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Lilith (extrait)

Je vous soumets cet extrait de l’ouvrage de Primo Levi, « Lilith ».

Quelle extraordinaire révélation de la nature du sionisme, et du fondement même de l’État d’Israël.

Je ne doute pas que tu ne suives mes traces, et ne deviennes arracheur de dents comme je l’ai été, et comme avant moi l’ont été tes aïeux. Il faut donc que tu saches que la musique est nécessaire à l’exercice de nos fonctions : un bon arracheur de dents doit avoir à sa suite au moins deux trompettes et deux tambours, ou mieux deux joueurs de grosse caisse. Plus la fanfare déploiera de vigueur et d’entrain sur le lieu des opérations, plus tu seras respecté et plus la douleur de ton patient s’atténuera. Tu l’auras toi-même remarqué, lorsque enfant tu assistais à ma tâche quotidienne : on n’entend plus les cris du patient, le public nous admire et nous révère, et les clients qui attendent leur tour oublient leurs craintes secrètes. Un arracheur de dents qui travaillerait sans fanfare serait aussi malséant que le corps d’un homme nu. En aucun cas tu n’avoueras avoir extrait une dent saine ; au contraire, tu profiteras du vacarme de l’orchestre et de l’étourdissement du patient, de sa douleur même, de ses cris et de son agitation convulsive, pour extraire séance tenante la dent malade. Rappelle-toi qu’un coup rapide et franc sur l’occiput tranquillise le patient le plus récalcitrant sans en étouffer les esprits animaux et sans que le public s’en aperçoive. Rappelle-toi encore que dans ce cas comme dans d’autres, un bon arracheur de dents a soin d’avoir près de son estrade une voiture prête et les chevaux attelés.

Nos adversaires nous narguent en disant que nous nous entendons à transformer la douleur en argent : les sots ! C’est là le meilleur éloge de notre magistère. Selon l’humeur que tu flaireras dans l’assistance, ton discours pourra tour à tour être plaisant ou austère, noble ou vulgaire, prolixe ou concis, subtil ou grossier. Il est bon en tout cas qu’il soit obscur, car l’homme redoute la clarté. Rappelle-toi que moins tes auditeurs te comprendront, plus ils auront confiance dans ta science et prêteront de mélodieux accents à tes paroles : le peuple est ainsi fait… et ne crains pas qu’on t’en vienne demander l’explication, car cela ne se produit jamais, personne ne trouvera le courage de t’interroger, pas même celui qui montera d’un pied ferme sur ton estrade pour se faire arracher une molaire. Et jamais, dans tes propos, tu n’appelleras les choses par leurs noms. Tu ne diras point dents, mais protubérances mandibulaires, ou tout autre bizarrerie qui te viendrait à l’esprit ; non point douleur, mais éréthisme. Tu n’appelleras pas l’argent, argent, et moins encore les tenailles, tenailles, tu ne les nommeras point, pas même par allusion, et tu les déroberas à la vue du public et particulièrement à la vue du patient, en les tenant cachées dans ta manche jusqu’au dernier instant.

De tout ce que tu viens de lire, tu pourras déduire que le mensonge est un péché pour les autres, et pour nous une vertu. Le mensonge ne fait qu’un avec notre métier : il convient que nous mentions par la parole, par les yeux, par le sourire, par l’habit. Non pas seulement pour tromper les patients, tu le sais, notre propos est plus élevé, et le mensonge, et non le tour de poignet, fait notre véritable force. Avec le mensonge, patiemment appris et pieusement exercé, si Dieu nous assiste, nous arriverons à dominer ce pays et peut-être le monde : mais cela ne pourra se faire qu’à la condition d’avoir su mentir mieux et plus longtemps que nos adversaires. Je ne le verrai pas, mais toi tu le verras : ce sera un nouvel âge d’or. Il nous suffira, pour gouverner l’État et administrer la chose publique, de prodiguer les pieux mensonges que nous aurons su, entre-temps, porter à leur perfection. Si nous nous révélons capables de cela, l’empire des arracheurs de dents s’étendra de l’Orient à l’Occident jusqu’aux îles les plus lointaines, et n’aura pas de fin.

Primo Levi in Lilith.

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