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Une IDÉE pour repenser l’intelligence haïtienne : Intégrité, Dignité, Éthique, Engagement

A l'heure où Haïti sombre sous le poids d'une insoutenable indigence, il est devenu urgent, à l'aube de cette nouvelle année 2018, de questionner les fondements de l'intelligence haïtienne pour comprendre quelle est la fonction du savoir dans le devenir d'un peuple. Comme toujours, je n'ai pas de fleurs à offrir, mais des épines à partager, car le bilan du patrimoine culturel de mon pays, combien lourd d'un passif d'indignité, n'autorise guère à la complaisance et aux pseudo-congratulations. Du reste, le paysage humain et institutionnel haïtien interdit de célébrer une quelconque réussite qui eut pu justifier l'attribution de lauriers. Et ceux qui croient avoir des raisons de célébrer leur succès doivent humainement se questionner....... Oui, comme vous vous en doutez, il n’y aura pas de trêve même en cette saison de supercherie festive. Certaines batailles exigent la permanence de la pugnacité, car c’est la constance qui donne la légitimité.

Finir 2017 par la rupture d’avec l’indigence

Il y a un an, nous avions débuté 2017 avec un arrière-goût de médiocrité et de vulgarité. C’était la confirmation de la continuité d’un régime politique que nous savons pourtant tous corrompu et indigent, mais dont nous nous accommodons bien ; qui par délinquance assumée, qui par opportunisme mesquin, qui par anti-lavalas primaire, qui par précarité intellectuelle, qui par lassitude politique.

Les évènements qui se sont enchainés ont confirmé, peu ou prou, la clochardisation des institutions haïtiennes et la déshumanisation de l’homme haïtien incapable d’opposer le meilleur au pire et toujours dans la séduction vis à vis de la bêtise quand il en tire profit.

De l’arrestation par la DEA et de la condamnation par un tribunal fédéral américain d’un sénateur haïtien pour trafic de stupéfiants, quoi qu’indigemment élu ; du classement d’Haïti par les pays de la caraïbe (GAFIC) comme champion du blanchiment des avoirs dans la région ; de la publication du budget 2017 comme arme de terreur fiscale contre la population ; des révélations du rapport sénatorial sur l’escroquerie administrative et financière de PetroCaribe ; du soutien du chef de l’état au règne de l’impunité par son entêtement à banaliser la dilapidation des fonds de PetroCaribe ; de la débâcle institutionnelle mise en évidence par les déclarations de Paris par lesquelles le chef de l’état affirme avoir nommé des juges corrompus et possède des leviers dans toutes les institutions pour bloquer les dossiers pouvant nuire à son entourage ; du classement d’Haïti, par le célèbre magazine Forbes, comme l’un des 3 pires pays au monde pour faire des affaires ; nous avons là les échos d’un pays dont l’économie se criminalise, dont la dignité s’effrite, dont les institutions se « kokoratisent » et dont l’humaine condition s’évapore dans une course indigente contre la précarité.

Dans ce micmac humain qui défie tous les repères du bon sens, l’être haïtien a appris à vivre dans une imposture où tout se met au service du paraitre et de la survie. Face à tant d’évidences déshumanisantes, il convient de proposer, en cette fin d’année, une perspective d’espoir pour ne pas sombrer dans la folie et la dépression collectives qui, souvent conduisent, aux alternatives barbares et sanglantes.

Ainsi, pour rompre avec l’indigence de ces 60 dernières années par lesquelles le Duvaliérisme et ses avatars (transformations), ou ramifications, Lavalas, GNB et Tèt Kale ont hypothéqué, sinon anéanti, l’avenir de plusieurs générations d’hommes et de femmes, nous proposons une nouvelle IDÉE comme perspective citoyenne et collective pour aborder l’intelligence haïtienne.

I comme Intégrité

Si je viens parler d’une nouvelle intelligence haïtienne, ce n’est pas par prétention d’être intelligent ; mais simplement par aspiration et par besoin d’accéder à des exemples d’intégrité venant de la part de ceux qui revendiquent en Haïti tous les titres et tous les savoirs. Dans mon humble ignorance, guidée par une insoumise fierté et une insolente éloquence - pardonnez ma modestie, je revendique ce qui est évident, puisqu’à défaut de titres à exhiber, on m’interdit d’être intelligent -, je m’attendais à trouver des échos d’intégrité dans l’action, le comportement de ceux et celles qui ne cessent de dire qu’ils sont des modèles de réussite et qu’ils viennent des meilleures écoles du pays et des plus grandes universités d’ailleurs.

Comment peut on réussir dans un environnement où tout est échec ? Pourquoi est-il impossible de trouver dans la trajectoire de ceux et celles qui nous ont gouverné et dans l’action de celles et de ceux qui nous imposent et indisposent par leur vaine suffisance des exemples d’une intégrité à partager, à valoriser et à imiter ?

