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Le Monde Diplomatique, mai 2015

Comment échapper à la confusion politique, demande Serge Halimi ?
En prétendant que « Mme Le Pen parle comme un tract communiste des années 1970 », M. François Hollande a contribué au brouillage des repères politiques en France. La multiplication des alliances entre des Etats qu’a priori tout oppose rend également plus délicate la compréhension des relations internationales. Et l’information accélère sans cesse la cadence, ce qui accroît la confusion ambiante. Dans ce contexte chaotique, comment conjurer les replis identitaires et clarifier les enjeux ?

Plus de quatre ans après le début des révoltes arabes et les manifestations planétaires contre l’envol des inégalités – des « indignés » à Occupy Wall Street, l’absence de résultats immédiats et la perte de repères clairs découragent les ardeurs à transformer la société et le monde. Un désenchantement s’exprime : « Tout ça pour ça ? » De vieux partis se décomposent ou changent de nom. Des alliances insolites se multiplient, ce qui bouscule également les catégories politiques habituelles. La Russie dénonce les « fascistes de Kiev » mais accueille à Saint-Pétersbourg un rassemblement de l’extrême droite européenne ; la France alterne proclamations vertueuses sur la démocratie, la laïcité, et soutien redoublé à la monarchie saoudienne ; le Front national (FN) prétend se réjouir du triomphe électoral d’une gauche radicale et internationaliste à Athènes.

Rodney Benson fait le point sur quarante ans d’immigration dans les médias en France et aux Etats-Unis :
Emouvant quand il meurt dans un naufrage, inquiétant lorsqu’il perturbe l’ordre public, l’étranger dope toujours l’Audimat. En France comme aux Etats-Unis, le traitement de l’immigration se focalise de plus en plus sur les questions humanitaires et de sécurité, en épousant en général les exigences du calendrier politique.

« On a tendance à ne parler des immigrés que sous l’angle du fait divers ou du misérabilisme, à ne les voir que comme des agresseurs ou des victimes », observait en 1988 Robert Solé, journaliste au Monde. Vingt-sept ans plus tard, la remarque n’a rien perdu de sa pertinence. Et sa validité dépasse largement les frontières françaises.

Renaud Lambert est à la recherche du prochain Syriza :
Dans le bras de fer qui l’oppose à Berlin, Athènes cherche des soutiens. L’élection de M. Alexis Tsipras a-t-elle profité à ses alliés potentiels ailleurs en Europe ?
Sur un point au moins, le nouveau premier ministre grec et ses interlocuteurs bruxellois s’accordent : la Grèce ressemble à un domino en équilibre précaire. Chez les seconds, la perspective de son basculement suscitait jusqu’à récemment des images de débâcle financière. Depuis la victoire de M. Alexis Tsipras aux élections de janvier, un autre scénario de contagion les alarme : la propagation de l’idée que l’austérité ne fonctionne pas. Soit précisément ce qu’espère Athènes.

… et cherche des points de convergence avec la situation en Irlande :
En Irlande, le parti nationaliste Sinn Féin (allié traditionnel de Syriza) pourrait profiter d’un paysage politique en décomposition lors des prochaines élections législatives. Mais la principale menace pour les politiques d’austérité a pris une forme plus inattendue : le rejet massif d’une taxe sur l’eau courante.
Le 24 juillet 2014, le quotidien britannique The Guardian s’interrogeait sur l’un des mystères de la crise européenne : « Pourquoi les Irlandais réagissent-ils aussi calmement (1). » Longtemps érigé en parangon de réussite libérale (2), Dublin dévisse lors de la débâcle financière : le déficit budgétaire atteint 32 % du produit intérieur brut (PIB) en 2010, du jamais vu. Mais la petite île émeraude conserve son statut de modèle. Non seulement le pays s’impose une cure d’austérité d’une violence rare, mais la population ne descend que rarement dans la rue. En avril 2009, le ministre des finances irlandais Brian Lenihan se félicite : « Nos partenaires en Europe sont impressionnés par notre capacité à endurer la douleur. En France, vous auriez eu des émeutes (3). »

Un dossier au joli titre : L’Allemagne, puissance sans désir
« La France serait contente que quelqu’un force le Parlement [à adopter des réformes], mais c’est difficile, c’est la démocratie. » Prononcées le 16 avril dernier par le ministre des finances allemand, M. Wolfgang Schäuble, ces paroles n’illustrent pas seulement le dédain des dirigeants européens pour la souveraineté populaire. Elles soulignent surtout la position de force inédite acquise en Europe par l’Allemagne, qui impose à ses voisins une culture économique centrée sur l’équilibre budgétaire. Mais ce culte conservateur voué au zéro — zéro déficit, zéro dette, zéro tolérance vis-à-vis d’Athènes — masque des fractures profondes à l’intérieur du pays : à propos de la monnaie unique et de l’immigration, de l’industrie militaire ou encore du rapport des femmes au travail. D’autres dissensions, enfin, lézardent la zone euro. Pour combien de temps ?

