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Le Monde Diplomatique (novembre 2020)

Pour Serge Halimi, la France est à la merci d’une machine infernale : « Déjà confrontée à des angoisses sanitaires, écologiques, économiques et sociales, la société française encaisse une volée de coups supplémentaires sous forme d’attentats terroristes. On veut alors la mobiliser pour la « guerre ». Une de plus. Mais, l’ennemi étant souvent indétectable, sa destruction réclame toujours un arsenal plus puissant que le précédent. Non pas – ou pas encore – des canons et des parachutistes, mais des atteintes supplémentaires aux libertés publiques. Qui ose en effet défendre celles-ci après un attentat ou pendant une épidémie ? Des restrictions sont donc imposées et acceptées sans débat. Il ne s’agit que d’une parenthèse, nous dit-on ; on la refermera sitôt terrassé le virus, ou le terroriste, et revenus les jours heureux. Les jours heureux ne reviennent pas. Et soumise à ce régime, une société peut craquer. »

Pour Philippe Descamps, la médecine française est sous influence : « La France affronte une seconde vague épidémique de Covid-19 dans un climat de scepticisme et d’abattement. La méfiance engendrée par l’incurie – doublée d’autoritarisme – des pouvoirs publics rend plus ardue encore la sortie d’une crise profonde, qui touche à tous les domaines de la vie. Le doute n’épargne plus l’expertise médicale, soupçonnée de succomber à des influences politiques, médiatiques et surtout économiques.

Biden ou Trump. Olivier Zajec pense que l’ordre international sera moins dicté par Washington : « La plupart des grands États européens souhaitent l’élection de M. Joseph Biden. Ils imaginent qu’elle favoriserait le retour à un ordre mondial moins chaotique. Mais l’identité du locataire de la Maison Blanche et les choix diplomatiques des États-Unis ont cessé de déterminer tous les équilibres stratégiques. »

Les Latino-américains adorent les séries turques (Anne-Dominique Correa) : « Au royaume de la « telenovela », une grande partie de la population continue à s’enthousiasmer pour les scénarios à l’eau de rose qui caractérisent le genre : un cocktail d’héroïnes vertueuses, de sentiments chastes et d’ascension sociale rapide. Sauf que les séries vers lesquelles se tourne désormais l’Amérique latine ne sont plus écrites ni réalisées dans la région, mais en Turquie. »

Robert Boyer explique comment le Covid remodèle l’économie : « Près d’un an après l’irruption du Covid-19, le monde reste démuni face à la pandémie. Les mesures prises pour la contrer ont en revanche provoqué une triple crise, économique, politique et civique. Deux tendances lourdes s’en trouvent d’ores et déjà renforcées : le triomphe des industries numériques et le retour de l’État comme aiguilleur du capitalisme. Deux mouvements complémentaires… »

Ian Urbina décrit les secrets et la puissance de la flotte de pêche chinoise : « Nul ne sait précisément combien de bâtiments compte la flotte de pêche chinoise. Il reste que cette armada, qui quadrille l’ensemble de la planète, surpasse toutes les autres, tant par son envergure que par son rayon d’action. Elle joue aux yeux de Pékin un rôle crucial, à la fois pour nourrir sa population et pour placer ses pions sur l’échiquier géopolitique. »

Pendant ce temps, des centaines de milliers de travailleurs de la mer sont bloqués (Pierre Rimbert) : « Dans quel abîme les politiques de lutte contre le Covid-19 ont-elles plongé le monde pour que les marins du secteur commercial en soient réduits à supplier qu’on leur accorde au moins le même droit que celui dont jouissent les marchandises : celui d’embarquer et de débarquer ? En octobre 2020, plus de 800 000 travailleurs de la mer, sur le 1,7 million que compte la marine marchande, étaient bloqués, les uns à bord, avec l’interdiction de descendre, et les autres à terre, avec l’interdiction de monter.