C’est cette lacune qui m’invite à questionner l’environnement humain, social, physique et institutionnel haïtien pour trouver la valeur de l’intelligence haïtienne. Pourquoi avons-nous tant de gens qui brandissent leur titre de docteurs, de professeurs, d’auteurs, d’universitaires, alors que le pays sombre sous le poids d’une insoutenable indigence ?

L’héritage successif des administrations politiques haïtiennes de ces 60 dernières années est un tissu dans lequel s’impriment les mêmes motifs de corruption et d’absence d’intégrité en boucles infinies comme une fractale qui défie l’intelligence par une abjecte irresponsabilité. Dès lors, proposer une nouvelle I-DÉE de l’intelligence haïtienne est plus que légitime.

D comme Dignité

De l’absence d’intégrité dans l’univers de l’intelligence haïtienne découle une incapacité à s’indigner qui assomme et choque tout embryon d’humanité. Pourquoi un homme, qui a été vice-recteur aux affaires académiques de la plus « prestigieuse » université du pays et qui par la force d’un agenda politique truqué devient ministre, applaudit-t-il un président qui insulte un journaliste posant une question, à peine gênante, dans l’exercice de ses fonctions ? Pourquoi des universitaires devenus ministres d’un président connu pour sa répugnance et son mépris des choses intelligentes acceptent-t-ils que ce dernier les humilie et les fasse chanter des âneries à chaque conseil des ministres ?

L’intelligence ne devait-elle pas brider l’indigence ? Pourquoi l’intelligence doit-elle suivre l’indigence dans les bas-fonds de la sous-humanité ? Un universitaire auprès d’un Roi indigent, tout puissant que celui-ci soit, devait laisser l’empreinte de son intégrité et de sa dignité comme écho d’une intelligence à cultiver, à promouvoir dans les mémoires et les archives de la cour.

Du coup, dans notre ignorance, mais fière insolence, nous demandons, quelles peuvent être la fonction du savoir et la mission de l’intelligence dans un pays qui se fait représenter au plus haut niveau et dans tous les domaines par ce qu’il y a de plus indigent ? Il nous prend envie de dire que le savoir qui renonce à sa dignité et refuse de subjuguer l’indigence pour conserver un privilège, par peur d’une certaine précarité, ne peut être qu’une imposture et qu’un enfumage.

De cette double absence, d’intégrité et de dignité, il nous vient l’ID-ÉE de repenser l’intelligence haïtienne au-delà des titres académiques. Au vrai, un titre académique n’est pas le signe d’une quelconque intelligence et de talent. C’est à tout le moins une prétention à un savoir qui doit être établi et confirmé par des actions ; c’est-à-dire dans les rapports avec la vie, l’environnement et les autres. L’intelligence n’est pas la somme des titres académiques que l’on collectionne souvent au prix de toutes les indignités. L’intelligence n’est pas cette aptitude à la malignité et la duplicité qui invitent à tirer avantage de la détresse du collectif et de la désespérance humaine.

Comme nous l’avons toujours dit, l’intelligence agit comme une lumière, comme un phare, elle éclaire les reliefs sombres ; comme une lumière qui pénètre dans une région obscure, elle conteste, elle choque et invite à clarifier. Quand le savoir d’un universitaire ne consiste qu’à restituer les recettes et les formules d’un certain parcours académique, la flamme de son intelligence n’éclaire pas, elle enfume. Quand le savoir d’un universitaire ne le prépare guère à s’indigner contre toute forme d’indigence et à se révolter contre la plus petite injustice, la flamme de son intelligence ne brille pas, elle obscurcit et assombrit.

Et c’est cette race d’universitaires de grande précarité intellectuelle qui nous vaut cette marée haute d’indigence dans laquelle Haïti vautre depuis au moins 60 ans. Quand un homme se trouve incapable de défendre une cause noble et digne par peur de perdre son job, l’intelligence ne lui sert d’aucune utilité,il n’a même point besoin de cerveau ; un ventre pour ramper lui suffit. Malheureusement, la fonction publique haïtienne est peuplée de ces hommes qui sont incapables de dire non à la bêtise et qui sont prêts à s’humilier, posture rampante, pour se maintenir à leur poste et conserver leurs petits privilèges.

Tant d’indignité oblige à revoir la notion de l’intelligence en Haïti. La vie nous a d’ailleurs montré qu’il peut y avoir autant d’intelligence dans les trajectoires d’une vie pleine de dignité et d’intégrité que d’ignorance dans la vie de ceux qui croient savoir.