Valls et Macron se sont-ils couchés devant les sociétés d’autoroute (“ Gagnant-gagnant ? ”)
Après un combat homérique mené au sabre en plastique et suivi d’une retraite en rase campagne, le premier ministre français Manuel Valls s’est félicité de l’accord trouvé avec les sociétés concessionnaires d’autoroutes (SCA), le 9 avril dernier. Une décision « gagnante-gagnante », selon le ministre de l’économie Emmanuel Macron.
Gagnants, les usagers et l’Etat le seraient en apparence. Les tarifs n’augmenteront pas en 2015. Les SCA verseront 500 millions d’euros pour améliorer les infrastructures dans les trois prochaines années et investiront 3,2 milliards d’euros dans le cadre d’un « plan de relance autoroutier », probablement urgent à la veille du sommet mondial de Paris sur le climat...
Gagnantes, les sept principales sociétés d’autoroutes le seront assurément. On ne touche pas à l’« équilibre » des contrats. En compensation de leur obole, elles voient leurs concessions prolongées d’au minimum deux ans, reçoivent en cadeau plusieurs tronçons et pourront intégralement répercuter l’augmentation suspendue des tarifs après 2016.

Kristin Ross étudie la genèse de la Commune de Paris : L’internationalisme au temps de la Commune :
De nombreux historiens ont analysé la Commune de Paris comme un soulèvement patriotique trouvant son origine immédiate dans la confiscation des canons de la Garde nationale en mars 1871. Mais les fondements intellectuels de cette insurrection semblent plus anciens : dès 1868, dans les clubs politiques et les réunions populaires de la capitale, des citoyens en appellent à la « République universelle ».

En avril 1871, au plus fort de la Commune de Paris, sept mille ouvriers londoniens organisèrent une manifestation de solidarité avec leurs camarades parisiens, marchant depuis ce que la presse bourgeoise britannique appelait « notre Belleville » – le quartier de Clerkenwell Green – jusqu’à Hyde Park, par un temps épouvantable. Accompagnés d’une fanfare, ils brandissaient des drapeaux ornés des slogans « Vive la Commune ! » et « Longue vie à la République universelle ! ».

Selon Akram Belkaïd, Washington est débordé par l’affrontement entre Riyad et Téhéran :
Après un mois de bombardements, la coalition menée par l’Arabie saoudite déclare privilégier une solution politique à la crise yéménite. Pour autant, tout à son bras de fer avec l’Iran, le royaume wahhabite n’écarte pas l’option d’une offensive terrestre contre la rébellion chiite houthiste. Cette perspective inquiète l’administration Obama, qui a du mal à maintenir la cohésion parmi ses alliés.

Shervin Ahmadi perçoit un accord qui ouvre le champ des possibles en Iran :
Avant tout, la conclusion d’un accord sur le programme nucléaire iranien représente une victoire pour Téhéran. Certes, le régime a dû reculer sur certains points auparavant présentés comme non négociables : le nombre de centrifugeuses et le taux d’enrichissement de l’uranium. Mais il obtient en échange le statut d’interlocuteur reconnu de l’Occident, en particulier des Etats-Unis. La République islamique voit ainsi se dessiner la perspective de nouvelles coopérations avec ses détracteurs d’hier, d’abord sur le plan économique puis, peut-être, à plus long terme, dans les domaines militaire et politique. Et cela même si rien n’est encore joué et si des divergences majeures subsistent quant à l’interprétation de l’accord de Lausanne, notamment en ce qui concerne le rythme auquel les sanctions seront levées.

L’État russe contrôle-t-il Gazprom (“ Gazprom, le Kremlin et le marché ”), se demande Catherine Locatelli ? :
La Commission européenne a enclenché une procédure d’abus de position dominante contre Gazprom. Généralement perçu comme une arme au service de l’influence politique russe, le géant gazier est aussi une entreprise qui évolue sur un marché de plus en plus concurrentiel. Pour des raisons autant économiques que géopolitiques, il cherche à diversifier sa clientèle.

Liés par l’histoire, Gazprom et l’Etat russe entretiennent des relations étroites, mais pas fusionnelles. L’entreprise est l’héritière directe du ministère soviétique de l’industrie du gaz, transformé en 1989 en un groupement économique d’Etat soumis au principe d’autonomie financière et de gestion. Son président, Viktor Tchernomyrdine, devient premier ministre en 1992. L’année suivante, il fait de Gazprom une société par actions et ouvre largement son capital. L’Etat reste néanmoins dominant avec 38 % des parts. Devenu président de la Fédération de Russie en 1999, M.Vladimir Poutine réaffirme le contrôle du gouvernement sur ce puissant instrument géopolitique. Il met un proche, M.Alexeï Miller, à la tête de la compagnie, dont l’Etat détient désormais 51 % des parts.

Ces dernières années, la dette africaine s’est « métamorphosée » (Sanou Mbaye ) :
La dette africaine mobilise beaucoup d’attention depuis des décennies, tant de la part des institutions financières internationales que des associations réclamant son annulation pure et simple. Si de nombreux Etats du continent se sont désendettés grâce à l’envol du cours mondial des matières premières, d’autres ont connu une évolution inverse et sont menacés par des fonds vautours.

