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Combien de fois faut-il que Julian Assange ait raison avant qu’on ne commence à l’écouter ?

Voilà, c’est fait. Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, a été accusé par le ministère de la Justice de l’administration Trump de 17 chefs d’accusation pour violation de la loi sur l’espionnage, et encourt une peine maximale de 175 ans de prison. Exactement ce que Assange et ses défenseurs disaient depuis près d’une décennie.

L’acte d’accusation, comme celui du mois dernier qui a suivi l’arrestation d’Assange, est totalement frauduleux, car il accuse Assange de "crimes" qui ne peuvent être distingués des pratiques journalistiques conventionnelles. Les accusations reposent sur exactement les mêmes preuves que celles dont disposait l’administration Obama, qui, comme l’a fait remarquer le journaliste Glenn Greenwald l’an dernier, s’est abstenue de poursuivre Assange par crainte de démolir la liberté de la presse.

Hanna Bloch-Wehba, professeure agrégée à la Thomas R. Kline School of Law de l’Université Drexel, a qualifié l’acte d’accusation de "pire scénario, cauchemardesque, pour les défenseurs du Premier Amendement". Bloch-Wehba explique que les "théories sur la responsabilité énoncées par l’acte d’accusation reposent fortement sur la relation d’Assange avec Manning et sa tendance à encourager Manning à continuer à fournir des documents à WikiLeaks" d’une manière qui "n’est pas facile à distinguer des relations habituelles entre les journalistes et leurs sources tissées au fil du temps".

L’une des versions de l’article du New York Times sur le nouvel acte d’accusation d’Assange, qui a depuis été modifié mais dont on peut trouver une copie dans une citation publiée par Slate, dit que "les officiels ne s’interrogeront pas sur comment les actes qualifiés de crimes dans le cas de M. Assange seraient différents du journalisme d’investigation ordinaire. Notamment, le New York Times, parmi de nombreuses autres organes de presse, a publié précisément les mêmes documents que WikiLeaks, sans autorisation du gouvernement."

Les organisations de défense de la liberté de la presse condamnent en termes clairs et sans équivoque ces nouvelles accusations d’espionnage.

"En termes simples, ces accusations sans précédent contre Julian Assange et WikiLeaks constituent la menace la plus importante et la plus terrifiante contre le Premier Amendement du 21e siècle", déclare Trevor Timm, directeur exécutif de la Freedom of the Press Foundation. "L’administration Trump s’apprête à criminaliser explicitement le journalisme sur les questions de sécurité nationale, et si ces poursuites sont engagées, des dizaines de journalistes du New York Times, du Washington Post et d’ailleurs seraient également en danger. La capacité de la presse de publier des faits que le gouvernement préférerait garder secrets est à la fois essentielle pour un public informé et un droit fondamental. Cette décision du ministère de la Justice constitue une escalade massive et sans précédent dans la guerre de Trump contre la presse, et il n’est pas exagéré de dire que le premier amendement lui-même est en danger. Quiconque se soucie de la liberté de la presse devrait immédiatement et sans réserve condamner cette inculpation."

"L’inculpation de Julian Assange en vertu de la loi sur l’espionnage pour avoir publié des informations classifiées est une attaque contre le Premier Amendement et une menace pour tous les journalistes qui publient des informations que les gouvernements voudraient garder secrètes", peut-on lire dans une déclaration du directeur exécutif du Committee to Protect Journalists, Joel Simon. "La liberté de la presse aux Etats-Unis et dans le monde est menacée par ces poursuites."

"Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, le gouvernement a porté des accusations criminelles en vertu de la Loi sur l’espionnage contre un éditeur pour la publication d’informations véridiques", peut-on lire dans une déclaration de l’ACLU. "C’est une attaque directe contre le Premier Amendement. Ces accusations constituent une escalade extraordinaire des attaques de l’administration Trump contre le journalisme, établissant un dangereux précédent qui peut être utilisé pour cibler toutes les organisations de presse qui exercent un contre-pouvoir au gouvernement en publiant ses secrets. Les accusations portées contre Assange sont tout aussi dangereuses pour les journalistes US qui révélent les secrets d’autres nations. Si les États-Unis peuvent poursuivre un éditeur étranger pour violation de nos lois sur le secret, rien n’empêche la Chine, ou la Russie, d’en faire autant."

S’opposant également au nouvel acte d’accusation, mais bien trop tard, on trouve les célèbres experts des principaux médias libéraux.

"L’inculpation pour espionnage d’Assange pour publication est une attaque frontale extrêmement dangereuse contre la liberté de la presse. Pas bon. Pas bon du tout", a tweeté Chris Hayes de MSNBC.

