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La loi de l’attraction universelle est une idée vieillie, comme celle de la lutte des classes.

Parce qu'une idée émerge à une époque donnée, faut-il la rejeter comme étant celle de tel ou tel siècle du passé ?

Au sujet de la lutte des classes, F. Engels en conclusion d’une des nombreuses préfaces aux éditions successives du Manifeste écrit en 1883 :

« L’idée fondamentale et directrice du Manifeste, à savoir que la production économique et la structure sociale qui en résulte nécessairement forment, à chaque époque historique, la base de l’histoire politique et intellectuelle de cette époque ; que par suite (depuis la dissolution de la propriété commune du sol des temps primitifs), toute l’histoire a été une histoire de luttes de classes, de luttes entre classes exploitées et classes exploitantes, entre classes dominées et classes dominantes, aux différentes étapes de leur développement social ; mais que cette lutte a actuellement atteint une étape où la classe exploitée et opprimée (le prolétariat) ne peut plus se libérer de la classe qui l’exploite et l’opprime (la bourgeoisie), sans libérer en même temps et à tout jamais la société entière de l’exploitation, de l’oppression et des luttes de classes ; cette idée maîtresse appartient uniquement et exclusivement à Marx . » (1)

Attention, cependant : l’idée qui est exclusivement de Marx est relative à la lutte de classes qui constitue le fil directeur de l’histoire et à la libération de la société entière par la libération du prolétariat.

Parce que l’idée de la lutte des classes ne lui appartient pas. Ce sont des historiens bourgeois français du XIXe siècle, fils de la Révolution ( Thierry, Guizot, Mignet), qui l’ont d’abord exprimée.

Gheorgi Plekhanov, le fondateur du mouvement marxiste en Russie a étudié ce point. En particulier, il écrivait en 1895, en conclusion de son article très intéressant Augustin Thierry et la conception matérialiste de l’histoire :

« Un autre résultat qui nous paraît pas moins digne d’attention, c’est que, s’il est faux de dire que Marx fut le premier qui s’avisa de parler de la lutte des classes, il est hors de doute que c’est lui qui, le premier, dévoila la véritable cause du mouvement historique de l’humanité et, par cela même, la « nature » des diverses classes qui, l’une après l’autre, apparaissent sur la scène du monde. Espérons que le prolétariat saura faire bon usage de cette précieuse découverte du grand penseur socialiste. » (2)

Dans la Conspiration pour l’Égalité dite de Babeuf publié par son compagnon Buonarroti en 1828, qui commence par un exposé d’ensemble de la Révolution on trouve ces lignes relatives aux idées de la « Conjuration des Égaux :» :

« Jamais, disait-on, la masse du peuple n’est parvenue au degré d’instruction et d’indépendance nécessaire pour l’exercice des droits politiques, essentiels à sa liberté, à sa conservation et à son bonheur. Les nations les plus sages de l’antiquité eurent des esclaves qui les mettaient sans cesse en péril, [...] jamais société civile ne put faire disparaître de son sein, cette foule d’hommes qu’aigrit et rend malheureux l’idée de biens dont ils sont privés, et dont ils croient les autres en possession. Partout la multitude rampe sous la verge d’un despote ou sous celle des castes privilégiées. Et, portant ensuite les regards sur la nation française, on la voyait asservie, par les manœuvres des égoïstes conquérants, à la corporation des riches et des enrichis.

Quant à la cause de ces désordres, on la trouvait dans l’inégalité des fortunes et des conditions, et, en dernière analyse, dans la propriété individuelle, par laquelle les plus adroits ou les plus heureux dépouillèrent et dépouillent sans cesse la multitude qui, astreinte à des travaux longs et pénibles, mal nourrie, mal vêtue, mal logée, privée des jouissances qu’elle voit se développer pour quelques-uns, et minée par la misère, par l’ignorance, par l’envie et le désespoir, dans ses forces physiques et morales, ne voit dans la société qu’un ennemi, perd jusqu’à la possibilité d’avoir une patrie.
L’histoire de la révolution française venait à l’appui des réflexions du comité. Il y voyait la classe antérieurement riche et celle qui l’était devenue, assidûment occupées à s’assurer la prééminence : il y voyait que les prétentions ambitieuses allait toujours de pair avec la haine du travail et le désir de l’opulence ; que l’attachement du peuple au droit de cité s’était refroidi, à mesure que les institutions favorables à l’égalité avaient reçu des atteintes, et que toute la politique des aristocrates consistait à appauvrir, diviser, dégoûter, effrayer et comprimer la classe laborieuse, dont les réclamations sont par eux représentées comme les causes les plus actives de la décadence de la société...
 » (3)

