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Espagne : ne plus voir leurs gueules de fascistes, mais globalement la même politique antisociale à l’œuvre. Pedro Sanchez à la manœuvre, pour sauver le système.

Ne nous y trompons pas... C’est le mouvement populaire qui a principalement dézingué l’ex-chef de l’exécutif espagnol, le néo-franquiste Mariano Rajoy, réact de chez réact, taiseux, chef de la droite espagnole. Il gouvernait l’Espagne comme une « colonie », comme la propriété privée de son parti, le « parti populaire », issu du franquisme (recyclé ?). Le PP désormais présenté comme un « appareil mafieux » et corrompu jusqu’à la moelle. D’où une série d’opérations : « l’opération PSOE », « Ciudadanos »...
Le succès de la motion de censure, déposée par le leader du PSOE, Pedro Sanchez, s’explique par la crise abyssale que vit l’Espagne, par la colère populaire qui monte, « ¡a dar por culo todos ! », par le verdict de l’affaire Gurtel. La « censura », votée à la majorité aux « cortès » (180 voix pour la motion, 169 voix contre). L’ERC catalan, le PNV basque, ont opté pour la motion (quelques jours avant, le PNV avait voté le budget Rajoy sans sourciller). Le succès de la motion « socialiste-sanchiste », qui a ratissé large, a entraîné le départ de l’ultraconservateur Rajoy, la queue entre les jambes, et même son abandon de la présidence du PP. Dans un premier temps, il avait tenté de s’accrocher. Les rats ont fui, sans même publier de leur patrimoine de ministre, comme les y oblige pourtant la loi Zapatero. Son élimination renvoie aux innombrables luttes impulsées depuis de longs mois par les « Indignés », par Izquierda Unida, par Podemos, par Compromis, par les syndicats, par les « marées » des personnels de la santé et de l’enseignement, par les immenses « marches », les mouvements des « sans », etc., contre l’austérité colossale et forcée, contre la gangrène de la corruption, contre les « recortes » (coupes budgétaires drastiques).

Rallié au néo-libéralisme, le PSOE s’est effondré, fracturé, discrédité... Aux yeux de millions d’Espagnols, « il a trahi », voté avec le PP des textes antisociaux fondamentaux, des orientations réactionnaires, obéi à quatre pattes aux diktats de la finance et de l’Union européenne, collé au parti d’extrême droite « Ciudadanos » (recyclage du PP, au cas ou), et au PP lui-même, sur la crise catalane entre autres, et la mise sous tutelle du gouvernement catalan légitime (le « govern ») par l’article 155 de la constitution. Madrid a posé une chape de plomb sur les « séparatistes », et mis sous les verrous des prisonniers politiques, des élus, accusés de sédition pour avoir voté « l’indépendance ». Sanchez, qui n’a pas prêté serment protocolaire sur la Bible, mais flanqué du roitelet pas progressiste pour deux sous et qui plus est illégitime, Felipe VI, n’a promis que « le dialogue » avec le gouvernement catalan. A-t-il pris en coulisses d’autres engagements ? Quid de la libération des prisonniers politiques ? Quid d’un « agenda social » exigé par les syndicats ?

Pedro Sanchez, le « jeune-vieux loup », ex et actuel secrétaire général du PSOE, pas « homme nouveau » du tout, est en charge de l’opération sauvetage et relooking. Pour décaniller Rajoy et devenir chef du gouvernement, calife à la place du calife, il a choisi la bonne « fenêtre de tir » pour bouter du pouvoir (du pouvoir ?) les « pépistes », répressifs, pleins aux as, et pourris. Il envisage un gouvernement de « socialistes » et « d’indépendants ». La révolution n’est pas pour demain ! Pas plus que la fin de l’impunité du franquisme ! La justice espagnole, pourtant proche de la complaisance vis-à-vis de la droite, venait de rendre (le 28 mai) des verdicts surprenants : le trésorier du PP écope, par exemple, de 53 ans de prison ; « l’Audiencia nacional » a considéré que tout l’appareil du PP avait trempé dans l’affaire Gurtel... Cette affaire aura fini par emporter, momentanément du moins, le PP. Une énorme affaire d’Etat et de parti, de détournements de fonds publics, de corruption, de blanchiment d’argent, de surfacturations, etc.

Pedro Sanchez est donc pressé de profiter du contexte. Il a annoncé le dépôt d’ « une motion de censure » le jour même où les décisions judiciaires ont été rendues publiques (le 28 mai), mais n’a pour l’heure avancé aucun projet alternatif, crédible, solide, de rupture... L’entourage de Sanchez a tenu à rassurer : « pas de virage à gauche », mais fidélité aux engagements « européistes » « pour une nouvelle social démocratie ». Voilà qui a le mérite d’être clair.

La nomination des ministres a confirmé cette orientation : le ministère des Affaires étrangères échoie à Josep Borrell, un politicard qui fut ministre de Felipe Gonzalez... Deux femmes « socialistes », bien libérales, piloteront l’économie. L’extrême-droite, elle, est sur le pied de guerre. « Ciudadanos » a pris ses distances avec le PP, mais à présent, il continue à mettre la pression sur la Catalogne, et fait un maximum de chantage anti-indépendentiste ; il veut apparaître comme seul parti d’opposition. « Ciudadanos » a du mal à cacher sa vieille grimace d’extrême-droite... Selon les sondages, la crise lui profite. Communistes et podemistes ont poussé à la censure, pour se débarrasser de clones du passé ; ils ont été à l’avant-garde de la dénonciation de la corruption, et pris de nombreux coups. Ils ne font guère confiance au nouveau gouvernement. La « fondation Franco », pour sa part, trépigne et part en guerre contre « le danger communiste ». Son général-chef, Juan Chicharro Ortega, appelle à la mobilisation face à l’arrivée des « rouges ». Suit toute une logorrhée qui donne envie de gerber. Comment ce groupe de fascistes nostalgiques peut-il ne pas avoir été interdit ? Alors que Franco « repose » toujours au « Valle de los Caidos »...

Pedro Sanchez a manœuvré avec habileté, mais il reste bel et bien dans la ligne de la politique européenne. Il tentera sans doute de nous faire croire au « changement » par des opérations cosmétiques de surface, mais il en faudra beaucoup plus, notamment une Constituante, pour remettre les Espagne(s) à l’endroit. Ne boudons toutefois pas notre plaisir de voir des fachos recevoir quelques claques, méritées. Depuis 1931, entre autres... La parole est maintenant, plus que jamais, aux peuples d’une Espagne plurielle, d’une Espagne de toutes les Espagne(s).

Jean Ortiz

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