Pour Barbara Landrevie, la Méditerranée est empoisonnée :
Au nom de la préservation de l’emploi, l’usine d’alumine des Bouches-du-Rhône a bénéficié d’un très long moratoire pour mettre fin aux rejets de boues rouges dans la Méditerranée. Vingt ans plus tard, la pollution perdure et l’emploi n’a jamais paru autant menacé, faute de solutions durables. Les documents que nous versons au dossier démontrent l’importance de l’enjeu sanitaire.

Arsenic, uranium 238, thorium 232, mercure, cadmium, titane, soude, plomb, chrome, vanadium, nickel : voilà quelques composants des « boues rouges » déversées chaque jour par centaines de tonnes dans la mer Méditerranée. Une canalisation construite en 1966 rejette ces déchets à sept kilomètres des côtes, au cœur d’un site remarquable par sa biodiversité, devenu en avril 2012 le parc national des Calanques. En un demi-siècle, près de trente millions de tonnes ont été répandues à deux cent cinquante mètres de profondeur. Elles dispersent leurs éléments toxiques du golfe de Fos à la rade de Toulon, s’ajoutant aux eaux polluées du Rhône.

Pour Dominique Hoppe, le tout-anglais coûte cher (“ Le coût du monolinguisme ”) :
Idée reçue : généraliser l’usage de l’anglais dans les organisations internationales permettrait de réaliser de conséquentes économies. L’étude des chiffres relativise cette assertion, qui repose sur une vision partielle et partiale. L’imposition d’une langue unique génère des injustices et des erreurs, alors que la diversité linguistique favorise l’exercice des droits et la vitalité démocratique.

Au sein des organisations internationales, la politique linguistique fait l’objet de débats intenses. Bien que les règles statutaires définissent des langues officielles et des langues de travail (six aux Nations unies. vingt-quatre dans l’Union européenne ), un monolinguisme de fait s’impose peu à peu. On évoque, presque sans complexes, une nouvelle langue de communication : l’English lingua franca (ELF). Longtemps présentée comme le résultat regrettable mais inévitable de contraintes budgétaires, cette évolution semble aujourd’hui assumée. Les cultures professionnelles des organisations internationales intègrent désormais la domination de l’anglais, et ses défenseurs affirment même qu’il s’est internationalisé : affranchi des pratiques et représentations des locuteurs natifs, il ne constituerait plus une menace pour la diversité linguistique ou l’équité.

Janette Habel explique en quoi « Cuba débat » :
L’annonce d’une visite officielle du président français à Cuba, le 11 mai 2015, a marqué une nouvelle étape du dégel entre La Havane et les puissances occidentales. Déjà, le chef d’Etat cubain Raúl Castro et son homologue américain Barack Obama avaient échangé une poignée de main historique lors du sommet des Amériques, en avril. Une accélération de l’histoire qui suscite quelques interrogations dans l’île...

Alexia Eychenne décrit le bagne des domestiques philippine et indonésiennes à Hongkong :
Chaque année, des milliers de domestiques philippines ou indonésiennes immigrées à Hongkong sont licenciées illégalement. Leur faute ? Etre tombées enceintes. Friand de leur force de travail, le territoire refuse qu’elles fondent une famille. Privées d’emploi, elles ont deux semaines pour plier bagage.

Gérard Mordillat observe de manière originale l’art contemporain (“ Voir ou avoir ?) :
Cadavres dans le formol, vidéos de filles nues roulées dans la boue : ces audaces très convenues, portées par la valeur financière que leur confèrent des effets de mode, dominent l’art contemporain. Plus discrètement, des peintres continuent, eux, d’affronter la toile pour produire les déflagrations esthétiques et sensorielles à même de nourrir l’œil, le cerveau et tout le corps du spectateur.

Lucie Geffroy donne un exemple de « guérilla littéraire » :
Mettre en échec la logique médiatique, accompagner les luttes altermondialistes, échafauder de nouveaux grands récits pour remplacer les mythes « toxiques » du capitalisme contemporain : la démarche du collectif d’écrivains bolonais Wu Ming connaît un grand retentissement en Italie et au-delà.

Pour Mona Chollet , voici venu « le temps des claustrophiles » :
Aux Etats-Unis, M. Jay Shafer a connu la célébrité en 2007 quand l’émission télévisée d’Oprah Winfrey a popularisé son concept de tiny house (« maisonnette »). Il vivait alors au vert dans une habitation de neuf mètres carrés montée sur roues, bourrée d’idées ingénieuses, avec un toit à deux versants et un porche. Structure en bois clair, édredon blanc sur le lit en mezzanine : son design sobre conférait à son intérieur une rusticité élégante. Il avait même réussi à y caser une cheminée. En dix ans, entre son Iowa natal et la Californie, il a vécu dans trois tiny houses qu’il avait dessinées et construites lui-même. Après avoir cofondé en 2002 la Small House Society, il a lancé une entreprise de conception de maisons semblables à la sienne, dont les prix ne dépassent pas 30 000 dollars.

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