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Méthodes de crevure dans l’élevage de crevettes

La grande majorité des crevettes d’élevage appartiennent à la famille des pénéides. Au cours de la seconde partie du XXème siècle, cet élevage est passé d’une activité séculaire de petits exploitants (en Asie du Sud-est), à une industrie mondiale.

Les progrès technologiques ainsi que l’augmentation de la demande (aux Etats-Unis, au Japon et en Europe occidentale) ont conduit à des pratiques de plus en plus intensives et une activité désormais largement tournée vers l’exportation. Notons que cette industrialisation a été d’autant plus rapide qu’elle a pu bénéficier dès le départ d’un soutien politico-financier à l’échelle mondiale (FAO, Banque mondiale) et de diverses initiatives nationales (investissement scientifique de la part de la CNEXO puis de l’Ifremer en France par exemple).

Finis la mangrove, les étangs et autres espaces naturels, les crevettes pénéides évoluent désormais en bassin : d’abord en écloserie (stade larvaire), puis en nurserie (du stade post-larvaire au stade juvénile) et enfin en bassin de grossissement (où elles sont pêchées à maturité) ; un parcours d’étapes qui n’est pas de tout repos : le stress (captivité, manipulation, surpopulation), le milieu (qualité et/ou température de l’eau) et les épidémies (d’infections bactériennes ou virales) engendrent fréquemment des taux de mortalité importants. Par ailleurs, certains spécimens sont sélectionnés ou achetés spécialement pour la reproduction (géniteurs) ; ils font alors l’objet d’un traitement particulier : bassins séparés, alimentation adaptée, insémination artificielle et épédonculation.

L’épédonculation, mais qu’est ce ? Chez la femelle, les pédoncules oculaires sont le siège d’une glande endocrine (organe X), laquelle secrète une hormone qui inhibe l’activité ovarienne. Leur ablation (un seul côté suffit) permet alors de stimuler cette même activité ovarienne. De fait, la maturité sexuelle est avancée, les pontes sont plus fréquentes et les oeufs plus nombreux (plusieurs centaines de milliers d’oeufs par femelle et par mois au lieu de ... quelques centaines de milliers d’oeufs de façon naturelle). Comment s’y prendre ? Au choix, en ligaturant le pédoncule avec un fil, en l’écrabouillant entre deux doigts ou encore en le coupant avec des ciseaux (techniques récapitulées sur le site de la FAO). De la barbarie ? Ca crève les yeux.

Alors que cette idée fut longtemps niée, des études récentes ont montré que les crustacés ressentent de la douleur. Par exemple, des crevettes dont les antennes ont été imprégnées d’acide acétique (vinaigre) cherchent à les nettoyer de façon complexe et prolongée ; une activité qui est atténuée après l’application d’un anesthésique local (benzocaïne). Autre exemple, des crabes ayant reçu un choc électrique (d’intensité modérée) dans un refuge évitent ce refuge par la suite (le même résultat est obtenu avec des bernard-l’hermitte). Pour le chercheur qui a mené ces expériences, Robert Elwood, ces comportements prouvent qu’au delà de simples réflexes, l’expérience vécue par les crustacés fait l’objet d’un traitement neuronal central (mémorisation, apprentissage).

Bien évidemment, les crustacés ne crient pas, n’implorent pas, ne se débattent pas. De là à considérer qu’ils ne souffrent pas, il n’y a qu’un pas ... que la société franchit allègrement. Ainsi, la directive Européenne sur l’expérimentation animale (2010/63/UE) écarte t-elle de son champ d’application tous les invertébrés (crustacés et autres) à l’exception des céphalopodes. Parallèlement, certains scientifiques répètent à l’envi que les crustacés "n’ont pas de cerveau", que "leur système nerveux est réduit" ou que la douleur n’a pour eux "aucune fonction utile" ; bref, que ces animaux ne souffrent pas. En réalité, leur cerveau se matérialise par un ensemble de ganglions, lesquels innervent les mandibules, les antennes, les yeux etc. ; quant à la "fonction douleur", elle est prouvée par les expériences précitées.

Même si les crustacés ne sont pas considérés comme des espèces "évoluées", ils n’en possèdent pas moins des systèmes physiologiques avancés (coeur, reins, estomac, nerfs ...) et des facultés originales. On peut par exemple évoquer leurs yeux à facettes (dont on sait qu’ils peuvent permettre de voir 200 images par seconde), leurs poils sensoriels (certains permettant d’évaluer la résistance de l’eau, d’autres de repérer de la nourriture ou des congénères à distance) ou encore leur capacité à communiquer par des sons de basse fréquence (chaque spécimen ayant son propre "grondement"). Il ne fait ainsi aucun doute que ces animaux sont doués de conscience et de sensibilité. Le moins que l’on puisse faire est donc de les traiter de façon éthique.

Références

Le Canard Enchaîné, 19/08/2015, Au pays des aveugles, les crevettes sont reines
Wikipédia, Elevage de crevettes
L’élevage larvaire de crevettes en Nouvelle-Calédonie (pages 23 à 36)
Biologie et exploitation du crabe de paletuviers scylla serrata en Nouvelle Calédonie (épédonculation pages 97 à 100)
Reproduction et élevage larvaire des pénéides (tableau 6)
Science Daily, Crabs Not Only Suffer Pain, But Retain Memory Of It
Journal of experimental biology, Painful feelings in crabs
Science Direct, Nociception or pain in a decapod crustacean ?
Maxi Sciences, Les invertébrés ressentent-ils la douleur ?
Directive Européenne 2010/63/UE
Wikipédia, Crustacé
Université Lyon I, Etude morphologique et anatomique d’un crustacé : l’écrevisse (paragraphe : étude du système nerveux central)
Ifremer, Les algues et invertébrés marins des pêches françaises (pages 12 et 14)
Réseau savoir.fr, les arthropodes
Blog science infuse, Le bavardage des crustacés
Ifremer, Les crustacés (paragraphe : les émissions de sons)

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