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Du maïs US pour le Mexique : vive l’ ALENA !



Depuis l’ALÉNA (Accord de libre-échange nord-américain, voir note en bas de page ), vingt millions de Mexicains, la plupart producteurs de maïs, vivent dans des conditions extrêmement précaires à la campagne. Abandonnés par leur gouvernement, étranglés par l’importation de produits agricoles américains vendus à des prix qu’ils ne peuvent égaler, ces pauvres gens s’en vont grossir la misère des villes mexicaines ou émigrent aux États-Unis, livrant la campagne aux multinationales.



juin 2003

L’ALÉNA vide les campagnes !




En 2000, une étude du professeur Alejandro Nodal, du Collège de Mexico, révélait que, depuis 1994, année d’entrée en vigueur de l’ALÉNA, quinze des vingt millions de paysans mexicains avaient perdu une source de revenus suffisante pour envisager d’abandonner leur terre.

Aujourd’hui, un million de petits producteurs de maïs sont passés aux actes et, chaque jour, 600 autres font de même. Un autre million d’entre eux doivent quitter leur ferme au moins une partie de l’année pour aller chercher les revenus de subsistance que leur procurait autrefois la vente de leurs récoltes.

Cela va s’aggraver au cours des prochaines années puisque les deux principales cultures du pays, les fèves et le maïs, doivent, d’ici 2008, passer dans le tordeur de l’ALÉNA.

Au Mexique, le maïs à lui seul occupe 60 % des terres cultivées et équivaut à 60 % de la valeur produite par toute l’agriculture. Il fait vivre les familles de trois millions de paysans et 40 % des travailleurs de tout le secteur agricole, soit 8 % de la population du pays.


Opération « Gatekeeper »

Les populations déplacées s’agglutinent autour des méga-villes mexicaines pendant que leurs terres passent des créanciers à de grandes multinationales étrangères désormais libres d’y mener leurs « projets de développement ».

D’autres émigrent aux Etats-Unis ou essaient de le faire tels ces 2000 Mexicains tués par la patrouille des frontières américaine depuis le début de l’opération « Gatekeeper », en 1995, un an après l’ALÉNA.

Les Etats-Unis comptent maintenant près de six millions de Mexicains sans papiers ni droits qui constituent un immense réservoir d’esclaves modernes pour des industries comme le ramassage saisonnier des fruits et légumes, la construction et le tourisme.

Les paysans mexicains vivaient du maïs depuis plus de 5000 ans jusqu’à ce que l’ALÉNA, en seulement neuf ans, impose une augmentation de 40 % des importations de maïs américain vendu entre 25 % et 33 % moins cher que son propre coût de production.


Boisseau pas cher

Selon l’Institute for Agriculture and Trade Policy, à Minneapolis, en 2002, le boisseau de maïs coûtait 3,41 $ à produire aux États-Unis et était vendu 2,28 $ sur le marché international.

Le même boisseau coûtait au paysan mexicain 40 % plus cher à produire qu’au producteur américain puisque, grâce aux technologies de culture intensive, l’hectare de terre américain donne huit tonnes de maïs contre 1,8 pour l’hectare mexicain.

De plus, des géants tels Cargill, Archer Daniels Midland’s et ConAgra contrôlent 82 % des exportations de maïs américain et sont subventionnés en milliards de dollars principalement sous forme de crédits à l’exportation et de programmes d’aide alimentaire.

Et comme si cela n’était pas assez, Washington votait l’an dernier une augmentation de 40 milliards $ des subsides destinés aux grands producteurs de grains et de coton.


Banques fermées

De son côté, l’État mexicain sur-endetté et pressé par le FMI et la Banque mondiale, ferme ses banques rurales et ses programmes fédéraux les uns après les autres. Le paysan moyen américain reçoit 30 fois plus de subventions que son homologue mexicain !

Le chapitre VII de l’ALÉNA sur l’agriculture prévoit, à partir de janvier 2003, la disparition des tarifs douaniers sur les importations mexicaines de produits agricoles américains sauf le maïs, les fèves et le lait en poudre qui bénéficient d’un sursis de cinq ans jusqu’en janvier 2008.

Mais il prévoit aussi une baisse graduelle des tarifs à l’importation de sorte que, pour le maïs, ceux-ci sont passés de 206 % en 1994 à 127 % en 2001 en route vers le 0 % de 2008.


Douze ans d’avance

En même temps, les quotas d’importation de maïs américain (quantités non tarifées permises en cas de « difficulté d’approvisionnement » !) augmentent graduellement eux aussi. L’ALÉNA prévoit une augmentation de 3 % par année à partir des 2,5 millions de tonnes permises en 1994 et cela jusqu’en 2008.

Mais, selon Alejandro Nodal, le gouvernement mexicain n’a jamais tarifé les importations américaines de maïs parce les créanciers internationaux exigeaient des prix moins élevés sur le marché domestique pour réduire l’inflation. Tellement qu’en août 1996, le prix intérieur du maïs avait chuté de 48 %, en avance de douze ans sur l’échéancier prévu par l’ALÉNA !

Cette année, c’est six millions de tonnes de maïs américain non tarifé qu’importera le Mexique : 3,67 millions de tonnes de plus que les 3,26 millions permises par l’ALÉNA.


Patrimoine contaminé

L’ALÉNA affecte aussi grandement l’environnement parce que les terres abandonnées par les paysans sont reprises par des multinationales de l’agro-business dont les monocultures et l’emploi massif de fertilisants accélèrent l’érosion des sols.

