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Les FARC sous l’arbre de Noël

« Les FARC se trompent si elles pensent que nous sommes d’humeur à la fête » (1) annonce en guise de mise en garde le fraîchement nommé Edgar Cely, commandant des Forces Militaires colombiennes. « Notre loyauté est envers le peuple colombien, a-t-il ajouté, je crois que la situation du pays mérite que nous sacrifions n’importe quelle festivité pour pouvoir être aux côtés du peuple colombien. Par conséquent la décision a été prise d’annuler les permissions de vacances aux commandants opérationnels pour qu’ils puissent, avec leurs hommes, se dédier à maintenir la sécurité sur le territoire national ». L’ancien amiral, âgé de 58 ans, compléta son intervention par ce conseil lancé aux guérilleros face à l’intensification des opérations militaires : « Ils devraient en profiter pour se démobiliser » (2). Un souhait partagé par diverses personnes semble-t-il, car le 17 décembre 2010, El Espectador informait, sur sa page internet, de la mise en place de l’"Operación Navidad" (Opération Noël) qui consistait à inciter les guérilleros à se démobiliser. Deux hélicoptères Black Hawk, deux commandos de contre-guérilla, renforcés par 200 soldats des forces spéciales, ainsi que deux milles ampoules lumineuses ont été nécessaires pour cette dite opération. Celle-ci a consisté à décoré un arbre au milieu de la jungle, dans la région de la Macarena, sur lequel une banderole déployée laissait lire : « Si Noël a pu arriver jusqu’à la jungle, vous pouvez vous aussi arriver jusqu’à votre foyer. Démobilisez-vous. A Noël tout est possible ». Une vidéo du Ministère de Défense Nationale expose, sous forme de clip publicitaire, les différentes phases de l’opération et se termine par le témoignage de soldats colombiens souhaitant un "joyeux Noël" à la guérilla tout en leur demandant de se démobiliser (3).

Une opération de "communication" assez ridicule qui vise sans doute plus à redorer l’image d’un armée salement empêtrée dans les affaires de "faux positifs" (assassinats de civils sous couvert de lutte anti-guérilla) plutôt qu’à réellement saper le morale des insurgés. Ces derniers, de leur côté, ne montrent pas de signe de démobilisation, et ce malgré les importants coups durs auxquels les a soumis l’armée colombienne ces derniers temps. Bien a contraire, les FARC ont, semble-t-il, repris une phase offensive qui met en évidence leur extraordinaire adaptabilité et ne permet pas de présager leur extinction pour la fin 2010. Le 2 décembre 2010 est rendu public le rapport annuel de la Corporation "Nuevo Arco Iris", observatoire du conflit colombien. Le directeur de cette ONG, Leon Valencia, affirme clairement : « l’état est en train de gagner la guerre dans les airs, mais dans l’infanterie les FARC sont supérieures » (4). Selon cet observateur le conflit se détériore sérieusement depuis le mois d’octobre, et bien que le "Bloc Oriental" se soit débilitée depuis la mort de Mono Jojoy, d’autres régions voient un renforcement des rangs de la guérilla (principalement la côte ouest du pays). A ce rythme-là , les forces publiques risquent de voir le nombre de pertes (blessés et décès) atteindre celui de 2.500 militaires et policiers pour l’année 2010 (à titre d’exemple, l’année 2009 a enregistré 2.320 pertes) (5). La nouvelle tactique de guerre des FARC, face aux bombardements de l’armée, est de revenir à des unités plus réduites, donc plus mobiles. La décentralisation accélérée a permis que la mort d’un dirigeant n’affecte pas l’ensemble de la structure de la guérilla. En matière d’action les guérilleros développent, toujours selon le rapport de l’ONG, une guerre d’harcèlement dans laquelle prédominent franc-tireurs et mines antipersonels. « Dans le sud de Tolima, les FARC ont cessé de semer des mines et les accrochent aux branches des arbres à une distance de deux ou trois mètres (...) l’utilisation de ces mines à provoqué la perte de la vue et la défiguration d’une douzaine de militaires » (6). A cela s’ajoute le grand nombre de combats ayant été enregistrés durant cette année (plus de 400), entendant qu’un combat est un affrontement entre deux forces adverses durant plus de 120 minutes, ce qui « démontre que les FARC maintiennent encore une forte capacité belliqueuse dans de nombreuses régions du pays » (7).

Alors que l’armée semble toujours décidée à capturer ou bien éliminer Alfonso Cano (8), commandant en chef de la guérilla, celle-ci a récemment fait un pied de nez aux Forces Armées colombiennes en infiltrant la base aérienne d’Apiay (dans le Meta). Le 20 décembre 2010, le quotidien Semana titre « Force Aérienne admet l’infiltration des FARC. Le général Julio Alberto Gonzalez a signalé que le groupe guérillero aurait, semble-t-il, noué des contacts avec des travailleurs civils de la base aérienne Apiay » (9). Selon l’officier, certains travailleurs faisaient partie d’un réseau de trafique de vente de matériel de rechange volé, une condition de "délinquants" qui aurait facilité leur prise de contact avec les FARC. Apparemment, la mission de ces hommes était de récupérer des informations personnelles sur les pilotes. Interrogé par El Tiempo.com, Julio Alberto Gonzalez affirme : « Nous ne savons pas jusqu’à quel point ait allé cette infiltration. Le fait est que les mesures de sécurité prises ont été effectives » (10). Ce fait est d’autant plus symbolique que la base d’Apiay est celle à partir de laquelle décollent la plupart des avions ayant pour mission de bombarder les différents campements de la guérilla, comme ce fut le cas lors de l’attaque contre feu "Mono Jojoy", et que c’est l’une des bases utilisée par l’armée nord-américaine dans leur stratégie d’ingérence impérialiste dans la région.

Il serait néanmoins malhonnête de ne pas reconnaître chez les FARC un certain "esprit de paix" si rattaché à cette époque de Noël. Parallèlement à cette recrudescence de violence, la guérilla a annoncé, dans un communiqué du 10 décembre 2010, que 5 prisonniers de guerre seraient prochainement relâchés. « Comme un geste d’humanité » mais aussi comme geste de « réparation à la sénatrice de la paix » (11), Piedad Cordoba. Femme politique, membre du Parti Libéral, Mme Cordoba s’est illustrée durant les négociations avec les FARC à partir de 2007, obtenant la libération unilatéral de plusieurs prisonniers. Le 27 septembre 2010, sous des accusations de liens avec le groupe armé, la sénatrice est destituée de ses fonctions et inhabilité à remplir toute mission gouvernementale durant 18 ans. Condamnant cette décision, les FARC, qui affirment n’entretenir aucun lien politique avec l’ex-sénatrice, laisse entendre que les négociations de paix ne se réaliseront pas sans elle. La décision de libérer 5 prisonniers est « prise et la date dépendra des garanties qu’octroiera le gouvernement pour que la sénatrice Cordoba puisse recevoir ceux qui seront libérés » (12) annonce l’Etat Major de la guérilla. Dès lors, le président Santos s’est dit en attente des coordonnées délivrées par les FARC pour que s’effectue la libération des cinq hommes retenus par la guérilla (13). Comme le mettent en lumière différent observateurs, l’enjeu pour 2011 sera de savoir si le président colombien tentera une négociation avec les insurgés ou bien tentera-t-il d’obtenir une victoire militaire sur ceux-ci, chose qui semble être bien difficile.

Loïc Ramirez

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