Pour ces derniers, l’absence de contrat, et donc de salaire, les condamne à la misère. Pour les autres, toujours en mer, l’enfer s’éternise. Il a commencé en mars, quand la mise à l’arrêt de l’économie asiatique, puis mondiale, a empêché la relève des équipages et comprimé l’horizon des matelots aux quartiers spartiates des porte-conteneurs et vraquiers — ou aux ponts inférieurs des navires de croisière. Pendant que, à terre, une partie des populations confinées commandait frénétiquement sur Amazon des rameurs d’appartement et des tapis de yoga, les marins s’activaient pour convoyer vers les ports occidentaux ces planches de salut fabriquées en Asie. Au cours d’un mois ordinaire, cent mille navigants descendent à quai, et autant les remplacent. Hongkong, Singapour ou les Philippines figurent parmi les points-clés de ces rotations. Mais, entre les fermetures de ports et de frontières, les suppressions de lignes aériennes, les interdictions de débarquer, les mesures de quarantaine, les formalités administratives byzantines, etc., il devenait difficile qu’un équipage se présente au moment précis où un autre quittait le navire en étant assuré de son rapatriement : depuis mars, seulement un quart des relèves ont lieu. »

Pour Frédéric OJardias, la société sud-coréenne est toujours très machiste : « Malgré des apparences de modernité et l’essor des nouvelles technologies, la société sud-coréenne demeure très machiste. Les femmes doivent être dévouées à leur famille. Toutefois, en octobre dernier, le gouvernement a présenté un projet de loi autorisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Un texte que les féministes jugent trop timoré. De jeunes militantes sonnent l’heure de la révolte. »

Jean-Christophe Servant décrit les marchés de dupes des partenariat public-privé en Afrique : « Lors d’une réunion virtuelle avec des ministres et des entrepreneurs, le 15 septembre 2020, la Banque africaine de développement a décidé de promouvoir les partenariats public-privé (PPP) pour relancer des économies pénalisées par la crise sanitaire. Or l’expérience a montré que les PPP, supposés attirer les capitaux privés, grevaient durablement le budget des États. »

Gilbert Achcar explique pourquoi le Covid frappe au premier chef les pays pauvres : « Avec la pandémie de Covid-19, la planète connaît sa plus grave crise économique depuis l’entre-deux-guerres. Explosion du chômage, insécurité alimentaire, décrochage scolaire… : si les effets du « grand confinement » se font ressentir partout, ils sont démultipliés dans les pays pauvres, où le secteur informel, par définition dénué de protection sociale, tient une place prépondérante. »

Moscou se rêve en « ville globale » (Vladimir Pawlotsky : « Depuis dix ans, la capitale russe soigne sa communication. Adepte du marketing urbain dernier cri, la municipalité entend, comme les autres grandes métropoles mondiales, séduire les investisseurs et les cadres des multinationales. Mais cette politique dissimule mal une reprise en main du Kremlin, au service d’un creusement des inégalités territoriales. »

Le Haut-Karabakh s’embrase (Sergueï Markedonov ) : « Le Haut-Karabakh connaît une nouvelle escalade militaire. Le conflit autour de cette république autoproclamée, située à l’intérieur des frontières officielles de l’Azerbaïdjan et soutenue par l’Arménie, menace la stabilité du Caucase. Alors que les deux trêves négociées sous la houlette de Moscou n’ont pas tenu, l’engagement sans retenue de la Turquie derrière Bakou éloigne les perspectives de paix. »

La Pologne s’accroche à son charbon (Agathe Osinski et Matthias Petel ) : « Unique pays de l’Union européenne à s’opposer à l’objectif d’une neutralité carbone en 2050, la Pologne a toutefois promis en septembre dernier d’en finir avec le charbon d’ici à 2049. Cette dépendance s’explique davantage par la structuration de son économie et par les réformes menées depuis 1989 que par une préoccupation moins forte qu’ailleurs pour le changement climatique. »

Érika Wicky se penche sur la thématique du miasme et de la jeune fille : « Répandue du Proche-Orient au Japon, la tradition du bain parfumé remonte à l’Égypte antique. Cette pratique connaît cependant une éclipse en Occident durant le Moyen Âge, à la faveur de la christianisation. C’est seulement au XIXe siècle que faiblissent les tabous pesant sur l’hygiène féminine – pour le plus grand profit de l’industrie de la parfumerie, qui impose de nouvelles normes. »

Hernando Calvo Ospina revient sur l’énigme de « La Coubre » : « Mars 1960. Une double explosion dans le port de la capitale cubaine entraîne la mort de soixante-dix personnes. Accident, sabotage ou attentat ? Les révolutionnaires cubains qui ont renversé la dictature de Fulgencio Batista un an plus tôt mènent l’enquête. Des documents récemment déclassifiés jettent une lumière nouvelle sur cette affaire. »

À Liverpool, le football est un creuset pour l’identité (Quentin Guillon) : « Pour ses supporteurs, le Liverpool Football Club, sacré champion d’Angleterre en juin 2020, est l’emblème d’une ville fière de sa singularité, à la fois populaire, ouverte sur le monde et défiante envers le reste du pays. Arrivés aux manettes il y a dix ans, les propriétaires américains du club cultivent soigneusement cette image, qui séduit désormais au-delà des frontières de la cité portuaire. »

