

Mais ce n’est pas tout : car pour expliquer et justifier leurs conseils, les économistes se fondent justement sur les analyses de ces petits génies du pile ou face, analyses elles-mêmes appuyées sur le travail de grands mathématiciens comme ceux du FMI ou d’ailleurs, qu’on croyait jusqu’à il y a peu intouchables. Sauf qu’un autre événement a fait voler en éclat toutes nos incertitudes :

http://economieamericaine.blog.lemonde.fr/2013/04/17/une-erreur-dans-u...

le FMI s’est (encore) « trompé », et reconnaît officiellement son erreur, à tel point qu’on est en droit de se demander si en définitive toute notre science économique, exclusivement fondée sur la mathématique, ne serait pas une vaste fumisterie destinée à faire accepter aux peuples des conclusions considérées comme scientifiques alors qu’elles ne sont en réalité que des « arrangements » politiques ou financiers destinés à justifier leur ignorance sur la complexité (incalculable) d’un système qui fonctionne tout seul et sans raison.

Car c’est bien sur les conseils de nos chers économistes que s’appuient tous nos politiques de tous bords pour justifier leur incompétence. Étant incapables de proposer une alternative idéologique crédible ou valable face à une crise dont ils perçoivent le caractère inextricable, s’apercevant jour après jour de l’erreur fondamentale du système (les mathématiques n’expliqueront ni ne détermineront jamais les comportements humains), ils tentent désormais de préserver comme un dogme religieux le caractère « scientifique » de l’économie afin de faire perdurer la « foi » du peuple dans ce qu’ils savent être une supercherie : La religion était l’opium du peuple, la science économique l’a remplacée. Et elle est fondée sur le hasard (moi, une chance sur deux j’appelle cela le hasard !).

Et cela à droite comme à gauche qui, pour faire correspondre son discours social avec une réalité injuste, doit faire montre de contorsions philosophiques incroyables (elle qui à force de vouloir crédibiliser une idéologie différente s’est mise en tête de la justifier « économiquement », c’est-à-dire mathématiquement).

Mais comment pourraient-ils faire émerger l’alternative qui nous fait défaut -celle dans laquelle les mathématiques seraient considérées comme secondaires par rapport à la satisfaction des besoins humains, alors même que ce sont les mathématiques qui déterminent aujourd’hui leurs revendications ?

Regardez aujourd’hui où nous en sommes arrivés : faut il sortir de l’Europe ou pas, ou de l’Euro ? Vaut-il mieux se confronter à madame Merkel ou à son propre peuple ? La situation se rapproche-t-elle de 1789 ou de 1930 ? Et faut-il supprimer 20 000 militaires, ou mettre fin à l’obsolescence programmée, et réaliser « l’Union Sacrée » ou s’allier avec les extrêmes ? Et peut-on réformer la monnaie, ou supprimer la démocratie, et doit-on aller le fédéralisme ou le nationalisme ?

Perdus au milieu de considérations politiques majeures dont ils ne savent comment se dépêtrer et incapables de se réunir pour y réfléchir, nos politiques commencent en réalité à comprendre que la faillite du système est inévitable et que l’économie ne nous sauvera pas. Que ni l’austérité ni la relance, ni l’or ni le bancor, ni le fédéralisme ni le nationalisme ne sauveront un système totalement déconnecté de la réalité. Il est déjà trop tard, et tout est beaucoup trop compliqué : alors, faute de savoir comment repartir sur d’autres bases, nos dirigeants, nos financiers, et même les peuples qui les subissent préfèrent faire semblant de croire que ce ne sont que des erreurs de calculs ; et ils comptent et recomptent encore, avec une probabilité de se tromper - encore une fois - qui doit largement dépasser les 50 % …

En attendant le temps passe et les calculs ne seront jamais justes : car l’erreur n’est pas dans le calcul lui-même mais bien dans le fait de vouloir calculer l’incalculable. Et au lieu de nous apitoyer sur nos faibles politiques, ou même sur nos génies mathématiques, nous ferions mieux de nous préoccuper nous-mêmes de notre avenir et de celui de nos enfants. Et avant de leur apprendre à compter, nous devrions leur apprendre à réfléchir, ce ne serait peut-être pas du temps de perdu… Bon, le taux de probabilité de réalisation d’une telle politique non économiquement rentable est certes proche de zéro, mais celui de son utilité pour l’humanité avoisine pourtant les 100 %.

Dommage que la réalité ressemble parfois curieusement à l’absurde.

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

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