Mais surtout, même si les OGM y sont illégaux, les États-uniens exportent au Mexique beaucoup de maïs génétiquement modifié surtout comme nourriture à bétail. Des parties de ce maïs ont été replantées et ont maintenant contaminé une proportion inquiétante de champs notamment dans l’État de Oaxaca, particulièrement riche en espèces génétiques de maïs, résultat de siècles de semences savamment conservées et croisées.

Le Mexique produit des milliers de variétés de maïs dont plusieurs peuvent vaincre la sécheresse et d’autres conditions environnementales difficiles. A l’heure d’une demande mondiale qu’on prévoit en forte croissance au cours du prochain siècle, le Mexique est dépouillé de savoirs et de richesses qui n’ont pas de prix.


Résistance fertile

Le 10 décembre dernier, des centaines de paysans en jeans et chapeaux de paille faisaient irruption dans l’édifice du Congrès à Mexico, brisant quelques portes vitrées, allumant de petits feux et trottant à cheval sur le marbre du hall d’entrée. Quatre cochons les accompagnaient, leurs noms inscrits sur leurs flancs : Fox (président mexicain), Usabiaga (ministre de l’Agriculture), Derbez (secrétaire à l’Économie) et Castaneda (ministre des Affaires étrangères).

Il s’agissait là des premiers pas d’une coalition très militante formée de plusieurs groupes et associations paysannes baptisée « El campo no aguanta mas » (La campagne en a assez !). Elle demande ce qui suit :

- Moratoire sur les dispositions de l’ALÉNA prévues au chapitre VII ;

- Programme d’urgence et stratégie à long terme du gouvernement mexicain pour réactiver la campagne ;

- Réforme des finances rurales (les paysans mexicains paient souvent des taux d’intérêts deux fois et demie plus élevés que leurs confrères états-uniens) ;

- Budget de l’agriculture égal à 1,5 % du PIB ;

- Augmentation des dépenses sociales pour la campagne ;

- Lois garantissant la sécurité alimentaire des consommateurs ;

- Respect des droits et des cultures indigènes.

En avril, après des dizaines de manifestations spectaculaires, la coalition arrache un projet d’accord avec l’administration Fox prévoyant de consulter les gouvernements canadiens et états-uniens pour réviser le calendrier de levée des tarifs douaniers sur le maïs et les fèves.

Si cela ne marche pas, la coalition projette de « fermer la frontière américano-mexicaine ».


La récompense de Brian Mulroney !

Depuis l’entrée en vigueur de l’ALÉNA, les profits d’Archer Daniels Midland’s (ADM) ont triplé passant de 110 à 301 millions de dollars. Premier (ou second) exportateur mondial de maïs, éthanol, cacao et soja, premier (ou second) broyeur de farine et de soja et premier (ou second) manutentionnaire de grain, la multinationale américaine est l’un des grands bénéficiaires du dumping de produits agricoles et du déplacement des paysans au Mexique.

ADM est étroitement liée à Grupo Gruma (autre multinationale détenant le monopole de la farine servant à faire les tortillas de maïs) qui, elle aussi, profite du prix dérisoire du maïs importé au Mexique.

Gruma détient 40 % des parts dans les moulins à farine d’ADM aux États-Unis tandis qu’ADM est actionnaire à 22 % des opérations mexicaines de Gruma.

L’ex-premier ministre canadien, Brian Mulroney, signataire pour le Canada de l’ALÉNA en 1992, fait partie du conseil d’administration d’ADM depuis 1993.

Quant au signataire mexicain, Carlos Salinas de Gortari, il semble lié à Gruma et ADM puisque son frère, Raul, croupit en prison pour avoir commandé le meurtre d’un ex-gouverneur de l’État du Guerrero qui s’était opposé à la construction d’une usine de farine de maïs.

En 2001, ADM et la compagnie Azteca Milling (co-propriété de ADM et Gruma) étaient surprises à utiliser du maïs Starlink dans la fabrication des coquilles de tacos. Les humains ne peuvent consommer cette variété de maïs génétiquement modifiée.

André Maltais


- Source : www.lautjournal.info

- Titre : Du maïs états-unien pour le Mexique

Note :

L’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain) est l’accord commercial entré en vigueur entre les États-Unis, le Canada et le Mexique en 1994.

Il fixe les "règles" des échanges commerciaux entre ces trois pays.

Aujourd’hui, les États-Unis cherchent à étendre ces mêmes règles aux 34 pays de l’Amérique du Nord, Centrale et du Sud et à ceux des Caraïbes, sauf Cuba, à l’intérieur d’une zone commerciale dénommée ZLÉA (Zone de libre-échange des Amériques).

La ZLÉA revêt une dimension géopolitique très importante pour les États-Unis. Elle crée un bloc commercial unique, "de l’Alaska à la Patagonie", sous la tutelle des États-Unis, qui seront ainsi mieux armés pour lutter contre leurs concurrents commerciaux : les Européens et les Asiatiques.

La ZLÉA placera le continent américain sous la domination commerciale des États-Unis. Les accords commerciaux défendus par les États-Unis (ALENA et ZLÉA) sont une condition nécessaire à la création d’un "bon climat" comme celui que recherchent leurs grandes entreprises.(...)

Extrait de : TOUT CE QU’IL FAUT SAVOIR SUR LE PLAN PUEBLA PANAMà

Voir ici http://risal.collectifs.net




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