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A propos des concerts de casseroles : Chili 1973, Argentine 2001/2002, France 2017

Tribune d’opinion du responsable des Relations Internationales pour l’Amérique Latine de la France Insoumise

Les attaques du ministre de l’Intérieur français, Gérard Collomb, contre Jean-Luc Mélenchon à propos de son appel à manifester avec des « casserolades » contre les ordonnances du Code du Travail, démontre une ignorance grossière de l’histoire et constituent une provocation ridicule, indigne de son statut de ministre de la République.

En effet, le vendredi 29 septembre sur la chaîne de télévision CNews, Collomb a prétendu comparer cette méthode légitime de protestation citoyenne contre le coup d’Etat social du président Emmanuel Macron, avec les méthodes utilisées par l’extrême droite chilienne contre Salvador Allende dans les années 70.

Il s’agit d’attaques insultantes et inadmissibles contre le président de la France Insoumise à l’Assemblée Nationale. Il faut se souvenir précisément que Mélenchon a été, dés la première heure, une des figures politiques françaises qui, non seulement ont dénoncé le coup d’Etat au Chili en 1973 et ont aidé les réfugiés chiliens en France, mais qui, de plus, ont appuyé concrètement les activités clandestines de la résistance populaire contre la dictature de Pinochet.

Ce comportement digne a valu à Mélenchon de recevoir une distinction avec le diplôme de la reconnaissance officielle du Chili en 2016, signé par la présidente, Michelle Bachelet.

Monsieur Collomb se trompe. Selon lui, Mélenchon « adopte de vieilles méthodes ; c’est au Chili que l’extrême droite frappait les casseroles sous Allende » en 1973. Il a ensuite ajouté : « On ne doit pas se tromper de référence historique ».

De son côté, Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, avait invité Mélenchon à traiter un « petit devoir d’histoire », pour ne pas commettre « certaines erreurs », en indiquant que les « casserolades » ont été utilisées par l’extrême droite au Chili « par ceux qui ont renversé Salvador Allende ».

On voit que l’histoire n’est pas le point fort de ces « communicants » improvisés. Les manifestations de rue, avec ou sans casseroles, sont intemporelles, et par excellence, un recours de l’expression politique citoyenne contre les pouvoirs qui se révèlent sourds aux aspirations populaires.

En 1973, l’extrême droite chilienne n’a réussi qu’à mobiliser quelques femmes riches défilant en Mercedes dans les quartiers de la grande bourgeoisie avec l’espoir de renverser le gouvernement de l’Unité Populaire. Pour cela, elles ont emprunté les méthodes des forces populaires authentiques. Mais les fascistes ont échoué dans cette prétention : ils ont dû recourir au coup d’Etat pour parvenir à leurs fins.

Les « casserolades » ont été une expression du mécontentement en Argentine entre 2001 et 2002, en Espagne en 2011 et 2012 par les « indignés » contre l’austérité, comme en Islande contre les institutions financières pendant la crise de 2009.

Monsieur Collomb semble ignorer que le peuple chilien a organisé ouvertement, avec de grands concerts de casseroles, les premières manifestations contre la dictature : pendant deux ans de manifestations croissantes, il a manifesté bruyamment jusqu’en 1988, année ou Pinochet a perdu le referendum qu’il avait convoqué pour rester au pouvoir.

Il est clair que les ignorants de l’histoire sont messieurs Collomb et Castaner. Ils prétendent esquiver un débat sur les expressions démocratiques de l’opposition et dénigrer le politique qui apparaît aujourd’hui contre eux comme le seul opposant institutionnel ayant un appui populaire.

Si ces messieurs voulaient bien traiter un « petit devoir d’histoire », ils apprendraient, par exemple, que dans la Constitution chilienne en vigueur, imposée sans consultation par Pinochet en 1980, il existe des lois appelées « antiterroristes » qui font partie du Droit Pénal commun. D’une certaine façon, ces lois ressemblent comme deux gouttes d’eau aux lois que Macron est en train de décréter -de la même façon sans consultation citoyenne- en transposant les dispositions exceptionnelles de la Constitution française en lois d’application permanente.

Nous dénonçons ce type d’attaques comme des provocations dignes des pires pamphlétistes à la solde d’un pouvoir monarchique. Du fait qu’elles proviennent de monsieur Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, nous les considérons comme une humiliation à sa propre fonction. Nous, Franco-Latinos Insoumis, citoyens français d’origine latino-américaine, et en particulier chiliens, nous manifestons notre profonde indignation.

Christian RODRIGUEZ

Paris, octobre 2017
Traduction : Jean-Michel Hureau

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