Qu’en est-il du devoir de réserve des fonctionnaires (Arnaud Bontemps, Grégory Rzepski) : « À la mi-octobre, quatre enseignants des Deux-Sèvres passaient devant le conseil de discipline de leur établissement. Leur faute ? En participant à des rassemblements contre la réforme du baccalauréat, ils auraient trahi le « devoir de réserve » qui s’imposerait aux salariés du service public. Souvent invoquée, cette notion aux contours flous favorise une forme d’autocensure des fonctionnaires. »
par

Peut-on enrayer les épidémies dans les élevages, « d’autant plus inquiétantes que certains virus – impossible de l’ignorer désormais – franchissent la barrière des espèces (Lucile Leclair) ? La réponse sanitaire internationale ressemble à une fuite en avant du modèle industriel. Les mesures prônées menacent la santé et les écosystèmes, tout en condamnant les exploitations à taille humaine. »

La culture française est-elle toujours rayonnante ? (Pascal Corazza) « Glorifier fugacement la culture comme une caractéristique de la France, célébrer l’« exception culturelle », souligner l’importance des artistes dans son histoire relève du poncif, pratiqué avec entrain par les politiques de tous bords. Ce qui n’empêche pas la dévitalisation progressive d’un réseau qui sut longtemps faire rayonner son influence. »

Cyril Pocréaux et François Ruffin se demandent si la “ course ” à la 5G sert bien à quelque chose : « Quelle est donc la priorité de M. Thierry Breton, l’ancien patron de France Télécom, à peine nommé commissaire européen au marché intérieur ? Non pas l’Europe sociale, non pas l’harmonisation fiscale, ces promesses agitées depuis trente ans et qui, manifestement, peuvent encore attendre. Quelle est l’urgence pour les peuples, pour leur avenir ? La 6G. La 5G n’est pas encore arrivée, 40 % du territoire français ne dispose pas de la 4G, Bussus-Bussuel – code postal 80135, dans la Somme – et des centaines d’autres communes ne disposent toujours que de la 0G, mais les têtes pensantes de Bruxelles, décidément tournées vers l’avenir, préparent la 6G. Et pourquoi ? Pour « accélérer », pour « faire la course en tête ».

La même image revenait à l’Assemblée nationale dans la bouche de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l’industrie, le 30 juin dernier : « Il y a une course, et la France risque de prendre du retard. Comme la Suède, la Finlande, l’Allemagne, les États-Unis, la Chine, la Corée, la Nouvelle-Zélande, nous allons lancer les enchères pour la 5G, cette technologie essentielle à la compétitivité du pays. Nous le faisons pour le pays, nous le faisons pour notre industrie, nous le faisons pour les Français. Faisons attention à ne pas prendre du retard sur le reste de la compétition… »

Mais quel est le sens de cette « course » ? Le bonheur, le bien commun ?

Enfin, Évelyne Pieiller nous fait découvrir le travail considérable et innovant de Lynd Ward (L’Éclaireur, Éditions Monsieur Toussaint Louverture, traduction Jean-Charles Khalifa) : “ Il est bon de pouvoir parfois s’exalter un peu. Pourtant, initialement, c’est surtout l’entreprise éditoriale qu’on avait envie de saluer : qu’une maison de taille aussi modeste que Monsieur Toussaint Louverture se lance dans la publication impeccable des récits en gravures sur bois de l’Américain Lynd Ward (1905-1985) relève de l’amour pur pour la beauté d’une œuvre, et les considérations comptables semblent écartées avec panache. Mais, dans un second temps, c’est le travail même de Ward qui soulève peu à peu une admiration effervescente. Réalisées pour l’essentiel dans les années 1930, ces histoires sans mot, constituées de planches en noir et blanc, à la composition fulgurante, une seule par page, évoquent les mythologies américaines et l’actualité sociale, la répression des manifestations ouvrières durant la Grande Dépression et la puissance des désirs sexuels, les élans révolutionnaires et l’empêchement de vivre. Imposant une sorte d’expressionnisme « gothique », implacable et halluciné, nourri de symboles, c’est un travail « visionnaire » – comme l’affirme Art Spiegelman, l’auteur de Maus –, d’une stylisation tourbillonnante, qui impulse une lecture très singulière : chacun est libre de développer ses propres interprétations, tout en suivant le fil proposé par l’auteur. ”

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