É comme Éthique

Par ces constats, il nous semble légitime d’appeler à définir pour Haïti une éthique de l’intelligence et du savoir, car il est pour le moins indécent de voir, à intelligence et humanité égale, qu’ailleurs un général puisse renoncer à un poste, de peur de ne pas être l’objet de chantage pour avoir eu une liaison extraconjugale ; alors qu’en Haïti on accepte qu’un homme inculpé pour blanchiment d’argent devienne président et avoue un an plus tard qu’il a été contraint de nommer des juges corrompus. Il est pour le moins contrastant de voir ailleurs qu’un ministre puisse démissionner pour avoir touché les cuisses d’une journaliste lors d’une entrevue estimant n’avoir pas été à la hauteur de la dignité humaine, alors qu’en Haïti, un sénateur puisse en toute quiétude et approbation du corps social s’encanailler le soir dans une vidéo, en simulant un acte sexuel aux accents de bacchanale, et continuer d’être demain le représentant d’une partie de la population dans une solennité qui demande à être remise en question.

Il y a une telle absence d’éthique dans l’action des hommes et des femmes qui sont en situation de pouvoir et de responsabilité et de ceux qui sont en situation de savoir en Haïti, qu’on s’autorise à penser qu’ils doivent être dépourvus de toute humanité ou de toute intelligence. A l’évidence, il nous semble acquis que l’intelligence part toujours des prémices de la pensée critique pour aboutir à l’action éthique. Et dans ce cheminement, elle oppose toujours sa résistance aux tours subtils de la duplicité et de la malignité pour magnifier la dignité humaine par une intégrité jamais prise à défaut.

Sur ces 60 dernières années en Haïti, il est impossible de trouver un homme de pouvoir ou de savoir (dans l’entourage d’un homme de pouvoir) qui combine tout à la fois cette exigence d’exemplarité faite d’intégrité, de dignité et d’intelligence éthique. C’est bien Albert Einstein qui a dit « que ceux qui ont le privilège de savoir ont le devoir d’agir ». En regardant l’environnement haïtien, on cherche désespérément l’empreinte de l’action éthique des hommes et des femmes de savoir qui ont jalonné l’histoire des dernières décennies.

E comme Engagement

Quand l’intelligence n’est plus mise à contribution de l’action éthique, quand la responsabilité n’est plus assujettie aux exigences de la redevabilité, quand la richesse devient synonyme de vertu, quand les hommes s’accommodent de l’arrogance médiocre et indigente par opportunisme d’affaires, il n’y a plus d’engagement pour le collectif, pour la justice et pour la cohésion sociale. Il n’y a plus d’humanité à magnifier, chacun devient au service de sa propre stratégie. Or on sait ce que l’engagement peut avoir de noblesse quand il s’aligne sur des bases objectives, quand il est fortifié par l’intégrité, sublimé par la dignité et auréolé par la démarche éthique.

Hélas 2017 nous a montré combien le fumier haïtien foisonnait d’indigence par l’irresponsabilité des hommes de pouvoir, par la crapulerie des hommes de la société civile, par la cupidité des hommes d’affaires, par la complaisance et la soumission des hommes de savoir et par la démission et la compromission des hommes de foi.

Au-delà d’Haïti, 2017 a consacré aussi le triomphe de l’indigence au niveau mondial. Du coup, nous ne pouvons espérer que 2018 aille mieux même sans trop y croire, car les faits sont têtus et ils ne vivent pas de nos espérances.

Toutefois, en guise de vœux, pour 2018, je souhaite que le monde aille mieux et particulièrement Haïti. Qu’il y ait moins d’insanités et de complaisances médiatiques venant de la part des éditocrates qui monopolisent la pensée journalistique pour entretenir leur fonds de commerce et leur zone de confort. Qu’il y ait moins d’ordures humaines en situation de responsabilité, pour moins d’indigence dans nos institutions ! Qu’il y ait moins d’impostures dans nos vies pour plus d’intelligence éthique dans nos actes ! Qu’il y ait plus d’engagement pour la collectivité et moins d’ordures ménagères dans nos rues !

Puisse 2018 consacrer une mutation de l’intelligence haïtienne qui doit cesser d’être une part de l’indigence humaine pour devenir un rempart de l’intégrité, de la dignité, de l’éthique et de l’engagement ! Cessons de vivre dans la célébration des rêves d’ailleurs, construisons nos propres légendes et notre propre fierté. Cessons d’être la part du fumier qui enfume, soyons une parcelle de dignité de cette humanité qui brille pour célébrer la vie et la solidarité. Cultivez-vous pour que votre savoir vous prépare à vous indigner contre toutes les impostures, contre toute forme d’indigence et contre la plus petite des injustices.

Joyeuses saisons de dignité pour une Haïti réconciliée avec la fierté et l’humanité ! Que l’intégrité, la dignité, l’éthique et l’engagement soient 2018 fois plus près de notre IDÉE de l’intelligence !

Erno Renoncourt

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