"Aujourd’hui, le ministère de la Justice de Trump devient la première administration à accuser un éditeur d’espionnage - une répression juridique assumée et sans précédent contre les droits et protections traditionnels des éditeurs", a tweeté Ari Melber, de MSNBC. "C’est un fait juridique, quelle que soit l’opinion que l’on a de Julian Assange. Le nouvel acte d’accusation du ministère de la Justice traite les activités de la plupart des grands journaux – la collection et la publication de documents classifiés - comme un complot criminel, en affirmant qu’Assange a "conspiré" avec sa source et l’a "aidé et encouragé" à livrer des documents classifiés".

Il suffit de lire les commentaires outrés du genre "il l’a bien cherché" sous ces tweets pour voir que ces condamnations arrivent bien après que la propagande qu’ils ont propagé contre WikiLeaks se soit bien implantée dans la conscience collective. Il est impossible de répéter jour après jour qu’Assange est un nazi maléfique, marionnette de Poutine, qui sent mauvais et maltraite son chat, pour ensuite les convaincre de réagir avec vigueur aux actions menées contre cette même personne par une administration dépravée.

"Je ne trouve aucune satisfaction à dire ’Je vous l’avais dit’ à ceux qui, pendant 9 ans, nous ont méprisés pour avoir averti que ce moment arriverait," a tweeté Kristinn Hrafnsson, rédacteur en chef de WikiLeaks. "Je suis attaché au journalisme. Si vous l’êtes aussi, vous prendrez position MAINTENANT. Soit vous êtes un lâche minable, soit vous défendez Assange, WikiLeaks et le journalisme."

En effet, le personnel de WikiLeaks et ses partisans ont mis en garde depuis de nombreuses années, pour se voir traités de complotistes paranoïaque et d’apologistes du viol par des diffamateurs qui insistaient qu’Assange ne cherchait qu’à échapper aux accusations de viol en demandant l’asile à l’ambassade de l’Equateur à Londres en 2012. Depuis 2010, il y a de nombreux tweets sur le compte de WikiLeaks qui avertissent encore et encore que les États-Unis cherchaient à inculper Assange en vertu de la loi sur l’espionnage, et ils n’ont cessé de le faire depuis 2010, mais personne n’a écouté.

"Le seul obstacle qui empêche Julian Assange de quitter l’ambassade de l’Equateur est son orgueil", beuglait l’an dernier le quotidien The Guardian dans un article signé par l’odieux James Ball, avec le sous-titre "Le fondateur de WikiLeaks ne risque pas d’être poursuivi par les Etats-Unis, les accusations en Suède ont été abandonnées - et pour l’ambassade, il a perdu sa valeur symbolique".

Assange a averti pendant des années que cela arriverait. Il a été sans équivoque depuis le début sur le fait qu’il était parfaitement disposé à participer à l’enquête suédoise et qu’il avait demandé l’asile à l’Équateur uniquement par crainte d’une extradition et d’un procès politique aux États-Unis, ce que l’Équateur a explicitement déclaré être les raisons pour lesquelles l’asile lui fut accordé. Julian Assange avait raison. Il a toujours eu raison. L’histoire lui a donné raison. Il avait raison et ses détracteurs avaient tort.

Nous voyons déjà qu’Assange avait raison en mettant en garde sur ce que son procès signifierait pour la liberté de la presse. Il n’a même pas encore été extradé que nous assistons déjà à l’intensification de la guerre contre la presse, avec de nouveaux développements au cours des derniers jours, comme ce journaliste de San Francisco accusé de complot pour avoir reçu des documents internes de la police de San Francisco, et une journaliste française connue convoquée par la police pour avoir couvert la corruption au sein du gouvernement Macron.

Tout cela soulève bien sûr la question suivante : sur quoi d’autre a-t-il eu raison ? Quiconque ayant une once d’honnêteté intellectuelle et ayant déjà eu des doutes sur Assange commencera forcément à se poser cette question. Il vaut la peine de passer en revue ce qu’Assange a dit sur le fait que la Russie n’était pas la source des courriels du Parti démocratique publiés par WikiLeaks en 2016, sur ce qui s’est réellement passé en Suède et sur sa vision générale de ce qui se passe dans le monde avec des structures de pouvoir opaques et au-dessus des lois et qui nous entraînent tous sur une pente très sombre et dangereuse.

Si vous admettez qu’Assange a eu raison bien plus souvent que vous ne le pensiez, cela pourrait chambouler votre vision du monde. Essayez, pour voir. Vous n’avez plus de raison légitime de ne pas le faire.

Caitlin Johnstone

Traduction "Nous avions raison, vous aviez tort. Le répéter. Puis recommencer" par Viktor Dedaj pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.

»» https://medium.com/@caityjohnstone/how-many-times-must-assange-must-as...
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