Plus haut, Buonarotti avait observé ceci, qui est au même niveau de dignité dans l’analyse que celle que Marx devait faire plus tard dans « Le 18 brumaire de L. Bonaparte » :

« Ce ne fut que successivement que l’on put attribuer à chaque secte politique son caractère particulier ; car plusieurs d’entre elles durent paraître agir dans le même sens, tant quelle eurent des ennemis communs à combattre. À chaque pas vers un nouveau degré d’amélioration, il se forma une nouvelle classe d’opposants intéressés au maintien des vices contre lesquels il était dirigé.
Si quelques nobles de l’assemblée constituante parurent populaires à l’aurore de la révolution, ils ne tardèrent pas à suivre une route opposée, dès que les premiers vœux pour la véritable égalité se firent entendre : si d’autres s’élevèrent contre la famille régnante dans le dessein de lui en substituer une autre, on les vit se ranger sous le drapeau de la royauté, lorsque l’espoir fut enlevé à toute dynastie : si les prêtres applaudirent aux efforts des réformateurs contre les usurpations du haut clergé, ils devinrent les plus acharnés propagateurs du fanatisme, aussitôt que la nation se refusa à l’entretien de toute espèce de culte : si ceux qui avaient voulu exploiter à leur profit la royauté constitutionnelle se montrèrent, dans les mêmes vues, républicains, ils furent en opposition ouverte avec les plus ardents défenseurs de la république, dès que le peuple prétendit qu’elle fût la chose de tout le monde.
 » (4)

Et comme il est difficile de conclure sans revenir au Manifeste et à ses préfaces, voici quelques réflexions de F. Engels (1888) sur la décision que Marx et lui-même prirent à l’époque.

«  Et, cependant, au moment où nous écrivions, nous ne pouvions toutefois l’intituler le Manifeste socialiste. En 1847, on donnait le nom de socialistes, d’une part, aux adeptes des divers systèmes utopiques : les owenistes en Angleterre et les fouriéristes en France, et qui n’étaient déjà plus les uns et les autres, que de simples sectes agonisantes ; d’autre part, aux médicastres sociaux de tout acabit qui promettaient, sans aucun préjudice pour le Capital et le profit, de guérir toutes les infirmités sociales au moyen de toutes sortes de replâtrage. Dans les deux cas, c’étaient des gens qui vivaient en dehors du mouvement ouvrier et qui cherchaient plutôt un appui auprès des classes "cultivées". Au contraire, cette partie des ouvriers qui, convaincue de l’insuffisance de simples bouleversements politiques, réclamait une transformation fondamentale de la société, s’appelait alors communiste. C’était un communisme à peine dégrossi, purement instinctif, parfois un peu grossier, mais cependant il pressentait l’essentiel et se révéla assez fort dans la classe ouvrière pour donner naissance au communisme utopique : en France, celui de Cabet et en Allemagne, celui de Weitling . En 1847, le socialisme signifiait un mouvement bourgeois, le communisme, un mouvement ouvrier. Le socialisme avait, sur le continent tout au moins, ses entrées dans le monde, pour le communisme, c’était exactement le contraire. Et comme, dès ce moment, nous étions d’avis que "l’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes", nous ne pouvions hésiter un instant sur la dénomination à choisir. Depuis, il ne nous est jamais venu à l’esprit de la rejeter. » (5)

Toute ressemblance avec des étiquettes de partis et des situations existantes ou ayant existé serait purement fortuite.

1 https://www.marxists.org/francais/engels/works/1883/06/fe18830628.htm
2 http://www.marxists.org/francais/plekhanov/works/1895/11/plekhanov_18951100.htm
3 Éditions Sociales. 1957 Préfacé par Georges Lefebvre et préparé par Albert Soboul. pp. 79-80
4 op. cit. Éditions Sociales p 24.
5 https://www.marxists.org/francais/engels/works/1888/01/fe18880130.htm

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